Bagad

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Bagad
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cornemuses et percussions du Bagad Penhars.

Origines stylistiques musique bretonne, pipe band écossais
Origines culturelles Bretagne
Instruments typiques biniou
bombarde
percussion(caisses claires)
Popularité régionale (Bretagne)
à partir des années 1950

Un bagad (prononcé en breton : [ˈbɑːɡat], en français : [baɡad]) est un ensemble de musique traditionnelle bretonne inspiré du pipe band écossais. Il est composé de trois pupitres : bombarde, biniou braz (grande cornemuse) et percussion. Selon l'importance du bagad, le pupitre percussion peut être organisé en deux pupitres, l'un de percussions traditionnelles (caisses claires, batterie), l'autre de percussions non traditionnelles.

Il trouve son origine historique dans la tradition des sonneurs, populaires dans la Bretagne du XIXe siècle. Dès le début des années 1930, influencé par la forme des pipe bands, des premières tentatives de regroupement de sonneurs dans un même ensemble sont menées par Hervé Le Menn au sein de la diaspora bretonne en région parisienne. Dans la seconde moitié des années 1940, Polig Montjarret est à l'origine de la relance du projet, voyant la création des premiers groupes entre 1946 et 1948. Dans les années 1950 et 60 sont ensuite fixés les principaux traits, sur la forme comme sur le répertoire musical.

Les activités musicales de ce type de groupe peuvent comporter la participation à des championnats organisés par le Bodadeg ar Sonerion, des concerts de musique bretonne, ainsi que l'accompagnement sonore de groupes de danses bretonnes ou de fest-noz.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Bagad signifie « groupe » en breton[1]. Dans le cas présent, il est l'abréviation de bagad sonerien (groupe de sonneurs)[réf. souhaitée].

Une étymologie populaire veut que le mot bagad proviendrait de bag, la barque. Un bagad serait donc une « barquée », une « batelée » (ensemble des personnes embarquées)[réf. souhaitée]. Or il existe deux mots bagad en breton : l'un, féminin, qui désigne une « barquée » (car bag, bateau, est féminin en breton) et subit donc une mutation consonantique, tandis que l'autre, masculin, désigne un groupe, une troupe, un troupeau[1]. On peut distinguer les deux termes en présence de l’article indéfini : ur vagad (une batelée) mais ur bagad (une troupe). Si bagad/barque vient du mot bag, bagad/troupe vient du vieux breton bacat (cf. le gallois bagad, cornique bagas et le gaulois bacaudae qui a donné le terme bagaudes). Le mot bag (bateau) est un emprunt au roman bac (baquet) qui lui-même vient du latin baccum (récipient).[réf. souhaitée]

Au pluriel, comme tous les mots d'emprunts[2], bagad devient bagads. L'utilisation du pluriel « bagadoù » est cependant très répandue, le suffixe « où » marquant le pluriel en breton.

Le premier mot utilisé pour désigner ces groupes est le mot « clique », apparu lors du premier championnat national des bagadoù en 1949. Le mot Band, en référence aux pipe bands, est aussi quelque temps usité, avant que le mot Bagad ne s'impose en 1950. Il est d'abord utilisé sous la forme Bagad-sonerion, puis seul. Le mot Kevrenn est aussi visible vers la fin des années 1940, désignant initialement à des ensembles administratifs regroupant plusieurs groupes de musiciens, mais étant parfois repris par les groupes eux-mêmes (comme à Auray, à Brest, ou encore à Rennes[3]). Enfin le mot Kerlenn est limité à un ensemble de Pontivy, dont les activités vont au-delà du périmètre habituel des bagadoù (théâtre...)[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Contextes d'apparition[modifier | modifier le code]

Situation des sonneurs bretons à la fin du XIXe[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : musique bretonne et sonneur.

La fin du XIXe siècle est une période d'apogée pour la musique instrumentale en Bretagne[5], le nombre de sonneurs connaissant son maximum, et les terroirs musicaux présentant une grande variété[6]. La forme du couple Biniou kozh-bombarde, parfois accompagné d'un tambour, connait une forte expansion vers 1880-1890, et le nombre de groupes se compte en centaines avant de connaitre un début de reflux à partir des années 1920. Ils ne sont pas répartis de façon uniforme en Bretagne, et se concentrent au sud d'une ligne allant de Brest, à Moncontour, à Redon[7].

Le recours à ces musiciens se fait alors dans le cadre de grands travaux dans les champs, ou lors de noces, de façon à amener un peu de prestige à l'évènement. Ils interviennent aussi lors de fêtes religieuses comme les pardons, certaines fêtes calendaires, ainsi que lors de foires[8]. L'armée, et notamment la marine française, ont aussi recours à leurs services pour soutenir le moral des troupes, comme lors de la Première Guerre mondiale[9]. Si peu d'instrumentistes vivent de leurs activités[10], la plupart en ont une pratique amateur qui permet d'avoir une source de revenue d'appoint non négligeable[n 1],[11].

Les musiciens sont avant tout embauchés pour accompagner des danses. Celles qui sont pratiquées dans la société rurale bretonne, bien que très diverses dans leurs formes, relèvent de trois formes principales : les danses communautaires en rondes ou en chaines, les danses à figures issues des contredanses, et les danses en couple[12]. En plus de la bombarde et du Biniou kozh, certains instruments jouissent d'une popularité plus locale et peuvent accompagner ou remplacer ceux-ci, comme la veuze autour de l'estuaire de la Loire[13], le violon en Haute-Bretagne[14], la vielle sur le littoral des Côtes-d'Armor[15], la clarinette de façon plus diffuse[16], ou encore l'accordéon[17].

Concours de couples de sonneurs en 1932 à Vannes.

