Auguste Renoir

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Auguste Renoir
PARenoir.jpg
Auguste Renoir vers 1875.
Naissance
Décès
Nom de naissance
Pierre Auguste Renoir
Nationalité
Français Drapeau de la France
Activités
Autres activités
Formation
Maître
Lieu de travail
Mouvement
Mécènes
Influencé par
La peinture française de XVIIIe (Fragonard, Boucher), Ingres, Courbet, Manet, Monet, les fresques de Raphaël.
Conjoint
Aline Charigot (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Distinctions
Œuvres principales
signature d'Auguste Renoir
signature

Pierre-Auguste Renoir dit Auguste Renoir, né à Limoges (Haute-Vienne) le et mort au domaine des Collettes à Cagnes-sur-Mer le , est l'un des plus célèbres peintres français.

Membre à part entière du groupe impressionniste, il évolue dans les années 1880 vers un style plus réaliste sous l'influence de Raphaël. Il a été peintre de nus, de portraits, paysages, marines, natures mortes et scènes de genre, pastelliste, graveur, lithographe, sculpteur et dessinateur.

Peintre figuratif plus intéressé par la peinture de portraits et de nu féminin que par celle des paysages, il a élaboré une façon de peindre originale, qui transcende ses premières influences (Fragonard, Courbet, Monet, puis la fresque italienne).

Pendant environ soixante ans, le peintre estime avoir réalisé à peu près quatre mille tableaux[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Frédéric Bazille, Portrait de Renoir (1867), Montpellier, musée Fabre.
Autoportrait (1876), Cambridge, Fogg Art Museum.

Enfance et premiers apprentissages[modifier | modifier le code]

Pierre-Auguste, dit Auguste Renoir, est né à Limoges, au no 71 de l'actuel boulevard Gambetta, ancien boulevard Sainte-Catherine, le . Il est le sixième de sept enfants, issu d'une famille ouvrière. Son père, Léonard Renoir (1799-1874[2]) est tailleur, sa mère, Marguerite Merlet (1807-1896) est couturière. La famille vit alors assez pauvrement. En 1844, la famille Renoir quitte Limoges pour Paris, où le père espère améliorer sa situation. Ils s'installent au 16 rue de la Bibliothèque mais doivent déménager en 1855 au 23 rue d'Argenteuil. Pierre-Auguste y suit sa scolarité[3].

À l’âge de 13 ans, il entre comme apprenti à l’atelier de porcelaine Lévy Frères & Compagnie pour y faire la décoration des pièces. Dans le même temps, il fréquente les cours du soir de l’École de dessin et d’arts décoratifs jusqu’en 1862. À cette période, il suit des cours de musique avec Charles Gounod qui remarque cet élève intelligent et doué[4].

Débuts dans l'impressionnisme[modifier | modifier le code]

En 1858 à l’âge de 17 ans, pour gagner sa vie, il peint des éventails et colorie des armoiries pour son frère Henri, graveur en héraldique. En 1862, Renoir réussit le concours d'entrée à l’École des beaux-arts de Paris et entre dans l’atelier de Charles Gleyre, où il rencontre Claude Monet, Frédéric Bazille et Alfred Sisley. Une solide amitié se noue entre les quatre jeunes gens qui vont souvent peindre en plein air dans la forêt de Fontainebleau[5].

L'Allée cavalière au bois de Boulogne (Madame Henriette Darras) (1873), Kunsthalle de Hambourg.
La Fillette à l'arrosoir (1876), Washington, National Gallery of Art.

Ses relations avec Gleyre sont un peu tendues et lorsque ce dernier prend sa retraite en 1864, Renoir quitte les Beaux-Arts. Cependant, alors que la première œuvre qu’il expose au salon (l’Esméralda 1864) connaît un véritable succès, après l’exposition, il la détruit. Les œuvres de cette période sont marquées par l'influence d'Ingres et de Dehodencq dans les portraits, de Gustave Courbet (particulièrement dans les natures mortes), mais aussi d'Eugène Delacroix, à qui il emprunte certains thèmes (les femmes orientales, par exemple). En 1865, sont acceptés par le Salon : Portrait de William Sisley et Soirée d'été, une toile considérée comme perdue [6],[7]. Un modèle important à cette époque pour lui est sa maîtresse Lise Tréhot : elle a posé pour le tableau Lise à l'ombrelle (1867), qui, exposé au salon de 1868, a suscité les commentaires élogieux d'un jeune critique, nommé Émile Zola. Mais en général, les critiques sont plutôt mauvaises, et de nombreuses caricatures paraissent dans la presse, telles celles de Bertall[8].

