Claude Monet

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Claude Monet
Claude Monet 1899 Nadar crop.jpg

Claude Monet par Nadar en 1899

Naissance
Décès
(à 86 ans)
Giverny
Nom de naissance
Oscar-Claude Monet
Nationalité
Activité
Formation
Maître
Mouvement
Influencé par
Conjoints
Enfants
Michel Monet
Jean Monet (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Œuvre réputée
signature de Claude Monet

signature

Claude Monet, né le à Paris et mort le (à 86 ans) à Giverny, est un peintre français, l’un des fondateurs de l'impressionnisme, peintre de paysages et de portraits.

Né sous le nom d'Oscar-Claude Monet, au no 45 rue Laffitte à Paris, il grandit au Havre et est particulièrement assidu au dessin. Il commence sa carrière d'artiste en réalisant des portraits à charge des notables de la ville. En 1859, il part à Paris tenter sa chance sur le conseil d'Eugène Boudin et grâce à l'aide de sa tante. Après des cours à l'académie Suisse puis chez Charles Gleyre et la rencontre de Johan Barthold Jongkind, le tout entrecoupé par le service militaire en Algérie, Monet se fait remarquer pour ses peintures de la baie d'Honfleur. En 1866, il connait le succès au Salon de la peinture grâce à La Femme en robe verte représentant Camille Doncieux qu'il épouse en 1870. Toute cette période est cependant marquée par une grande précarité. Il fuit ensuite la guerre de 1870 à Londres puis aux Pays-Bas. Dans la capitale anglaise, il fait la rencontre du marchand d'art Paul Durand-Ruel qui sera sa principale source de revenu pendant le reste de sa carrière. Revenu en France, la première exposition des futurs impressionnistes a lieu en 1874.

En 1876, il rencontre Ernest Hoschedé, un mécène qui va rapidement faire faillite. En 1878, ce dernier, sa famille et celle de Monet emménagent dans une maison commune à Vétheuil. La mort de Camille en 1879 et les nombreuses absences d'Ernest, conduisent au rapprochement de Monet avec Alice Hoschedé. En plus de peindre intensivement la Seine, Claude se rend régulièrement sur la côte Normande pour peindre. En 1883, lui et la famille Hoschedé déménagent définitivement à Giverny. Ce déménagement correspond environ à la fin des ennuis financiers, Monet devenant même fortuné à la fin de son existence. Monet ne se montre cependant pas particulièrement généreux avant ses toutes dernières années. Après l'emménagement, il effectue un séjour à Bordighera, sur la côte d'azur puis à Belle-Île-en-Mer.

À partir de 1890, Monet se consacre à des séries de peintures, c'est-à-dire qu'il peint le même motif à différentes heures de la journée, à diverses saisons. Il peint alors parfois des dizaines de toiles en parallèle, changeant en fonction de l'effet présent. Il commence par les Meules, puis réalise Les Peupliers, la Série des Cathédrales de Rouen, celle des Parlements de Londres et Les Nymphéas de son jardin, qu'il décline en grand format pour peindre les grandes décorations. En effet, depuis 1903, Monet s'adonne intensivement au jardinage. En 1908, il peint également à Venise mais sans faire de série.

La fin de sa vie est marquée par le décès d'Alice et par une maladie, la cataracte, qui affecte son travail. Il s'éteint à 86 ans d'un cancer pulmonaire.

Monet peint devant le modèle sur l'intégralité de sa toile dès les premières ébauches, il retouche ensuite de nombreuses fois jusqu'à ce que le résultat le satisfasse. Contrairement à ce qu'il affirme, il termine la plupart de ses toiles en atelier, prenant modèle sur les premières peintures d'une série pour peindre les autres.

D'un caractère parfois difficile, prompt à la colère comme au découragement, Claude Monet est un grand travailleur qui n'hésite pas à défier la météo pour pratiquer sa passion. Monet résume sa vie ainsi de la meilleure manière : « Qu'y a-t-il à dire de moi ? Que peut-il y avoir à dire, je vous le demande, d'un homme que rien au monde n'intéresse que sa peinture - et aussi son jardin et ses fleurs ».

Autoportrait, 1917

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

Caricature de Léon Manchon réalisée en 1858

Claude Monet est né à Paris le au 45, rue Laffitte dans le IXe arrondissement. Il est le second fils d’Adolphe et Louise-Justine Monet, née Aubrée, après Léon Pascal, dit Léon (1836–1917). Baptisé sous le nom d’Oscar-Claude à Notre-Dame de Lorette début 1841, il est appelé Oscar par ses parents[1]. Il aime à dire plus tard qu’il est un vrai Parisien. Ses parents sont tous deux nés à Paris, tandis que ses grands-parents y étaient déjà installés aux environs de 1800. La famille, grands-parents paternels compris, s’installe au Havre en Normandie vers 1845, l'année de ses cinq ans. Ce déménagement est certainement provoqué par la situation financière précaire dans laquelle se trouve alors Claude Adolphe[2]. L’influence de sa demi-sœur, Marie-Jeanne Lecadre, épouse et fille de commerçants havrais, y est aussi certainement pour quelque chose[3].

Le jeune Oscar n’est pas un élève très appliqué selon ses propres dires, mais il apparaît dans les annales du collège havrais situé rue de la Mailleraye, qu’il fréquente à partir du comme « une excellente nature très sympathique à ses condisciples ». De manière précoce, il développe un goût pour le dessin et il suit avec intérêt le cours d’Ochard, un ancien élève de David. Ses premiers dessins sont des caricatures (appelées « portraits-charges ») de personnages (professeurs, hommes politiques) dont Monet « enguirlande la marge de ses livres... en déformant le plus possible la face ou le profil de ses maîtres » selon ses propres termes. Il fait déjà des croquis de bateau et des paysages en « plein air » sur le motif[4].

Eugène Boudin
Vue du port de Quimper, v. 1857
musée des beaux-arts de Quimper

Le , sa mère décède et il abandonne ses études. Sa tante Jeanne Lecadre (1790-1870), qui peint elle-même à ses heures perdues, l’accueille et l’encourage à continuer le dessin. Face au succès rencontré par ses caricatures, il décide d'y apposer la signature « O. Monet » et de les vendre chez un papetier-encadreur, du nom de Gravier, ancien associé d'Eugène Boudin qui lui confie le négoce de certaines de ses toiles[5]. C’est là que Claude Monet va faire sa connaissance, vraisemblablement début 1858, rencontre déterminante pour sa carrière artistique : « Si je suis devenu un peintre, c’est à Eugène Boudin que je le dois ».

Monet commence à peindre ses premières toiles de paysage en été 1858. Il présente deux toiles à l'exposition municipale des Beaux-Arts de la ville du Havre qui se déroule durant les mois d'août et de septembre de la même année. Ces deux toiles, fortement influencées par la technique de Boudin, sont acceptées et présentées sous le titre unique : "Paysage. Vallée de Rouelles"[6]. Devant ce succès, Boudin conseille à son jeune comparse de quitter Le Havre pour Paris dans le but d'y prendre des cours et d'y rencontrer d'autres artistes[7].

Premier séjour à Paris[modifier | modifier le code]

Claude Monet arrive à Paris en avril 1859 et s'installe à l'hôtel du Nouveau Monde, place du Havre[6]. Il visite immédiatement le salon qui vient d'ouvrir. Ensuite il est accueilli par Amand Gautier, un ami de sa tante Lecadre. Celle-ci lui verse une pension régulière et gère ses économies d'environ 2 000 francs accumulés grâce à la vente de dessin à charge. Son père a demandé une bourse à la ville du Havre le , mais celle-ci essuie un refus. Il rend également visite à Charles Lhullier, Constant Troyon et Charles Monginot. Ces deux derniers lui conseillent d'entrer dans l'atelier de Thomas Couture qui prépare à l'École des beaux-arts toutefois il semble que celui-ci ait refusé le jeune Monet. Début 1860, probablement en février, il entre à l'Académie Suisse, située dans l'île de la Cité et dirigée par Charles Suisse[8]. Il y rencontre notamment Camille Pissarro. Lors du salon de cette année, il admire tout particulièrement les œuvres d'Eugène Delacroix, l'année précédente c'était Daubigny qui attirait son attention. Ce premier séjour n'est cependant pas consacré qu'au travail. En effet, Claude passe une part non négligeable de son temps dans les cafés parisiens et plus particulièrement à la Brasserie des Martyrs, alors haut lieu des rencontres entre auteurs et artistes[9],[10].

