Biniou kozh

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les autres utilisations du mot Biniou, voir Biniou.
Binioù kozh
Image illustrative de l'article Biniou kozh

Classification instrument à vent
Famille instrument à anche
Instruments voisins cornemuse
Sonneur de binioù kozh (à droite), accompagné d'une bombarde.

Le biniou kozh est une cornemuse utilisée en Basse-Bretagne, et accompagnant traditionnellement la bombarde. Son utilisation connaît une baisse importante jusqu'aux années 1930 avant de connaître un regain d'intérêt à partir des années 1960.

Historique[modifier | modifier le code]

Le biniou kozh (« biniou ancien »), ou biniou bihan (« petit biniou »), est très ancien en Bretagne[1]. Sa forme et ses dimensions ont changé au cours du temps. Il est apparu dans la région de Quimperlé.

Le biniou kozh appartient à une famille instrumentale des plus anciennes. Connu dès l'Antiquité des Grecs et des Romains (tibia utricularis), il s'est par la suite répandu à travers toute l'Europe du Moyen Âge. Sous sa forme actuelle, il apparaît très tardivement dans l'iconographie et dans les textes d'Armorique (XVIe siècle)[2]. Jusqu'au XVIe siècle, il semble que la cornemuse de Basse Bretagne soit un instrument ressemblant beaucoup à la veuze, ou aux versions archaïques (à bourdon unique) de la gaïta espagnole ou du war pipe irlandais. Elle est alors utilisée seule ou en couple avec la Bombarde, voire en trio avec un tambour, suivant la générosité du client. Dans la Cornouaille et le Vannetais, il atteint son apogée entre la fin du XVIIe et la fin du XIXe siècle, prenant alors part à toutes les festivités[2].

Au début du XIXe siècle, des « talabarderien » (joueurs de bombarde), dont le plus célèbre est Matilin an Dall (Mathurin l'Aveugle, qui jouera à Versailles devant Louis-Philippe), arrivent à faire « octavier » leur bombarde, rejoignant ainsi la nouvelle tessiture du biniou dont le « levriad » (le tuyau mélodique) se raccourcit vers cette époque ou peut-être dès le milieu du XVIIIe siècle, sans qu'on puisse savoir lequel des deux événements est la cause de l'autre.

La pratique des concours est très enracinée dans l'activité des sonneurs de couple. Chaque pays a instauré son propre concours, où les sonneurs se confrontent en trois épreuves : mélodie, marche et danse. Depuis 1993, les meilleurs sonneurs de couple se retrouvent le premier dimanche de septembre à Gourin pour participer au Championnat de Bretagne, départageant les couples « koz » et « braz». La première édition s'est tenue en 1956 à l'initiative de l'abbé Le Poulichet de Gourin, qui a pris contact avec l'association Bodadeg Ar Sonerion (BAS) pour ajouter au traditionnel pardon de la Saint Hervé une procession de sonneurs[3]. En 1957, Polig Montjarret[4] propose au maire de Gourin d'organiser chaque année autour du pardon un concours de sonneurs, auquel Bogadeg Ar Sonerion fournit un règlement et un jury.

La musique traditionnelle bretonne connait un regain d’intérêt dans les années 1970, les festoù-noz sont très fréquentés ainsi que le championnat des sonneurs[5]. Cependant, le biniou kozh s'est difficilement inséré dans les groupes multi-instrumentaux. Dans les bagadoù, des couples bombardes-binou koz réapparaissent parmi les biniou braz. Dans les années 1990, le groupe Ar Re Yaouank, après le groupe Gwerz, ouvre la voie à jeu de biniou résolument actif[6]. Après avoir compris l'environnement culturel, le sonneur devient un créateur, improvise, met en valeur les caractéristiques de son instrument[7]. Les Ramoneurs de menhirs associent le punk-rock au couple biniou-bombarde, voir à deux biniou kozh. Depuis leur rencontre en 2011, Youenn Le Cam collabore à plusieurs reprises avec le trompettiste libanais Ibrahim Maalouf[8]. Le Bagad du Bout du Monde, né en 2014, accompagne le trompettiste la même année et en 2016 aux Vieilles Charrues jusqu'à l'AccorHotels Arena[9].