Deux enfants sont nés de sa liaison avec Lise Tréhot : Pierre né à Ville-d'Avray, le , dont on ignore le lieu et la date de décès, et Jeanne, née à Paris 10e le et décédée en 1934 [9].

Le séjour que Renoir fait avec Monet à la Grenouillère (établissement de bains sur l'île de Croissy-sur-Seine, lieu très populaire et un peu « canaille » selon les guides de l'époque) est décisif dans sa carrière. Il peint véritablement en plein-air, ce qui change sa palette, et fragmente sa touche (moins que Monet qui va plus loin dans ce domaine).

La Balayeuse (1899), Collection privée (Steve Wynn, Hôtel Mirage, Las Vegas, Nevada)

Il apprend à rendre les effets de la lumière, et à ne plus utiliser le noir pour les ombres. Dès lors, commence la période impressionniste de Renoir. Monet préfère peindre les paysages, et Renoir préfère peindre les personnages. Pour les mêmes scènes de La Grenouillère, Renoir adopte un point de vue plus rapproché qui lui permet de donner une plus grande importance aux figures[8]. Pendant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, Renoir est mobilisé et affecté à la cavalerie à Bordeaux puis à Tarbes. Tombé gravement malade, il est hospitalisé à Bordeaux avant d'être démobilisé en mars 1871 et de rentrer à Paris où il apprend la mort de Frédéric Bazille[10]. En mars 1872, Renoir rencontre le marchand d'art Paul Durand-Ruel[11]. En septembre 1873, il quitte son studio de la rue Notre-Dame-des-Champs pour un atelier plus grand rue Saint-Georges. En 1876, il loue un modeste atelier au no 12 rue Cortot (devenu en 1960 musée de Montmartre)[12].

Il expose avec les Impressionnistes dès la Première exposition des peintres impressionnistes 1874 [13] et celle de 1878[14] et réalise son chef-d'œuvre : le Bal du moulin de la Galette, à Montmartre, en 1877[15]. Le tableau est acheté par Gustave Caillebotte, membre et mécène du groupe. Cette toile ambitieuse (par son format d'abord, 1,30 m × 1,70 m) est caractéristique du style et des recherches de l'artiste durant la décennie 1870 : touche fluide et colorée, ombres colorées, non-usage du noir, effets de textures, jeu de lumière qui filtre à travers les feuillages, les nuages, goût pour les scènes de la vie populaire parisienne, pour des modèles de son entourage (des amis, des gens de la « bohème » de Montmartre). Pour les nus, il fait d'abord appel à des modèles professionnels puis à des jeunes femmes qu'il rencontre parfois dans la rue et qu'il paye en leur offrant le portrait, des fleurs ou des chapeaux à la mode[8].

Vers une peinture plus classique[modifier | modifier le code]

Autour de 1880, Renoir est en pleine misère : il n'arrive pas à vendre ses tableaux et la critique est souvent mauvaise ; il décide de ne plus exposer avec ses amis impressionnistes mais de revenir au Salon officiel, seule voie possible vers le succès. Il n'expose d'abord qu'une seule toile au Salon de 1878 intitulée Le Café[16]. De fait, grâce à des commandes de portraits prestigieux - comme celui de Madame Charpentier et ses enfants en 1878 - il se fait connaître et obtient de plus en plus de commandes. Son art devient plus affirmé, il recherche davantage les effets de lignes, les contrastes marqués, les contours soulignés, comme dans le fameux Déjeuner des canotiers peint de 1880 à 1881[17], même si le thème reste proche de ses œuvres de la décennie 1870. On peut apercevoir dans ce tableau son nouveau modèle, Aline Charigot, sa maîtresse qui devient sa femme en 1890, et qui lui donne trois autres enfants, après Pierre et Jeanne nés de Lise Tréhot : Pierre Renoir, Jean Renoir, le cinéaste, et Claude Renoir dit « Coco ». Les trois danses (Danse à Bougival (en), Musée des beaux-arts de Boston ; Danse à la ville et Danse à la campagne, Musée d'Orsay, vers 1883) témoignent aussi de cette évolution.

