Aristide Maillol

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Aristide Maillol
Maillol1925.jpg

Aristide Maillol, photographié par Alfred Kühn en 1925.

Naissance
Décès
(à 82 ans)
Banyuls-sur-Mer
Nom de naissance
Aristide Bonaventure Jean Maillol
Nationalité
Activité
Formation
Maître
Domicile
Mouvement
Mécènes
Influencé par
A influencé
Œuvres réputées
signature d'Aristide Maillol

Signature sur L'Air (1938), Paris, jardin des Tuileries.

Aristide Maillol, né Aristide Bonaventure Jean Maillol[1] le à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales)[2] où il est mort le [2], est un peintre, graveur et sculpteur français.

Il commence une carrière d'artiste peintre et s'intéresse très tôt aux arts décoratifs (céramique et tapisserie), avant de se consacrer à la sculpture, vers l'âge de quarante ans.

Aristide Maillol fut l'un des sculpteurs les plus célèbres de son temps. Son œuvre, silencieuse, fondée sur des formes pleines élaborées à partir de l'étude du nu féminin, et simplifiées jusqu'à l'épure, représente une véritable révolution artistique, anticipant l'abstraction. Sa création a marqué le tournant entre le XIXe et le XXe siècle. Elle a aussi inspiré nombre de grands artistes, dont Henry Moore, Hans Arp ou Henri Laurens et trouvé une résonance chez Pablo Picasso, Constantin Brancusi et Henri Matisse. L'œuvre de Maillol a suscité les éloges de grands écrivains, tels Octave Mirbeau et André Gide, ou encore les ouvrages d'éminents critiques d'art, tels Waldemar George et John Rewald.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse (1861-1881)[modifier | modifier le code]

Aristide Maillol est né le à 10 heures du matin, au lieu-dit « Le Bord de la mer » (en fait le quartier situé près du littoral), plus précisément au no 6 rue du Puig à Banyuls-sur-Mer. Il est le fils de Catherine Rougé (née en 1831) sans profession, et de Raphaël Maillol (né en 1820), épicier[1]. Il est l'avant-dernier de cinq enfants. Dès son plus jeune âge, il voit sa tante Lucie se charger de son éducation.

Signature de Raphaël Maillol, père d'Aristide, sur son acte de naissance daté du à Banyuls-sur-Mer.

Les années de formation (1882-1890)[modifier | modifier le code]

Cette peinture représente, une demoiselle Faraill. Nièce du sculpteur Gabriel Faraill, qui a initié Maillol à la sculpture. Faraill avait fait les Beaux-Arts, et avait réalisé une sculpture commandé par les Beaux-Arts de Paris, de son professeur  M. Farochon.
La Femme à l'ombrelle (1895), huile sur toile, Paris, musée d'Orsay.

Après des études au lycée Saint-Louis-de-Gonzague à Perpignan, il se rend à Paris en 1882, s'inscrit au cours de dessin de Jean-Léon Gérôme à l'École nationale supérieure des beaux-arts, puis rencontre Antoine Bourdelle, qui l'aide en 1889 quand il rencontre des difficultés financières. Lorsqu'il découvre les tapisseries de La Dame à la licorne au musée de Cluny, il ouvre un atelier de tissage à Banyuls. Il y rencontre Clotilde Narcis, dont il aura un fils, Lucien, né en 1896. Elle sera sa compagne et son premier modèle en sculpture. Sa peinture est influencée par ses contemporains et il admire Pierre Puvis de Chavannes. Il appartient au groupe des nabis, où il côtoie Pierre Bonnard, Édouard Vuillard et Maurice Denis, et sa rencontre avec Paul Gauguin, en 1892, est décisive.

Des débuts difficiles (1890-1900)[modifier | modifier le code]

Bien qu'il inscrive son œuvre en rupture avec la précédente génération, il obtient le soutien actif, quoique ambigu, d'Auguste Rodin, qui proclame que le génie du jeune sculpteur est si éclatant qu'il n'a pas besoin de soutien. Rodin lui adresse toutefois des commanditaires.

Début de reconnaissance (1900-1904)[modifier | modifier le code]

Portrait d'Ambroise Vollard par Pierre-Auguste Renoir (1908). Vollard y est représenté examinant une statuette d'Aristide Maillol

L’année 1900 est un tournant dans l’œuvre de Maillol, qui invente un véritable répertoire de formes, préfigurant son œuvre à venir. Ses premières sculptures en bois, puis ses modelages en terre crue ou en argile, Vénus ou baigneuses debout, accroupies, se coiffant, évoquent la statuaire grecque archaïque. La perfection des formes de Léda impressionne Auguste Rodin et Octave Mirbeau. Ce dernier en fait l’acquisition en 1902, lors de l’exposition à la galerie Vollard à Paris, qui rencontre un grand succès et rapporte :