Les folkloristes commencent à s'intéresser à cette pratique à la fin du XIXe siècle, en premier lieu Louis-Albert Bourgault-Ducoudray qui commence à recueillir des airs à partir de 1881[18]. Un premier recueil d'airs est publié en 1897 par le colonel Bourgeois de Brest, et une première analyse scientifique de cette pratique est publiée en 1922 dans le bulletin de l'union régionaliste bretonne[19]. À l'initiative de ces folkloristes ainsi que de régionalistes bretons, des concours commencent à être organisés à partir de 1881 et jusque dans les années 1930, essentiellement en basse Cornouaille et sur la côte du Vannetais[20] ; les musiciens doivent sonner en costumes traditionnels bretons, et la journée de concours commence par un défilé regroupant l'ensemble des participants[21]. À la suite de ces concours, des fêtes folkloriques et historiques se développent à partir de 1905 dans la région, fournissant un nouveau cadre d'expression à ces musiciens[22], et permettant un essor citadin de cette musique[23], tant en Bretagne qu'en région parisienne qui accueille une importante diaspora bretonne à l'époque[24].

Essor des pipe-bands outre-Manche et acculturation du great highland bagpipe[modifier | modifier le code]

Pipe band militaire écossais défilant à Paris en 1925.

La forme du pipe band trouve son origine dans les années 1850 au Royaume-Uni. La reine Victoria autorise en 1854 des régiments de Highlanders à disposer, non de percussions comme c'est l'usage, mais de six joueurs de cornemuses par régiment pour mener la troupe, ceux-ci étant rétribués par l'État. Cette forme instrumentale se développe dans l'armée et dans les colonies de l'empire britannique où sont stationnées les troupes, avant de devenir une institution civile après la Première Guerre mondiale[25]. La cornemuse utilisée par ces pipe bands est le Great Highland Bagpipe, la plus grande des cornemuses écossaises[n 2], instrument présent dans cette région depuis le XIIe siècle ou XIIIe siècle et utilisé à l'origine par les solistes, et disposant avec le Pibroch d'un répertoire classique étendu[26].

Plusieurs personnalités du Mouvement breton entrent en contact dès la fin du XIXe siècle avec cet instrument et cette forme musicale. Le premier est l'auteur Charles Le Goffic qui en aurait acheté une vers 1890[27], puis par Anatole Le Braz qui a fourni une description de ce type d'ensemble en 1899 après en avoir vu jouer au pays de Galles lors d'un Gorsedd[26]. L'instrument est utilisé par une petite poignée de sonneurs bretons au début du XXe siècle, et ne connait pas de phénomène d'acculturation jusqu'à ce qu'un émigré breton à Paris, Hervé Le Menn , en achète un en 1928 et cherche à produire un groupe de musique bretonne similaire aux pipe bands[27].

Par ailleurs pendant la Première Guerre mondiale, des sonneurs bretons entrent en contact avec des pipe bands militaires écossais. Ainsi la rencontre en 1915 entre le 51e division d'infanterie des Highlands et le 116e régiment d'infanterie venant de Vannes et Morlaix donne lieu, du côté des Britanniques, à l'écriture de deux morceaux pour cornemuse, The 8th Argyll's farewell to the 116th Régiment de Ligne et Pipers of Bouzincourt[28]

Première tentative avec la Kenvreuriezh Ar Viniaouerien[modifier | modifier le code]

Plusieurs Bretons émigrés à Paris, Hervé Le Menn, Dorig Le Voyer, et Robert Audic, décident en 1932 de fonder la Kenvreuriezh Ar Viniaouerien, ou confrérie des sonneurs[29], ensemble musical inspiré des pipe bands et regroupant cornemuses, bombardes et percussion. La KAV compte jusqu'à une trentaine de membres avant-guerre, et doit se procurer des instruments par plusieurs biais. Ils obtiennent par un mécène plusieurs instruments écossais (cornemuses, percussions), et essaient de faire fabriquer par un luthier parisien des bombardes, mais sans que les modèles produits ne donnent satisfaction aux musiciens[30]. Dorig Le Voyer se lance alors dans la fabrication d'instruments, et opère à cette époque à des choix qui vont influencer durablement le mouvement : le Si est choisi comme tonalité unique pour les bombardes[29], une échelle moderne pour les instruments est fixée, et la veuze est mise à l'écart[27].

L'exemple parisien ne tarde pas à être connu en Bretagne et à y inspirer des musiciens bretons. En 1937, réunis à Plougastel lors du XXVIIe congrès du Bleun-Brug, des sonneurs forment le vœu de voir se créer une formation semblable en Bretagne[31]. À Paris, l'accent ne tarde pas à être mis sur la formation de nouveaux musiciens, et Le Menn déclare vouloir voir s'ouvrir des écoles enseignant le biniou[30]. La Seconde Guerre mondiale remet en cause ces projets ; Dorig Le Voyer est démobilisé après les hostilités, et décide de s'établir à Rennes où il se rapproche du cercle celtique de Rennes[31].

Les premières années de la Bodadeg ar Sonerion[modifier | modifier le code]

Genèse du projet pendant la seconde Guerre Mondiale[modifier | modifier le code]

Le jeune Polig Monjarret, alors étudiant à Rennes[32], rencontre en 1940 Dorig Le Voyer, et acquiert auprès de lui une bombarde après l'avoir entendu jouer au cercle celtique de Rennes. Ce dernier lui apprend les bases techniques de l'instrument en se rendant chez lui à Mordelles dans la région de Rennes, et ils forment rapidement un couple biniou-bombarde[33]. Ils participent à différentes fêtes, et invité par Loeiz Ropars en mars 1942 à Locmaria-Berrien, il est confronté pour la première fois à la musique jouées par les sonneurs traditionnels, utilisant une gamme naturelle et transmise à l'écoute de musicien à musicien, et prend conscience des différences existantes entre la musique classique qu'il connait, et la musique traditionnelle[34].