Lise (Tréhot) cousant (1866), Dallas Museum of Art.

Entre 1881 et 1883, Renoir effectue de nombreux voyages qui le mènent dans le sud de la France (à l'Estaque, où il rend visite à Paul Cézanne), en Afrique du Nord où il réalise de nombreux paysages, et en Italie. C'est là-bas que se cristallise l'évolution amorcée dès 1880. Au contact surtout des œuvres de Raphaël, (les Stanze du Vatican), Renoir sent qu'il est arrivé au bout de l'impressionnisme, qu'il est dans une impasse, désormais il veut faire un art plus intemporel, et plus « sérieux » ; il a l'impression de ne pas savoir dessiner. Il entre alors dans la période dite ingresque ou Aigre, qui culmine en 1887 lorsqu'il présente ses fameuses Grandes Baigneuses à Paris. Les contours de ses personnages deviennent plus précis.

Victor Chocquet (1876), Cambridge, Fogg Art Museum. Un mécène de Renoir.

Il dessine les formes avec plus de rigueur, les couleurs se font plus froides, plus acides, ce qui indigne le critique Joris-Karl Huysmans : « Allons, bon ! Encore un qui est pris par le bromure de Raphaël ! »[18]. Sa peinture qui marque un retour vers le classicisme est plus influencée aussi par l'art ancien (notamment par un bas-relief de François Girardon à Versailles pour les Baigneuses)[8].

Lorsqu'il devient à nouveau père d’un petit Pierre (1885), Renoir abandonne ses œuvres en cours pour se consacrer à des toiles sur la maternité.

La réception des Grandes Baigneuses est très mauvaise, l'avant-garde (Camille Pissarro notamment) trouve qu'il s'est égaré, et les milieux académiques ne s'y retrouvent pas non plus. Le marchand d'art Paul Durand-Ruel lui demande plusieurs fois de renoncer à cette nouvelle manière.

Aline, la future Madame Renoir, le convainc de découvrir, en 1888, son village natal : Essoyes. Il écrit alors à son amie Berthe Morisot : « Je suis en train de paysanner en Champagne pour fuir les modèles coûteux de Paris. Je fais des blanchisseuses ou plutôt des laveuses au bord de la rivière. ».

Période nacrée et reconnaissance[modifier | modifier le code]

De 1890 à 1900, Renoir change de nouveau son style. Ce n'est plus du pur impressionnisme ni le style de la période ingresque, mais un mélange des deux. Il conserve les sujets d'Ingres mais reprend la fluidité des traits. La première œuvre de cette période, les Jeunes filles au piano (1892), est acquise par l'État français pour être exposée au musée du Luxembourg. En 1894, Renoir est de nouveau père d'un petit Jean[19] et reprend ses œuvres de maternité. La jeune femme qui s'occupe de ses enfants, Gabrielle Renard, devient un de ses fréquents modèles[20].

Pierre-Auguste Renoir photographié par Dornac vers 1910.
Marie-Félix Hippolyte-Lucas, Portrait de Renoir (1919), localisation inconnue.

Alors que Renoir habite depuis 1889 dans le pavillon surnommé le « Château des Brouillards » au no 13 rue Girardon, il devient propriétaire pour la première fois de sa vie en achetant, en 1896, une maison à Essoyes, devenue l'atelier Renoir. Ainsi, la famille Renoir se retrouve tous les étés, jusqu'au décès du peintre en 1919. Essoyes sera le rendez-vous des jeux de plein air, des pique-niques, pêches, baignades aussi bien en famille qu'entre amis, Julie Manet notamment en parle dans son journal.

