Ethnomusicologie

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L’ethnomusicologie est une science humaine qui étudie les rapports entre musique et société.

D'abord appelée « musicologie comparée », cette discipline proche de la sociologie de la musique issue de l’ethnologie et de la musicologie est institutionnellement rattachée à l'une ou l'autre de ces disciplines, desquelles elle tire ses méthodes descriptives. Comme la musicologie, l'ethnomusicologie peut occasionnellement emprunter des outils à l'acoustique ou aux sciences cognitives. Elle s'intéresse autant aux musiques de tradition orale qu'aux musiques érudites de cultures étrangères à celle du chercheur.

La plupart du temps, les recherches en ethnomusicologie se basent sur un travail de terrain. D'autres chercheurs analysent des enregistrements et des objets fabriqués, instruments, guides, systèmes de notation, soit produits localement pour la consommation locale, soit issus des travaux de terrain antérieurs.

L'ethnomusicologie s'enseigne dans des institution universitaires qui dépendent des départements académiques des sciences sociales ou de ceux des arts ou spécifiquement de la musique [1].

Définition[modifier | modifier le code]

Le Néerlandais Jaap Kunst utilisa le premier le terme « ethnomusicologie » en 1950[2]. À l'origine, l'ethnomusicologie, appelée « musicologie comparée », s'intéressait aux musiques délaissées par la musicologie, étude de la musique occidentale dite classique. La discipline examinait les différences entre les principes de ces musiques et ceux de la théorie de la musique occidentale ; cette dénomination tomba en désuétude dans les années 1950[3]. Au cours du temps, la définition s'élargit pour contenir l'ensemble des musiques du monde[4].

L'ethnomusicologie peut être définie comme l'étude holistique de la musique dans ses contextes culturels[5]. Elle adopte le point de vue de différentes disciplines : folklore, psychologie, anthropologie culturelle, musicologie comparée, théorie de la musique et histoire[6]. La variété disciplinaire a donné naissance à de nombreuses définitions. L'attitude et le centre d'intérêt des ethnomusicologues a évolué depuis les premières études de musicologie comparée dans les années 1900.

Bien qu'il n'y ait pas de définition unique de la musicologie, un certain nombre de constantes apparaissent dans les définitions. Les ethnomusicologues s'entendent pour considérer la musique au-delà du point de vue purement historique, en tant que musique dans une culture, musique en tant que culture et musique en tant que reflet de la culture[3],[4]. De plus, de nombreuses études musicologiques partagent l'approche méthodologique de la démarche ethnographique de terrain, qui consiste à se rendre sur place, conduire des entretiens avec les personnes impliquées dans la culture musicale et, souvent, prendre le rôle d'observateur participant dans la pratique musicale. L'enquêteur de terrain amasse souvent des enregistrements et des informations contextuelles sur la musique qu'il étudie[3]. Les études ethnomusicologiques ne s'appuient pas exclusivement sur l'écrit comme source d'autorité épistémique, mais également sur la tradition orale et l'étude des enregistrements de performances musicales, considérés comme des artéfacts en archéologie.

Quelques ethnomusicologues importants[modifier | modifier le code]

