Cerbère

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Cerbère
Description de cette image, également commentée ci-après
Illustration de Cerbère dans la Divine Comédie de Dante
par Gustave Doré (XIXe siècle).

Créature

Groupe Mythologie
Sous-groupe Chien légendaire
Caractéristiques Gardien des Enfers
Habitat Enfers

Origines

Origine Mythologie grecque
Région Grèce antique

Dans la mythologie grecque, Cerbère (en grec ancien Κέρϐερος / Kérberos) est le chien à trois têtes gardant l'entrée des Enfers empêchant les morts de s'échapper de l'antre d'Hadès et des vivants de venir récupérer certains morts.

On le trouve dans de nombreuses œuvres de la littérature grecque et romaine antique, ainsi que dans l'art et l'architecture, aussi bien moderne qu'ancienne.

Comme pour la plupart des créatures de la mythologie classique, la description et le contexte entourant le Cerbère diffèrent selon les œuvres. La principale discorde étant le nombre de têtes donné au chien infernal, généralement trois, mais aussi cinquante selon Hésiode[1] ou cent chez Horace[2].

Cerbère est notamment connu pour sa capture par Héraclès lors des douze travaux d'Hercules.

Étymologie[modifier | modifier le code]

L'étymologie est assez incertaine et diffère selon les sources. Plusieurs mots seraient à l'origine du nom « cerbère ». Pour Ogden, le mot savara du Sanskrit serait une épithète du chien Yama, le dieu de la mort indien kerbero[3]. Pour Servius « Cerbère » serait un dérivé de « creoberos » qui voudrait dire « dévoreur de chair »[4]. Cette interprétation a été rejetée par Ogden. Une autre interprétation a été donnée avec un dérivé de l'allemand « Ker berethrou », qui signifierait ici « le mal de la fosse ». Enfin, une dernière tentative d'explication étymologique a été donné par L. Jacquot : ceri ou cri en hébreu voudrait dire « cri » et ber « le caveau de la fosse », ce qui donnerait « le cri du caveau de la fosse »[5].

Description[modifier | modifier le code]

De nombreuses divergences existent concernant l'exacte description de Cerbère. Selon les auteurs et les époques, le chien des enfers connait différentes formes. La représentation la plus habituelle est celle du chien à trois têtes[6] mais les multiplicités de descriptions arrivent avec Hésiode qui représente cerbère avec cinquante têtes ou Pindare qui va jusqu'à lui donner cent têtes[7].

D'autres auteurs vont donner des représentations plus extravagantes. Ainsi, Horace accorde à Cerbère une tête de chien, cent têtes de serpents et une bouche à trois langues[8]. Pseudo-Apollodore représente le chien infernal avec trois têtes de chiens et des têtes de « tous les types de serpents », peut-être pour concilier les différences entre les auteurs. D'autres descriptions encore plus atypiques ont été faites par Jean Tzétzès avec un chien à cinquante têtes, dont trois de chiens et le reste « des têtes de bêtes de toutes sortes »[9]. Euripide nous présente quant-à-lui un cerbère à trois têtes et trois corps, et Virgile un chien à multiples dos. Enfin, il existe des représentations de Cerbère bien plus reptiliennes que canines avec Hécatée de Milet qui fait de lui un grand serpent venimeux et Ovide qui lui donne une bouche venimeuse et des serpents sur le corps.

Mythe[modifier | modifier le code]

Médaille commémorative de la victoire du roi de Pologne Ladislas IV Vasa contre la Russie, la Turquie et la Suède en 1637.

Cerbère était le fils d'Échidna[1], au corps de serpent et au visage de femme, et de Typhon[10] le serpent à plusieurs têtes. Son frère est Orthos[10], chien bicéphale chargé de la garde du bétail et du château de Géryon[10]. Il serait également le frère de l'Hydre de Lerne, du lion de Némée[1] et de la Chimère[1]. Dans la plupart des œuvres, il est représenté avec trois têtes. Selon certains mythes les trois têtes voient et représentent respectivement le passé, le présent et le futur ; d'autres sources suggèrent qu'elles représentent plutôt la naissance, la jeunesse et la vieillesse[11]. Chacune des têtes n'aurait d'appétit que pour la viande vivante et autorise donc les esprits des morts à entrer dans le monde souterrain, mais les empêche d'en sortir[12]. Cerbère fut toujours utilisé comme le fidèle gardien d'Hadès[1], gardant les portes donnant sur le monde souterrain[13].