Cette décennie, celle de la maturité, est aussi celle de la consécration. Ses tableaux se vendent bien (notamment par les marchands d'art Ambroise Vollard et Paul Durand-Ruel), la critique, dont l'animateur de La Revue blanche, Thadée Natanson, commence à accepter et à apprécier son style, et les milieux officiels le reconnaissent également, les Jeunes filles au piano sont achetées par l'État, on lui propose la Légion d'honneur, qu'il refuse d'abord puis accepte plus tard. En 1897, lors d'une mauvaise chute de bicyclette près d'Essoyes, il se fracture le bras droit[21]. Cette chute est considérée comme responsable, du moins partiellement, de la dégradation ultérieure de sa santé. Des rhumatismes déformants l'obligeront progressivement, vers 1905, à renoncer à marcher[20]. Il se rend à l'enterrement d'Alfred Sisley au cimetière de Moret-sur-Loing le 1er février 1899, avec Monet, Adolphe Tavernier et Arsène Alexandre[22]. Il donne La Balayeuse, une huile sur toile peinte la même année, pour la vente organisée par Monet, le 1er mai 1899 à la galerie Georges Petit au profit des enfants de Sisley[23]. En 1900, Renoir est nommé chevalier de la Légion d'honneur, puis est promu officier en 1911[24].

Comme le peintre Edgar Degas, les poètes José-Maria de Heredia et Pierre Louÿs, l'écrivain Jules Verne, le compositeur Vincent d'Indy, le grammairien Jules Lemaître, il adhère à la Ligue de la patrie française, ligue antidreyfusarde plutôt modérée[25],[26].

En 1903, il s'installe avec sa famille à Cagnes-sur-Mer, le climat de la région devant être plus favorable à son état de santé. Après avoir connu plusieurs résidences dans le vieux village, Renoir fait l'acquisition du domaine des Collettes, sur un coteau à l'est de Cagnes, afin de sauver les vénérables oliviers dont il admire l'ombrage et qui sont menacés de destruction par un acheteur potentiel[27]. Aline Charigot y fait bâtir la dernière demeure de son époux, où il va passer ses derniers jours au soleil du Midi, bien protégé toutefois par son inséparable chapeau. Il y vit avec sa femme Aline et ses enfants, ainsi qu'avec des domestiques, souvent autant des amis, qui l'aident dans sa vie de tous les jours, lui préparent ses toiles et ses pinceaux. Les œuvres de cette période cagnoise sont essentiellement des portraits, des nus, des natures mortes et des scènes mythologiques. Ses toiles sont chatoyantes, sa matière picturale plus fluide, toute en transparence. Les corps féminins ronds et sensuels resplendissent de vie.

Renoir est désormais une personnalité majeure du monde de l'art occidental, il expose partout en Europe et aux États-Unis, participe aux Salons d'automne à Paris. L'aisance matérielle qu'il acquiert ne lui fait pas perdre le sens des réalités et le goût des choses simples, il continue à peindre dans l'univers rustique du domaine des Collettes. Il essaie de nouvelles techniques, et en particulier s'adonne à la sculpture, incité par le marchand d'art Ambroise Vollard, alors même que ses mains sont déformées par la polyarthrite rhumatoïde. Ses ongles pénétrant dans la chair de ses paumes, des bandelettes de gaze talquées protègent ses mains (de là, la légende du pinceau attaché à sa main)[28].

Le sculpteur[modifier | modifier le code]

Auguste Renoir, Buste de Coco (1908), Francfort-sur-le-Main, musée Städel.

De 1913 à 1918, en collaboration avec Richard Guino, un jeune sculpteur d'origine catalane que lui présentent Aristide Maillol et Ambroise Vollard, il crée un ensemble de pièces majeures : Vénus Victrix, le Jugement de Pâris, la Grande Laveuse[29], le Forgeron[30].