  • Simha Arom (1930 -) travaille principalement en Afrique centrale. Il s'est attaché à décrire les systèmes cognitifs implicites dans les productions musicales, notamment gammes et rythmes.
  • Béla Bartók (1881 - 1945) et Zoltán Kodály (1882 - 1967) compositeurs de musique érudite, ils ont étudié et décrit les systèmes musicaux populaires de l'Europe centrale.
  • John Blacking (en) (1928 - 1990) a étudié les chansons enfantines des Venda d'Afrique du Sud, et a milité pour placer la musicologie comparative dans le champ de l'anthropologie culturelle.
  • Patrice Coirault (1875 - 1959) a créé une typologie de la chanson traditionnelle française.
  • Jean During (1947 -) est un musicien et musicologue spécialisé dans la musique iranienne.
  • Jean-Michel Guilcher (1914 -) étudie les danses traditionnelles en Basse-Bretagne, puis en France.
  • Mantle Hood (1918 - 2005) ayant étudié le gamelan, il a promu l'idée que les chercheurs devaient jouer la musique qu'ils étudient.
  • Erich von Hornbostel (en) (1877 - 1935) et Curt Sachs (1881 - 1959) ont proposé une classification des instruments de musique du monde entier.
  • Gerhard Kubik (en) (1934 -) musicien, il étudié les systèmes musicaux d'Afrique de la zone Bantoue, décrivant une conception musicale différent par l'aspect fondamental du rapport entre les musiciens de celle en vigueur en Europe.
  • Jaap Kunst (1891 - 1960) musicien, folkloriste hollandais, il étudie le gamelan, et enseigne la musicologie comparée, qu'il décide d'appeler ethno-musicologie.
  • John (1867 - 1948) et Alan Lomax (1915 - 2002) recueillent des musiques du sud des États-Unis ; Alan Lomax propose un système de classification générale des chants, le Cantometrics.
  • Alan Merriam (1923 - 1980) étudie d'abord des musiques amérindiennes, puis africaines; il propose un programme d'étude des musiques comprenant les concepts musicaux et l'attitude en rapport à la musique de la population concernée, et l'étude des sons musicaux.
  • Bruno Nettl (1930 - ) étudie des musiques amérindiennes et publie des réflexions sur les problèmes liés à la discipline.
  • Christian Poché (1938 - 2010) publie des descriptions et inventaires des musiques du monde arabe et de la Méditerranée.
  • Lucie Rault (1944 -) spécialiste de la cithare chinoise zheng, elle donne des ouvrages sur la musique chinoise et d'organologie des instruments traditionnels.
  • Gilbert Rouget (1916 -) auteur de la thèse La musique et la transe, il étudie principalement la musique d'Afrique de l'Ouest.
  • André Schaeffner (1895 - 1980) premier directeur de la section musique du Musée de l'Homme de Paris, il publie des ouvrages sur la musique européenne et sur celles de l'Afrique de l'Ouest.
  • Julien Tiersot (1857 - 1936) précurseur de la musicologie comparée, il prône dès 1889 l'égale dignité des productions musicales exotiques et populaires avec la musique érudite.
  • Hugh Tracey (1903 - 1977) a collecté des musiques de l'Afrique centrale et du Sud, s'intéressant notamment à la Mbira. Il a ensuite fondé l'International Library of African Music (en) (ILAM).
  • Trân Van Khé (1921 - 2015) et Tran Quang Hai (1944-) musiciens vietnamiens et spécialistes des techniques musicales asiatiques.
  • Hugo Zemp (en) (1937 -) est un pionnier suisse de l'utilisation de l'audiovisuel en ethnomusicologie.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Alan P. Merriam, The Anthropology of Music,‎
  • (en) Bruno Nettl, The Study of Ethnomusicology : Thirty-one Issues and Concepts, Chicago, U. of Chicago Press,‎ (1re éd. 1983) (ISBN 9780252072789)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'enseignement de l'ethnomusicologie en France , consulté le 27 mai 2016.
  2. Jaap Kunst, Musicologica : a study of the nature of ethno-musicology, its problems, methods and representative personalities, Amsterdam Uitgave van het Indisch Institut, 1950.
  3. a, b et c (en) Bruno Nettl, « The Harmless Drudge : Defining Ethnomusicology », dans The Study of Ethnomusicology : Thirty-one Issues and Concepts, Urbana, University of Illinois Press,‎ , 513 p. (ISBN 0-252-03033-8 et 978-0-252-03033-8, OCLC 59879505), p. 3-15
  4. a et b (en) Alan P. Merriam, « Ethnomusicology : Discussion and Definition of the Field », Ethnomusicology, University of Illinois Press, vol. 4, no 3,‎ , p. 107-114 (JSTOR 924498)
  5. « a holistic investigation of music in its cultural contexts » (en) Mantle Hood, « Ethnomusicology », dans Willi Apel, The Harvard Dictionary of Music, Cambridge, Mass., Harvard University Press,‎ , 2e éd., 935 p. (ISBN 0-674-37501-7 et 978-0-674-37501-7, OCLC 301485362, notice BnF no FRBNF36670053)
  6. (en) « Ethnomusicology », dans Carole Pegg et al., New Grove Dictionary of Music and Musicians, t. 8, Londres, Macmillan,‎ , 2e éd. (ISBN 1-56159-239-0 et 978-1-56159-239-5, OCLC 44391762), p. 367-403