Famille Gradis

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Image représentant deux personnes Cette page explique l’histoire ou répertorie les différents membres de la famille Gradis.

La famille Gradis est une famille juive séfarade et française, d’origine portugaise et espagnole, établie à Bordeaux sans doute vers 1495[1].
Elle a fondé au XVIIIe siècle la Maison Gradis, devenue la Société française pour le commerce avec l'outre-mer (SFCO), par le biais de laquelle elle a joué un rôle important dans le commerce avec les possessions françaises d’Amérique.
Elle figurait en 1936 parmi les 200 familles les plus fortunées de France[2].

Arbre généalogique de la famille[modifier | modifier le code]

Arbre simplifié de la famille GRADIS[1],[3],[4]

  • Antoine GRADIS (?-1654) x Maria NUNES (1594-1694)
    • Diego I GRADIS ( ?- ?) x Sara RODRIGUES-BOCARRO ( ?- ?)
      • David I (Oncle) GRADIS (v. 1665-1751) x Marie Sara MENDES-MORENO ( ?- ?)
        • Samuel II GRADIS ( ?-1732)
        • Abraham I GRADIS (v. 1699-1780) x Esther GRADIS (?-1776) [sa cousine, fille de Samuel]
      • Samuel I GRADIS ( ?-1736) x François MORENO MENDES ( ?- ?)

Principales personnalités de la famille[modifier | modifier le code]

Diego Ier Gradis[modifier | modifier le code]

Le fondateur de la famille, Diego Gradis, marchand à Toulouse[1], s'établit à Bordeaux où il fonde la Maison Gradis, une maison de commerce de toile vers 1685, qu'il transmet en 1695 à son troisième fils, David. C'est celui-ci qui rend le nom des Gradis célèbre.

David Ier Gradis[modifier | modifier le code]

David Ier Gradis (vers 1665-1751) fonde en 1696 une maison de commerce de vins et spiritueux et abandonne en 1711 le commerce de toiles pour s'installer à la Martinique où il fonde à Saint-Pierre, une affaire de commerce avec une succursale à Saint-Domingue. De retour à Bordeaux, il développe, avec son fils Abraham, son activité d'armateur sous le nom de Compagnie David Gradis et fils, nom qu’elle conservera jusqu’au XXe siècle. En 1731, il fut fait bourgeois de Bordeaux. Une rue de Bordeaux porte son nom.

Abraham Ier Gradis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Abraham Gradis.

Le fils de David, Abraham (vers 1699-1780), développa la firme fondée par son père. Elle acquit une importance considérable dans les années 1740, lors de la guerre de Succession d'Autriche, obtenant du surintendant du commerce l'exclusivité du commerce avec le Canada et créant en 1748, la Société du Canada, avec comme associé l'intendant de la Nouvelle-France, François Bigot et le contrôleur officiel Bréard. En 1756, il est chargé d'acheminer dépêches et ordres secrets vers le Canada[5]. En 1763, le ministre de la Marine Choiseul lui confia le commerce des possessions françaises d’Afrique occidentale, où il avait acheté l'île de Gorée, puis de Cayenne et des Antilles. Ils pratiquèrent la traite négrière. David Gradis et fils arrivent en 7e position des armateurs ayant armé à Bordeaux pour la traite, avec 10 expéditions négrières de 1730 à 1786[6]. David Gradis commerça aussi avec la Hollande et l’Angleterre.

En 1779, Abraham Gradis bénéficia de lettres patentes le naturalisant français et l’autorisant à posséder des terres dans les colonies. Il était syndic de la « nation portugaise » depuis 1738. Il fonda, pour sa communauté, la première caisse mutuelle d'assurance maladie de Bordeaux[7].

En 1748, il fit l’acquisition du château Monadey à Talence (Gironde).

À son décès, sa fortune est évaluée à 8 millions de livres.

Moïse Gradis dit Moïsille (1714-1788)[modifier | modifier le code]

À la fois neveu et beau-frère d'Abraham Gradis, Moïse Ier Gradis a aidé son oncle à gérer l'entreprise familiale et reprend la tête de la Maison David Gradis et fils lorsque Abraham meurt en 1780. À sa mort en 1788, Moïse, célibataire, laisse la maison de commerce à ses quatre neveux, fils de Benjamin Ier Gradis: Jacob, Abraham II, Moïse II et David II Gradis.

David II Gradis (1742-1811)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : David Gradis.

Abraham Ier et Moïse Ier étant morts tous deux sans postérité, c’est leur neveu commun David II Gradis (1742-1811) qui succéda à la tête de la maison de commerce et d’armement avec ses trois autres frères. Mais Jacob et Abraham II meurent respectivement en 1791 et 1790, tandis que Moïse II, impliqué dans la cause girondiste, fuit en 1793-1794, dans un premier temps à Philadelphie, où il reste environ 8 ans avant de se rendre à Saint-Domingue et à la Martinique pour reprendre possession des propriétés de la famille qui avaient été confisquées à la suite de la Révolution de Saint-Domingue en 1791.

