Cabinet de curiosités

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Frontispice de Musei Wormiani Historia montrant l'intérieur du cabinet de curiosités de Worm.
Cabinet d'un particulier, Frans II Francken, 1625, Kunsthistorisches Museum, Vienne.
Le Cabinet de curiosités par Domenico Remps (1690) - Florence.

Les cabinets de curiosités[1] étaient des pièces, ou parfois des meubles, où étaient entreposés et exposés des « choses rares, nouvelles, singulières », pour reprendre la définition du Littré : on y trouvait un mélange hétéroclite comprenant :

  • ‘naturalia’, objets d'histoire naturelle des trois règnes :

- minéral (pierres précieuses, fossiles, pierres étranges comme les héliotropes, les fulgurites ou pierres de foudre (découvertes pour la première fois au XVIIe siècle) et bien d’autres – objets qui intéressaient depuis longtemps les alchimistes),

- animal (animaux empaillés, insectes séchés, coquillages, squelettes, carapaces, cornes, dents, défenses) et

- végétal (herbiers, herbiers peints, florilèges);

  • 'artificialia'

- objets créés par l'homme : objets archéologiques, antiquités, médailles, œuvres d'art, armes, objets de vitrine (boîtes, tabatières, petits flacons) ; ou

- modifiés : objets d’art, tels les peintures sur pierre, pièces en pierres fines ou précieuses (camées, intailles), en cristal de roche, ivoire, ambre, nautiles montés en hanap, œufs d’autruche etc.;

  • 'scientifica' (instruments scientifiques, automates) et
  • 'exotica' (plantes, animaux exotiques, objets ethnographiques).

L’une de leurs fonctions était de faire découvrir le monde, y compris lointain (dans le temps et l’espace), de mieux le comprendre, ou de confirmer des croyances de l'époque (on pouvait y voir des restes d'animaux mythiques, des cornes de licorne, l’Agneau tartare, mi-animal, mi-végétal, – ou des racines de Baara[2]).

L'édition de catalogues qui en faisaient l'inventaire souvent illustré, permettait d'en diffuser le contenu auprès des savants européens[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les cabinets de curiosités marquèrent une étape vers une appréhension plus scientifique du monde. Apparus à la Renaissance en Europe (studiolo,Wunderkammer, etc), leurs collections, souvent ouvertes à la visite, formèrent par la suite le noyau des musées, muséums et jardins botaniques qui les remplacèrent peu à peu. Ainsi, l’Ashmolean Museum d’Oxford ouvrit en 1683, présentant les collections des cabinets des Tradescant, père et fils, et celles d’Elias Ashmole. Celui-ci établit clairement le lien entre les collections de spécimens et la connaissance scientifique : « Parce que la connaissance de la Nature est très nécessaire à la vie humaine, à la santé et aux conditions qui la permettent, et parce que cette connaissance ne se peut si bien trouver et ne peut être si utilement atteinte sans connaître et approfondir l’histoire naturelle ; et qu’à cette fin il est indispensable d’examiner des spécimens, en particulier ceux qui sont d’une constitution extraordinaire, ou utiles en médecine, ou qui peuvent être mis au service de l’industrie ou du commerce : moi, Elias Ashmole, par passion pour cette branche du Savoir pour laquelle j’ai éprouvé le plus vif plaisir, ce qui reste encore vrai aujourd’hui ; cause pour laquelle j’ai aussi amassé une grande variété de corps composés et de corps simples, et en ai fait don à l’université d’Oxford […] » ('Statutes Orders & Rules, for the Ashmolean Museum, in the University of Oxford')[4]

De même, à Londres, la Royal Society (fondée en 1660) avait commencé à se constituer une collection en achetant le cabinet de « raretés naturelles » de Robert Hubert. C’est en 1669 qu’elle prit la décision de compléter ses collections de manière plus systématique en commençant à réunir un herbier exhaustif des îles britanniques. Au début du XVIIIe siècle, le prince électeur de Saxe Frédéric Auguste I, dit Auguste le Fort, transforma les salles de son trésor, (le Grünes Gewölbe), en musée public. Enfin, alors que le jardin botanique de Pise existait déjà depuis 1544, il fut imité à la fin du sicèle, puis au début du suivant, à Strasbourg, Montpellier, puis Paris

Ces Cabinets pouvaient être prestigieux.

