Château d'Oiron

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château d'Oiron
Image illustrative de l'article Château d'Oiron
Début construction XVe siècle
Fin construction XVIIe siècle
Propriétaire initial Guillaume Gouffier
Propriétaire actuel État
Protection Logo monument historique Classé MH (1923)
 Inscrit MH (1943)
Site web http://www.oiron.fr
Coordonnées 46° 57′ 06″ Nord 0° 04′ 39″ Ouest / 46.951667, -0.0775
Pays Drapeau de la France France
Région française Poitou
Subdivision administrative Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes
Département Deux-Sèvres
Commune Oiron

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château d'Oiron

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château d'Oiron

Le château d'Oiron est situé à Oiron dans le département des Deux-Sèvres en France.

Le château, avec sa cour, ses grilles, le petit parc et les terrains immédiatement attenants, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . Cette protection est ensuite complétée : l'ensemble des parcelles dans le champ de visibilité du château fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le [1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le château d'Oiron est l’œuvre de la famille Gouffier : Guillaume (mort en 1495) reçoit de Charles VII la terre d’Oiron en 1449. Par son second mariage avec Philippe de Montmorency, auraient pu arriver à Oiron certains portraits de cette famille.

Son fils Artus Gouffier de Boissy, gouverneur de François Ier, est nommé grand-maître de France en 1515 et duc de Roannez et pair de France; accompagnant Charles VIII et Louis XII en Italie où il reçut la terre de Caravaz – titre devenu marquisat de Carabas dans Le Chat Botté de Charles Perrault – il s'intéressa à l'art de ce pays et a pu véritablement commencer l'importante collection d'art familiale.

Son frère Adrien, cardinal et légat, aurait reçu de Raphaël La Petite Sainte Famille (musée du Louvre) et son épouse, Hélène de Hangest, aurait constitué une importante collection de dessins, certains peut-être de sa main. Son troisième frère, Guillaume, amiral de France, fut le constructeur du château poitevin de Bonnivet (86 - détruit), une des plus belles demeures de la Renaissance française.

Avec leur fils Claude Gouffier qui devient Grand Écuyer de France en 1546, la famille atteint son apogée.

La cour d'honneur fut ornée d'une grande statue équestre métallique du roi Henri II "en victorieux, tenant une palme à la main" selon un inventaire de 1559 (?) retranscrit par son détenteur célèbre - et controversé - vendéen Benjamin Fillon (1819-1881), et d'une vasque en marbre attribuée à l'italien Jean II Juste (vers 1510-vers 1577) qui sert de bénitier dans l'ex-collégiale (église paroissiale Saint-Maurice depuis 1801); un mortier en marbre provenant du château est conservé au Musée d'Agesci à Niort (cf. Daniel Courant, Dictionnaire des sculpteurs des Deux-Sèvres Geste éditions, 2012, pp 350 et 351). Par ailleurs, trente-quatre bustes en profil d'empereurs romains ou de rois de France décorent les allèges des fenêtres sur les trois côtés; seuls subsistent ceux de la façade de la galerie Renaissance.

Entre 1620 et 1642 Louis Gouffier fait élever le pavillon du Roi, reconstruire le corps de logis et réaliser différents décors peints et plafonds, dont une salle des Amazones ornée de quinze tableaux "à grands personnages" (disparus), travaux de décoration intérieurs attribués par Vouhé (op. cit., p. 26) à Jacques Despied et à Charles Beaubrun (déjà cité, avec son frère Henri, par Henri Clouzot) - à qui le duc avait commandé sept tableaux le 4/03/1629 pour la salle de l'appartement du Roi - qui s'associent le 25/09/1630 pour les ouvrages de peinture à y faire; Despied, qualifié de vitrier, ira ensuite dorer des cadres au château de Thouars propriété des ducs de La Tremoille.

Deux portraits présumés de Louis Gouffier sont conservés dans la région, l'un au Musée de Poitiers, l'autre au château, attribué à Antoine Ricard, que des vues anciennes montrent inséré dans le manteau de la cheminée du Salon du Roi, a été restauré (reprod. par Vouhé, op.cit. p.27).