Il était enchaîné à l'entrée des Enfers et terrorisait les morts eux-mêmes qui devaient l'apaiser en lui apportant le gâteau de miel qu'on avait placé dans leur tombe en même temps que l'obole pour Charon déposée dans la bouche. Mais Cerbère était aussi terrible pour les vivants qui essayaient de forcer la porte des Enfers[14] comme Pirithoos et Thésée, qui cherchaient à enlever Perséphone. Psyché qui était venue chercher la boîte à cosmétique de Perséphone sur l'ordre d'Aphrodite l'endormit avec un gâteau trempé dans du vin drogué. Énée fit de même avec un gâteau soporifique préparé par la Sibylle[15].

Plusieurs héros parviennent à déjouer sa vigilance, voire à le vaincre. Orphée, décidé à sortir des Enfers sa femme Eurydice, morte d’une morsure de vipère, parvient à le charmer en chantant et en jouant de sa lyre. Hercule réussit à le faire dans les douze travaux d'Hercule (voir en dessous).

Les douze travaux[modifier | modifier le code]

Cerbère aux côtés d'Hadès dans un musée d'archéologie en Crète.
Article détaillé : Capture de Cerbère par Héraclès.

Eurysthée, roi de l'Argolide, donne comme dernière tâche à Hercule la capture de Cerbère vivant. Hercule se rend alors à Éleusis, afin d'être initié aux mystères d'Éleusis, pour pouvoir entrer et sortir du monde souterrain vivant, et s'absoudre au passage pour avoir tué des centaures. Il trouve l'entrée du monde souterrain à Taenarum, et est aidé par Athéna puis Hermès pour traverser respectivement dans un sens et dans l'autre. Il passe Charon avec l'aide de Hestia.

En passant dans le monde souterrain, Hercule libère Thésée, mais la terre tremble lorsqu'il essaye de libérer Pirithoos et il doit donc le laisser sur place. Ils avaient été emprisonnés par Hadès, liés magiquement à un banc pour avoir essayé de kidnapper Perséphone : la magie était si forte que lorsque Hercule libéra Thésée, des morceaux de ses cuisses restèrent sur le banc, ce qui explique pourquoi ses descendants ont les cuisses maigres.

Hercule rencontre enfin Hadès et lui demande la permission d'amener Cerbère à la surface, ce à quoi Hadès consent si Hercule parvient à maîtriser la bête sans arme, ce qu'il réussit ; il écrabouille la bête pour n'en faire qu'un petit chiot et le hisse sur son dos, le traînant hors du monde des Enfers à travers une caverne du Péloponnèse. Il l’amène à Eurysthée, qui en fut si effrayé qu'il demanda à Hercule de le ramener au monde souterrain. De passage à Mycènes, le monstre contamine de sa bave empoisonnée des plantes, que les sorcières utiliseront ensuite pour leurs propriétés maléfiques.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Héraclès, Cerbère et Eurysthée, hydrie à figures noires, v. 525 av. J.-C., au musée du Louvre.

De nombreuses références à Cerbère se trouvent dans l'art antique grec et romain[16] : dans des sites archéologiques, on trouve des statues et des morceaux de l'architecture inspirés par la mythologie de cette créature. Les thèmes de Cerbère était assez populaire pendant la période antique, notamment avec le capture de Cerbère par Héraclès.

Héraclès et Cerbère, amphore de la région de l'Attique par Andokides, 530-520 av. J.-C.

La représentation de cerbère dans l'art est divergente. Il est parfois représenté avec deux têtes, trois têtes ou bien une seule. Il est extrêmement rare voir impossible de trouver une représentation artistique de Cerbère avec plus de trois têtes. L'une des première représentation tricéphale est présente sur une coupe qui nous vient de Laconie vers 560 av. J.-C.. On trouve des coupes et des vases le représentant aussi avec des serpents sur la queue et sur le corps. La coupe de Corinthe, qui est l'une des premières représentation datant d'environ 590-580 av. J.-C. le montre avec une seule tête et des serpents lui recouvrant le corps.