Algérie et retour en Normandie[modifier | modifier le code]

Le déjeuner sur l'herbe (partie droite, 1865-1866)

Le , Monet est tiré au sort au Havre pour être conscrit. Certes, sa famille aurait pu payer l'exonération de 2 500 francs, mais celle-ci est liée à son renoncement à la carrière d'artiste pour reprendre les affaires familiales. Monet s'y refuse et intègre le 1er régiment de chasseurs d'Afrique le et va stationner à Mustapha en Algérie[10]. Début 1862, il contracte la fièvre typhoïde à Alger et est autorisé à rentrer au Havre durant l'été. Sa tante, Jeanne Lecadre, accepte de le faire sortir de l'armée et de payer les quelque 3 000 francs que coûtent l'exonération, à condition qu'il prenne des cours d’art à l’académie. Il quitte donc l’armée, mais n’aime pas les styles traditionnels de peinture enseignés à l’académie. En revanche, malgré les expériences pouvant paraître déplaisantes qu'a vécues Monet en Algérie, il en retient un bon souvenir en général. Il dit en effet à Gustave Geffroy: «Cela m'a fait le plus grand bien sous tous les rapports et m'a mis du plomb dans la tête. Je ne pensais plus qu'à peindre, grisé que j'étais par cet admirable pays, et j'eus désormais tout l'assentiment de ma famille qui me voyait si plein d'ardeur[11].» En 1862, il se lie d’amitié avec Johan Barthold Jongkind et retrouve Eugène Boudin, lors de son séjour à Sainte-Adresse[12].

Vers la maturité[modifier | modifier le code]

La même année en 1862, il commence à étudier l’art dans l’atelier de l’École impériale des beaux-arts de Paris dirigé par Charles Gleyre à Paris, grâce aux recommandations de son cousin par alliance Auguste Toulmouche[13]. Mais il finit par quitter rapidement l'atelier de son maître, étant en désaccord avec celui-ci sur la manière de présenter la nature. En effet, Gleyre privilégie une idéalisation des formes tandis que Monet la reproduit telle qu'elle est[14].

Toutefois, ce passage rapide à l'École impériale des beaux-arts lui aura permis de rencontrer Pierre-Auguste Renoir, Alfred Sisley et Frédéric Bazille[15] avec qui il entretient, par la suite, une importante correspondance. Au printemps 1863, devenu copiste au Louvre, Monet va, avec Bazille, peindre devant nature à Chailly-en-Bière près de Barbizon.

Terrasse à Sainte-Adresse, 1867

Mi-mai 1864, Monet retourne sur la côte normande et en particuliers à Honfleur en compagnie de Bazille. Il réside un temps à la ferme Saint-Siméon. Frédéric retourne à Paris, tandis que Claude continue à peindre en Normandie. Fin août, il retrouve Jongkind et Boudin. De sa période honfleuraise en compagnie de ces deux peintres, Monet conservera un attachement et ils auront une influence essentielle dans la genèse de son art. C'est aussi à cette période qu'éclate une brouille avec sa famille qui le menace de lui couper les vivres. Il appelle alors pour la première fois à l'aide Bazille[16].

Fin 1864, Claude s'installe avec Frédéric dans un atelier à Paris. Il présente deux vues de l'estuaire de la Seine prise à Honfleur et à Sainte-Adresse au jury du salon de 1865 : La pointe de la Hève et Embouchure de la Seine. Acceptées par le jury, ces deux œuvres sont exposées et rencontrent un accueil positif, notamment de la part des critiques[17]. Par la suite, il peint au pavé de Chailly son Déjeuner sur l'herbe (de), une toile de grande taille (4,65 * 6 m) qui, donnée par l'artiste en désespoir de cause en 1865 et rachetée par celui-ci en 1920, restera inachevée[18].

Camille[modifier | modifier le code]

En 1866, il rencontre Camille Doncieux qui devient un de ses modèles. Elle est représentée dans La Femme en robe verte, toile qui obtient un grand succès au salon de la même année[19]. Il a également envoyé au salon un Pavé de Chailly. Il peint ensuite Femmes au jardin, d'abord à Sèvres, puis à Honfleur. Cette œuvre, qui montre pour la première fois la lumière naturelle et changeante, est refusée par le jury du salon, en 1867[20] (il en est de même pour Le Port de Honfleur, autre toile présentée par Monet cette année-là). De plus, la pétition lancée par de nombreux artistes pour qu'une exposition des œuvres rejetées ait lieu est rejetée[21].

Ces refus successifs plongent Claude Monet dans une situation financière très délicate. Malgré l'achat de la toile Femmes au jardin pour 2 500 francs par Frédéric Bazille[20], Claude est plus que jamais dans la misère d'autant plus que Camille est enceinte. Il se voit donc dans l'obligation de rentrer en Normandie auprès de sa famille. Il passe l'été à peindre : La plage de Sainte-Adresse, Jetée du Havre, Terrasse à Sainte-Adresse, etc. Camille, dont la famille de Monet ignore l'existence, donne naissance à Jean Monet le 8 août 1867[22].

En 1868, une de ses deux toiles présentées, Navires sortant des jetées du Havre, est acceptée au salon. Cependant, l'accueil de cette œuvre n'est guère enthousiaste et déçoit critiques et artistes[23].

À cette époque, il se fait souvent prêter de l’argent par ses amis, au premier rang desquels Bazille. Ses tableaux sont souvent saisis au point qu’il fait une tentative de suicide au printemps 1868[24]. L'été de cette même année semble toutefois s'annoncer sous de meilleurs hospices, puisque M. Gaudibert, un riche armateur havrais, lui commande plusieurs tableaux dont le portrait de sa femme. De plus, cinq de ses toiles sont acceptées à l'exposition internationale maritime qui se tient au Havre[23]. À la fin de l'année, Claude Monet habite avec sa femme et son fils à Fécamp, sa famille refusant d'héberger la jeune femme.

En 1869, il s'installe à Bougival. Sur l'île de Croissy, en compagnie de Renoir, il peint l'établissement des bains de la Grenouillère (Bain à la Grenouillère), inventant alors la technique de peinture impressionniste[25]. Cette année-là et la suivante, toutes ses toiles sont refusées par le salon sous l'impulsion de Gérôme[21]. En dépit de sa pauvreté persistante, il épouse Camille, le 28 juin 1870, à la mairie du huitième arrondissement de Paris[26],[27],[28].

Londres et les Pays-Bas[modifier | modifier le code]

Champs de tulipes en Hollande, 1886

L'entrée en guerre de la France en juillet 1870 ne soulève aucun sentiment nationaliste chez Monet, pas plus que l'établissement du gouvernement de Défense nationale. Dans ce contexte tendu, il souhaite s'éloigner de Paris qui devient de plus en plus agité. Il s'installe alors à Trouville, où il peint de nombreuses toiles en plein air comme La plage de Trouville ou Hôtel des Roches noires[29].

Frédéric Bazille qui a souvent aidé Monet, trouve la mort sur le champ de bataille, à Beaune-la-Rolande, le . À la fin de l'année, Claude ne voulant pas servir militairement, décide de partir à Londres. Il y retrouve certaines de ses connaissances tel que Pissarro. Il y admire les œuvres des peintres britanniques Turner et John Constable et est impressionné par la manière du premier de traiter la lumière, notamment dans les œuvres représentant le brouillard sur la Tamise. Ce séjour est également l'occasion de faire des rencontres : celle du peintre américain James Abbott McNeill Whistler, également influencé par Turner, avec lequel il se lie d’amitié ; et surtout celle du marchand d'art Paul Durand-Ruel, qui sera déterminante pour sa carrière. Enfin, ce séjour est également l'occasion pour Monet de peindre (les jardins londoniens et la Tamise notamment) et de faire encore évoluer sa technique, allant toujours plus loin dans le bouleversement de la tradition[30].

Son père décède le . Mais Monet ne rentre pas en France et n'assiste pas aux obsèques, craignant l'accueil qui sera fait à ceux qui, comme lui, se sont soustraits à leurs obligations patriotiques[31]. Fin mai 1871, il se rend aux Pays-Bas et s'installe à Zaandam, en compagnie de Camille et Jean. Il y peint 25 toiles pendant son séjour de quatre mois[32].

C'est lors d'une visite d'Amsterdam toute proche qu'il découvre des estampes japonaises dans une boutique et en commence la collection[33]. Il rentre à Paris le 8 octobre[34].