Entre 1669 et 1683 Louis d'Aubusson (+ 1691), comte puis duc de La Feuillade et de Roannez, fait maréchal de France en 1675 (des bâtons de maréchal posés en sautoir sont sculptés sur certains bâtiments), gouverneur du Dauphiné en 1681, époux de Charlotte Gouffier qui lui apporta en dot le 6/04/1667, fait édifier par l'entrepreneur Guillaume Cornesse - son père Jacques édifia le château voisin de Thouars à la fin des années 1630, le pavillon dit des Trophées - et intégrer dans le corps de logis la chapelle et l'escalier Renaissance, du rare type dit "à noyau central évidé"; l'inventaire après décès de son épouse (23/04/1683) mentionne "le salon neuf, la chambre de la tour neuve et les pavillons neufs de l'avant-cour", figurés sur la vue du château levée en 1699 par Louis Boudan pour Roger de Gaignières (Vouhé, op.cit. p.19).

Le maréchal, qui acquit en 1679 la terre de Curzay, et en 1686 de celle de Moncontour, est mentionné résidant au château en juillet 1687; selon Vouhé (op. cit., p.21) la demie-lune dite "en patte d'oie" commandant trois grandes allées plantées d'ormes qu'il fait tracer dans l'axe central du château est inspirée des exemples des ceux de Richelieu, également en Poitou, et surtout de Versailles.

Son seul fils survivant et "le plus solidement malhonnête homme qui ait paru depuis longtemps" (Saint-Simon) rendra hommage pour la terre d'Oiron le 9/03/1694 mais, endetté, la vendra avec celles de Cursay, Moncontour et Tersay pour 340 000 livres le 31/12/1698 à son créancier Pierre Sauvage, bourgeois de Paris, probable prête-nom d'une "bande noire" selon Dumolin (op.cit., p. 21). Ayant exercé sa faculté de réméré et remis en possession du domaine le 12/03/1700, d'Aubusson le revendra pour 315 600 livres par personnes interposées à Mme de Montespan, qui finalisa le budget d'acquisition avec les 100 000 livres données par Louis XIV pour racheter un collier de 21 perles qui en valait 150 000, selon Saint-Simon.

Cet achat était fait au nom de son fils légitime, Louis-Antoine de Pardaillan de Gondrin, marquis d'Antin, dont Louis XIV fit successivement un lieutenant général (1702), le gouverneur de l'Orléanais (septembre 1707), le directeur des Bâtiments, jardins, arts et manufactures (juin 1708), enfin un duc et pair (1711). Le marquis, qui reçut de sa mère 340 000 livres destinées à cet achat le 13/04/1700, fut déclaré adjudicataire du domaine d'Oiron le 20/06/1703.

L'ex-favorite se partagea alors entre Oiron dont elle était usufruitière et où elle transféra le 14/11/1703 l'Hospice de la Sainte-Famille qu'elle avait créé en 1693 à Fontevraud - l'abbaye confiée par le roi à sa sœur Gabrielle de Rochechouart-Mortemart le 16/08/1670 - et ses cures à Bourbon-l'Archambault, où elle mourra en 1707.

Au château elle fit poser des taques de cheminées à ses armes datées de 1700 (certaines conservées) et des carrelages en faience de Nevers à camaieu bleu sur fond blanc dont il restait six caisses à sa mort, et y fit poser plafond, parquets à compartiments, portes et lambris dont un cabinet entièrement "boisé" de chêne naturel (un maître menuisier de Thouars se marie à Oiron en août 1688); la chapelle de l'hospice, destiné à recevoir cent pauvres, fut bénie le 26/07/1705.

En janvier 1708 et janvier 1713 son fils fit transporter des meubles dans son château de Bellegarde, sa résidence préférée; quelques meubles portant les armes des Rochechouart sont signalés à l'hospice local par un auteur anonyme de la fin du XIXème siècle.


Un chef-d'œuvre revient à Oiron.