Fils de Benjamin Ier Gradis (1699-1771) et de Hana Esther Gradis (1706-1776), qui étaient cousins germains, David II Gradis était le sixième enfant d'une fratrie de sept comprenant Jacob (1731-1791), Esther Suzanne (1734-1806), Moïse II (1737-1825), Abraham II (1738-1790), Sara (1740-1812), et Samuel (1745-1781).

David II Gradis se livra parallèlement à la réflexion philosophique et politique, publiant des écrits tels que l’Essai de philosophie rationnelle (1811). En 1785, comme il était syndic des Juifs de Bordeaux, Malesherbes le choisit pour présider la commission chargée d’examiner le statut des juifs en France. Membre du conseil général de la commune de Bordeaux, il fut aussi, sous le règne de Napoléon Ier, président du consistoire israélite de la ville.

Benjamin Gradis (1789-1858)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Benjamin Gradis.

À sa mort, son neveu Benjamin III Gradis (1789-1858) prit la direction de la maison de commerce, tout en publiant des ouvrages de philosophie politique et des brochures promouvant la réforme du culte israélite. Il fut vice-président du Comité consistorial de secours et membre du Consistoire de Bordeaux. Il signait et se faisait appeler Benjamin Gradis Jeune pour se distinguer de son cousin Benjamin II Gradis (1782-1843), dit Benjamin aîné, qui fut critique littéraire et romancier. Il avait épousé sa cousine, Sara-Laure Rodrigues-Henriques, fille d'Esther (1780-1859).

Esther Gradis (1780-1859)[modifier | modifier le code]

Mariée à Alexandre Isaac Rodrigues-Henriques (1765-1834), banquier, elle est la mère de Léonie Rodrigues-Henriques (1820-1884) qui épousa le compositeur de musique Fromental Halévy (1799-1862), et fut la mère de Geneviève Halévy. Esther est également la mère de Hippolyte Rodrigues, agent de change et homme de lettres, et de la romancière Eugénie Foa.

Henri Ier Gradis (1823-1905)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Henri Gradis.

Fils de Benjamin III Gradis (1789-1858), Henri Gradis fut président du Consistoire israélite de Bordeaux de 1892 à 1905. Il occupa les fonctions d'adjoint au maire de Bordeaux et de trésorier de la Chambre de Commerce, mais il fut surtout connu comme historien. On a de lui : Histoire de la révolution de 1848 (1872), Le peuple d'Israël, Polyxène (1881) drame en 4 actes, Jérusalem (1883) tragédie en 5 actes, Histoire de Bordeaux (1888)[8]. Il fait construire en 1860 le château des Lauriers à Lormont.

Raoul Gradis (1861-1943)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Raoul Gradis.

Fils de Henri Gradis (1823-1905) et de Claire Brandam, Raoul Gradis reprit en 1905 la direction de la maison Gradis en s’associant avec son beau-frère, Georges Schwob d'Héricourt. Ils firent évoluer la maison Gradis en Société française pour le commerce avec les colonies et l’étranger (1921), Georges Schwob d'Héricourt en prenant la présidence et Raoul la vice-présidence.

Il était sociétaire des Artistes français en 1886 et auteur de poèmes pour piano et violon. Il était chevalier de la Légion d'honneur.

Il épousa Suzanne Fould, fille de Paul Fould, maître des requêtes au Conseil d'État, petite-fille du baron Joseph de Günzburg, banquier à la cour de Russie, et tante de la baronne Édouard de Rothschild, née Germaine Halphen.

Gaston Gradis (1889-1968)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Gaston Gradis.

Fils de Raoul Gradis (1861-1943) et de Suzanne Fould, Gaston Gradis fut président de la société Nieuport-Astra, de la Compagnie générale transaérienne, des Brasseries du Maroc ; ainsi qu'administrateur de la SFCO, de Maurel et Prom, etc.

Polytechnicien, ingénieur, capitaine d'artillerie et explorateur, il dirige l'expédition de la première traversée en voiture du Sahara du nord au sud, à laquelle prirent part Henri de Kerillis, le maréchal Louis Franchet d'Espèrey, le commandant Ihler, René et Georges Estienne (fils du général Estienne).

Il était officier de la Légion d'honneur.

Il épouse en premières noces Georgette Deutsch de la Meurthe, la fille de Henry Deutsch de la Meurthe, puis en secondes noces la fille du général Koechlin.

Résident au Maroc, il vient se ressourcer au domaine de Margarance et y cultive la vigne lors de ses séjours en France.

Jean Gradis (1900-1975)[modifier | modifier le code]

Né à Paris, le 14 décembre 1900, il est le fils de Raoul Gradis (1861-1943) et de Suzanne Fould.

Il a été agent de change, fondé de pouvoir de la banque Neuflize et administrateur de la SFCO et de sociétés marocaines (Société chérifienne de participations (Sochepar), Société de participations africaines et de coopération financière, Société financière Nord-Africaine, Société française d'investissements et de participations...)[9]

Il fut officier d'artillerie. Il est chevalier de la Légion d'honneur et décoré de la Croix de guerre 1939-1945.

En 1931, il acquit le Château de la Cour-au-Berruyer et qui fut classé monument historique en 1932.