« Un soir, chez moi, Auguste Rodin étudiant longuement, tournant et retournant dans sa main une figure de Maillol, me dit : « Maillol est un sculpteur aussi grand que les plus grands… Il y a là, voyez-vous, dans ce petit bronze, de l’exemple pour tout le monde ; aussi bien pour les vieux maîtres, que pour les jeunes débutants… Je suis heureux de l’avoir vu… Si le mot génie, improprement appliqué à tant de gens, aujourd’hui, a encore un sens, c’est bien ici… Oui, Maillol a le génie de la sculpture… Il faut être de mauvaise foi, ou très ignorant, pour ne pas le reconnaître. Et quelle sûreté dans le goût !… Quelle intelligence de la vie, dans le simple !… Ce qu’il y a d’admirable, en Maillol, ce qu’il y a, pourrais-je dire, d’éternel, c’est la pureté, la clarté, la limpidité de son métier et de sa pensée… » Et, remettant à sa place, dévotement, la statuette, il ajouta, avec un sourire qui exprimait toute sa joie de rendre hommage à un talent dont nul, mieux que lui, ne pouvait comprendre la bonne éducation, la perfection technique et sentir l’intense frémissement de vie : « Je suis tranquille sur l’avenir d’un tel homme… »[réf. nécessaire]

Vers la fin de l'allégorisme (1905-1918)[modifier | modifier le code]

Maillol connaît le succès lorsqu'il expose le plâtre de Méditerranée au Salon d’automne de 1905, parmi les peintres fauves, dont les tableaux exaltent la couleur pure. La sculpture, monumentale, représente une femme assise, absorbée dans ses pensées, dont le coude appuyé sur son genou et la tête reposant sur sa main ferment une composition géométrique. André Gide la décrit ainsi : « Elle est belle, elle ne signifie rien, c’est une œuvre silencieuse. Il faut remonter bien loin en arrière pour trouver une aussi complète négligence de toute préoccupation étrangère à la simple manifestation de la beauté. »[réf. nécessaire] Hommage à Rodin, cette figure méditative, dont toute expression est absente au profit d’une vision d’ensemble, cette œuvre majeure, lisse, structurée comme une architecture, est emblématique des recherches de Maillol.

L'œuvre n'est plus la traduction d'une pensée littéraire ou mythologique, elle ne vise plus une lecture ou un sens préétabli. Le destin de la sculpture va désormais s'orienter vers la forme pure dégagée de tout souci ou contenu. Sur la plage, Maillol observe une baigneuse, qui s'avance vers le flot et tire le haut de sa robe de bain pour éviter de mouiller le bas tout en rejetant les épaules en arrière, dressant ses seins en avant. Ce mouvement fugitif d'une inconnue, geste délicat et féminin, pudique mais plein d'érotisme, restera l'obsession de toute son œuvre.

Le comte Harry Kessler, collectionneur allemand qui sera son mécène durant toute sa carrière, lui en commande une version en pierre. En 1923, pour honorer une commande d’État, Maillol en fera une autre en marbre (Paris, musée d’Orsay).

Dès 1905, Maillol reçoit des commandes privées et publiques, dont le Monument à Louis-Auguste Blanqui, homme politique révolutionnaire, emprisonné une grande partie de sa vie. Maillol représente une femme nue, L’Action enchaînée, qui tente en vain de se libérer de ses entraves par un puissant mouvement de rotation du torse. Cette conception inédite du monument public provoque un scandale. De même, pour l’Hommage à Cézanne, commandé en 1912 par Aix-en-Provence. Maillol s’inspire d’un nu féminin et les commanditaires refusent l’œuvre, que Frantz Jourdain fera rentrer plus tard dans les collections nationales.

Maurice Denis lui présente en 1910 le collectionneur russe Ivan Morozov, qui lui a commandé des panneaux peints pour la décoration de son salon, pour lequel Maillol réalise quatre nus féminins grandeur nature : Pomone, Flore, L’Été et Le Printemps.

Après la mort de Rodin en 1917, auquel on l’a toujours opposé en termes de style, Maillol est considéré comme un des plus grands sculpteurs français vivants.

La notoriété (1918-1944)[modifier | modifier le code]

Dans l’entre-deux-guerres, il réalise quatre monuments aux morts : à Banyuls-sur-Mer, Céret, Elne et Port-Vendres, ainsi qu’un monument funéraire à Bâle.

Il exécute des bois gravés pour illustrer des textes antiques : Les Églogues puis Les Géorgiques de Virgile, L'Art d'aimer d’Ovide, Daphnis et Chloé de Longus.