Avec Dorig Le Voyer, il commence alors à envisager la création d'une association regroupant les sonneurs de la région. En novembre 1942 il obtient les noms d'une soixantaine de sonneurs et tente de les contacter pour leur faire part de son projet, mais en raison de la guerre ne parvient à en rencontrer qu'un nombre limité. La Bodadeg ar Sonerion est effectivement créée en 1943 et officialise son existence à Rennes lors du quatrième congrès de l'Institut celtique de Bretagne le [33]. Le développement de l'association doit composer avec les exigences matérielles de la guerre. Début , celle-ci arrive cependant à 105 membres. Monjarret commence dès cette période à se concentrer sur la formation des futurs cadres des groupes, influencé par ses expériences chez les scouts. En il organise ainsi un premier camp-école au Château de Kerriou à Gouezec avec 23 élèves venus du reste du Finistère[35].

Le City Police Pipe Band (en) de Glasgow rencontré par Polig Monjarret en 1947 sert d'inspiration pour la création des bagadoù.

La relance de l'association se fait dans un contexte compliqué, certaines composantes du mouvement breton ayant participé à la collaboration. L'association est cependant déclarée conforme à la loi de 1901 sur les associations et enregistrée le . Monjarret écrit aux membres que comptait l'association pendant la guerre, mais n'obtient qu'une vingtaine de réponse, ce qui n'empêche pas la BAS de se développer et de compter plus de 300 membres dès la fin de la même année. En 1947, lors d'un congrès du Sao Breiz pendant lequel Monjarret est invité à jouer, il voit se produire le City Police Pipe Band (en) de Glasgow qui lui fait forte impression et dont il va plus tard s'inspirer pour la mise en place des bagadoù[36].

Développement des premiers groupes[modifier | modifier le code]

Plusieurs ensembles de sonneurs se forment après-guerre, d'inspirations diverses, et initialement sans liens entre eux. À Dinan, se structure en 1946 au sein du 71e régiment d'infanterie un groupe, grâce à l'appui du commandant de la base, un ancien des Forces françaises de l'intérieur ayant eu l'occasion d'entendre jouer des pipe bands auparavant[31]. À Brest, l'Explosion de l'Ocean Liberty en entraîne la création d'un groupe de sonneurs pour lever des fonds pour venir en aide aux sinistrés qui débouche plus tard sur la création de la Kevrenn Brest Sant Mark[32]. Carhaix, où déménage Polig Monjarret en , voit sous son impulsion la création de la Kevrenn Paotred An Hent-Houarn rassemblant des cheminots de la région[37]. Enfin à Rennes en 1948, une vingtaine de sonneurs venus de différentes villes de Bretagne se regroupent pour défiler et jouer ensemble lors d'une fête des provinces françaises[3].

Le bagad Bleimor en 1954.

Sous l'égide de la Bodadeg ar Sonerion se forment plusieurs groupes qui dépendent tous de ses statuts dans un premier temps, jusqu'à ce que celle-ci ne se transforme en fédération en 1958. Elle gère leur création comme leur dissolution, fixe le montant de leurs cachets, et organise les concours. Présidée par Dorig Le Voyer, Polig Monjarret en est l'homme fort[38]. Le nombre de groupes connaît un développement exponentiel les premières années, passant de 2 en 1948 à 8 en 1951, puis à 29 en 1953 et à 47 en 1955. Ils sont souvent issus de structures préexistantes comme des écoles (Bagad ar Meilhoù Glaz créé en 1951 dans l'école de garçons du Moulin vert), des patronages laïques (Kevrenn Brest Ar Flamm créé en 1949) ou religieux (Bagad Melinerion créé en 1952 par un prêtre de la cathédrale de Vannes), des troupes scoutes (Bagad Saint Patrick créé en 1952 par une troupe des scouts de France), ou corporatifs (Kevrenn Alré créé en 1951 par des cheminots d'Auray)[39]. Le mouvement gagne dans un premier temps les grandes villes de Bretagne avant de toucher des centres de l'émigration bretonne comme Paris (Bagad Bleimor créé en 1949)[4].

Fixation des principaux traits[modifier | modifier le code]

Les bagadoù commencent lors des premières années de ce mouvement à se produire lors d'évènements bien définis comme les pardons ou les kermesses, ainsi que lors de fêtes folkloriques comme le festival de Cornouaille[40]. À ceux-ci, la Bodadeg ar Sonerion rajoute dès 1949 un concours rassemblant l'ensemble des groupes. Il se tient la première année à Quimper, avant de déménager à Quimperlé les trois années suivantes (en prenant pour cadre le pardon de Toulfoën)[41], puis de se fixer à Brest en 1953[42]. Dès 1951, le nombre de concurrents oblige à scinder les groupes en trois catégories en fonction de leur niveau[43]. Le bagad de Carhaix remporte les deux premières éditions, puis en 1951 Kemper et Kemperle remportent le titre à égalité[44]. Ce dernier groupe est pénalisé lors des deux éditions suivantes en raison de son nombre trop élevé de musiciens[45], et Kemper s'adjuge le titre en 1952, puis est battu lors des deux éditions suivantes par le bagad Koad-Serc'ho de Morlaix[44]. Ce dernier fait la différence grâce à des batteries importées d'Écosse qu'il est le premier à utiliser, alors que les autres ensembles utilisent des tambours de fanfare de moins bonne qualité[46].