L'attribution de ces œuvres de collaboration fut révisée soixante ans après leur création, à l’issue d’un long procès initié en 1965 par Michel Guino, fils de Richard et sculpteur lui-même, qui a œuvré à la divulgation de l'œuvre de son père. Après une minutieuse analyse des pièces, des processus qui présidèrent à leur création et l’audition de nombreux artistes, la qualité de coauteur est reconnue à Richard Guino en 1971 par la troisième chambre civile du tribunal de Paris et définitivement établie par la Cour de cassation en 1973. L’historien d’art Paul Haesaerts précise dès 1947 dans Renoir sculpteur[31] : « Guino ne fut jamais simplement un acteur lisant un texte ou un musicien interprétant mécaniquement une partition […]. Guino était impliqué corps et âme dans l’acte créatif. On peut même affirmer avec certitude que s’il n’avait pas été là, les sculptures de Renoir n’auraient pas vu le jour. Guino était indispensable ». Le procès fait par le fils de Guino n'a pas été intenté « contre » Renoir, réduction véhiculée dans certains textes ou articles de journaux se référant à « l'affaire ». Il s'est agi de contribuer à dévoiler l'historique exceptionnel de ce processus de création pour rétablir l'apport original de Guino à l'œuvre sculpté, initialement occulté par Vollard. Un « praticien » sculpteur reproduit ou agrandit un modèle déjà existant. Guino, lui, fait une transposition de techniques : on passe de la peinture de Renoir à la sculpture de Guino, l'esprit de la peinture transparaît dans l'esprit de la sculpture. Transmutation avérée entre deux artistes. Le phénomène a pu s'accomplir grâce à leur amitié et intense communauté de vue. Le peintre à ses toiles et le sculpteur travaillant la glaise des Collettes. C'est ce point unique et rare qui caractérise cette œuvre.

Après avoir interrompu sa collaboration avec Guino, il travaille avec le sculpteur Louis Morel (1887-1975), originaire d'Essoyes. Ensemble, ils réalisent les terres cuites, deux Danseuses et un Joueur de flûteau.

Dernières années[modifier | modifier le code]

Aline meurt en 1915, ses fils Pierre et Jean sont grièvement blessés durant la Première Guerre mondiale, mais en réchappent.

Renoir continue, malgré tout, de peindre jusqu'à sa mort en 1919. Il aurait, sur son lit de mort, demandé une toile et des pinceaux pour peindre le bouquet de fleurs qui se trouvait sur le rebord de la fenêtre. En rendant pour la dernière fois ses pinceaux à l'infirmière, il aurait déclaré : « Je crois que je commence à y comprendre quelque chose[32]. »

Le , il s’éteint au domaine des Collettes à Cagnes-sur-Mer, des suites d'une congestion pulmonaire[4], après avoir pu visiter une dernière fois le musée du Louvre et revoir ses œuvres des époques difficiles.

Dans un premier temps, il est enterré avec son épouse dans le vieux cimetière du château de Nice et, deux ans et demi plus tard, le , les dépouilles du couple Renoir sont transférées dans le département de l'Aube où elles reposent désormais dans le cimetière d'Essoyes[33], comme l'avaient souhaité Renoir et son épouse. Depuis, Pierre et Jean, puis les cendres de Dido Renoir — seconde épouse de Jean — partagent sa sépulture.

Postérité[modifier | modifier le code]

Ayant abandonné le paysage impressionniste au bénéfice de la représentation de l'être humain, il place la gaieté au cœur de ses toiles marquées par les conséquences du progrès sur la société, par la mise en scène du quotidien joyeux dans un cadre urbain ou bucolique, intime ou populaire, qui lui valut le surnom de « peintre du bonheur »[34].

La peinture d'Auguste Renoir passe aujourd'hui pour la quintessence du « bon goût petit-bourgeois », comme ces « peintres décoratifs » et ces « peintres pour dames » réalisant des tableaux complaisants et stéréotypés, Renoir n'ayant pas toujours su éviter ce piège pour assurer sa subsistance. Citée en exemple, sa peinture illustre pour certains l'idée que le commun des mortels se fait de la beauté en art, ses toiles abordant des sujets simples ayant trait à la vie quotidienne, ses nus opulents et sensuels dégagent une certaine plénitude[35]. C'est oublier que cette peinture figurative jugée mièvre et réconfortante, évoquant la nostalgie d'un bonheur perdu, illustrant calendriers des postes et cartes postales [36], a été rejetée par le public et les critiques pendant plus de vingt ans. En 1876, le critique Albert Wolf écrit dans le Figaro:

Essayez donc d’expliquer à M. Renoir que le torse d’une femme n’est pas un amas de chairs en décomposition avec des taches vertes, violacées qui dénotent l’état de complète putréfaction dans un cadavre !

La même année l'artiste Bertall écrit dans Le Soir :

Dans des cadres bizarres, des contournements grotesques, des fracas de couleur sans forme et sans harmonie, sans perspective et sans dessin[37].