En 1713 le duc d'Antin fit lever par Hypolite Matis, géographe et arpenteur du roi, un Recueil des vues, plans et cartes du château et de la seigneurie d'Oiron, des baronnies de Moncontour et de Curçay, grand in-folio relié contenant cinq vues, cinq plans et quinze cartes, qui fut suivi par ceux de ses autres domaines : le duché d'Antin et le marquisat de Montespan en 1717, le marquisat de Gondrin en 1720 et celui du château de Petit-Bourg en 1730. Devenu ensuite inutile pour la gestion du domaine, il resta en mains privées pendant deux siècles : signalé en 1847 chez Héracle de Polignac (1789-1856) au château d'Outrelaize (Calvados), il passa ensuite à son gendre Gabriel d'Oilliamson (1817-1877), puis à d'autres collectionneurs; finalement acquis par l'Etat pour le Centre des Monuments Nationaux à la vente Alde du 6/03/2014 (Vouhé, pp. 91 et 92), il fut exposé au château du 24/10/2015 au 24/01/2016 (catalogue cité en bibliographie).

Son fils aîné Louis de Pardaillan, marquis de Gondrin, étant mort à 23 ans en 1712, il se démit en 1724 de son duché-pairie au profit de l'aîné de ses petit-fils Louis, dit le duc d'Epernon, qui fut après lui gouverneur de l'Orléanais (et renonça à sa succession) Il mourut à 71 ans en 1736, laissant "d'énormes dettes qui provoquèrent de nombreux procès" selon Dumolin (op. cit., p.25) et le 27/06/1739 sa veuve, née Julie-Françoise de Crussol d'Uzès, et le procureur de son second petit-fils Antoine François de Pardaillan, marquis d'Antin, vendirent pour 500 000 livres les terres d'Oiron, Cursay et Moncontour au tuteur de Gabriel de Neufville, marquis de Villeroy, alors âgé de huit ans; celui-ci la conserva 33 ans et, devenu duc, la revendit le 1/10/1772.


« Monsieur le Grand », un collectionneur et mécène[modifier | modifier le code]

Claude Gouffier acquit en Italie des œuvres de Raphaël, une Pietà du Pérugin (entre 1493 et 1500, National Gallery, Dublin), ou attribués au Primatice ou à Giovanni Bellini ; le portrait du roi Jean Le Bon, (huile sur bois, musée du Louvre, Paris) est présenté comme la pièce la plus remarquable de sa collection.

Aucune bibliothèque n'est mentionnée dans les inventaires, mais en 1683 il est fait état de 353 volumes reliés en parchemin et de 218 « autres reliés en veau de plusieurs couleurs qui sont historiens et romans fort anciens », certains reliés pour Claude, car Roger de Gaignières dit en détenir plusieurs et il reproduira une de ces reliures qu'il acquis probablement avec des tableaux en 1700.

Sur quatorze reliures de Claude Gouffier signalées en 1994 dix étaient encore connues, dont trois en mains privées ; elles ont appartenu aux plus célèbres bibliophiles du XIXe siècle  : Guillaume Libri, le baron Jérôme Pichon (1869 et 1897), qui a possédé des objets d'art de Gouffier, comte de Lignerolles (1894), duc d'Aumale (cf. au château de Chantilly), Louis de Mongermont, Edouard Rahir (1936), etc.On cite entre autres un recueil de dessins de mors de chevaux, revêtu initialement d'une reliure d'orfèvrerie (no 393 de la vente Pichon du 19/04/1869) offerte à Claude par Galiotte, comtesse de Ringrof, la fille de son prédécesseur Galiot de Genouillac, des livres de piété dont un livre d'heures manuscrit sur parchemin et enluminé (Pierpont Morgan Library, New-York) et un psautier français sur papier (Bibliothèque de l'Arsenal, Paris ?).

En 1568-1569 le château fut pillé par des troupes huguenotes.

En juin 1570 Claude demanda dans son testament que les tapisseries garnissant le château soient conservées en place par son héritier ; à sa mort est vendu le mobilier de l'hôtel de Boisy à Paris, comprenant nombre de portraits et une série de « 60 tableaux painctz en huille...garnis de leurs moulures dorées » : huit furent acquis par le président d'Orsay, la duchesse de Lorraine achetant quant à elle des tableaux sur cuir par Noel Guérin; les collections conservées à la capitainerie d'Amboise, une de ses charges, furent également dispersées. Un autre inventaire fut établi en 1571.