Facture[modifier | modifier le code]

Structurellement, le biniou se compose d'un réservoir de cuir (sac'h) alimenté par un petit tuyau (sutell) permettant au préalable de le gonfler. Ce sac, placé sous l'aisselle gauche du sonneur, laisse échapper, sous la pression du bras contre les côtes, l'air qu'il contient par deux autres tuyaux : d'une part le chalumeau (levriad) à anche double, percé de six trous offrant la possibilité de jouer une octave de notes selon un doigté voisin de celui de la bombarde, et d'autre part, le bourdon (c'horn-boud) à anche simple, qui fait entendre un son grave, continu et invariable correspondant à ce que l'on appelle une pédale de tonique en harmonique[2]. Ces pièces s'insèrent dans la poche par des souches (kefioù) liées à la poche par des ligatures (liammoù) et bloquées à l'aide de "filassages" (neudennoù)[10].

Le biniou kozh d'aujourd'hui se compose d'un bourdon et d'un levriad (nom breton pour le chalumeau ou hautbois). Il est généralement accordé en si bémol. Le « levriad », très court, joue sur une octave très aiguë, le bourdon étant deux octaves au-dessous. Depuis le renouveau de la musique bretonne, on trouve des binious kozh accordés dans d'autres tonalités (les mêmes que la bombarde), notamment en sol.

Cliquez sur une vignette pour l’agrandir.

Jeu[modifier | modifier le code]

Depuis son apparition[réf. nécessaire], cet instrument est joué en couple avec la bombarde dans les danses traditionnelles : la bombarde joue une ligne mélodique à l'unisson (ou non, selon les choix d'accompagnement du biniawer) avec le biniou, puis s'arrête pour laisser le biniou rejouer cette ligne mélodique[11]. Le biniou joue donc sans arrêt.

Jusqu'à la fin du XIXe siècle, le couple bombarde / biniou kozh est très utilisé dans les campagnes pour accompagner les festivités, notamment les mariages. Le couple bombarde/biniou est souvent accompagné d'un tambour. De nombreux écrivains romantiques appellent alors ce trio « l'Orchestre National Breton »[réf. souhaitée]. Certains joueurs sont même professionnels et leur réputation peut dépasser le département. Après la Première Guerre mondiale, l'instrument subit une désaffection quasi totale. Il faut attendre les années 1970 pour le voir réapparaître sur les scènes, toujours en couple avec la bombarde[12].

Le couple biniou-bombarde est souvent considéré comme un instrument unique servi par deux instrumentistes. La bombarde expose la mélodie sur les deux octaves, pendant que le biniou effectue un accompagnement qui peut être mélodique ou purement rythmique, puis le biniou répète seul la mélodie à l'octave supérieure, en y introduisant ou non des variations.