Considérée par les collectionneurs de son temps comme inachevée, maladroite et bâclée, elle a, par la suite, été perçue comme totalement révolutionnaire car rompant avec les conventions de l'art officiel de l'époque. Cependant, le tournant opéré par Renoir vers 1890, lorsqu'il abandonne le plein air et renoue avec ses maîtres préférés, tels Jean-Honoré Fragonard, Raphaël ou François Boucher lui vaut d'être accusé de trahison par ses anciens compagnons impressionnistes qui lui reprochent de sacrifier à la peinture officielle des héritiers de Jacques-Louis David[38]. L'histoire de l'art considère pourtant que cette dernière période de Renoir marquée par un retour vers le classicisme a fortement inspiré une jeune génération d'artistes, tels que Picasso, Henri Matisse, Maurice Denis ou Pierre Bonnard[18],[39].

Collèges et lycées[modifier | modifier le code]

Un collège-lycée porte son nom dans sa ville natale, Limoges, un autre à Cagnes-sur-Mer, où il est mort. Un collège est nommé Auguste et Jean Renoir à La Roche-sur-Yon. Un collège est nommé Pierre Auguste Renoir à Ferrières-en-Gâtinais. À Asnières-sur-Seine, le lycée public et le collège voisin portent son nom. Un collège est nommé Auguste Renoir à Chatou dans les Yvelines.

Musées Renoir[modifier | modifier le code]

Marché de l'art[modifier | modifier le code]

Jeune femme au crochet (1875), Williamstown, Clark Art Institute.

Cette liste d'enchères est strictement indicative[40] :

  • Dans les roses, 23 000 000 $, Sotheby's, mai 2003[41] ;
  • Femmes dans un jardin, 12 250 000 $, Sotheby's, mai 2007[42] ;
  • Les Rosiers à Wargemont, 7 512 000 $, Sotheby's, novembre 2004[43] ;
  • La Loge, 7 412 000 $, Sotheby's, février 2008[44] ;
  • Les Deux sœurs, 6 850 000 $, Sotheby's, février 2007[45] ;
  • Portrait de nini, 5 500 000 $, Sotheby's novembre 2008[46] ;
  • Jeunes filles au lilas, 5 500 000 $, Sotheby's mai 2004[47] ;
  • La Lecture, 5 000 000 $, Sotheby's mai 2007[48] ;
  • Paysages Bords de Seine, estimé 100 000 $ en 2012, il s'agissait d'un tableau volé en 1951 qui fut restitué au musée de Baltimore en 2014.

Œuvres principales[modifier | modifier le code]

Pierre-Auguste Renoir a peint pendant près de soixante ans. Peintre prolifique, il nous a laissé une œuvre considérable, nécessairement inégale. On recense dans celle-ci plus de 4 000 peintures, soit un nombre supérieur à celui des œuvres de Manet, Cézanne et Degas réunies. Parmi celles-ci, on peut citer :

Femme à la perruche (1871), New York, musée Solomon R. Guggenheim.
La Fin du déjeuner (1879), Francfort-sur-le-Main, Musée Städel.

Citations[modifier | modifier le code]

  • « Mettez-vous cela en tête : il n'existe qu'un seul indicateur de la valeur d'un tableau : c'est la salle des ventes. » [50]
  • Stéphane Mallarmé, Les Loisirs de la poste, 1894 :