Un inventaire de 1631 mentionne plus de 600 tableaux dans la chapelle (inscriptions signalées par Dumolin) et presque autant en 1654 dans le château même, et en 1683 plus de 400 œuvres réparties entre Paris, Versailles et Oiron, certains attribués à Hans Holbein et Albrecht Dürer, sans compter les œuvres dispersées par les ventes, partages et pillages.

Entre 1642 et 1662 Artus Gouffier de Roannez (ami de Blaise Pascal) vendit La Petite Sainte Famille de Giulio Romano, alors attribuée à Raphaël, qui fit partie de la collection de Louis Loménie de Brienne, lequel la cèdera ou la donnera au roi en 1663 ; en 1683, François III d'Aubusson, comte puis duc de la Feuillade, époux de Charlotte Gouffier, dernière du nom, offrit au roi le Saint Jean Baptiste de Raphaël (Paris, musée du Louvre).

La dispersion de ce qui restait en 1700 de l'ex-collection Gouffier est due à Mme de Montespan, au profit de Dom Charles Conrade, bénédictin de Saint-Jouin-de-Marnes, qui lui échangea des tableaux contre des livres, ou en acheta en plusieurs fois au profit de Roger de Gaignières ; quelques portraits royaux, probables épaves de la collection des ducs de Roannez, sont mentionnées dans l'inventaire après décès de la marquise (Archives départementales des Deux-Sèvres) ordonné par son fils à partir du 22/07/1707; découvert dans les archives du château par l'historien thouarsais Hughes Imbert qui en lut des extraits à la Sorbonne en 1867, il a été publié partiellement l'année suivante par Pierre Clément (op. cit.), puis intégralement par Vouhé en 2015; un auteur anonyme mentionne que Fillon aurait détenu un "autre inventaire dressé en 1707".

Subsistent aujourd'hui au château et dans l'ex-collégiale, entre autres, un Saint Jérôme (Florence, vers 1550-1570 ?), une Résurrection (école anversoise, XVIe siècle), une copie française d'une Vierge à l'Enfant de Rubens (original perdu), des Baubrun et une série d'œuvres de Jacques Blanchard, citée en 1683.

Effigies de Claude Gouffier[modifier | modifier le code]

  • un portrait présumé par François Clouet (vers 1555 ? collection Cambridge Fogg Art Museum, Massachusetts, reproduit dans Jardin des Arts no 51, janvier 1959, p. 185);
  • un autre portrait, "crayon d'après Clouet" fait partie des 362 dessins attribués à cet artiste acquis d'un lord anglais par le duc d'Aumale (Musée Condé à Chantilly - fig.5 du catalogue de l'exposition « Les trésors du Grand Écuyer » musée national de la Renaissance, château d'Ecouen, 16 novembre 1994 - 27 février 1995, p. 14);
  • un autre portrait, peinture sur bois (château de Versailles, fig. 9 du cat. cité supra, p. 17) ;
  • un dessin du Musée Condé à Chantilly porte la mention "Le grand maître de Boisy" probablement Artus (+ 1519);
 un autre portrait de Claude Gouffier à genoux, présenté par son patron; le dessin de Gaignières est reproduit par Dumolin (qui le dit dans le chœur de l'église paroissiale) ainsi que celui de de Claude de Brosse, présentée par Saint François d'Assise, son pendant;

Le XVIIe siècle voit le déclin des Gouffier ; Louis est exilé dans son château par Louis XIII, son fils meurt prématurément et son petit-fils Artus de Roannez, ami intime de Blaise Pascal, n'aura pas d'enfants.


Des propriétaires moins illustres et moins fortunés[modifier | modifier le code]

Le 1/10/1772 le domaine est acquis par Pierre Jacques Fournier (+ 1800) seigneur de Boisairault, ancien lieutenant-colonel de cavalerie, qui dix ans plus tard fit dresser un Atlas des plans géométriques des fiefs de domaine de haute justice d'Oiron ; lors de la Révolution de 1789 il émigra mais pas son épouse, née Louise-Geneviève Ciret de Bron, et en octobre 1799 le couple put rentrer en possession d'un domaine amoindri et aux décors intérieurs malmenés, les insignes nobiliaires mutilés, comme les statues et les tombeaux de la collégiale voisine.

