Camille Doncieux

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Claude Monet : La Japonaise, portrait de Madame Monet en kimono.

Camille Léonie Doncieux[1] (née en 1847 et morte le à Vétheuil) est la première femme du peintre Claude Monet. Elle est aussi son modèle favori[1], et a également posé pour Pierre-Auguste Renoir et Édouard Manet.

Elle tient une place toute particulière dans l'œuvre du peintre, dans les toiles duquel elle est très présente jusqu'à sa mort. Après sa disparition, la représentation du paysage prend le pas chez Claude Monet, et les personnages qui apparaissent encore dans ses toiles apparaissent plus pour servir de repoussoir au paysage qu'en tant que sujet principal.

Biographie[modifier | modifier le code]

Camille Monet sur son lit de mort (1879).
Claude Monet : Camille Doncieux, Dans la prairie (1876).
Claude Monet, Camille Doncieux et son fils (1875).

D'origine assez modeste, même si son père était « dans les affaires », Camille Doncieux naît à Lyon le 15 janvier 1847. Arrivée à Paris, elle y travaille comme modèle, avant de rencontrer Claude Monet en mars 1865[2]. Ils entament une relation sérieuse peu après, et vivent ensemble à partir de 1867. Leur relation fait l'objet de vives critiques de la part de la famille du peintre, surtout lorsque Camille tombe enceinte[3]. Camille Doncieux et Claude Monet ne se marient qu'en 1870. Cinq ans seulement après, le couple découvre qu'elle est atteinte d'un cancer de l'utérus. Le couple a deux enfants : Jean Monet (1867-1914), et Michel Monet (né en 1878, et décédé accidentellement en 1966), qui n'auront pas de postérité.

La naissance de ce second enfant fragilise encore plus Camille Doncieux. Monet exécute un portrait d'elle intitulé Camille sur son lit de mort (1879), dont il parlera plus tard à Georges Clemenceau[4]. Alice Hoschedé, alors maîtresse de Monet, la soigne pendant la maladie qui l'affecte après la naissance de son second enfant, en 1878[2]. Camille Doncieux meurt le 5 septembre 1879, à l'âge de 32 ans.

Modèle favori de Claude Monet[modifier | modifier le code]

Claude Monet : Camille Doncieux, dans La Femme en robe verte (1866), initialement nommé Camille.
Claude Monet, Femmes au jardin : quatre portraits de Camille Doncieux ?
Claude Monet : Camille Doncieux, dans Le Déjeuner.

L'une des premières toiles que Claude Monet réalise d'elle est un portrait en pied, La Femme en robe verte, qu'il présente au Salon de 1866 sous le nom de Camille, où la toile fait l'objet de beaucoup d'admiration, voire d'un « énorme succès »[5], et obtient d'ailleurs la médaille d'argent[3]. Elle est ensuite achetée par Arsène Houssaye pour la somme de 800 francs. L'un des ardents partisans de cette toile n'est autre que Émile Zola, qui écrit dans L'Événement du 11 mai :

« J'avoue que la toile qui m'a le plus longtemps arrêté est la Camille de M. Monet. [...] Je venais de parcourir ces salles si froides et si vides, [...] lorsque j'ai aperçu cette femme, traînant sa longue robe et s'enfonçant dans le mur, comme s'il y avait un trou. Vous ne sauriez croire combien il est bon d'admirer un peu, lorsqu'on est fatigué de rire et de hausser les épaules[6]. »

C'est elle que l'on voit dans le célèbre tableau de Monet, La Capeline rouge, réalisé aux alentours de 1873, dont le peintre ne se séparera pas jusqu'à sa mort, en 1926[7].

Elle est aussi présente lorsque Claude Monet participe au mouvement du Japonisme, en grand admirateur qu'il était de l'art japonais, grand collectionneur également, comme le montre sa collection d’estampes ukiyo-e conservée à Giverny. C'est elle en effet qui pose pour l'un des tableaux les plus notoires de ce mouvement, La Japonaise[8].

C'est elle également qui apparaît souvent dans les couples peints par Claude Monet, fréquemment associée avec le peintre Bazille, avec qui elle pose pour son mari[9].

Edward Lucie-Smith a souligné l'importance de sa présence dans certaines compositions, comme Les Femmes au jardin, de 1866-1867, ou Le Déjeuner de 1868, où il soutient que les quatre femmes apparaissant dans la première de ces toiles, comme les deux autres qui apparaissent dans la seconde, sont toutes des variations inspirées par Camille Doncieux[3]. Camille Doncieux figure aussi bien entendu dans Le Déjeuner sur l'herbe. Elle tient d'ailleurs une place toute particulière, dans l'œuvre d'un peintre essentiellement considéré pour ses paysages et sa représentation de la nature. Car après sa mort, si Monet continue à peindre quelques personnages, en particulier ses enfants, dans des tableaux tels que La Barque à Giverny (1887) ou Le Jardin de l'artiste à Vétheuil (1880), plus jamais ces personnages n'apparaîtront avec la même importance, ou le même intérêt de la part de l'artiste ; ses dernières représentations de personnes semblent en particulier être là avant tout pour servir de contrepoint au paysage[4].

Modèle de Renoir et de Manet[modifier | modifier le code]

Outre son rôle essentiel dans l'œuvre de Monet, Camille Doncieux pose également pour Pierre-Auguste Renoir et pour Édouard Manet.

On la voit ainsi dans le tableau de celui-ci, La Famille Monet dans leur jardin à Argenteuil (1874). Renoir raconte plus tard comment il est arrivé chez Monet, juste alors que Manet venait de commencer le tableau. Et Renoir ajoute « Pouvez vous imaginer que je manque pareille occasion, avec tous les modèles qui se trouvaient là ? ». C'est ainsi que Renoir enrichit les portraits de Camille Doncieux de son propre tableau Madame Monet et son fils, de 1874[10].

Mais Camille Doncieux apparaît dans bien d'autres œuvres de Renoir, comme Camille Monet lisant, de 1873, ainsi que dans celles de Manet, telles que Claude Monet peignant sur son bateau-atelier (1874)[4].

Sources[modifier | modifier le code]

Monet a dû, à cause de sa seconde femme Alice Hoschedé, détruire toute la correspondance de Camille, envoyée ou reçue, ainsi que les photos où elle figurait[11].

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Rose-Marie Hagen, Rainer Hagen, What great paintings say, Volume 2, Taschen, 2003, p. 391
  2. a et b Jiminez et Banham 2001, p. 165
  3. a, b et c Jiminez et Banham 2001, p. 166
  4. a, b et c Jiminez et Banham 2001, p. 168
  5. Christoph Heinrich, Claude Monet, 1840-1926, Taschen, 2000, p. 14
  6. Claude Monet, Dominique Lobstein, Monet, Editions Jean-Paul Gisserot, 2002, p. 27
  7. Jiminez et Banham 2001, p. 167
  8. Texte biographique sur Camille Doncieux
  9. Gustave Caillebotte, Norma Broude, Gustave Caillebotte and the fashioning of identity in impressionist Paris, Rutgers University Press,‎ 2002 (lire en ligne), p. 173, note 115
  10. Jiminez et Banham 2001, p. 167-168
  11. Wildenstein 1996, p. 148

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Jill Berk Jiminez et Joanna Banham, Dictionary of artists' models, Taylor & Francis,‎ 2001 (lire en ligne), « Camille Doncieux »
  • Daniel Wildenstein, Monet ou le Triomphe de l'Impressionnisme, Cologne, Taschen,‎ 1996 (ISBN 978-3-8365-2322-6)

Lien externe[modifier | modifier le code]