« Villa des Arts, près l'avenue
De Clichy, peint Monsieur Renoir
Qui devant une épaule nue
Broie autre chose que du noir. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Auguste Renoir, Écrits et propos sur l'art, Hermann, , p. 46
  2. Léonard Renoir meurt à Louveciennes, Seine-et-Oise, le 22 décembre 1874, et son épouse Marguerite Merlet, dans la même ville, le 11 novembre 1896; Archives des Yvelines en ligne, état civil, acte no 71 du 22/12/1874 (vue no 59), et acte no 50 du 12/11/1896 (vue no 139)
  3. François Daulte, Auguste Renoir, Plantyn/Delta/Kluwer, , p. 12
  4. a et b Renoir Un peintre, une vie, une œuvre Ed Belfond, 1987, (ISBN 978-2714-423771)
  5. Auguste Renoir, Elda Fezzi, Tout l'œuvre peint de Renoir : période impressionniste 1869-1883, Flammarion, , p. 83
  6. Un Renoir perdu retrouvé sur Leboncoin ?
  7. Un faux Renoir à Villeurbanne ? Une avancée dans l’affaire pourrait “tout changer”, LyonMag, 6 février 2017
  8. a b c et d Pascal Bonafoux, Renoir : 1841-1919, Perrin, , 314 p.
  9. Jean-Claude Gélineau, Jeanne Tréhot, la fille cachée de Pierre Auguste Renoir .
  10. Nathalia Brodskaya, Renoir, p. 38
  11. Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme, p. 28
  12. Amélie Chazelles, Claude Charpentier, Montmartre : vu par les peintres, Vilo, , p. 82
  13. Monneret 1981, p. 234
  14. Monneret 1981, p. 240
  15. Paris, Musée d'Orsay
  16. Base Salons, fiche Auguste Renoir, livret de 1878, musée d'Orsay.
  17. Phillips Collection (Washington
  18. a et b Philippe Lançon, « Renoir se viande en beautés », sur liberation.fr, .
  19. futur cinéaste, auteur notamment de La Grande Illusion et La Règle du jeu
  20. a et b Pierre-Auguste Renoir, L'Amour avec mon pinceau, Fayard/Mille et une nuits, , 160. p.
  21. Jean Renoir, Pierre-Auguste Renoir, mon père, p. 384 Folio-Gallimard, (ISBN 978-2070372928).
  22. Gustave Geffroy, François Blondel, Théodore Duret, Alfred Sisley, p. vi
  23. François Daulte, Auguste Renoir: Catalogue raisonné de l'oeuvre peint, avant propos de Jean Renoir, Volume 1, Éditions Durand-Ruel, 1971, p. 366 : « LA BALAYEUSE Huile sur toile, H. 0,65 ; L. 0,46. Signé en bas, à droite : Renoir. Peint en 1889 COLL.: Donné par Renoir à la Vente Sisley (Vente de l'Atelier Alfred Sisley, Galeries Georges Petit, Paris, 1er mai 1899, n° 70, adjugé 4200 fr. à Durand-Ruel) ; Durand-Ruel, Paris (vendu par Durand-Ruel à Mme de La Chapelle le 9 juillet 1937 pour 90.000 fr.) ; Mme de La Chapelle, Paris ; Collection particulière, Paris. »
  24. Nathalia Brodskaïa, L'Impressionnisme, Parkstone International, , p. 126.
  25. Jean-Pierre Rioux, Nationalisme et conservatisme. La Ligue de la patrie française, 1899-1904, Beauchesne, 1977.
  26. Ariane Chebel d'Appollonia, L'Extrême-droite en France, p. 137.
  27. Jean Renoir, Pierre-Auguste Renoir, mon père, p. 481.
  28. Renoir et les familiers des Collettes, Conservation des musées, , p. 65
  29. Martigny, Fondation Gianadda, parc de sculptures.
  30. Paris, musée d'Orsay. Voir : Renoir sculpteur ? Emmanuelle Héran, catalogue de l'exposition Renoir au XXe siècle, Galeries nationales du Grand Palais, Paris, du 23 septembre 2009 au 4 janvier 2010.
  31. Éditions Hermès, Bruxelles, 1947.
  32. Jean Renoir, Pierre-Auguste Renoir, mon père, p. 507.
  33. La tombe d'Auguste Renoir, à Essoyes dans l'Aube
  34. Eliane Reynold de Seresin, Auguste Renoir, le peintre du bonheur. Aux sources de l’impressionnisme, 50 Minutes, , p. 19
  35. Jacek Debicki, Histoire de l'art. Peinture-Sculpture-Architecture, De Boeck Supérieur, , p. 220
  36. telle le Bal du moulin de la Galette, l'emblème touristique du Paris en carte postaleVincent Duclert, Le Bal du Moulin de la Galette de Pierre-Auguste Renoir, Armand Colin,
  37. Source : Auguste Renoir
  38. Elisabeth Couturier, Renoir est-il un peintre bourgeois ?, émission Les Jeudis de l'expo sur France Culture, 1er octobre 2009
  39. Philippe Cros, Pierre-Auguste Renoir, Terrail, , p. 52-54.
  40. Sotheby's
  41. image.
  42. image.
  43. image.
  44. image.
  45. image.
  46. image.
  47. image.
  48. image.
  49. notice en ligne.
  50. « Annales »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) « 2006 »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) de Sciences Po