En 130 ans de présence cette famille modernisa à plusieurs reprises les appartements mais ne put toujours financer le lourd 'entretien de la grande demeure, où plus aucun élément notable ne sera ajouté; de plus, afin de réduire ou d'éviter l'impôt foncier, des ouvertures furent bouchées, les grandes pièces cloisonnées et entresolées, et des parties entières, comme le second étage des deux pavillons, abandonnées...

Le premier préfet des Deux-Sèvres, préfet Dupin (1800-1813), répondant à une enquête ministérielle, dit avoir constaté que « les peintures de la galerie s'abîment, l'on entrepose du blé dans les grands appartements et (que) le propriétaire s'est retranché au rez-de-chaussée » ("Notice sur les anciens châteaux des Deux-Sèvres", brochure manuscrite de 56 pages. - arch. Direction de l'Architecture).

Des érudits locaux lui consacrent des pages dès 1824 par Bourniseaux et 1839 par Charles de Chergé, qui dit que vers 1830 les larges douves manquant d'eau furent occupées sur ordre du châtelain par des cerfs et des chevreuils, puis par des plantations de froment (cité par Vouhé, p.67);

En 1840, l'inspecteur des Monuments Historiques Prosper Mérimée signale le mauvais entretien des peintures de la galerie Renaissance et la nécessité de sauvegarder cet ensemble jugé exceptionnel, qui en 1843 apparaît dans Monuments des Deux-Sèvres de Baugier et Arnault.

Deux campagnes de restauration du château seront conduites, une en 1820 puis celle commandée par Auguste Fournier de Boisairault de 1869 à 1877 à l'architecte chinonais Noel Daviau, qui démolit le toit à haut comble et le dernier étage du Pavillon du Roi, alors couvert d'une voûte et terminé en attique, remania l'intérieur du pavillon symétrique dit des Trophées et le rez-de-chaussée du corps de logis principal; un auteur anonyme de cette époque lui attribue aussi la réfection de la cour "suivant son dessin primitif (grâce au) magnifique manuscrit exécuté pour le duc d'Antin" ; il la flanqua d'un pavillon carré dans le style du XVIIème siècle. Selon la mode de l'époque, Daviau ajouta au chiffre des Gouffier ceux de son client et de son épouse, née Gertrude de Stacpoole (Dumolin, op. cit. p.35).

Vers 1870 seront déposées les œuvres décoratives jugées les plus originales, une série de dix termes en terre cuite sculptés en ronde-bosse avec une figure ou un masque sur la face antérieure, sur gaine courte, d'origine inconnue. Les premiers termes, des satyres en bronze également dépourvus de bras, apparaissent à Fontainebleau vers 1535; ceux d'Oiron, métaphores sculptées de la devise de Claude Gouffier - "La mort est le terme (la fin )de toute chose" - occupaient les niches des contreforts de la galerie Renaissance, sans qu'il soit certain que ce soit leur destination première.

En 1877 le domaine passa à Gustave Fournier de Boisairault, mort accidentellement en 1883, puis revint à sa mère, qui y aurait hébergé des descendants d'un comte de Cerizay (?); à sa mort en 1906, le domaine fut démembré et le mobilier dispersé, dont "une ou plusieurs tapisseries dans la chapelle", et le lots de carreaux de faience est pillé, selon Dumolin; le château revint au neveu de la défunte, vicomte d'Oiron, dont la veuve put racheter les 590 hectares du Grand Parc et le Petit Parc, formé de quelques hectares entourant les douves, vestiges d'un domaine de 3 700 arpents - soit près de 2 500 hectares - selon l'arpentage de 1713.

C'est à cette époque que le photographe poitevin Jules-César Robuchon (1840-1922) put prendre des clichés de quatre des dix statues, dont une Vénus et un Mars ? et un homme sans tête (que l'on retrouve complétées et patinées dans une collection new-yorkaise en 1994) sur des piédestaux, adossés au mur Ouest de la galerie (cf. ci-dessous); ces clichés furent publiés dans son ouvrage Paysages et Monuments du Poitou (VIII, 10ème livraison, 1884) - dont la rédaction de la parie relative au château et à l'ex-collégiale d'Oiron est due à Daviau - et édités en cartes postales.