Argenteuil[modifier | modifier le code]

En décembre 1871, Monet et sa famille emménagent dans une maison avec jardin à Argenteuil, près de la Seine[35]. L'héritage de son père et la dot de sa femme permettent d'améliorer les conditions matérielles. En outre, au cours de l'année 1872, il enregistre des achats importants de Durand-Ruel : 29 toiles au total, dont certaines sont exposées à Londres[36]. C'est également à cette époque-là qu'il fait l'acquisition de son bateau-atelier qui lui permet d'accéder à de nouveaux points de vue. En décembre 1873, Durand-Ruel, victime d'ennuis financiers, doit réduire puis suspendre ses achats[37].

Le , l'exposition de la société anonyme coopératives d'artiste ouvre ses portes en réaction au salon dans les ateliers de Nadar, au 35, boulevard des Capucines. Elle présente les œuvres des différents artistes qui se qualifieront plus tard d'impressionnistes. Y est notamment présenté un paysage du port du Havre : Impression soleil levant. En attirant seulement 3 500 visiteurs durant son mois d'ouverture, la manifestation n'a pas le succès attendu et un grand nombre de critiques et de journalistes sont hostiles[38]. Pour ajouter à cette déroute, la société se retrouve au bord de la faillite à l'issue de la manifestation, l'obligeant à procéder à sa dissolution[39]. Enfin, c'est à l'occasion de cette exposition que le terme impressionniste est utilisé pour la première fois de manière ironique dans une critique de Louis Leroy, du Charivari du 25 avril sur l'exposition[40].

En avril 1876, contre toute attente, a lieu la deuxième exposition de la société anonyme coopérative dans les locaux de Durand-Ruel. Monet y expose 18 tableaux. Les critiques sont, cette fois, moins virulents ; des éloges sont même adressées à Claude Monet. À la fin de l'été de la même année, il investit le château de Rottembourg de Montgeron afin de travailler à la décoration de certaines de ses pièces (il y peint notamment Les Dindons). La demeure appartient à Ernest Hoschedé et à sa femme Alice, née Raingo, issue d'une riche famille d'origine belge par le père. Ils y vivent avec leurs cinq enfants.

En 1877, il peint une série de peintures à la gare Saint-Lazare. Monet envoie 8 tableaux issus de cette série (sur les 30 qu'il présente au total) à la troisième exposition impressionniste. Pour la première fois, une revue, L'impressionniste, est publiée pour accompagner l'exposition et commenter les différentes œuvres présentées[41]. C'est donc également la première fois que les peintres impressionnistes reprennent à leur compte le terme impressionnisme qu'ils jugent approprié pour désigner et identifier leur style[42]. L'exposition est un succès et fait l'objet d'une approbation critique[43].

Retour à Paris puis Vétheuil[modifier | modifier le code]

 Gare Saint-Lazare, 1877
Gare Saint-Lazare, 1877

Début 1878, obligé de réduire son train de vie, Monet quitte Argenteuil et s'installe provisoirement à Paris, rue d'Edimbourg. Il réussit à payer in-extremis ses créanciers afin de ne pas se faire saisir ses toiles. Le 17 mars 1878, Camille met au monde un second fils : Michel. Elle ne se remettra jamais totalement de cet accouchement, demeurant dans un état de fatigue et de faiblesse continuel. Monet, inquiet pour elle, fera souvent part de ses craintes la concernant dans ses différentes correspondances[43]. Durant cette période, Monet peint l'île de la Grande-Jatte ainsi que La Rue Montorgueil[44].

En août 1878, les Monet et les Hoschedé emménagent dans une petite maison à Vétheuil, près de Pontoise. L'ancien mécène, Ernest Hoschedé, a alors fait faillite du fait de ses spéculations sur les œuvres d'art ; l'ensemble de sa collection, dans laquelle figurent 16 toiles de Monet, fait l'objet d'une vente publique.

Dans le courant de l'année 1879, les soucis liés à l'argent et à la santé de Camille ont éloigné Monet des autres peintres impressionnistes ainsi que de Paris où il se rend uniquement pour écouler ses oeuvres. Toutefois, il participe à la quatrième exposition du groupe des impressionnistes qui se tient, cette année-là, avenue de l'Opéra. Monet y expose 29 tableaux. Réalisés entre 1867 et 1878, ils offrent un résumé de la carrière du peintre et de son évolution artistique[45].

Camille, encore malade, ne parvient pas à se rétablir. Pour tenter de la sauver et financer les soins dont elle a besoin, Monet brade les dernières toiles qu'il a peintes. En vain. Elle décède le après de longues souffrances. Monet témoigne des derniers instants de sa femme en réalisant un portrait d'elle sur son lit de mort[46].

Le décès de Camille va se traduire chez le peintre par deux ruptures. La première est d'ordre esthétique. Elle est nettement visible dans les peintures qu'il fait de la Seine prise dans les glaces lors de l'hiver rigoureux de 1880 (Débâcles et Glaçons) : couleurs irréels, absence d'êtres humains, etc.[47]. La deuxième rupture se fait avec les autres peintres impressionnistes. Ces derniers n'acceptent pas vraiment ce choix et publient, le dans les pages du Gaulois, un avis de décès de Monet : « Les obsèques de M. Claude Monet seront célébrées le premier mai prochain à dix heures du matin en l'église du Palais de l'Industrie - salon de M. Cabanel. Prière de ne pas y assister »[47]. Autre manifestation de cette seconde rupture : Monet présente deux nouvelles toiles au jury du salon, chose qu'il n'avait pas faite depuis des années. L'une des deux œuvres, une peinture du village de Lavacourt, est admise Cependant, exposée à 6 m du sol, juste sous le plafond, elle passe plutôt inaperçu[48].

Ernest Hoschedé étant souvent absent, Claude, à présent veuf, vit avec Alice et ses enfants. Ce mode de vie est montré du doigt par la société de l'époque. Georges Charpentier lui permet cependant d'exposer 18 de ses tableaux[49].

Soleil d'hiver à Lavacourt, 1879-1880, musée d’art moderne André-Malraux

Durand-Ruel peut de nouveau acheter des tableaux à Monet début 1881. Ce dernier entreprend des voyages répétés sur la côte normande afin de travailler. En octobre 1881, n'ayant pas été capable de s'acquitter de son loyer, il déménage avec ses deux fils, Alice et les six enfants de celle-ci. En vivant sous le même toit, leur concubinage devient connu de tous; c'est une situation scandaleuse à l'époque. Le , la 7e exposition des artistes indépendants ouvre ses portes, c'est la dernière exposition des impressionnistes à laquelle participe Monet[50]. Il retourne ensuite sur la côte normande durant l'été puis durant l'hiver. Le , l'exposition sur ses œuvres qu'a organisée Durand-Ruel ouvre ses portes. Elle reste peu fréquentée et les ventes sont décevantes, mais les critiques dans la presse sont majoritairement positives[51].

Début à Giverny[modifier | modifier le code]

Le , Monet loue le pressoir et son clos normand à Giverny près de Vernon et s’y installe alors définitivement avec Alice et leurs enfants. Il aménage la grande maison pour pouvoir y vivre avec sa nombreuse famille qui comprend ses propres fils Jean et Michel, Alice, sa seconde femme et ses six enfants. Au début, il n'est que locataire, mais il pourra acheter la maison et le jardin attenant en 1890 quand sa situation financière se sera améliorée. Fin 1883, il se rend d'abord avec Renoir, puis seul, à Bordighera et sur la Côte d'Azur[52].

En novembre 1884, commence une longue amitié avec l’écrivain Octave Mirbeau, qui est désormais son chantre attitré et contribue à sa reconnaissance. À partir de 1885, il expose chez Georges Petit. À la fin de l'année, il annonce à Durand-Ruel son souhait de ne traiter qu'avec Petit. Pourtant, en 1886, Paul Durand-Ruel lui ouvre les portes du marché américain en nouant des liens avec l'American Art Association (en): la reconnaissance officielle qu’il obtient outre-Atlantique a pour contrecoup de développer le marché de l’art impressionniste en France dans les années 1890. Toujours la même année, Monet, habitué de la Manche, décide d'aller peindre à Belle-Île-en-Mer. Il y est interviewé par Gustave Geffroy, critique au journal la Justice, dirigé par Clemenceau. Il devient un des plus fervents admirateurs du peintre. Début 1888, il retourne sur la Côte d'Azur, du côté d'Antibes. Début 1889, il se rend dans la Creuse chez Maurice Rollinat par l'intermédiaire de Geffroy. En juin 1889, Auguste Rodin et Claude Monet exposent conjointement « Rien que vous et moi » dans la galerie parisienne de Georges Petit. Si le maître de Giverny reste contesté, l'exposition préfigure les succès qui suivent[53].