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Catalogues d'exposition
  • Collectif, Daniel Marchesseau (dir.), Revoir Renoir, Martigny, Fondation Pierre Gianadda, 20 juin - 23 novembre 2014.
  • Collectif, Renoir au XXe siècle, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 23 septembre 2009 - 4 janvier 2010 ; Los Angeles, Los Angeles County Museum of art, 14 fév. - 9 mai 2010, Philadelphie, Philadelphia Museum of art, 17 juin - 6 septembre 2010, Paris, Réunion des musées nationaux, Musée d'Orsay, 2009.
  • Colin B. Bailey (dir.), Les Paysages de Renoir. 1865-1883, catalogue d'exposition, Londres, The Tate National Gallery, 21 fév. - 20 mai 2007 ; Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 8 juin - 9 septembre 2007, Philadelphie, Philadelphia Museum of Art, 4 octobre 2007 - 6 janvier 2008, Milan, 5 Continents Éditions, 2007.
  • Colin B. Bailey, (dir.), Les Portraits de Renoir. Impressions d'une époque, catalogue d'exposition, Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 27 juin-14 septembre 1997; Chicago, The Art Institute of Chicago, 17 octobre 1997-4 janvier 1998 ; Fort Worth, Kimbell Art Museum , 8 février-26 avril 1998, Paris, Ottawa, Gallimard, Musée des beaux-arts du Canada, 1997.
  • Collectif, Renoir, catalogue d'exposition, Paris, Galeries nationales du Grand Palais, 14 mai-2 septembre 1985 ; Boston, Museum of fine arts, 9 octobre 1985-5 janvier 1986, Paris, Réunion des musées nationaux, 1985. (ISBN 2-7118-2000-9)
Essais et monographies
  • Pierre-Auguste Renoir, Écrits et propos sur l'art, textes réunis, annotés et présentés par Augustin de Butler, Paris, éditions Hermann, 2009.
  • Robert Cumming, La peinture expliquée, Paris, Le Soir, Bordas, 1995.
  • Anne Distel, Renoir : « Il faut embellir », Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard / Arts » (no 177), 1993, réédition 2005.
  • Anne Distel, Renoir, Paris, Citadelles & Mazenod, 2009.
  • Peter H. Feist, Renoir, 1re édition, Cologne, Taschen, 1993.
  • Michel Ferloni, Encyclopédie des Impressionnistes, Lausanne, Edita S.A., 1992.
  • Elda Fezzi, Renoir, Les Classiques de l'Art, Paris, Flammarion, 2005.
  • François Fosca, Renoir, l'homme et son œuvre, Paris, Éditions Aimery Somogy, 1961.
  • Corinne Graber, Jean-François Guillou, Les Impressionnistes, Paris, France Loisir, 1990.
  • Raffaele de Grada, Renoir, Paris, Librairie Larousse, 1989. (ISBN 2-03-511321-0)
  • Paul Haesaerts, Renoir sculpteur, Bruxelles, Éditions Hermès, 1947.
  • Paul Joannides, Renoir sa vie, son œuvre, Courbevoie, Éditions Soline, 2000.
  • Marc Le Cœur, Renoir au temps de la bohème. L'histoire que l'artiste voulait oublier, Paris, L’Échoppe, 2009.
  • Laurence Madeline, Dominique Lobstein, l’ABCdaire de l’impressionnisme, Paris, Flammarion, 1995 — (ISBN 2080117734).
  • A. Martini, Chefs-d’œuvre de l’art Grands Peintres : la diffusion de l’impressionnisme, Paris, Céliv, 1980.
  • Gilles Néret, Auguste Renoir peintre du bonheur : 1841-1919, Taschen, 2001.
  • Jean-Louis Vaudoyer, Les impressionnistes, Paris, Flammarion, 1953.

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]