Détail d'une photo de Jules Robuchon montrant les termes déposés

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Un album anonyme des années 1880 relatif au château, illustré de plusieurs eaux-fortes, certaines signées de Boulard fils et de Sadoux et d'un dessin représentant le terme ou hermès reproduit ci-dessus signé d'un monogramme (Daviau ?) et des clichés par Robuchon, montre une demeure mal entretenue et entourée d'une abondante végétation, des chevaux devant le portique aménagé en écuries, et à l'intérieur un profil en marbre blanc de Louis XIV richement encadré (lauriers, masque du soleil, fleurs de lys, ruban, couronne royale) qui peut être un vestige du mobilier Montespan voire celui que Dumolin (1931) dit être passé au château de Purnon à Verrue (86).

Benjamin Fillon, grand amateur de céramique ancienne et auteur de l'Art de terre chez les Poitevins (1864), posséda le terme au crâne dégarni et barbu (Louvre-Lens, reprod. coul. ci-dessus) provenant de la série de dix précitée, qu'il acquit probablement lors de la dépose de ces œuvres : donné par son épouse Clémentine (+ 1873) au Musée de la Céramique de Sèvres, puis transféré en 1935 au Musée du Louvre, celui-ci en est le seul vestige conservé en France; les quatre autres connus, qui furent "complétés" (tête et masque refaits, gaines allongées) et patinés, provenant de la collection Morgan et acquis en 1944 par le marchand d'art Georges Wildenstein (1892-1963), et étaient encore aux mains de ses héritiers en 1994.

Des statues en cette matière gélive participèrent aux siècles suivants au décor extérieur d'autres grandes maisons comme la série des Muses XIXème du château de Terre-Neuve à Fontenay-Le-Comte (85) ou la Léda (même époque, marquée d'un nom italien) du jardin de celui de Dampierre-sur-Boutonne (17), provenant d'une autre propriété saintongeaise.


Un possible sauveur ?[modifier | modifier le code]

Vers 1875 le magnat du sucre Alfred Sommier, restaurateur du domaine de Vaux-de-Vicomte (77) de 1875 à sa mort (1908), « se serait intéressé au château d'Oiron, délabré également et dont les terres avaient été dispersées, mais cette région l'aurait tenu trop éloigné de ses affaires et Vaux lui procurait une belle œuvre de résurrection à entreprendre. Cet intérêt s'est peut-être manifesté alors qu'il songeait à un établissement pour Alexandre, son second fils, mort en 1889. »[2].

En 1888 l'abbé Bossebœuf lui consacre un article au château et à la collégiale; en 1892, l'architecte Deverin exécuta des relevés du château (Archives des Monuments historiques en 1931); en 1903, Arthur Bouneault s'intéresse aux clés de voûte de la chapelle; en 1906 l'historien d'art niortais Henri Clouzot évoque le château et son décor peint.


Grandeur et décadence[modifier | modifier le code]

Après des difficultés successorales au cours du XIXe siècle et les ventes des terres et du mobilier, la demeure connaîtra le sort de bien d'autres; dans son numéro consacré au Poitou, la revue du Touring Club de France (vers 1910) décrit un château inhabité "où l'on montre encore quelques tableaux anciens"...en 1931 Dumolin indique que le chartrier est conservé au rez-de-chaussée du pavillon des Trophées, où vit la dernière occupante du château; certaines des photographies montrent un parterre au centre de la cour d'honneur, le sol partiellement dépavé de la galerie Renaissance (dont sept des onze fenêtres sont bouchées), deux portes-fenêtres créées pour accéder à la terrasse Est (l'une a été conservée), et à l'intérieur quelques fauteuils et un écran de cheminée de style Empire dans les grandes salles d'apparat au décor délabré et sur le manteau de la cheminée de la chambre du Roi "la médiocre effigie d'un portrait d'un gentilhomme en armure, sous un écusson de Jacques de Boisairault et de son épouse" (portrait présumé de Louis Gouffier, restauré et conservé sur place)

De la même façon, les cartes postales du photographe loudunais Dando-Berry montrent de petites cheminées de marbre insérées dans les grandes cheminées anciennes; dans les appartements des derniers propriétaires, d'autres cheminées à trumeaux ou glaces ont été conservées, avec aux fenêtres des cantonnières, ultimes vestiges du décor du XIXème s. D'autres cartes postales furent éditées vers 1960 par le service commercial des Monuments Historiques (arch.pers.); en 1979 l'architecte en chef des Monuments Historiques Pierre Bonnard évoquera un "mobilier évanoui sous l'œil complice d'un domestique indélicat"...