En 1889, Monet s'implique totalement pour le don de l'Olympia de Manet au Louvre. La très importante correspondance qu'il doit entretenir l'oblige à rester à Giverny[54].

Le temps des séries[modifier | modifier le code]

Les Meules[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Les Meules.

L'année 1890 est une année charnière dans la vie de Monet. Les voyages de travail deviennent alors beaucoup plus rares. Il vient le temps des séries, genre pictural connu de son ami Boudin, et dont l’idée s'était imposée peu à peu avec les gares Saint-Lazare, puis par exemple en 1886 avec les deux Essais de figure en plein-air (la Femme à l’ombrelle tournée vers la droite et la Femme à l’ombrelle tournée vers la gauche), les Rochers de Belle-Île la même année et surtout La Petite Creuse en 1889, lors de son séjour à Fresselines. Cette période commence à proprement parler fin 1890 avec Les Meules. Ces imposants gerbiers de blé se trouvent proche de son domicile. Il a commencé à en peindre en 1888, mais l'année 1890 marque véritablement le début de la répétition inlassable du même motif à la recherche d'effets différents. Cet enracinement est confirmé par l'achat du clos de Giverny en automne 1890 pour 22 000 francs[55].

Fin 1890, Ernest Hoschedé est alité. Alice, sûrement prise de remords, vient à son chevet. Il décède le [56].

Les Peupliers[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Les Peupliers.

En 1891, Monet peint la série Les Peupliers. Il paie le marchand de bois afin de retarder l'abattage de ces arbres qui se trouvaient à Limetz[57].

Les Cathédrales de Rouen[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Série des Cathédrales de Rouen.

En 1892, Monet se rend à Rouen et commence à peindre sa Série des Cathédrales de Rouen. Il peint depuis trois emplacements distincts en face de l’édifice et à différentes heures du jour. La même année, Suzanne Hoschedé rencontre Theodore Butler. Après un temps d'hésitation, les noces sont décidées. Monet profite de l'occasion pour épouser Alice le 16 juillet, Suzanne et Théodore se mariant le 20[58].

Le , à Giverny, il achète un terrain partiellement marécageux et traversé par un bras de rivière. Il est situé idéalement en face de la maison en contrebas du Chemin du Roy où passe une voie de chemin de fer, ce qui fera dire à Georges Clemenceau « et en plus, il a le train chez lui ! » . Il procède à de nombreux aménagements et crée le jardin d’eau et fait creuser l'étang aux nymphéas. Il s'intéresse aussi de plus en plus au jardinage comme en témoigne sa visite au directeur du jardin des plantes de Rouen[59].

Il achève les cathédrales en atelier en 1894. Début 1895, il rend visite à Jacques Hoschedé à Christiana, l'actuel Oslo. Après son retour, l’exposition à la galerie Durand-Ruel ouvre ses portes le 10 mai. Si les avis sont partagés, Georges Clemenceau titre son article sur cinq colonnes Révolution des Cathédrales[60].

Début des nymphéas[modifier | modifier le code]

En 1897, il débute les peintures de son jardin qu'il continuera jusqu'à la fin de sa vie. Dans l'affaire Dreyfus, Monet se range résolument du côté de Zola dès 1897, il signe notamment la pétition dite « manifeste des intellectuels » qui paraît dans le journal l'Aurore. Le début de l'année 1899 est marqué par le décès de Suzanne à trente-et-un ans, cette disparition affecte à la fois le peintre et sa femme, qui ne s'en remettra jamais complètement[61].

En 1899, il commence à peindre le pont japonais du bassin, prélude aux nymphéas. C'est également à cette période qu'il érige un second atelier à côté de sa demeure[62].

Voyages à Londres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Parlements de Londres.

À l'automne de 1899, il effectue le premier d'une série de trois voyages à Londres afin de rendre visite à son fils Michel qui y vit depuis le printemps. Lors de séjours de 1899 à 1901, prolongés par son travail en atelier jusqu’en 1904, il peint une série de tableaux, sur le thème du brouillard de Londres sur la Tamise. La série Vues de la Tamise à Londres- 1900 à 1904 est exposée en mai et juin 1904 et est le plus grand triomphe de la carrière du peintre jusqu'alors[63].

En 1900, les impressionnistes sont exposés à l'exposition universelle de Paris, signe de reconnaissance officielle. Leurs toiles, dont deux de Monet, sont placées dans le Grand Palais dans le cadre de l'exposition Centennale[64].

Les Nymphéas[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Les Nymphéas.

Après Londres, Monet peint surtout la nature contrôlée : son propre jardin, ses nymphéas, son étang et son pont. Il a d'ailleurs fait agrandir l'étang en 1901 en rachetant une prairie située de l'autre côté de la Ru, le cours d'eau local. Il partage alors son temps entre travail sur nature et travail dans son atelier[65],[66].

Venise[modifier | modifier le code]

Claude Monet fait l'acquisition en 1900 d'une Panhard-Levassor[67]. Il s'en sert pour se rendre en 1904 à Madrid pour un court séjour où il admire les œuvres de Velasquez ou du Greco. À l'automne 1908, il voyage à Venise où il réalise de nombreux tableaux qui ne seront livrés qu'en 1912 et exposée chez les frères Bernheim-Jeune[68].

En revenant de son voyage, Monet se décide, après plusieurs reports depuis 1906, à exposer ses nymphéas chez Durand-Ruel. L'exposition nommée Les Nymphéas, séries de paysages d'eau ouvre le et est de nouveau un succès. Toutefois, ce début d'année n'est pas qu'heureux, en effet Alice est tombée malade en rentrant de Venise. Affaiblie par la mort de Suzanne, elle finit par décéder le . Entre-temps, l'année 1910 avait été marquée par les inondations et la destruction partielle du jardin de Giverny[69].

Cataracte et Grandes décorations[modifier | modifier le code]

Monet traverse alors un moment difficile où il se contente de terminer ses peintures entamées. En 1912, une double cataracte est diagnostiquée chez le peintre. En 1914, il a la douleur de perdre son fils Jean[70].

L'idée de présenter les nymphéas dans une salle circulaire sous forme de décoration date au moins de mai 1909[71]. Elle se concrétise en 1914, Monet, encouragé par Clemenceau, retrouve l'envie de travailler en pleine Guerre mondiale. Afin de parvenir à ses fins, il fait construire pendant l'été 1915 un vaste atelier conçu spécialement pour accueillir ces grandes toiles. Ce projet l'occupe jusqu'à la fin de sa vie. En novembre 1919, Clemenceau lui conseille de se faire opérer les yeux. En 1920, le projet de faire donation des grandes peintures à l'État prend forme. Monet est entre-temps une personnalité respectée de tous. Son 80e anniversaire prend ainsi une allure d'événement national que le Président du Conseil des ministres Georges Leygues se propose d'honorer de sa présence, en vain[72].

Pour l'installation des grandes décorations plusieurs possibilités sont étudiées. On pense d'abord les exposer à l'hôtel Biron, où l'architecte Paul Léon doit réaliser une nouvelle construction spéciale dans les jardins, mais finalement la décision est prise en mars 1921 de les exposer à l'Orangerie. L'architecture revient alors à Camille Lefèvre[73].

Après de longues tergiversations, Monet finit par accepter avec réticence l'opération de l'œil droit réalisée par le docteur Charles Coutela le . Après deux autres opérations réussies, Monet voit certes mieux mais jauni. En plus du port de lunette, l'opération de l'œil gauche est préconisée, mais Monet la refuse catégoriquement. C'est à cette période qu'il peint certains de ses Le Pont japonais, qui choque le goût de l'époque. Il retouche également sans aucun répit les grandes décorations. Il pense d'ailleurs à plusieurs reprises revenir sur sa parole de donation, mais Clemenceau veille, n'hésitant pas à se quereller avec son ami[74].

Le pont japonais entre 1920 et 1922

Affaibli par le travail incessant, Monet finit par contracter une infection pulmonaire qui le cloue au lit en 1926. Atteint d'un cancer du poumon[75], il meurt le 5 décembre vers une heure de l'après-midi[76].

Décès[modifier | modifier le code]

Tombe de Claude Monet, de sa famille et de proches, cimetière de l’église Sainte-Radegonde de Giverny.

Lors de l'enterrement, Clemenceau dans un geste élégant enleva le drap funéraire recouvrant le cercueil de son ami, s'écriant : « Non! Pas de noir pour Monet ! Le noir n’est pas une couleur ! »[77], lui substituant une « cretonne ancienne aux couleurs des pervenches, des myosotis et des hortensias »[78],[notes 1]. Puis Clemenceau suivit le convoi vers le cimetière de l’église Sainte-Radegonde de Giverny où Monet fut enterré, et s'écroula en pleurs[79].