Les critiques classiques ont identifié l'une des œuvres sur Cerbère comme la « plus imaginative », celle-ci étant le vase de Laconie dans lequel Cerbère est montré avec trois têtes, une multitude de serpent lui recouvrant le corps et une queue finissant avec une tête de serpent[17]. On voit très souvent des représentations de serpent sur Cerbère qui fait notamment référence à l'origine de ses parents, Typhon et Echidna.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d et e Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne], 311 : […] Κέρβερον ὠμηστήν, Ἀΐδεω κύνα χαλκεόφωνον, Πεντηκοντακέφαλον.
  2. Horace, Odes, 2, 13 : Demittit atras belua centiceps / Auris…, Wikisource.
  3. Mallory, J. P. ; Adams, D. Q. (2006). « Chapitre 25.10: La mort et l'autre monde ». Oxford Introduction au Proto-Indo-Européen et au monde Proto-Indo-Européen. Oxford, GBR: Presse de l'université d'Oxford. p. 439.
  4. Servius sur Virgil, Enéide 6.395 ; Ogden 2013a, p. 190 ; comparé avec Fulgence le Mythographe, Mythologies 1.6 (Whitbread, pp. 51–52) ; le premier mythographe du Vatican, 1.57 (Ogden 2013b, pp. 73–74 ; Pepin, p. 36) ; le deuxième mythographe du Vatican, 13 (Pepin, 106), 173 (Pepin, p. 171) ; le troisième mythographe du Vatican, 13.4 (Pepin, p. 324). Selon Ogden, 2013b, p. 74, « creoboros est un mot grec authentique et signifie en effet "dévorer la chair", mais il n'a aucun rôle à jouer dans l'étymologie authentique du nom de Cerberus, qui reste obscur ».
  5. Jacquot Laurant, Le chien en Préhistoire.
  6. Ogden 2013a, pp. 105–106, avec n. 183 ; Sophocles, Femmes de Trachis 22–25 (« trois-corps »), 1097–1099 ; Euripides, Heracles 610–611, 1276–1278 ; Virgil, Enéide 6.417–421 (« trois gorges », « trois bouches féroces » 9–451 (« bouche à trois visages », « triple aboiement »), 9.185 (« triple forme »), 10.21–22 (« trois coups »), 10.65–66 (« triple coups »), Heroides 9.93–94 (pp. 114–115) (« trois fois ») ; Seneca, Agamemnon 859–862 (pp. 198–199) (« triple chaines »), Hercules Furieux 60–62 (pp. 52–53) (« triple coups »), 782–784 (pp. 110–111) ; Statius, Silvae 2.1.183–184 (I pp. 90–91) (« triple machoires »), 3.3.27 (I pp. 168–169) (« triple »), Thébaïde, 2.31 (I pp. 396–397), (« triple »), 2.53 (I pp. 398–399) (« trois formes ») ; Properce, Elegies 3.5.44 (pp. 234–237) (« trois gorges »), 3.18.23 (pp. 284–285) (« trois têtes ») ; Apollodorus, 2.5.12 (« trois têtes de chiens »).
  7. Gantz, p. 22 ; Ogden 2013a, p. 105, avec n. 182 ; Hésiode, Theogonie 311–312; Pindare, d'un poème perdu de Pindare sur Héraclès dans le monde sous-terrain, en référence à l’Iliade.
  8. West, David, p. 108 ; Ogden 2013a, p. 107 ; Horace, Odes 3.11.17–20 (West, David, pp. 101–103) (« cent serpents … trois langues »), Odes 2.13.33–36 (« cent têtes »), Odes 2.19.29–32 (« triple langues »).
  9. Apollodorus, 2.5.12 ; Tzetzes, Chiliades 2.36.389–392 (Greek: Kiessling, pp. 55–56 ; Traduction anglaise : Berkowitz, p. 48) ; Frazer's note 1 d'Apollodorus, 2.5.12.
  10. a b et c Bonnafé 1993, p. 85.
  11. (en) Maurice Bloomfield - Cerberus the Dog of Hades, Kessinger Publishing, 2003, (ISBN 978-0-7661-3020-3).
  12. (en) Pamela Allardice - Myths, Gods & Fantasy, ABC-CLIO, 1991, (ISBN 978-0-87436-660-0).
  13. (en) Helene Guerber - Myths of Greece and Rome, Kessinger Publishing, (ISBN 978-0-7661-4856-7).
  14. Pierre Commelin, Mythologie grecque et romaine, 1960, Commelin (p.142).
  15. Apollodore, Bibliothèque [détail des éditions] [lire en ligne] (III, 5, 12), Hésiode, Théogonie [détail des éditions] [lire en ligne] (v. 311, 769), Virgile, Énéide [détail des éditions] [lire en ligne] (VI, 417).
  16. (en) Edward Hegeler - The Monist, Hegeler Institute, 1904.
  17. LIMC Herakles 2605 (Smallwood, p. 91); Schefold 1992, pp. 129–130; Pipili, p. 5, fig. 8; Gantz, p. 22; Ogden 2013a, p. 106, 111 with n. 185, p. 111 with n. 230.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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