Comme tous les instruments à bourdon, le biniou est un instrument juste (ou non tempéré), c'est dire qu'il ne joue que des notes qui sont des fractions simples de la fréquence du bourdon. Il en est en conséquence de même de la bombarde. Dans la pratique, jusqu'aux années 1940, les gammes de deux binious différents peuvent être différentes. On trouve encore, sinon des binious, du moins des bombardes qui devaient jouer sur une gamme équidistante (non diatonique). Il se dit même, qu'afin d'accorder une bombarde et un biniou, il faut les tailler dans le même arbre ; sinon, leurs harmoniques différaient et l'ensemble ne sonnait pas juste. Personne ne sait à ce jour si cette affirmation est exacte.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Musique Bretonne : Histoire des sonneurs de tradition, ouvrage collectif rédigé sous l'égide de la revue ArMen, Le Chasse-Marée / Armen, 1996, (ISBN 2-903708-67-3).
  2. a, b et c Robert Marot, La Chanson populaire bretonne, reflet de l'évolution culturelle , 1987, J. Grassin, p. 23
  3. Gourin, un demi-siècle de championnat, Revue Ar Soner, no 382, 4e trimestre 2006
  4. Polig Monjarret 1920-2003, numéro spécial de la revue Ar Soner, no 372, janvier/février 2004
  5. Castel 2008, p. 67
  6. Castel 2008, p. 69
  7. Castel 2008, p. 70
  8. Isabelle Johancik, « Le biniou colore la musique d'Ibrahim Maalouf », Ouest-France,‎ (lire en ligne).
  9. Julien Boitel, « Maalouf à Bercy. Final grandiose avec le Bagad du Bout du monde », Le Télégramme,‎ (lire en ligne).
  10. Castel 2008, p. 17
  11. Yves Castel, Sonerien daou ha daou (Méthode de biniou et de bombarde), Éd. Breizh Hor Bro, 1980
  12. Roland Becker et Laure Le Gurun, La musique bretonne, Spézet, Coop Breizh, , 119 p. (ISBN 290992419X)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Édouard Decaudin-Labesse et Henry Pierret, Le roi du biniou, Éd. Ducrocq, Bretagne, 1893, 90 dessins, 272 p.
  • ArMen, Michel Colleu (codirection), Laurent Bigot (codirection) et Yves Labbé (codirection), Musique bretonne : Histoire des sonneurs de tradition, t. 1, Douarnenez, éd. Le Chasse-Marée - ArMen, , 512 p. (ISBN 2-903708-67-3)
    réédition par la Coop Breizh en 2008
  • Yann Le Meur (préf. Ronan Gorgiard), Sonneur (Soner pour sa version bretonne), Coop Breizh, 2002, 144 pages, (ISBN 2843461618)
  • Ifig Castel, Bombarde et biniou. Les secrets de la vie de couple, Dastum Bro Dreger, Lannion, 2008, coll. Mémoire d'aujourd'hui, 128 p. (ISBN 978-2-9086-0417-7)
  • Fañch Roudaut, « Le biniou, voix du démon ou Les sonneurs vont en enfer », dans Bretagne du cœur aux lèvres : Mélanges offerts à Donatien Laurent, Presses Universitaires de Rennes, 2009, 421 pages, p. 29-38
  • Thierry Jigourel, Cornemuses de Bretagne, éditions CPE, 2011 (ISBN 2-84503-943-3)
  • Martial Le Corre (préf. Jean-Louis Jossic), Les sonneurs breton, A. Sutton, coll. « Mémoire en Images », , 224 p. (ISBN 9782813806192)
  • Jean-Pierre Van Hees, Cornemuses. Un infini sonore, Coop Breizh, 2014, 410 pages, 2 DVD (ISBN 2843466377)

Articles de presse[modifier | modifier le code]

  • Gildas Le Guen, « Les sonneurs dans le Trégor », Musique Bretonne, no 16, juin 1981, p. 23, lire en ligne
  • Hervé Villieu, « Musique et société en pays bigouden. L'exemple des sonneurs de bombarde et de biniou », Musique Bretonne, mai 1993, no 123, p. 12-16, lire en ligne
  • Laurent Bigot, « Le couple biniou-bombarde I. Aux origines d’une grande tradition », ArMen, no 59, mai 1994, p. 27-39
  • Laurent Bigot, « Le couple biniou-bombarde II. Apogée, décadence et renouveau », ArMen, no 61, août 1994, p. 10-29
  • « Quand les sonneurs menaient la noce… », ArMen, no 73, janvier 1996, p. 12-23
  • Laurent Bigot et Michel Colleu, « Conscrits et binious militaires », ArMen, no 79, septembre 1996, p. 30-35
  • « Le championnat de Bretagne des sonneurs », ArMen, no 141, juillet-août 2004
  • Kristian Morvan, « Sonneurs de biniou à Quintin. Des professionnels de l'animation », Musique Bretonne, no 187, novembre-décembre 2004, p. 40-41.
  • Kristian Morvan, « Sonneur et tourneur à Callac en 1707 », Musique Bretonne, no 203, juillet 2007, p. 30-31

Liens externes[modifier | modifier le code]