Les grandes décorations sont installées à l'Orangerie au cours des premiers mois de 1927. Son fils Michel hérite de l'intégralité des propriétés de Claude. En 1966, quand le premier se tue dans un accident de voiture, ses toiles reviennent à son légataire universel : le musée Marmottan[80].

Famille[modifier | modifier le code]

  • Claude Monet épouse en 1870 en premières noces, Camille Doncieux (1847–1879), avec qui il a deux enfants :

Monet n’a donc eu aucune postérité directe.

  • Il épouse le 16 juillet 1892 en secondes noces Alice Hoschedé (1844–1911), qui a déjà six enfants de son premier mariage avec Ernest Hoschedé ; ces six enfants ne sont pas de Claude Monet (sauf peut-être le dernier, Jean-Pierre), mais celui-ci les élève :
    • Marthe Hoschedé (1864–1925), épouse en 1900 Theodore Earl Butler (1861–1936), sans postérité ;
    • Blanche Hoschedé (1865–1947), épouse en 1897 Jean Monet (1867–1914), sans postérité ;
    • Suzanne Hoschedé (1868–1899), épouse en 1892 Theodore Earl Butler (1861–1936), deux enfants ;
    • Jacques Hoschedé (1869–1941), épouse en 1896 une Norvégienne ;
    • Germaine Hoschedé (1873–1968), épouse en 1902 Albert Salerou, et postérité ;
    • Jean-Pierre Hoschedé (1877–1960), parfois dit fils naturel de Claude Monet, épouse en 1903 Geneviève Costaddau ; il a un fils, Maurice (1919–1977), et descendance, notamment l’animatrice de télévision Dorothée (1953).

Résidences de Monet[modifier | modifier le code]

Lieux où Claude Monet a vécu et peint (manquent l'Algérie, Oslo et Venise)

Claude Monet a déménagé à de nombreuses reprises avant de s'installer définitivement à Giverny. La carte ci-contre présente les principaux lieux :

  1. Paris : 1840 - 1845, 1859 - avril 1861, automne 1862 - mai 1867, automne 1871 - mai 1874, début 1878.
  2. Le Havre : 1845 - 1859, puis nombreux séjours dans les environs par exemple en 1867, 1868, 1874, 1881-1886, 1896
  3. Algérie, Mustapha : avril 1861 - été 1862.
  4. Londres : automne 1870 - mai 1871, puis trois séjours prolongés entre 1899 et 1901.
  5. Zaandam : juin 1871 - automne 1871, puis un séjour en hiver 1874, puis séjour à La Haye en 1886.
  6. Argenteuil : (voir 1) décembre 1871 - janvier 1878.
  7. Vétheuil : août 1878 - novembre 1881.
  8. Poissy : décembre 1881 - avril 1883.
  9. Giverny : (voir 7) avril 1883 - sa mort.

Par ailleurs, Monet a beaucoup voyagé pour peindre. Outre les séjours dans sa famille au Havre et dans ses environs, il a peint à :

Monet se rend également à Madrid en 1904, mais n'y peint pas[81].

Listes des adresses et séjours de Monet
Adresse Ville Date d'arrivée Date de départ Remarques
45 rue Laffitte[3] Paris 14 novembre 1840 environ 1845 Naissance
30 rue Epréménil[3] Le Havre environ 1845 avril 1859 Domicile parental
35 rue Rodier[9] Paris fin mai - début juin 1859[82] février 1860
18 rue Pigalle[9] Paris février 1860 29 avril 1861
Service militaire en Algérie Mustapha 29 avril 1861 été 1862[12] Retour à cause de maladie
94 rue du Bac[83] Paris automne 1862 Incertain
20 rue Mazarine[16] Paris au plus tard mars 1864 décembre 1864 Avec un atelier
Séjour sur la côte normande et notamment à la ferme Saint-Siméon[16] Honfleur mi-mai 1864 fin 1864
6 rue de Furstemberg[16] Paris décembre 1864 15 janvier 1866 Loué par Frédéric Bazille avec atelier
Séjour à Fontainebleau au Cheval-Blanc puis au Lion d'Or[18] Fontainebleau courant 1865 automne 1865
1 Place Pigalle[18] Paris 15 janvier 1866 mi avril 1866
Chemin des Closeaux[18] Ville-d'Avray mi avril 1866 hiver 1866
Séjour sur la côte normande, hôtel Cheval-Blanc[84] Honfleur été 1866 hiver 1866
20 rue Visconti[84] Paris hiver 1866 mai-juin 1867 Chez Frédéric Bazille avec Renoir également
Chez son père[84] Sainte-Adresse mai-juin 1867 1er mars 1868
Auberge de Gloton[24] Bennecourt printemps 1868 fin juin 1868
Chez son père[21] Sainte-Adresse fin juin 1868 octobre 1868
Château des Ardennes-Saint-Louis[21] Montivilliers octobre 1868 fin 1868 Chez M. Gaudibert
13 rue Fontenelle[21] Le Havre et Étretat fin 1868 juin 1869
Hameau Saint-Michel[21] Bougival juin 1869 début été 1870 Renoir est souvent présent
Hôtel Tivoli[85] Trouville début été 1870 automne 1870
II, Arundel Street[86] Londres automne 1870 janvier 1871
I, Bath Place[86] West Kensington janvier 1871 fin mai 1871
Hôtel de Beurs[87] Zaandam 2 juin 1871 automne 1871
Hôtel de Londres et de New York[88] Paris automne 1871 fin décembre 1871
8 Rue de l'Isly[88] Paris automne 1871 fin mai 1874 Ancien atelier de peinture d'Amand Gautier, loyer annuel 450 francs
Maison Aubry[35] Argenteuil fin décembre 1871 18 juin 1874 Loyer annuel de 1000 francs
Séjour à Rouen[89] Rouen mars 1871 mars 1871
Séjour au Havre[40] Le Havre janvier 1874
Séjour à Amsterdam[40] Amsterdam fin hiver 1874
Pavillon[90] Argenteuil 18 juin 1874 janvier 1878 Loyer annuel de 1400 francs
Travail au château de Rottembourg[91] Montgeron août ou septembre 1876 décembre 1876
17 rue Moncey[91] Paris janvier 1877 Pour peindre la gare Saint-Lazare, payé par Caillebotte
26 de la rue d'Édimbourg[44] Paris janvier 1878 août 1878 Loyer de 1 360 francs par an
Route de Mantes[46] Vétheuil août 1878
Maison de Mme Elliott[46] Vétheuil novembre 1881 Loyer de 600 francs par an, date de départ incertaine
20 rue de Vintimille[46] Paris Pour traiter ses affaires à Paris, au nom de Caillebotte jusqu'en avril 1880
Séjour au Havre puis Rouen[50] Le Havre mi-septembre 1880
Séjour à Fécamp[50] Fécamp
Séjour à Trouville et Saint-Adresse[50] Trouville fin août 1881
Villa Saint-Louis[50] Poissy
Séjour à Dieppe, Hôtel Victoria, Puis Pourville[50] Dieppe début 1882 début 1882
Séjour à Pourville et Varengeville[51] Pourville début avril 1882
Villa Juliette[51] Pourville Avec Alice et les enfants
Séjour au Havre puis Étretat, hôtel Blanquet[51] Le Havre, Étretat
Maison de Giverny[52] Giverny Sa mort Loué à Louis-Joseph Singeot,
Séjour à Bordighera[52] Bordighera fin 1883, puis 17 janvier 1884 D'abord avec Renoir puis seul
Séjour sur la côte normande[53] Étretat août 1884 août 1884
Séjour sur la côte normande, dans la maison de Faure, puis hôtel Blanquet[53] Étretat été 1885 mi décembre 1885 Alice et les enfants restent jusqu'au 10 octobre, rencontre avec Maupassant
Séjour sur la côte normande[53] Étretat janvier 1886 mars 1886
Séjour chez le baron d'Estournelles de Constant[53] La Haye 6 mai
Séjour à Belle-Île-en-Mer[53] Belle-Île-en-Mer Passage de Gustave Geoffrey, puis Mirbeau
Séjour à Londres[53] Londres mi 1887 12 jours Rend visite à Whistler
Séjour sur la côte d'azur, château de la Pinède[53] Antibes début 1888
Séjour à Londres[53] Londres juillet 1988 Visite à Sargent
Séjour dans la Creuse[53] Fresselines mi-février 1889 fin février 1889 Chez Maurice Rollinat
Séjour dans la Creuse[53] Fresselines 6 mars 1889 mi mai 1889 Chez Maurice Rollinat
Séjour à Londres[92] Londres Fin 1891 Fin 1891 Passage chez Whistler et présentation devant le club de Chelsea
Séjour à Rouen, hôtel d'Angleterre[93] Rouen début février 1892 mi-avril 1892 Visite à son frère Léon
Séjour à Rouen, hôtel d'Angleterre[59] Rouen début 1893
Séjour à Christiana, puis à Björnegaard près de Sandviken[60] Oslo fin janvier 1895 Visite à Jacques Hoschedé, rencontre avec Eugène de Suède
Séjour à Pourville[94] Pourville mi-février 1896 début avril 1896
Séjour à Londres, hôtel Savoy[95] Londres automne 1899 25 octobre 1899
Séjour à Londres, hôtel Savoy[96] Londres début 1900 5 avril 1900 Contacts avec les Hunter
Séjour à Londres, hôtel Savoy[97] Londres début février 1901 mars 1901 Contacts avec les Hunter
Séjour à Vétheuil[98] été 1901 été 1901
Séjour à Madrid[68] Madrid 14 octobre 1904 début novembre Monet voit les Velasquez et le Greco
Séjour à Venise, au Palazzo Bardoro, puis grand Grand Hôtel Britannia[68] Venise 25 septembre 1908 7 décembre 1908 Avec Alice et les Hunter chez Daniel Curtis
Séjour en Suisse Saint-Moritz[72] mi-février mi-février Avec Michel et les enfants Butler