Après l'avoir classé Monument Historique en 1923 et acquis en 1941 dans un état proche de la ruine, l'État procédera pendant un demi-siècle à d’importants travaux de sauvegarde, puis de restauration : mise hors d'eau du bâti vers 1950, consolidation des décors peints (dont la galerie) vers 1970, un programme de restauration mis en œuvre à la fin des années 1980 et poursuivi de nos jours avec - au terme d'un chantier de sept ans - une rénovation du décor intérieur de la galerie Renaissance (cf. communiqué de presse du Centre des Monuments Nationaux).

Ouvert au public par le Centre des monuments nationaux[3], le château a accueilli plus de 30 000 visiteurs en 2004.


Architecture[modifier | modifier le code]

Le château actuel date pour l’essentiel du XVIIe siècle.

Le corps de bâtiment principal, commencé du côté Sud (pavillon de droite) par Louis Gouffier vers 1620, fut terminé dans le même style par La Feuillade vers 1670; le tympan de son fronton décoré de trophées porte un écu portant les armes de François d'Aubusson ("d'or, la croix ancrée de gueules"), qui, mutilé en 1793, fut restauré à la fin du XIXème par Daviau.

L’aile droite, formée d'un portique couvert en terrasse et d'un pavillon est l’œuvre de La Feuillade (1670-1680) et de Madame de Montespan (1700-1707).

Seule l’aile gauche, occupée par des galeries, et le remarquable grand escalier Renaissance à noyau central évidé, "englobé" au XVIIe siècle et conservé intact dans le corps de logis principal, datent du XVIe siècle.

Là se trouve la grande galerie peinte longue de 55 mètres, une des plus importantes de France, qui illustre en 14 scènes le cycle antique de la guerre de Troie et de l'Énéide, travail attribué par certains historiens d'art à Noël Jallier - inconnu par ailleurs- que Fillon dit recevoir en 1549 482 livres tournois pour "quatorze grandes histoires" ou, depuis la découverte fortuite d'un dessin préparatoire acquis en avril 2008 par le Musée du Louvre, à un atelier d'Emilie (Italie); vers 1930 ces peintures se trouvaient dans leur état originel selon Dumolin (p.46), mais ont fait l'objet depuis de deux restaurations au cours de la fin du XXème siècle.

L'arrière du château

La collection Curios & Mirabilia[modifier | modifier le code]

En 1990 le Ministère de la Culture décide de lancer un projet original pour le château : créer une collection d'art contemporain, dont les fondements seront inspirés par les collections historiques du monument, dispersées au cours des siècles.

En 1993 est inauguré le premier volet de la collection Curios & Mirabilia. Elle concrétise la plus importante expérience menée en France d’inscription d’une création contemporaine dans un patrimoine ancien; en 1996, la collection s’est enrichie de nouvelles œuvres et peut, pour la première fois, être présentée dans sa totalité ; elle cherche à renouer avec l’esprit de curiosité de la Renaissance en s’appuyant sur l’idée des anciennes collections qu’étaient les Cabinets de curiosité.

Cette référence historique, traitée librement par les artistes, permet le lien avec le monument et redonne ainsi le sentiment d’un lieu habité aujourd’hui, tout en réactivant le souvenir des prestigieuses collections de Claude Gouffier (XVIe siècle).

Curios & Mirabilia prend appui sur l’idée d’un autre rapport au monde, celui qui à la Renaissance privilégiait une approche sensible de la connaissance. Aussi, l’ouïe, l’odorat, le toucher, la vue et bientôt le goût, sont sollicités pour transformer la visite d’un monument historique en expérience sensorielle. Les senteurs du mur de cire de Wolfgang Laib, les sonorités de la musique de Gavin Bryars, les fauteuils de John Armleder pour le délassement du visiteur, les jeux visuels comme celui du couloir des illusions (Felice Varini) et toutes les créations réalisées pour ce château concourent à créer un parcours plein de surprises et d’émerveillements.