  • C'était le cas des studioli italiens des d’Este (le Studiolo de Belfiore date de 1447), ceux des Montefeltro vers la fin du siècle, des Médicis au siècle suivant, sans oublier ceux des familles Gonzague, Farnese, ou Sforza. En Allemagne, il faut citer (en dehors de celui d’Auguste le Fort, au Château de la Résidence de Dresde, déjà cité), celui que Ferdinand de Tyrol (1529-1595) avait au château d’Ambras, qui s’y trouve toujours[5].
  • En France, Charles V (1337-1380) fut collectionneur, le duc Jean I de Berry (1340-1416), fut amateur d'œuvres d'art et bibliophile.
  • François I (1494-1547) eut un cabinet à Fontainebleau. Il fit d’André Thevet son cosmographe. Celui-ci, en rentrant du Brésil, écrivit Les Singularités de la France Antarctique (1557) comportant une description de différentes plantes et plus de quarante gravures (flore, faune, rituels des Tupinamba). Henri IV (1553-1610) eut un cabinet des singularités au palais des Tuileries, et un autre à Fontainebleau. Jean Mocquet lui rapporta notamment de ses voyages de nombreuses plantes exotiques qui, si elles avaient résisté au voyage, étaient replantées dans le jardin du Louvre. Il introduisit en France le goût de la botanique exotique.
  • De Gaston d’Orléans (1608-1660), frère de Louis XIII, Bonnaffé nota que "Relégué à Blois, le Duc … forma dans ses jardins un musée de plantes vivaces indigènes et exotiques. Le tout fut légué à Louis XIV, et réparti plus tard entre le Louvre et le Jardin du roi" (Bonnaffé p.93). On connaît précisément les plantes qu’il cultivait et l’évolution de son jardin grâce aux catalogues[7] rédigés par ses botanistes [Abel Brunier], puis Robert Morison. En outre, Gaston d’Orléans fit venir des peintres de fleurs à Blois. Daniel Rabel pourrait être le premier d’entre eux, en 1631 et 1632. Le plus célèbre, qui fut ensuite peintre en miniature de Louis XIV, est Nicolas Robert. Rabel et Robert ont notamment laissé des peintures de tulipes, en pleine période de tulipomanie.

Les intailles, camées, médailles (et sculptures antiques ?) du cabinet de Gaston d’Orléans sont aujourd’hui au département des Monnaies, Médailles et Antiques de la Bibliothèque nationale de France) ; les livres à la Bibliothèque nationale ; et les vélins de N. Robert dans la collection des vélins du roi au Muséum national d'Histoire Naturelle.

  • On possède une description précise du contenu du cabinet de Louis-Pierre-Maximilien de Béthune, duc de Sully (1685-1761)[8].
  • La passion des plantes exotiques se prolongea jusqu’au début du XIXe siècle avec Joséphine de Beauharnais (1763-1814), qui fit de la Petite Malmaison un jardin d'acclimatation comprenant une grande serre chaude. Elle apporta également son soutien actif aux peintres de plantes et d’animaux. Pierre-Joseph Redouté fut son peintre officiel, après avoir été celui de Marie-Antoinette.
  • Il n’y eut pas de collectionneurs de rang aussi éminent au Royaume-Uni, néanmoins le baronnet Hans Sloane (1660-1753), naturaliste, racheta de nombreux cabinets privés et constitua une riche collection de plantes qui fut mise à la disposition de John Ray avant d’être offerte à la nation afin d’être présentée au public (British Museum, 1759, puis Musée d'histoire naturelle de Londres, 1881).

Edmond Bonnaffé (1825–1903), nota que "En effet, à côté des grandes seigneurs de Paris et des villes principales, adorateurs exclusifs du grand art, se formait une armée d'hommes modestes et clairvoyants qui recueillaient, petit à petit, les miettes de la curiosité. C'étaient des médecins, des chanoines, des apothicaires, ..." [9] Sans abandonner tout projet d’éblouir le public par le faste des œuvres d’art présentées ou de l’étonner par la présentation d’objets insolites, voire monstrueux, les propriétaires aux moyens plus modestes constituèrent bien souvent des cabinets d’histoire naturelle qui eurent souvent une influence scientifique, en partie grâce à la publication de leurs catalogues illustrés.

Parmi les cabinets contenant des "miettes de curiosités", on pourra mentionner :

  • Michel Tiraqueau, fils d’André, possédait à Fontenay-le-Comte un cabinet décrit en vers[10], en 1566, par son neveu, le rival de Ronsard, André de Rivaudeau :

Mais un autre dira le merveilleux ouvrage

Lequel tu as receu d’Apollon en partage.