Le mot « bagad » est fixé en 1950 pour désigner ces groupes[47], et des nombres de musiciens minimum (entre 12 et 18) et maximum (entre 12 et 23) sont expérimentés entre 1949 et 1954[48]. La question de l'équilibre entre les trois pupitres (cornemuse, bombarde, et percussion) se pose[45], certains voulant favoriser les cornemuses ou les bombardes, alors que d'autres tiennent à une égalité entre les instruments[49]. De la même façon, plusieurs configurations sont testées les premières années pour structurer les marches lors des défilés[50].

Les airs sont à cette époque joués à l'unisson, les cornemuses assurant les réponses des phrases de bombardes (comme avant eux les couples de sonneur), et les percussions accompagnent l'ensemble du morceau[51]. Afin de s'assurer du caractère breton des airs, la Bodadeg ar Sonerion organise la collecte des airs. Jef Le Penven, qui dirige le comité de censure, les conserve ou les rejette, et ils sont par la suite publiés dans Ar Soner, la revue de l'association[50].

Essor dans les années 1950 et 1960[modifier | modifier le code]

Développement de la formation et limites de celle-ci[modifier | modifier le code]

La formation des nouveaux musiciens se déroule essentiellement au sein de chaque bagad au début de cette période, les anciens enseignant aux plus jeunes[52]. Les premières méthodes instrumentales sont publiées dès les années 1950 (1955 pour les bombardes par Jean L'Helgouach[53], 1954 pour les cornemuses par Émile Allain[54]). Dans le même temps, la Bodadeg ar Sonerion par le biais des airs imposés lors des concours pousse les musiciens expérimentés à se perfectionner (ornementations et figures rythmiques de plus en plus complexes pour les cornemuses et les batteurs, et seconde octave systématique pour les bombardes)[55]. Cependant les groupes sont peu nombreux à s'astreindre à cette formation régulière[54], ce qui cause la disparition de certains par manque de formation de nouveau musiciens (la Kevrenn de Rennes disparaît au début des années 1980 après avoir remporté plusieurs championnats)[55].

En plus de ces formations locales, des stages de formation sont aussi organisés une fois par an par la BAS, mais conservent l'influence du scoutisme, et le travail technique n'est que peu poussé. Il faut attendre la fin des années 1950 et la création par Herri Léon d'un Scolaich Beg an Treis, inspiré du College of Piping (en) qu'il a fréquenté en 1956 en Écosse, pour que la formation des cadres formateurs se perfectionne. Là, l'accent est mis sur la stricte maîtrise technique de l'instrument (inspiré du jeu écossais pour les cornemuses) ainsi que sur la musicologie, ce qui permet un extraordinaire développement technique des bagadoù selon des témoins de l'époque[56].

Des mesures sont aussi prises par la BAS pour que la formation, et l'apprentissage des nouveaux morceaux passent par l'écrit (les airs imposés sont communiqués sur partitions), avec l'apprentissage du solfège, mais peu de groupes s'y soumettent[57]. Les bagadoù ruraux continuent de reposer sur la transmission orale, et faute de musiciens capables de lire les partitions, doivent parfois recourir à une aide extérieure (curé du village, amis de sonneurs...)[58].

Des influences à mettre à profit mais à encadrer[modifier | modifier le code]

Les cadres dirigeants de la BAS cherchent à mettre à profit certains influences pouvant permettre de faire progresser le niveau des musiciens, mais sont plusieurs fois amenés à les limiter de façon à garder suffisamment d'autonomie par rapport à eux[59].

Les pipe bands d'Écosse et d'Irlande sont bien connus à l'époque pour les musiciens, ceux-ci étant régulièrement invités lors de congrès militaires ou de fêtes folkloriques de la région, et le passage d'un pipe band en ville en créant de nouvelles vocations a aussi souvent un effet bénéfique sur le recrutement du bagad local. C'est lors de ces visites que des Great Highland bagpipes sont aussi achetées, et se retrouvent ensuite dans les bagadoù[n 3]. Leur existence sert de motivation pour les musiciens bretons, qui cherchent alors à égaler leur niveau technique (mais sans jamais se confronter effectivement à eux)[60]. La technique des cornemuses est copiée sur eux, et le jeu « à l’écossaise » se répand au milieu des années 1950[61] ; des airs sont aussi composés sur ce modèle, utilisant des éléments distinctifs comme une métrique à 6/8, 4 phrases, voire plus, ainsi qu'une profusion d'ornementations[62]. Cette influence n'est pas sans critiques, et dès le début des années 1950 certains craignent que la musique bretonne n'y perde son âme. Les tensions sont fortes entre « pro » et « anti ». Le paroxysme est atteint en 1965 avec la création du pipe band An Ere ; les meilleurs sonneurs de cornemuse quittent leur bagad pour le rejoindre[63].

Les couples de sonneurs traditionnels sont une autre influence vis-à-vis de laquelle les bagadoù doivent se positionner. L'héritage est revendiqué par les cadres de la BAS, et elle relance cette forme musicale en créant un championnat annuel en 1957 à Gourin[64]. C'est aussi d'eux que les instruments et une partie du répertoire proviennent[65], mais il devient difficile de concilier leurs styles avec un besoin de standardisation, et une opposition entre Anciens et Modernes apparaît. Un courant de pensée s'impose dans le courant des années 1950, voulant emprunter le répertoire, mais tout en exploitant les possibilités orchestrales, et donc de ne pas se limiter à un « couple multiplié »[66]. Dans les années 1960, certains ensembles comme le bagad bourbriac ou le bagad Bleimor continuent de se revendiquer du jeu des sonneurs de couple, en s'opposant à Brest-Saint-Marc ou à la Kevrenn de Rennes[67], et c'est au cours de cette décennie et de la suivante que des groupes dans une recherche d'authenticité s'intéressent de nouveau à cette forme[68].