Il épousa la fille d'Édouard Goüin. Ils eurent deux enfants ; Isabelle, qui épousa Pierre Leroy-Beaulieu, et Hubert, né à Paris le 12 décembre 1933, devenu prêtre.

Henri II Gradis (1920- )[modifier | modifier le code]

Fils de Gaston (1889-1968), il est diplômé d'HEC et président-administrateur de sociétés. Il est Président d'Honneur de la SFCO dont il a été PDG, comme il l'a été de la Société d'études de gérance et de commission (SEGECO), de la Société de gérance d'intérêts privés, et président délégué de la Société chérifienne de participations (Sochepar) de 1968 à 1981, administrateur des Brasseries et Glacières Internationales (Groupe BGI)...

Il épouse Bernadette Servan-Schreiber (1928- ), secrétaire général d'Avenir et Patrimoine, fille d'Émile Servan-Schreiber et sœur de Jean-Jacques Servan-Schreiber. Ils ont quatre enfants : Patricia (épouse Michael Gallagher), Diego (épouse Christiane Johannot), Yvan et Corinne, avant de divorcer en 1985[10].

Diego II Gradis (1955-)[modifier | modifier le code]

Fils de Henri (1920-) et de Bernadette Servan-Schreiber, il est dîplomé de l'Institut d'études politiques de Paris (Service public), détient une maîtrise en droit de l'Université Paris II et un LL.M. (Master of Law) de la New York University School of Law. Il est PDG de la SFCO. Après avoir été collaborateur dans divers cabinets d'avocats à New York et à Paris, il fonde et dirige l'ONG internationale Traditions pour Demain (www.tradi.info). Il est Vice-président de la Commission nationale suisse pour l'UNESCO et membre du Comité de Liaison ONG-UNESCO (www.ngo-unesco.net).

Il épouse Christiane Johannot (1951-), Vice-présidente de Traditions pour Demain, fille de Louis Johannot[11] (1920-2009), ancien directeur de l’Institut Le Rosey (Suisse) et d'Anne-Marie Meyer de Stadelhofen (?-2013). Diego et Christiane ont un fils, Cyril (1989-), avocat, vice-président de la SFCO.

Yvan Gradis (1958-)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Yvan Gradis.

Yvan Gradis est le frère cadet de Diego Gradis. Ecrivain, peintre et dessinateur, il est connu pour être le promoteur de la lutte anti-publicitaire en France.

Maison Gradis[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maison Gradis.

Sources et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Pierfit, « Généalogie de la famille Gradis » (consulté le 7 juin 2016)
  2. « Fortune : le retour des 200 Familles », sur marianne.net, (consulté le 6 juin 2016)
  3. « article Gradis », sur jewishencyclopedia.com (consulté le 6 juin 2016)
  4. Cavignac, 1987, Dictionnaire du judaïsme bordelais)
  5. Béatrice Philippe, Être juif dans la société française, éd. Montalba, 1979, p. 87, (ISBN 2-85870-017-6) (notice BnF no FRBNF36601908)
  6. (selon Éric Saugera, Bordeaux port négrier, 2002, p. 229)
  7. « Présentation du Musée », Musée National de l'Assurance Maladie (consulté le 13 novembre 2011)
  8. Gradis, Henri 1823-1905, Histoire de Bordeaux, Bordeaux, Féret, , 459 p. (lire en ligne)
  9. « L'Indochine ; « La France et les trusts » (Économie et politique, n° 5/6, 1954) ; 8 p. », sur entreprises-coloniales.fr, (consulté le 4 juin 2016).
  10. « Les Servan-Schreiber : L’ambition d’une famille »
  11. « Article de presse ; décès de Louis Johannot », sur avdep.ch, (consulté le 6 juin 2016)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean de Maupassant, Un grand armateur de Bordeaux. Abraham Gradis (1699-1780), préface Camille Jullian, éditions Feret et fils, 1931 (archive.org)
  • Denis Vaugeois, La France et les Gradis, dans « Les Juifs et la Nouvelle-France », les Éditions Boréal Express, 1968.
  • Jean Valette, Louis Bergeron, Jean Cavignac, Guy Chaussinand-Nogaret, Grands notables du Premier Empire: notices de biographie sociale, 1986
  • Jean de Maupassant, Les Armateurs bordelais au XVIIIe siècle: Abraham Gradis et l'approvisionnement des colonies (1756-1763), 1909
  • Jean Schwob d'Héricourt, La maison Gradis et ses chefs, Argenteuil, 1975
  • Richard Menkins, The Gradis Family of Eighteenth Century Bordeaux: A Social and Economic Study, 1997
  • Christine Nougaret, Archives et histoire de la Maison Gradis (1551-1980), 181 AQ 1*-156, Répertoire numérique détaillé et édition de texte, Paris, Archives Nationales, 2011.
  • Henri Gradis, Notice sur la Famille Gradis et sur la Maison Gradis et Fils de Bordeaux, 1875
  • Catherine Hodeir, Stratégies d'empire: le grand patronat colonial face à la décolonisation, 2003
  • Henry Coston, Le retour des "200 familles, 1960

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]