Dans les années 1930, Maillol réalise le Monument à Debussy, aux courbes tout en douceur. Dans cette période où il cherche une inspiration nouvelle, il a pour modèle, élève en gravure sur bois et maîtresse Lucile Passavant, puis fait la connaissance, en 1934, de Dina Vierny ; cette jeune fille aux formes épanouies devient son principal modèle pendant dix ans. À la fois muse, interlocutrice et collaboratrice, elle pose pour ses dernières sculptures monumentales : La Montagne, en 1937, qui achève le cycle entamé au début du siècle, L'Air, en 1938, Monument à la mémoire des aviateurs de l’Aéropostale, puis La Rivière, corps féminin renversé en arrière, qui s’efforce de résister au courant qui l’entraîne inexorablement. C’est la première représentation en sculpture d’une figure sur le flanc, en équilibre instable, sorte d’allégorie des temps troublés qui s’annoncent avec la Seconde Guerre mondiale, pendant laquelle Maillol se retire à Banyuls-sur-Mer ; ce serait la représentation d'elle préférée par le modèle car lui correspondant le mieux[3].

Après deux rétrospectives en 1933, à New York et à Bâle, Maillol voit la consécration de son œuvre lors de l’Exposition universelle de 1937 à Paris, par la place qu’occupent ses sculptures dans le tout nouveau musée national d’art moderne au palais de Tokyo.

Avec Harmonie, sa dernière œuvre commencée en 1940, restée inachevée, il atteint le sommet de son art. La silhouette féminine légèrement déhanchée évoque la sculpture médiévale, elle fait la synthèse de toutes ses recherches formelles mais, contrairement aux œuvres précédentes, c’est également un portrait.

L’artiste meurt en 1944 des suites d’un accident de voiture, près de son village natal. Il laisse un œuvre considérable que l’on peut admirer à Paris, en province et à l’étranger. Dans le jardin du Carrousel à Paris sont exposées les 19 sculptures offertes sous l’égide d’André Malraux, en 1964, par Dina Vierny[4], qui a créé rue de Grenelle à Paris un musée consacré à l’artiste, inauguré en 1995 par François Mitterrand.

Style[modifier | modifier le code]

Par sa vision synthétique, axée sur l’arrangement des masses et la rupture radicale avec l’art descriptif du XIXe siècle, Maillol, dans son domaine, a ouvert la voie vers l’abstraction, comme Paul Cézanne en peinture. D’emblée, Maillol pense à une sculpture de l’immobile et atteint une perfection des proportions, tant pour les statues de petit format que pour celles aux dimensions monumentales.

Les musées Maillol[modifier | modifier le code]

La Méditerranée ornant la tombe d'Aristide Maillol, à la métairie de Banyuls-sur-Mer (aujourd'hui musée Maillol).

Dina Vierny, dernier modèle de Maillol durant une dizaine d'années — qui avait été sauvée de la déportation grâce à l'entremise d'Arno Breker et de Maillol — a, depuis la mort de Maillol, entrepris de diffuser son œuvre à l'aide de la Fondation Dina Vierny-musée Maillol, à Paris.

En 1994 est inauguré le musée Maillol de Banyuls-sur-Mer, sa ville natale, dans son ancienne métairie qui lui servit d’atelier. Dina Vierny restaura pendant de nombreuses années le bâtiment, le sauvant ainsi de la ruine. C’est là que Maillol venait méditer, travailler. C’est dans cet endroit isolé, en pleine nature, environné par les montagnes délimitant la frontière des Pyrénées, qu’il est aujourd’hui enterré sous le socle de l’une de ses œuvres, Méditerranée[5].

Commémoration[modifier | modifier le code]

Le , la Poste française a émis un timbre d'une valeur de 20 centimes à la mémoire d'Aristide Maillol. Le timbre représente Méditerranée (1905), bronze de 1,03 m situé au jardin du Carrousel des Tuileries à Paris[6].

Le , à l'occasion de la journée inaugurale de l'Espace Maillol et des chemins de la liberté, ont été dévoilées sur le front de mer la sculpture Ile-de-France sans bras (1925) et la plaque inaugurale de l'Espace Maillol.[Où ?]

Le , l'entrée des œuvres d'Aristide Maillol dans le domaine public a fait l'objet d'une couverture médiatique nationale en France[7],[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Fabricio Cardenas, « Extrait de naissance d'Aristide Maillol », sur Vieux papiers des Pyrénées-Orientales (consulté le 27 mars 2017).
  2. a et b Autorité BnF.
  3. Dina Vierny et Alain Jaubert, Histoire de ma vie racontée à Alain Jaubert, Paris, Gallimard, (ISBN 2070782018, lire en ligne).
  4. André Malraux, « Présentation du budget des affaires culturelles », sur Assemblée nationale, (consulté le 25 juillet 2017).
  5. Historique du Musée Maillol Banyuls sur museemaillol.com.
  6. Le timbre de 1961.
  7. Mathieu Ferri, « Les œuvres d'Aristide Maillol entrent dans le domaine public », France Bleu Roussillon,‎ (lire en ligne)
  8. Alexis Kauffmann, « Comment nous avons fait entrer Maillol dans le domaine public », Slate.fr,‎ (lire en ligne).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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