La dernière influence notable à l'époque est celle des fanfares et les orphéons, qui se sont implantés en Bretagne lors de la première moitié du XXe siècle. Autour de 1950 ils défilent souvent côte à côte[69], mais le développement des bagadoù leur fait concurrence, et les rapports entre musiciens de ces deux types d'ensemble n'est pas toujours bonne. Ces ensembles influencent cependant la façon dont les bagadoù défilent les premières années, les percussions menant le groupe. C'est dans ce pupitre que l'influence est la plus forte, les mêmes instruments y étant au début utilisés. La BAS pour contrecarrer ces influences pousse à l'adoption d'instruments écossais (au timbre plus aigu et plus claquant) et de leurs jeux, et parvient à ses fins dans les années 1960[70].

Émergence de plusieurs écoles stylistiques[modifier | modifier le code]

Avec l'autonomisation des bagadoù vis-à-vis de la Bodadeg ar Sonerion pendant les années 1950 (ils deviennent des associations autonomes), ceux-ci sont appelés à proposer des airs propres lors des concours. Ils commencent à se constituer des répertoires et à se forger une identité musicale. Par l'intermédiaire du magazine Ar Soner, les responsables des principaux bagadoù de première catégorie peuvent ainsi faire connaître à l'ensemble des autres groupes leur approche de la musique, et leurs airs. Certains groupes jouent ainsi à l'époque un rôle majeur dans l'évolution de la musique jouée par les bagadoù[53].

La Kevrenn de Rennes dirigée par Jean L'Helgouach, premier prix d'alto du Conservatoire de Rennes en 1954, oriente ses créations vers la musique savante. Il y applique un enseignement technique poussé, notamment pour la bombarde, et publie en 1955 une méthode d'enseignement pour cet instrument qui est rapidement reprise par les autres ensembles[53]. Selon lui, la progression technique des musiciens permet de jouer une musique plus variée et donc plus intéressante. Il fait de la bombarde l'instrument dominant, et y introduit des techniques de jeu issues du hautbois. Il est l'un des premiers à composer des airs polyphoniques, en introduisant la technique du contrepoint là où d'autres groupes s'orientent vers l'harmonie[71]. Le groupe est cependant parfois critiqué à l'époque pour chercher à trop « singer » la musique classique[72].

La Kevrenn Brest Sant Mark voit elle se succéder à sa tête plusieurs directeurs musicaux qui vont influencer son style. De 1953 à 1957, l'accent est mis sur l'authenticité, les musiciens débutants apprenant le contexte culturel des airs en même temps que la façon de les jouer. Le bagad est aussi conçu comme un orchestre, et toutes les possibilités polyphoniques doivent être utilisées. À partir de 1957 et jusqu'en 1960, sous l'influence d'Herri Léon, le groupe connait une période « écossomane » : les instruments sont remplacés par des instruments venant d'Écosse, et les morceaux s'inspirent d'airs écossais, la bombarde étant reléguée au rang d'instrument secondaire[73]. Cette orientation est cependant vivement critiquée au sein de la Bodadeg ar Sonerion, qui y voit le risque d'une trop grande influence du modèle des pipe band[74].

Le bagad bourbriac se singularise lui par son ancrage rural, qui le rend plus proche des sonneurs de tradition. Ses compositions restent proches des airs locaux, y compris des airs chantés, et son registre comporte très peu d'airs récents contrairement à d'autres groupes. Le bagad reste à l'écart des innovations de l'époque, n'utilisant ni notation musicale, ni arrangements d'airs, ni d'ornementations comme cela est le cas dans les techniques de jeu écossaises[75].

À côté de ces trois principaux groupes, d'autres ensembles comme le bagad Bleimor, la Kevrenn Brest Ar Flamm, ou encore le bagad Quic-en-Groigne bien qu'ayant déjà un style particulier, n'ont pas encore à l'époque l'influence de ces trois premiers groupes[76].

Recherche d'un nouveau dynamisme dans les années 70 et 80[modifier | modifier le code]

La fin des années 1960 voit apparaître en Bretagne de nouvelles dynamiques culturelles qui remettent en cause la position de la BAS au sein de la musique bretonne. À partir de 1972, l'association Dastum est lancée avec comme but la collecte et la sauvegarde du patrimoine oral de la région, reprenant ainsi une partie sa mission. Musicalement, le succès d'Alan Stivell À l'Olympia la même année lance une vague de popularité de la musique folk, qui vient remettre en cause le quasi-monopole des bagadoù sur la scène musicale bretonne. Le nombre de ces ensembles connaît lors des concours un creux qui dure une décennie[77], passant de 35 en 1967 à 14 en 1977[78]. Ce n'est qu'en 1985 qu'un retour à 36 groupes est enregistré[79].

Les bagadoù actuels[modifier | modifier le code]

Confrontations face aux pipe bands[modifier | modifier le code]

À partir des années 1990, plusieurs bagadoù évoluant à haut niveau en France commencent à vouloir se confronter musicalement aux pipe bands lors du championnat du monde de pipe band qui se tient tous les ans à Glasgow en Écosse. Le premier est le Bagad Kemper en 1992, qui est exceptionnellement autorisé à concourir directement en Grade I sans passer par des qualifications les années précédentes. Il se classe alors aux environs de la 18e place de première catégorie, mais ne reconduit pas l'expérience[80],[n 4]

Un concours de pipe bands est créé par le festival interceltique de Lorient en 1989, auquel participent dès le début des bagadoù[81].

Le bagad Cap Caval, ici en formation de pipe band, est le premier bagad à se hisser en Grade I lors des championnat du monde de pipe band.

Le premier ensemble à participer régulièrement aux championnats du monde de pipe band est le bagad Cap Caval, qui en 1996 commence à concourir en Grade III[82], et progresse régulièrement jusqu'à être promu dans l'élite en Grade I en 2008 après avoir remporté la compétition en Grade II la même année[83]. Le Bagad Brieg lui emboîte le pas à partir de 2001 en concourant dès ses débuts en Grade II[84], et en remportant le titre dans cette catégorie en 2014[85].

