Académie Suisse

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Gustave Courbet, Portrait de Charles Suisse (1861), New York, Metropolitan Museum of Art.

L'académie Suisse est un ancien atelier français de peinture ouvert à Paris dans l'Île de la Cité dès 1815, au 4, quai des Orfèvres[1], et qui forma, durant une cinquantaine d'années, de nombreux artistes peintres devenus célèbres. Après 1870, elle change d'adresse et devient l'Académie Colarossi.

Histoire[modifier | modifier le code]

Camille Corot, Quai des Orfèvres et pont Saint-Michel (1833), Paris, musée Carnavalet.

Martin-François Suisse est né à Paris en 1781, fils d'un perruquier parisien[2]. Le patronyme « Suisse » est la forme francisée de celui de « Schweitzer », la famille, originaire de Düsseldorf, s'est installée à Paris au cours du XVIIIe siècle[3]. D'abord modèle de Jacques-Louis David, Martin-François Suisse fonde son académie en 1815. Surnommé « le père Suisse »[4], il la dirige jusqu'à sa mort en 1859 à 78 ans[5].

L'atelier est ensuite dirigé par son neveu[6], Charles Alexandre Suisse (1813-1871), mort à 57 ans, et dont Gustave Courbet fit au moins deux portraits[7].

Moyennant une somme mensuelle modique, 10 francs-or, les artistes nécessiteux pouvaient y bénéficier des services d'un modèle pour s'exercer au nu académique. De nombreux artistes en devenir ont fait leurs premières peintures dans ce qui était parfois dénommé « le sanctuaire de l'Art et du tapage[8] », les artistes ayant en effet une liberté absolue de recherches et de procédés, d'où le fait qu'on y subodoraient de possibles débordements[9]. La fréquentèrent entre autres Camille Corot[10], Paul Cézanne[11], Édouard Manet[12], Claude Monet[13] ou Camille Pissarro[14], pour les plus connus.

Vers la fin du Second Empire, le sculpteur italien Filippo Colarossi rachète à Charles Suisse son atelier, nommé à cette époque « Académie Suisse-Cabressol » et la rebaptise tout d'abord « Académie de la Rose ». En 1870, il décide de la transférer au 10, rue de la Grande-Chaumière dans le 6e arrondissement[15].

Une photographie du quai des Orfèvres, datée du , où figure l'immeuble, aujourd'hui détruit, situé au no 4 et à et l'angle du boulevard du Palais — reconnaissable à l'enseigne du dentiste Sabra — est conservée à Paris dans les collections du musée Carnavalet[16].

Principaux élèves de l'académie Suisse[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. M. Tompkins Lewis, « La montée de Cézanne à Paris », In: Cézanne et Paris, [catalogue de l'exposition présentée du 16 octobre 2011 au 26 février au musée du Luxembourg], Réunion des musées nationaux, 2011, p. 44-53.
  2. Benoît Noël, Parisiana : la capitale des peintres au XIXe siècle, DISLAB, , p. 134.
  3. en lien sur Geneanet.
  4. Muriel Michel, « Martin François Suisse et Eugène Delacroix », in Eugène Delacroix, le général romain (1818-1819),‎ s.d. (lire en ligne).
  5. Familysearch, Reconstitution chronologique des actes de décès, Paris, série V.2E, 1630-1859, décès 6/11/1859-28/11/1859, vue 3070/3226 : décès de Martin François Suisse le. Artiste peintre célibataire, né vers 1781, celui-ci est décédé 4 quai des Orfèvres à Paris, à l'âge de 78 ans. Acte en lien.
  6. Relevé partenaire Geneanet : naissance de Charles Alexandre Suisse le (relevé au nom de famille de Charles Alexandre Henry). Archives départementales du Val de Marne, décès Saint-Maurice, vue 263/449, acte n°122 : décès de Charles Alexandre Suisse le à Saint-Maurice. Il est toutefois mentionné fils naturel d'Angélique Reine Alexandre Suisse et de père non dénommé. Née vers 1784, sa mère est la sœur de Martin François Suisse, fondateur de l'Académie Suisse.
  7. (en) « Charles Suisse, 1861 » sur metmuseum.org, catalogue en ligne, cf. notes [1871].
  8. F. Baille, Les Petits Maîtres d'Aix à la Belle Époque, Aix-en-Provence, Éd. Paul Roubaud, 1981, p. 86.
  9. Jean-Jacques Lévêque, Paul Cézanne : le précurseur de la modernité, 1839-1906, A.C.R Édition, , p. 25.
  10. Jean Selz, Camille Corot : un rêveur solitaire, 1796-1875, A.C.R Édition, , p. 188.
  11. Biographie de Cézanne.
  12. Biographie de Manet.
  13. Biographie de Monet.
  14. Cézanne et Pissarro 1865-1885.
  15. Noël (2006), p. 134.
  16. Paris Musées Collections, catalogue en ligne.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sophie Monneret, L'Impressionisme et son époque, dictionnaire international, tome I, Denoël, 1978-1979, p. 925 (ISBN 2-221-05222-6).
  • Benoît Noël et Jean Hourmon, Parisiana : la capitale des peintres au XIXe siècle, Les Presses Franciliennes, 2006, p. 134 (ISBN 978-2952721400).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]