Ce grand livre où tu fais à ton divin Ogard

Les faitz de la Nature imiter par son art.

Ou au plus pres du vif il te peint cinq cens plantes,

Que dans ton Bel-esbat nees tu luy presentes.

Michel Tiraqueau possédait donc un herbier peint de 500 plantes[11].

  • Paul Contant. (1562-1629) possédait un jardin botanique avec un cabinet d’histoire naturelle. En 1609, il publia un poème intitulé Le Jardin, et Cabinet poétique. Il y évoque les plantes qu’il cultive, les plus prisées par les collectionneurs, et chante leurs avantages. En outre, il chante plusieurs animaux qu'il collectionne aussi. Le poème est accompagné de gravures et d’un index. Contant possède en outre de riches herbiers de plantes exotiques.
  • Le médecin suisse Félix Platter (1536-1614) avait un cabinet d'histoire naturelle, un herbier (en partie conservé à l'Université de Berne) et une collection d'instruments de musique. C'est probablement par l'intermédiaire de Guillaume Rondelet (1507-66) dont il suivit les cours à Montpellier qu'il apprit la technique de séchage des plantes mise au point en Italie par le médecin et botaniste Luca Ghini (1490-1556).
  • Le Danois Ole Worm (1588-1654) posséda un cabinet d’histoire naturelle comportant également des pièces ethnographiques. Un inventaire (Museum Wormianum) illustré de gravures fut publié en 1655. Il utilisa ses collections comme point de départ pour ses explorations en philosophie naturelle. Il en eut également une approche empirique qui le conduisit à nier l’existence des licornes et à établir que leurs cornes devaient être attribuées aux narvals. Sur d’autres points, Worm continua à croire à des faits finalement inexacts. Après sa mort ses collections furent intégrées à celles du roi du Danemark Frédéric III.
  • Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637) possédait un cabinet et un jardin d’acclimatation à Aix-en-Provence. On possède encore deux inventaires, et plusieurs dessins d’objets d’art.
  • Athanasius Kircher (1602–1680) constitua le musée Kircher créé en 1651 après le don d’un cabinet de curiosités. Le musée a disparu, mais il reste deux catalogues illustrés.
  • Georg Everhard Rumphius (1627-1702) eut un cabinet dont le catalogue illustré (D'Amboinsche Rariteitkamer) parut en 1705.
  • René-Antoine Ferchault de Réaumur (1683-1757) assembla le plus grand cabinet de France, surtout consacré aux espèces animales, en particulier à l’ornithologie. À la mort de Réaumur, Buffon réussit à obtenir ses collections et à les intégrer dans le cabinet du roi.
  • Le cabinet de curiosités de Joseph Bonnier de La Mosson (1702-1744), dans l'hôtel du Lude, au 58 rue Saint-Dominique, à Paris, était exemplaire en ce qu’il était très structuré. Par ailleurs, on pouvait y voir un coquillier, meuble servant à ranger et présenter des coquilles (de mollusques). Une partie des armoires se trouve aujourd’hui à la médiathèque du Museum[12].
  • Vers 1760, James Darcy Lever (1728-1788) commença à amasser une immense collection. Il acheta le cabinet de Johann Reinhold Forster (1729-1798) quand celui-ci, privé du soutien du gouvernement, fut ruiné. En 1774, il ouvrit musée à Londres, mais fut à son tour ruiné et ses collections dispersées dans l’indifférence du gouvernement. A la même époque, Joseph Banks (1743-1820) développait aux Jardins botaniques royaux de Kew la culture des plantes indigènes et exotiques utiles au progrès économique.
  • Aux XXe et XXIe siècles, un intérêt nouveau se manifeste pour les cabinets de curiosité, de la part d’artistes comme André Breton[13]. Des expositions sont organisées dans l’ancien cabinet du château de La Roche-Guyon et dans les salles du château d’Oiron.


Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. https://curiositas.org : Les cabinets de curiosités en Europe
  2. https://curiositas.org/de-la-racine-de-baara-et-de-quelques-autres-plantes-merveilleuses-a-la-renaissance
  3. Christine Davenne, Modernité du cabinet de curiosités, Editions L'Harmattan, 2004, p. 172
  4. "Because the knowledge of Nature is very necessarie to humaine life, health and the conveniences thereof, and because that knowledge cannot be soe well and usefully attain'd, except the history of Nature be knowne and considered ; and to this, is requisite the inspection of Particulars, especially those as are extraordinary in their Fabrick, or usefull in Medicine or applied to Manufacture or Trade : I Elias Ashmole, out of my affection to this sort of Learning, wherein myselfe have taken, and still doe take the greatest delight ; for which cause also, I have amass'd together great variety of naturall Concretes and Bodies, and bestowed them on the University of Oxford […]"
  5. Chamber of Art and Curiosities, Ambras Castle
  6. https://curiositas.org/la-schatzkammer-de-maximilien-ier-dautriche
  7. https://curiositas.org/cabinet/curios861
  8. https://curiositas.org/cabinet/curios296
  9. ’Les collectionneurs de l'ancienne France’, 1873, p.41
  10. Hymne de Marie Tiraqueau
  11. https://curiositas.org/cabinet/curios315
  12. http://bibliotheques.mnhn.fr/medias/medias.aspx?INSTANCE=EXPLOITATION&PORTAL_ID=portal_model_instance__decouverte_cabinet_bonnier.xml
  13. http://www.andrebreton.fr/work/56600100228260

Voir aussi[modifier | modifier le code]


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christine Davenne, Modernité du Cabinet de Curiosités, L'Harmattan, 2004, 299 pages, (ISBN 2-7475-5860-6).
  • Christine Davenne, Christine Fleurent, Cabinet de Curiosités, La Passion de la collection, La Martinière, novembre 2011, 225 pages, (ISBN 978-2-7324-4663-9).
  • Patricia Falguières, Les Chambres des merveilles, Bayard-Centurion, coll. « Le rayon des curiosités », Paris, 2003, 140 pages, (ISBN 2227470941).
  • (en) Olivier Impey et Arthur Macgregor, The origins of museums : the cabinet of curiosities in sixteenth and seventeenth century Europe, New York, Ursus Press, 2001, xx + 431 pages, (ISBN 1-84232-132-3).
  • MARCOUX, Camille Noé, Objets d'échanges et regards croisés, entre l'Afrique de la Côte-de-l'Or et l'Europe des Curiosités (XVIe-XVIIIe siècles), mémoire master en histoire de l'art moderne, Clermont-Ferrand, Université Blaise Pascal, 2015, 132p.
  • Myriam Marrache-Gouraud,Pierre Martin, Dominique Moncond'Huy et Géraldine Garcia (sous la direction de), La licorne et le bézoard : Une histoire des cabinets de curiosités, catalogue de l'exposition du Musée Sainte-Croix à Poitiers, Gourcuff Gradenigo, 2013 (ISBN 978-2353401611).
  • Pierre Martin et Dominique Moncond'Huy, Curiosité et cabinets de curiosités, Neuilly, Atlande, 2004, 202 pages, (ISBN 2-35030-000-5).
  • Patrick Mauriès, Cabinets de curiosités, éd. Gallimard, 2002, 259 pages, (ISBN 2-07-011738-3).
  • Krzysztof Pomian, Collectionneurs, amateurs et curieux. Paris, Venise : XVIe-XVIIIe siècles, Paris, Gallimard, coll. "Bibliothèque des Histoires", 1987, 376 p. (ISBN 978-2-07-070890-1)
  • Antoine Schnapper, Le géant, la licorne et la tulipe ; collections et collectionneurs dans la France du XVIIe siècle. I. Histoire et histoire naturelle, Flammarion, collection « Art, Histoire, Société », 1988, 415 pages, (ISBN 2-08-012802-7). Rééd. en poche, revue et complétée à partir des notes de l'auteur : Le géant, la licorne et la tulipe. Les cabinets de curiosités en France au XVIIe siècle, Flammarion, coll. "Champs Arts", 2012, 768 p. (ISBN 978-2-0812-8263-6).
  • Julius von Schlosser, Les Cabinets d'art et de merveilles de la Renaissance tardive. Une contribution à l'histoire du collectionnisme, Paris, Macula, 2012, coll. La littérature artistique, préface et postface par Patricia Falguières, 372 pages, (ISBN 978-2-86589-073-6).

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Douglas Preston & Lincoln Child, La chambre des curiosités, J'ai lu, 2005, (ISBN 2290339431)
  • Céline Maltère, Le Cabinet du Diable, La Clef d'Argent, 2016 (à propos du collectionneur Louis Mantin)

Liens externes[modifier | modifier le code]

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