Dans le même temps des musiciens issus des bagadoù s'illustrent dans des pipe bands anglo-saxons. Le premier à reporter les championnats du monde en Grade I est Charles Noin en 2007 avec les Irlandais du Field Marshal Montgomery Pipe Band, suivi par Xavier Boderiou en 2009 avec les Canadiens du Simon Fraser University Pipe Band[86].

Structures[modifier | modifier le code]

La Bodadeg ar Sonerion[modifier | modifier le code]

Polig Montjarret et Dorig Le Voyer ont joué un rôle prépondérant dans le développement de la musique de bagad et de ses fédérations.

La majorité des bagadoù se rassemblent au sein de la fédération BAS, Bodadeg ar Sonerion (Assemblée des sonneurs). La fédération BAS est divisée en six sections : cinq sections départementales, et la section BAS Divroët (« expatrié », en breton) qui regroupe les bagadoù hors de Bretagne. La plupart des formations sont composées d'amateurs, de très haut niveau musical pour certains.

Devant le succès des formations, certains bagadoù ont créé leur bagadig (« petit bagad »), lieu d'apprentissage pour les nouveaux venus et tremplin vers le bagad.

Pupitres[modifier | modifier le code]

Bombardes, cornemuse et percussions de bagad

Le bagad est dirigé par un penn-soner (littéralement « sonneur en chef » en breton). Les différents pupitres sont dirigés par un penn-talabarder pour les bombardes, un penn-biniaouer pour les cornemuses et un penn-tabouliner pour les percussions. Ce dernier se partage entre les caisses claires écossaises d'une part et les percussions plus classiques (cymbales et fûts) de l'autre.

Costumes[modifier | modifier le code]

Les premiers costumes portés par les musiciens de bagadoù proviennent de leurs régions respectives, hérités de leurs familles[87] ou obtenus dans des friperies locales[88]. Un petit gilet ou chupen est ainsi porté par les bagadoù de Penhars[89], du Faouët[90],[91], ou de Kemper[92]. Dans les pays où il n'y a pas de costume spécifiques, certains groupes optent pour des kabics, habits du Pays pagan remis à la mode au début des années 1950 par la maison Le Minor, et parfois accompagnés d'un béret[87].

Plusieurs groupes cherchent dès les premières années du mouvement à se singulariser, et à commander à des artistes des costumes. René-Yves Creston est ainsi contacté par le bagad Bourbriac, celui de La Baule, ou encore celui d'Ergué-Armel pour lesquels il crée des costumes[87]. Il réalise aussi un projet pour la Kevrenn de Rennes, qui aurait dû être exécuté par la maison Le Minor, mais qui reste à l'état de projet en raison des coûts. Jim Sévellec réalise lui dans les années 1960 l'uniforme de la Kevrenn Brest Sant Mark, en y incluant des guêtres, déjà utilisées par le Bagad de Lann-Bihoué[93]. Plus récemment des artistes comme Bleuenn Seveno, pour le Bagad Pays des Abers[94], ou Pascal Jaouen pour le Bagad Kombrid, se sont illustrés dans ce domaine[95].

Le costume de Quic-en-Groigne est insipiré de celui des gabariers de la Rance.

D'autres bagadoù ont puisé dans l'histoire locale pour se fabriquer un costume, comme la Kevrenn Kastell dont les habits sont inspirés de ceux des Johnnies du Haut-Léon[96], ceux du Bagad Melinerion qui font référence aux meuniers de leur région, ou celui de Quic-en-Groigne qui rappelle les gabariers de la Rance[94].

Les accessoires de certains ensembles sont des créations contemporaines de certains artistes locaux. Le joaillier Pierre Toulhoat[94],[97] est ainsi contacté en 1969 par le Bagad Kemper pour créer un insigne voué à orner le béret du groupe ainsi qu'une boucle de ceinture, reprenant la figure du « maout », ou bélier. Si le premier est rapidement abandonné par l'ensemble, la boucle reste utilisée par la suite. Plusieurs autres bagadoù comme le Bagad Brieg, le Bagad ar Meilhoù Glaz, ou le bagad kerne prennent exemple sur Kemper et passent commande les années suivantes auprès de ce même artiste pour qu'il leur crée les boucles pour leurs costumes[98]. Pierre Toulhoat travaille aussi directement pour la Bodadeg ar Sonerion[99] pour confectionner des broches et médailles destinées à récompenser les vainqueurs des concours de bagadoù de Brest et de Lorient, ainsi que de sonneurs traditionnels à Gourin[100]. Le thème des bagadoù est aussi repris dans des œuvres de cet artiste, comme lors de la création de panneaux de faïence pour l'ancienne gare de Quimper[101].

Styles et productions musicales[modifier | modifier le code]

Enseignement musical[modifier | modifier le code]

En France, la formation musicale des premiers sonneurs est limitée jusqu'au milieu des années 1950, chaque groupe formant en interne ses musiciens, lorsque celle-ci existe. L'enseignement du solfège est alors rare, et la formation se résume à l'apprentissage par la répétition de plusieurs airs destinés à être joués en public comme Ton Bale Kadoudal[102]. Les premiers bagadig[n 5], groupes formés de débutants, commencent à émerger à partir de la fin des années 1960 (celui de la Kerlenn Pondi date de 1967[103]), avant de se généraliser dans les plus grands bagadoù dans les années 1990[104].

