Préromantisme

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Le terme préromantisme, issu de l'épithète préromantique mise à la mode par Paul Van Tieghem, importée en France notamment par André Monglond, postule l'existence d'un réseau de représentations artistiques et de postures intellectuelles qui annoncerait le romantisme du XIXe siècle.

Dans une première acception, le préromantisme a servi à désigner, plutôt qu'un mouvement littéraire, une esthétique et une sensibilité qui innerveraient la littérature et les arts de la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Ainsi, certains critiques littéraires du XXe siècle ont cru discerner les caractéristiques d'une sensibilité romantique au XVIIIe siècle et ont regroupé les manifestations de cette prétendue précocité sous le nom de préromantisme. Rousseau, Diderot ou Prévost seraient ainsi plus ou moins directement liés à un préromantisme du XVIIIe siècle.

Des historiens des idées ont également postulé l'existence d'une forme de préromantisme au XVIIIe siècle dans le domaine des sciences et de la philosophie ; ainsi, Georges Gusdorf dans certains tomes de l'ensemble Les sciences humaines et la pensée occidentale (notamment le Tome VII : Naissance de la conscience romantique au siècle des lumières, 1976).

On parle également d'un courant préromantique dans l'art pictural (Girodet, Pierre-Paul Prud'hon, Francisco de Goya entre autres).

Dans un deuxième temps, le terme a permis de mettre un nom provisoire sur une période de l'histoire littéraire peu connue et insaisissable, "une période sans nom" d'après le colloque qui s'est tenu à Toulouse en avril 2014 : le tournant des Lumières (1770 ou 1780 - 1820). Des auteurs comme Baculard d'Arnaud, Loaisel de Tréogate, Ramond de Carbonnières, Letourneur, Mercier, Bernardin de Saint-Pierre, Senancour, Benjamin Constant, Nodier ou encore le premier Chateaubriand ont dès lors pu être qualifiés d'écrivains préromantiques. La critique s'est servie de ce concept pour commenter et interpréter les textes du tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Le préromantisme ouvrirait la voie au romantisme proprement dit, qui se forme en école en France à partir de la fin des années 1820. L'idée du préromantisme comme mouvement littéraire a été répandue par le premier grand spécialiste de Senancour, André Monglond, avec les deux tomes de son ouvrage Le Préromantisme français paru en 1966 chez J. Corti, Paris : 1. Le Héros préromantique, 2. Le Maître des âmes sensibles.

On peut synthétiser ainsi les traits du préromantisme :

  • Réhabilitation des passions et du moi ;
  • Culte de la sensibilité ;
  • Exaltation du sentiment de la nature ;
  • Exaltation de l'originalité de style et de personnalité.

La notion de préromantisme, en vogue dans les années 1960 et 1970, et aujourd'hui encore parfois utilisée, a cependant été abondamment critiquée pour plusieurs raisons :

  • anachronisme et illusion rétrospective : ce terme présuppose un sens de l'histoire, il relève de l'histoire littéraire téléologique ;
  • lieux communs et raccourcis : il repose sur l'opposition entre raison classique et passion romantique. Or, Rousseau est le parfait démenti de cette division artificielle : en témoigne l'écriture presque simultanée du roman sensible La Nouvelle Héloïse et de l'essai politique Le Contrat Social. La tendance de la critique actuelle est de montrer les liens entre rationalisme et sensibilité, voire entre esprit scientifique et sensibilité.
  • imprécisions historiques et ignorance des contextes : il nie la complexité d'une période qui est aussi celle du néo-classicisme, et il conduit ainsi à refuser de voir toute forme de romantisme comme la continuité possible de la pensée des Lumières (par le biais des Idéologues notamment), tout en minorant la rupture épistémologique radicale qu'est la Révolution française.

Depuis la fin du XXe siècle, la critique préfère à l'expression préromantisme français, celle de premier romantisme français, inspiré du Premier romantisme allemand (1798-1804).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Le préromantisme : hypothèque ou hypothèse ?, actes du colloque de Clermont-Ferrand de 1972 (1975).
  • Jessica Riskin, Science in the age of sensibility, 2002
  • Claudio Chiancone, La scuola di Cesarotti e gli esordi del giovane Foscolo, Pisa, Edizioni ETS, 2013 (essai sur le préromantisme européen et italien).
  • Le Préromantisme. Une esthétique du décalage, études réunies par Éric Francalanza, Paris : Eurédit, 2006, 270 p., EAN 9782848300672.