Méthodes de travail[modifier | modifier le code]

Travailler sur nature[modifier | modifier le code]

Claude Monet devant Les Nymphéas, dans son jardin à Giverny.

Monet laisse se répandre l'idée qu'il ne peint que sur nature. Ainsi en avril 1880 devant un journaliste lui demande à voir son atelier il s'exclame : « Mon atelier ! Mais je n'ai jamais eu d'atelier, moi, je ne comprends pas qu'on s'enferme dans une chambre. Pour dessiner, oui : pour peindre, non ». Il désigne ensuite la Seine, les collines et Vétheuil et dit : « Voilà mon atelier à moi[49] ! »

Daniel Wildenstein tient à rétablir la vérité : Monet a bel et bien terminé de nombreuses de ses toiles en atelier. Du Déjeuner sur l'herbe[18] en passant par Les Glaçons[49], puis toutes les Cathédrales[60], les vues de Londres, de Venise et les Nymphéas. La construction d'ateliers en 1899[62] et 1915, attestée par des photographies et les permis de construire, ne viennent que confirmer l'évidence[72].

Certes Monet ne travaille pas de mémoire, il utilise en fait les autres toiles d'une série pour se remémorer le motif en atelier. Il semble qu'il utilise aussi parfois des photographies, comme pour finir les toiles de Londres[68].

Un travailleur courageux et exigeant[modifier | modifier le code]

Monet est très travailleur, il travaille souvent « comme un forcené », ou avec une « ardeur décuplée »[51] et en plein air par tous les temps, étonnant par son endurance[99]. À Étretat, il n'hésite pas à s'aventurer avec tout son matériel dans le sentier de la valleuse de Jambourg qui descend du sommet des falaises à leurs pieds pour peindre sous un meilleur angle et à Belle-Île, il fait fi de la tempête pour aller travailler[53].

Souvent ce mode de travail l'exténue, et Monet connait des alternances de périodes très assidues avec des périodes de démoralisation où il pense « tout planter là »[50],[53],[51]. Il profite en général de la période hivernale pour se reposer[72].

Monet est en outre un éternel insatisfait. À propos des Meules, il déclare : « Plus je vais, plus je vois qu'il faut beaucoup travailler pour rendre ce que je cherche »[55]. Monet gratte ou détruit parfois ses toiles. Ainsi en revenant dans le pays de Caux après un séjour à Paris début 1882, il gratte deux toiles[51]. Particulièrement à la fin de sa carrière, il détruit de nombreuses toiles : trente en 1907. Il explique : « Je dois veiller à ma réputation d'artiste pendant que je le puis. Lorsque je serai mort, personne ne détruira un seul de mes tableaux, quelque mauvais soit-il »[68]. Dans cette logique, peu avant sa mort, il fait détruire par sa belle-fille Blanche de nombreux tableaux[76].

Vers la fin de sa vie son emploi du temps devient très réglé, comme à Londres[100]. En 1908, la journée estivale est divisée comme suit : la matinée et début de l'après-midi séparés par le déjeuner sont occupés par le travail, ainsi que la fin de journée. De trois à cinq voire six heures, Monet effectue une pause où il reçoit ses invités. La fermeture des nénuphars est la cause de cette interruption. Le travail au soir permet de capter des effets de fin de jour[68].

Jardinier[modifier | modifier le code]

Début 1893, la construction du bassin aux nymphéas correspond à un accroissement de l'intérêt de Monet pour le jardinage. Ainsi, il rend visite à M. Varenne, directeur du Jardin des plantes de Rouen. Il achète également de nombreuses plantes aux jardiniers de Rouen[60]. Monet est assurément plus homme des champs qu'intellectuel[101]. À propos du jardinage, Monet déclare : « Qu'y a-t-il à dire de moi? Que peut-il y avoir à dire, je vous le demande, d'un homme que rien au monde n'intéresse que sa peinture - et aussi son jardin et ses fleurs[102] ».

Méthodes de peinture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : impressionnisme.

Monet n'aurait, d'après ses admirateurs, pas eu recours aux croquis ni aux aquarelles. Pour le peintre, le premier contact avec le motif revêt une importance primordiale. Il prend le pinceau en main. « Il commence brusquement à couvrir [une toile blanche] de plaques de couleurs qui correspondent aux taches colorés que lui donne la scène naturelle entrevue ». Dès la première séance, la toile doit être couverte autant que possible sur son étendue. Sur une toile ébauchée, Monet peint à « pleine pâte, sans mélange, avec quatre ou cinq couleurs franches, en juxtaposant ou superposant les tons crus »[53]. Monet renonce d'ailleurs aux bases sombres dès 1865[84]. Ainsi, une étude à laquelle Monet a travaillé une fois est revêtue de traits épais d'environ un demi centimètre et distants l'un de l'autre de deux centimètres, lesquels sont destinés à fixer l'aspect de l'ensemble. Le lendemain, revenu sur les lieux, il ajoute à la première esquisse et les détails s'accentuent, les contours se précisent. Ainsi, sur une toile qui a bénéficié de deux séances, les traits sont nettement plus rapprochés et le sujet commence à prendre forme. Un tableau doit être poussé aussi loin que l'artiste le juge nécessaire, lui seul pouvant déterminer le moment à partir duquel il est impossible d'aller plus loin. Il accorde aussi beaucoup d'importance aux détails[54],[49].

Ses tableaux comme Le Bassin aux nymphéas, harmonie verte, ou harmonie rose révèlent plus de 70 000 touches par mètre carré[103].

La recherche des effets[modifier | modifier le code]

À partir du temps de séries, Monet recherche les effets dans ses toiles. Il travaille sur plusieurs toiles en parallèle. Déjà en 1885, Maupassant note que « il allait, suivi d'enfants qui portaient ses toiles, cinq ou six toiles représentant le même sujet à des heures diverses et avec des effets différents. Il les prenait et les quittait tour à tour, suivant les changements du ciel. »[53]. Il ne travaille que quand il a son effet[55]. Cette méthode se développe avec le temps, pour les vues de Londres il peint sur plus de quinze toiles en parallèle, les vingt-deux toiles des Grandes décorations sont peintes aussi en même temps[104].

Style[modifier | modifier le code]

Influences[modifier | modifier le code]

Des autres peintres[modifier | modifier le code]

Boudin est la première influence de Monet en l'initiant aux paysages[7]. Son ami Johan Barthold Jongkind a certainement également influencé ses premières années[12]. Charles Gleyre lui enseigne par la suite la peinture de manière structurée[14]. Les membres du groupe des impressionnistes constitué de Pierre-Auguste Renoir, Alfred Sisley et Camille Pissarro s'influencent sans aucun doute mutuellement, comme c'était le cas avec son camarade Frédéric Bazille auparavant[105]. On sait également, que Claude Monet appréciait le travail d'Eugène Delacroix[16]. Lors de son voyage à Londres, il va voir les œuvres de Turner et John Constable qui l'ont certainement marqué[86]. Édouard Manet échange aussi avec Monet lors de son séjour à Argenteuil[54].