Les première méthodes instrumentales en français apparaissent dans les années 1950. Jean L'Helgouach signe une première méthode de bombarde, bientôt remplacée par celle de Michel Le Rol du Bagad Melinerion, puis par celle de Pascal Rode du Bagad Kemper. Les méthodes pour cornemuse sont plus nombreuses, Émile Allain publiant la première en 1954, et celle de Jean-Luc Le Moign[105] s'imposant comme une référence par la suite. Les premières méthodes pour percussions sont publiées plus tard, avec l'édition en 1962 de la première, écrite par Ferdy Kerne de la Kevrenn Brest Ar Flamm, suivie plus tard d'une autre signée par Jean-Yves Hillion du Bagad Bro Kemperle[102].

Un début de professionnalisation des formateurs s'amorce dans les années 1970. Patrick Molard commence à enseigner la cornemuse en 1976 à Saint-Malo dans le cadre d'un conservatoire. Une centre breton d'arts populaires ouvre à la même époque à Brest, financé par la municipalité, et dans lequel enseignent des membres de la Kevrenn Brest Sant Mark. La signature de la Charte culturelle bretonne en 1977 permet de débloquer quelques crédits, permettant pendant quelques années d'entretenir au centre culturel Amzer Nevez près de Lorient un conservatoire régional de musiques, chants et danses de Bretagne. Les premières lois de décentralisation au début des années 1980 permettent la création dans le Finistère, puis dans le Morbihan et dans les Côtes-d'Armor, d'une structure d'enseignement itinérant, complétée en 1988 par une structure similaire mise en place au niveau régional. La création d'un certificat d'aptitude puis d'un diplôme d'enseignement de musique traditionnelle permettent eux l'ouverture de départements d'enseignement dans des écoles de musique et des conservatoires de la région[106].

Répertoires[modifier | modifier le code]

Vidéo de bagad marchant lors du festival des filets bleus en 2015.

Les marches sont présentes dès l'origine dans le répertoire des bagadoù, ceux-ci étant conçus comme des groupes de défilés. Dans un premier temps, une adaptation de l'air écossais Scots Wha Hae ou une création de Dorig Le Voyer constituent une base de ce répertoire[107]. La Marche de Cadoudal et la Marche de Fouesnant s'imposent rapidement dès la fin des années 1940 comme des morceaux communs à tous les groupes, la première inspirée d'une vieille complainte et la seconde écrite par Polig Monjarret[108], et leur popularité perdure dans les années 1950 et 60[109] du fait de leur simplicité technique. À la même époque, des airs de danses bretonnes sont adaptés à ce format musical en ralentissant leur rythme[110]. Vers la fin des années 1950 apparaissent des marches dites à l'écossaise, avec des airs à 4 phrases, en sicilienne, et de nombreuses ornementations à la cornemuse[111].

Les mélodies sont des airs inspirés de chansons traditionnelles, de gwerzioù, voir de cantiques, aux rythmes lents et parfois non-mesurés. Jusqu'en 1959 elles sont le plus souvent simplifiées, et jouées accompagnées par des batteurs. En 1959 et 1960, la BAS inscrit aux airs imposés en concours des mélodies excluant les batteurs, permettant aux musiciens de ce familiariser d'avantage avec ce type d'airs. Les mélodies intègrent alors à leur répertoire ces airs « à écouter », joués sur scène lors de festivals, souvent après une marche[112].

Des airs de danses bretonnes sont joués de façon croissante à partir des années 1960, profitant du regain d'intérêt pour le jeu des anciens sonneurs. La gavotte, danse de basse-Bretagne, est l'une des plus jouées, mais des airs d'autres terroirs sont aussi joués[113].

À partir de 1956, les concours imposent de jouer des suites incluant marche, mélodies, et danses, et assez rapidement ce type de composition intègre le répertoire des bagadoù[113]. Dans un souci d'authenticité, les morceaux les composant sont le plus souvent issus d'un même terroir[114].

Terroirs traditionnels[modifier | modifier le code]

Carte des terroirs utilisée lors des concours.
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Styles[modifier | modifier le code]

Né de l'inspiration du pipe-band écossais associant grande cornemuse d'Écosse et percussions (caisse claire écossaise, toms et grosse caisse), le bagad comprend aussi un pupitre de bombarde. Les pipe bands ont structuré leur musique d'une façon assez formelle, les bagadoù ne les ont pas suivis dans cette voie, et cela donne une diversité plus importante, à la fois dans les airs interprétés et dans les styles de jeu. Une diversité qu'ils doivent aussi à la présence des bombardes ayant une tessiture plus étendue que celle des cornemuses, ouvrant plus largement les voies de la polyphonie. La présence de bombardes et le style moins militaire rendent la musique de bagad très différente de celle de leur modèle (le pipe band).

Le jeu de la cornemuse s'en ressent particulièrement au niveau de la richesse ornementale : le travail mélodique dans les pipe-bands impose une richesse et une diversité ornementale sur jeu des cornemuses des highlands, qui emploient couramment des techniques ornementales de 3, 4, voire 6 notes issues du jeu de cornemuse soliste. Dans les bagads, en revanche, le travail mélodique et ornemental en bagad est généralement confié au pupitre des bombardes. La cornemuse reçoit un rôle d'accompagnateur, permettant des ornementations moins complexes que celles employées par les pipe-bands, mais permettant également une plus grande construction harmonique et polyphonique − emploi des contrechants, parties multiples et empilement mélodique −.

Dès les années 1960, les bagadoù Brest Ar Flamm, Brest St Mark, Kadoudal et Bleimor innovaient beaucoup dans leurs arrangements.

La question fait débat de savoir si on peut parler de formation traditionnelle pour une organisation créée aux environs de la 2e Guerre Mondiale. S'il n'a pas l'ancienneté de la langue bretonne, de certaines danses bretonnes ou du costume traditionnel, le mouvement des bagadoù jouit d'un succès populaire très actuel. Sa vitalité, son ouverture et sa jeunesse contribuent à la transmission et même au renouveau de la culture bretonne en général, et de la musique bretonne en particulier[115].