Une des originalités de Curios & Mirabilia réside dans la volonté d’envisager le château avec un rôle social en l’inscrivant dans son environnement humain. Ainsi, grâce à une galerie de portraits des enfants de l’école d’Oiron (Christian Boltanski) ou au dîner annuel imaginé par Raoul Marek pour 150 Oironnais, représentés sur un service de table, la population de la commune est conviée comme sujet et témoin de la création.

Le dialogue avec l’Histoire s’instaure de manière forte dans les salles qui ont le mieux conservé le souvenir de leur fonction historique. Daniel Spoerri :

  • dans la Salle du Roi, où s’affirment puissance et pouvoir, répond ironiquement aux princes du XVIIe siècle par ses corps en morceaux qui réintroduisent quotidien et banalité comme nouvelle source du merveilleux.
  • dans la Chambre du Roi (les appartements d’apparat de Louis Gouffier, XVIIe siècle), lieu de la présence symbolique du pouvoir royal, restituée au silence de l’Histoire par la monochromie des peintures de Claude Rutault ;
  • dans la « Galerie des Chevaux », Georg Ettl réveille l’iconographie ancienne et l’Histoire.

Le sujet à Oiron est bien celui de la création dans sa relation au cadre que constituent l’histoire, l’architecture et le décor ancien.

Face au parti pris muséographique du gestionnaire public, les amateurs des ambiances d'autrefois et de reconstitution historique en sont pour leurs frais...

Parc[modifier | modifier le code]

En juillet 2005, une nouvelle phase de développement artistique est lancée : le ministère de la Culture concrétise le projet de création d'un parc contemporain, dont la mise en œuvre, accompagnée de nouvelles commandes publiques, se fera sous la responsabilité artistique de Paul-Hervé Parsy, administrateur du château, et du paysagiste Pascal Cribier, suivant un programme mené de l'hiver 2005-2006 jusqu'en 2008.

La ferme du château, acquise en 1998, est aménagée en salles d'expositions et en salles pédagogiques.

Peintures à l'étage[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00101294 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Patrice de Vogüé, Mémoire d'un chef-d'œuvre, Vaux-le-Vicomte, 1875-2008, Imprimerie nationale, 2008, p. 22
  3. [1]

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

 Maurice Dumolin,  Le château d'Oiron (Henri Laurens, 1931, ill. de 31 gravures et 3 plans) ; cite une bibliographie très complète sur le château et la collégiale;
  • E. Rostain /D. Canard /A. Labrousse, Le château de Oiron. La guerre de Troie retrouvée(Paris, Hachette, 1974);
  • Jean Guillaume, Oiron, le Fontainebleau poitevin  ("Monuments Historiques", 1979, numéro sur Le Baroque en France, avec notes de chantier de Pierre Bonnard, architecte en chef des M.H., et Actes du colloque international sur l'art de Fontainebleau (Paris, 1975, pp. 154-159);
  • Les trésors du Grand Écuyer, catalogue de l'exposition du Musée national de la Renaissance d'Écouen (16/11/1994 au 27/02/1995), R.M.N., octobre 1994);
  • Élie Goldschmidt, Jacques Hoepffner, Laurent Joubert, Jean-Hubert Martin, Michel Pastoureau, Hic Terminus Haeret (éditions Yellow Now, 1995);
  • Jean Guillaume, La Galerie du Grand Écuyer. L'histoire de Troie au château d'Oiron (Éditions Patrimoine & Médias, 1996) (ISBN 2-910137-16-3);
  • Thierry Cornec, La fouille de la cour d’honneur du château d’Oiron (Deux-Sèvres) : du logis médiéval au château Renaissance, p. 447-453, Archéologie du Midi médiéval, année 2006, numéro spécial 4 ( lire en ligne );
 Frédéric Didier, "Le marbre, la fontaine renaissante"  dans Le château d'Oiron et son cabinet de curiosités  (éditions du Patrimoine, 2000, pp 300 et 301);
 Gregory Vouhé, Oiron au temps de Madame de Montespan et du duc d'Antin - Le recueil des vues, plans et cartes du château et de la seigneurie d'Oiron,...etc, catalogue de l'exposition (Centre des monuments nationaux, 2015). 

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]