Japonaises[modifier | modifier le code]

La Japonaise, 1875
Article détaillé : japonisme.

La peinture de Monet est influencée par l'art japonais. Il porte ainsi un intérêt particulier aux estampes peintes par Hiroshige et Hokusai[37]. Il réalise d'ailleurs la Japonaise en 1875, un tableau dont la facture tranche diamétralement avec ses autres œuvres[42]. Le , Monet se rend à une exposition organisée par Durand-Ruel : elle est consacrée aux estampes d'Outamaro et de Hiroshige. Ce rendez-vous revêt pour lui une grande importance car il s'accorde parfaitement avec son cheminement artistique à la même époque[59]. Sa salle à manger de Giverny est par ailleurs décorée avec des estampes japonaises[60]. Enfin, une autre série de peintures qui dénote l'influence du Japon sur son art est paradoxalement celle ayant pour sujet des paysages norvégiens, notamment avec des vues du pont de Løkke, puisque ce coin de Sandviken lui faisait penser à « un village japonais ». Le mont Kolsås lui faisait en fait « songer au Fujiyama »[60].

Synthèse de son style[modifier | modifier le code]

Monet désirait saisir le réel dans « la mobilité de ses lumières changeantes ». Son intérêt se porte sur les effets de lumière qui changent suivant les heures et les saisons. L’évolution de l’industrie donnera à Monet un nouvel essor pour ses paysages, c’est à travers l’urbanisation que le genre se renouvellera. Par exemple, il peint en 1877 La Gare Saint-Lazare. À cette époque, ces lieux étaient considérés comme utile et sans valeur esthétique. Monet s’exerce à représenter aussi bien des paysages que des portraits. Toutefois il reste dans l’optique de montrer la lumière et de restituer les sensations premières. Pour ce faire, il réfléchit à la mise en scène qui pourrait représenter au mieux la mouvance de la lumière. La répétition du motif n’est qu’un prétexte pour le peintre, l’objet représenté importe bien moins que l’évolution du sujet au cours des heures

Monet et l'argent[modifier | modifier le code]

Claude Monet a eu un début de carrière difficile sur le plan financier. Si les premières années sa Tante Lecadre lui vient en aide, dès 1864, il doit demander de l'aide à Bazille. Monet commence alors à accumuler les dettes, ne serait-ce que pour acheter son matériel de peinture[16]. Monsieur Gaudibert par ses commandes lui vient en aide notamment en 1868[21]. L'arrivée à Argenteuil fin 1871, marque le début d'une situation financière meilleure, causée par l'héritage de son père et la dot de sa femme[37]. Toutefois l'arrêt des achats de Durand-Ruel en 1874 correspond à un retour des soucis d'ordre pécuniaire. Rapidement le loyer devient un problème, les dettes s'accumulent[90]. Il doit sa survie à l'aide de Manet[90], du docteur Bellio, de Gustave Caillebotte et d'Ernest Hoschedé[106].

Malgré ses difficultés financières, Monet est assez dispendieux. À Argenteuil, il dispose ainsi de deux domestiques auxquels s'ajoute un jardinier. Il consomme également abondamment de vin. Enfin, la famille acquiert un instrument de musique, sûrement un piano [réf. souhaitée]. En arrivant à Vétheuil, les Hoschédés gardent leurs domestiques malgré leur faillite[46].

Monet a l'habitude de faire patienter ses créanciers. Par conséquent, des huissiers viennent souvent lui rendre visite, il a contracté des dettes datant de plus de 10 ans[107]. Ainsi en 1885, encore il est menacé par une saisie pour une affaire jugée en 1875[53].

Paul Durand-Ruel par Renoir

En 1879, il dépend quasiment intégralement des aides Caillebotte pour sa survie. Pourtant, les Hoschedé continuent à avoir des domestiques[46]. À Vétheuil également les créanciers défilent[49]. En 1881, malgré la progression des revenus, Monet ne peut s'acquitter de son loyer et cumule en décembre 2 962 francs[50]. Il a l'habitude de payer tardivement ses créanciers[51]. En 1885 encore il est menacé par une saisie pour une affaire jugée en 1875[53]. En 1887, il possède des actions, ce qui indique qu'il épargne[53]. En 1890, il achète la maison de Giverny et l'année suivante il prête de l'argent à Pisarro, les dures années sont derrière lui[55].

Par la suite, il connaît un certain embourgeoisement avec notamment l'achat d'une voiture[68]. Durand-Ruel résume en déclarant que « Monet fut toujours un jouisseur »[72].

Monet n'est pas toujours très généreux. Ainsi à Bordighera, alors que son hôte M. Moreno l'invite dans les jardins de sa villa, les Jardins Moreno, assume les frais de chemin de fer et paie le restaurant, Monet lui offre en échange... une pomme[52]. Il ne se montre pas plus généreux envers Rollinat ou E. Mauquit qui l'accueillent respectivement dans la Creuse et à Rouen[108]. Ses amis Boudin ou Pissaro n'étant pas mieux lotis[109].

Ce n'est qu'à partir 1910, qu'il semble détendre les cordons de sa bourse. Cette année-là non seulement il offre une Tamise à Charing Cross pour les sinistrés de l'inondation, mais en plus il vend à la ville du Havre trois tableaux pour 3 000 francs [69]. La donation de grandes décorations à l'État confirme ce changement de mentalité chez le peintre[72].

Chiffre d'affaires de Claude Monet par année
Année Somme (francs) Remarques
1857 et 1858 2 000[9] Portraits à charge au Havre
1872 12 100[110] 9 800 francs proviennent des seuls achats de Durand-Ruel
1873 24 800[37] Surtout Durand-Ruel (au moins 12 100 francs
1874 10 554[90] Principaux clients : Faure et Hoschedé
1875 9 765[111] Environ 15 clients directs
1876 12 313[112] Dont 2020 pour La Japonaise. Le Dr de Bellio fait son premier achat.
1877 15 197[113]
1878 12 500[50]
1879 12 285[50]
1880 13 938[50]
1881 20 400[50] Reprise des achats de Durand-Ruel, quasi-exclusivité
1882 >24 700[51] Durand-Ruel, quasi-exclusivité, mention de Petit également
1883-1891 mal connu Augmentation progressive des gains, acheteurs : Durand-Ruel, Theo Van Gogh, Petit, Boussod et Valadon
1892 >100 000[58] Somme de Durand-Ruel et Boussod
1898 173 500[114]
1899 227 400[114]
1900 213 000[97]
1901 127 500[65]
1902 105 000[115]
1903 0[115]
1904 271 000[116]
1912 369 000[70] Durand-Ruel et Bernheim

Caractère[modifier | modifier le code]

Le caractère de Monet n'est pas toujours facile. Il a ainsi une certaine réputation de sauvagerie[81], Clemenceau le nomme son « vieux hérisson sinistre »[117]. Mais Claude Monet est certes capable d'élans généreux comme de colères brutales, mais il préfère aux positions extrêmes la solution de compromis et d'équilibre, c'est en somme un conciliateur, un modéré qui laisse de propos délibéré les attitudes héroïques à d'autres[118].

Il est un peu ingrat, ainsi lors de ses premières participations au salon en 1865 et 1866, Monet ne déclare pas Gleyre comme étant son maître alors que cela est recommandé. Pourtant le vieil homme, membre du jury en 1866, n'a pas la dent dure et défend le premier[18]. Mais la principale victime de ce trait de caractère est sans conteste Durand-Ruel, qui alors qu'il l'a fait vivre pendant de nombreuses années se voit souvent concurrencer par d'autres marchands d'art comme Georges Petit fin 1885 ou en 1888. Durand-Ruel a beau n'être nullement rancunier et faire mille preuves de dévouement[53],[100], cela ne l'empêche pas de recevoir un mandat de 75 francs en 1897[119].

Liste de ses principaux tableaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Catégorie:Tableau de Claude Monet.
Article détaillé : Liste de peintures de Claude Monet.

Musées[modifier | modifier le code]

Musée Marmottan Monet

Claude Monet est exposé dans les plus grands musées du monde : au MoMA[121], à la National Gallery of Art[122], à la National Gallery[123], au musée Thyssen-Bornemisza[124], au Rijksmuseum[125] et à la Neue Pinakothek[126]. Quelques œuvres sont également exposées au Musée national des beaux-arts d'Alger.

En France, le musée Marmottan-Monet possède la plus importante collection publique d'œuvres de Claude Monet. Le musée de l'Orangerie expose les grandes décorations conformément à la volonté de l'artiste. Le Musée d'Orsay possède également une importante collection de ses tableaux.