Accords avec d'autres styles musicaux[modifier | modifier le code]

Le premier arrangement, mêlant ces derniers instruments avec un bagad, date de l'album E Dulenn ("À Dublin") d'Alan Stivell (1975), celui-ci ayant déjà incorporé cornemuse et bombarde solo dès son premier album.

Par exemple, le Bagad Kemper s'est entouré d'artistes de rock, à commencer par le quimpérois Dan Ar Braz pour l'Héritage des Celtes, mais aussi Johnny Clegg, Red Cardell avec Fest-Rock...

Parfois le bagad est associé à un cercle celtique (groupe de danseurs). Cette association est plus fréquente hors de Bretagne. Les exemples les plus connus sont la Kevrenn Alre d'Auray, la Kerlenn Pondi de Pontivy et l'ensemble Quic-en-Groigne de Saint-Malo.

Le championnat national des bagadoù[modifier | modifier le code]

Le championnat national des bagadoù, organisé par la Bodadeg ar Sonerion, a lieu chaque année depuis 1949.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Une journée de noces permet d'obtenir l'équivalent de trois à douze journées de salaire d'un ouvrier agricole.
  2. La région compte d'autres types de cornemuse comme la border pipe, ou encore la Scottish smallpipes.
  3. Les pipe bands arrivent en France avec leurs instruments, et repartent sans, mettant en place un système d'importation permettant d'éviter les frais de douane.
  4. Seuls les six premiers groupes sont classés officiellement.
  5. Littéralement « petit bagad ».

Références[modifier | modifier le code]

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  2. [1], rectifications orthographiques de 1990, consulté sur www.academie-francaise.fr le 29 octobre 2015
  3. a et b Morgant et Roignant 2005, p. 27
  4. a et b Morgant et Roignant 2005, p. 28.
  5. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 10.
  6. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 12.
  7. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 16.
  8. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 54.
  9. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 56.
  10. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 84.
  11. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 89.
  12. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 14.
  13. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 26.
  14. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 30.
  15. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 34.
  16. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 38.
  17. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 44.
  18. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 106
  19. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 107
  20. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 108
  21. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 109
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  23. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 113
  24. Colleu, Labbé et Bigot 2008, p. 114
  25. Morgant et Roignant 2005, p. 23
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  105. Nouvelle méthode de cornemuse écossaise ou biniou Braz, ISBN 2910981053 pour la version de 1995
  106. Morgant et Roignant 2005, p. 128
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Publications généralistes
    • Armel Morgant et Jean-Michel Roignant (photographie), Bagad : vers une nouvelle tradition, Spézet, Coop Breizh, , 160 p. (ISBN 2-84346-252-5). 
    • Logann Vince et Jérôme Cler (directeur de mémoire), Débuts des bagadoù, Chroniques d'un succès annoncé : L'expansion du nouvel orchestre breton (1943-1970), Paris, université Paris IV, (lire en ligne). 
    • Yves Defrance, « Le bagad, une invention bretonne féconde », Les Hautbois populaires, anches doubles, enjeux multiples, Éditions Modal, 2002, p. 122-141.
  • Publications liées à des groupes particuliers
    • Gérard Classe, Bagad Kemper, 50 ans sans relâche, hep diskrog, Blanc Silex éditions, (ISBN 2913969100). 
    • Alain Cabon, La Kevrenn Brest-Sant-Mark, Bagad d'exceptions, Spézet, Coop Breizh, (ISBN 978-2843463594). 
    • Claude Charbonneau, Le Bagad de Lann-Bihoué : 1952-2002 : 50 ans au service de la Royale, de la Bretagne et de la France, Plœmeur, , 104 p.
    • Armel Morgant, Kerlenn Pondi : Kalon ha begon, Spézet, Coop Breizh, , 176 p. (ISBN 978-2-84346-636-6)
  • Publications portant sur des sujets connexes
    • Alain Cabon, Festival interceltique de Lorient, Rennes, Éditions Ouest-France, , 144 p. (ISBN 978-2-7373-5223-2). 
    • Yves Labbé, « Polig Monjarret. Un pionnier du renouveau musical breton », Musique bretonne, no 178,‎ , p. 30-37 (lire en ligne)Document utilisé pour la rédaction de l’article
    • Michel Colleu, Yves Labbé et Laurent Bigot, Musique bretonne : Histoire des sonneurs de tradition, Grenoble, Chasse-Marée/Glénat, , 159 p. (ISBN 978-2353570560). 
    • Olivier Goré et Jean Pihan (directeur de thèse), L'inscription territoriale de la musique traditionnelle en Bretagne, université Rennes 2, coll. « thèse », , 421 p. (lire en ligne)
    • Armel Morgant, Toulhoat, Spézet, Coop Breizh, , 230 p. (ISBN 978-2843463181). 
    • Marie-Barbara Le Gonidec, "Du civil au militaire, du couple à la clique : l'exemple du bagad de Lann-Bihoué", Temps de la guerre versus temps de la paix : l'expression musicale comme agent du lien social, sous la direction de Le Gonidec, M.-B., Éditions du CTHS (Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques, édition électronique), 2013, p. 93-119 (ISSN 1773-0899)
    • Eric Libiot (photog. Jean-Marie Heidinger), « Championnat national des bagadoù de Lorient : Un biniou, des binious, un bagad, des bagadoù », L'Express, 28 août 2013, p. 94-97, lire en ligne

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Dvd[modifier | modifier le code]

  • Une légende bretonne, Bagad!, Pathé Music Dvd, 2006

Articles connexes et compléments[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]