En province, le musée d’art moderne André-Malraux au Havre expose notamment les œuvres Soleil d'hiver à Lavacourt, Le Parlement de Londres ou encore une œuvre de la série des Nymphéas[127].

Par ailleurs, la maison du peintre à Giverny et son jardin sont préservés et ouverts au public par la Fondation Claude Monet[128].

Postérité[modifier | modifier le code]

Marché de l'art[modifier | modifier le code]

Champ de coquelicot près de Vétheuil (1879-1880)

Les tableaux de Claude Monet sont très disputés aux enchères. Relativement peu sont en vente : en 2004 il y a eu 26 ventes, 22 en 2005 et 28 en 2006. Parmi les ventes connues, on dénombre :

  • En 1989, un des nymphéas est vendu pour 10,5 millions de dollars, puis revendu en novembre 2005 pour deux millions de plus.
  • En 1998, un autre nymphéas, de 1900, est vendu 19,8 millions de Livres chez Sotheby’s[129].
  • Un des tableaux de la série de la Tamise a été vendu frais compris pour presque 18 millions de Livres en 2007 chez Christie's à Londres[130].
  • En juin 2007, un autres nymphéas, de 1904, est acheté 18,5 millions de Livres par un collection asiatique chez Sotheby’s[129].
  • Dans la prairie, vendu le 4 février 2009 chez Christie's, Londres pour 11,2 millions £ (12,4 millions €) avec les frais[131].
  • En 2012, un Nymphéas de 1905 a été vendu plus de 43 millions de dollars chez Christie's[132].
  • Un autre Nymphéas, peint en 1907, a été vendu le 5 mai 2014 chez Christie's à New-York, pour 27,045 millions de dollars soit 19,413 millions d'euros[133].

En 2008, ses peintures ont établi deux records :

  • Le Pont du chemin de fer à Argenteuil, vendu le 6 mai 2008 chez Christie's, New York pour 41 481 000 $US soit 26 834 058 euros avec les frais[134].
  • Le bassin aux nymphéas, vendu le 24 juin 2008 chez Christie's, Londres pour 40 921 250 £ soit 51 757 197 euros avec les frais[135].

Littérature[modifier | modifier le code]

Claude semble avoir partiellement inspiré le roman de Zola L'Œuvre de 1886[53]. Marcel Proust est également inspiré par le travail de Monet et admire fortement les impressionnistes. Dans le roman Jean Santeuil, Claude Monet est plusieurs fois évoqué, un collectionneur de Rouen achetant ses toiles, tout comme dans Sodom et Gomorrhe[136].

Il est également cité à plusieurs reprises dans le roman intitulé Aurélien de Louis Aragon (1944 pour la seconde édition) , notamment lorsque les personnages font une sortie à Giverny pour le rencontrer car Rose Melrose souhaite qu'il fasse son portrait.

L'écrivain belge Stéphane Lambert a consacré deux livres à Claude Monet : L'Adieu au paysage : les Nymphéas de Claude Monet (éditions de la Différence, 2008) et Monet, impressions de l'étang (éditions Arléa, 2016).

Autres romans faisant référence au peintre:

Adrien Goetz, Intrigue à Giverny, Paris, Grasset, , 304 p., 21 cm (ISBN 978-2-246-80435-2)

Peinture[modifier | modifier le code]

Claude Monet est représenté par plusieurs de ses amis du groupes impressionniste. Ainsi Renoir, le peint trois fois, Manet une fois, Sargent une fois.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Pont sur la Seine à Argenteuil de 1874

En 1915, Sacha Guitry le présente parmi d'autres dans le film Ceux de chez nous[72].

Le Monet de la peinture Pont sur la Seine à Argenteuil de 1874 inspire le titre du film Vanilla Sky de 2001.

Fleur[modifier | modifier le code]

Une rose panachée de rose et de jaune a été baptisée de son nom par la maison Delbard en 1992, la rose Claude Monet.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Collectif, Monet et l’abstraction, Vanves, France, Éditions Hazan, , 176 p., poche (ISBN 978-2-7541-0479-1).
  • Michel de Decker, Claude Monet, Pygmalion,
  • Dictionnaire Bénézit, Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays, vol. 9, éditions Gründ, , 13 440 p. (ISBN 978-2-7000-3019-8 et 2-7000-3019-2), p. 748–752.
  • Jill Berk Jiminez et Joanna Banham, Dictionary of artists’ models, Taylor & Francis, (lire en ligne), « Camille Doncieux »
  • Alexandre Duval-Stalla, Claude Monet - Georges Clemenceau : une histoire, deux caractères, Gallimard,
  • Gustave Geffroy, Claude Monet, sa vie, son œuvre, Paris, Macula, (ISBN 2-86589-018-X), édition présentée et annotée par C. Judrin.
  • Jacques-Sylvain Klein, Lumières normandes, les hauts-lieux de l'impressionnisme, Point de vues,
  • Jacques-Sylvain Klein, La Normandie, berceau de l'impressionnisme, Ouest-France,
  • Stéphane Lambert, L'Adieu au paysage : les Nymphéas de Claude Monet, La Différence, 2008.
  • Dominique Lobstein, Monet, Éditions Jean-Paul Gisserot, , 125 p.
  • Terry W. Strieter, Nineteenth-century European art: a topical dictionary, Greenwood Publishing Group, (lire en ligne), « Hoschedé, Mme. Alice », p. 103-104
  • Daniel Wildenstein, Monet ou le Triomphe de l'Impressionnisme, Cologne, Taschen, (ISBN 978-3-8365-2322-6)
  • Jérôme Garcin, « Le tigre et le crustacé », L'Obs,‎ (lire en ligne).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Raconté par Sacha Guitry dans Ceux de chez nous.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sylvie Patin, Monet "Un œil... mais bon Dieu, quel œil!", Découvertes Gallimard, .
  2. Lobstein 2002, p. 9
  3. a, b et c Wildenstein 1996, p. 9-10.
  4. Wildenstein 1996, p. 11-15
  5. Lobstein 2002, p. 13
  6. a et b Lobstein 2002, p. 15
  7. a et b Wildenstein 1996, p. 16-20.
  8. Lobstein 2002, p. 18
  9. a, b, c et d Wildenstein 1996, p. 17-35
  10. a et b Lobstein 2002, p. 19
  11. Geffroy 1994, p. 32
  12. a, b et c Wildenstein 1996, p. 36-42
  13. Lobstein 2002, p. 21 et 22
  14. a et b Wildenstein 1996, p. 43-52
  15. Lobstein 2002, p. 22
  16. a, b, c, d, e et f Wildenstein 1996, p. 52-56
  17. Lobstein 2002, p. 25
  18. a, b, c, d, e et f Wildenstein 1996, p. 58-60
  19. Lobstein 2002, p. 27
  20. a et b Lobstein 2002, p. 28
  21. a, b, c, d, e, f et g Wildenstein 1996, p. 72-78
  22. Lobstein 2002, p. 32
  23. a et b Lobstein 2002, p. 33
  24. a et b Wildenstein 1996, p. 70.
  25. Anthony Lacoudre, Ici est né l'impressionnisme : guide de randonnées en Yvelines, préface Claude Bonin-Pissarro, Éd. du Valhermeil, 2003, (ISBN 2913328415 et 9782913328419), p. 35.
  26. Bruno Delarue, Les peintres à Trouville, Deauville et Villerville : 1821-1950, Éditions Terre en vue.
  27. Pierre Leprohon, L'univers des peintres, 1830-1930, A.G.A., , p. 129.
  28. Lobstein 2002, p. 35.
  29. Lobstein 2002, p. 37.
  30. Lobstein 2002, p. 38.
  31. Lobstein 2002, p. 39.
  32. (nl) « Monet in Zaandam », sur monetinzaandam.nl
  33. [Extraits du livre « La collection d’estampes japonaises de C. Monet » de Geneviève Aitken et Marianne Delafond] « Giverny-| La collection d’estampes japonaises de Claude Monet », sur www.giverny.fr
  34. Wildenstein 1996, p. 84-90 et 234.
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  36. Lobstein 2002, p. 42.
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  80. Wildenstein 1996, p. 458-462
  81. a et b Wildenstein 1996, p. 367
  82. Il a logé à l'hôtel Nouveau-Monde, place du Havre, entre les deux dates, cf Wildenstein 1996, p. 22
  83. À son retour d'Algérie Monet retourne dans sa famille au Havre, cf. Wildenstein 1996, p. 40
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