Capitalisme de connivence

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The Ministers and their cronies off to Botany Bay, and the Dorchester men returning (1834-1835).

Le capitalisme de connivence (Crony capitalism) est un terme décrivant une économie où le succès en affaires dépend de relations étroites avec les représentants du gouvernement. Il peut créer une forme de favoritisme dans l'attribution de permis légaux, de subventions gouvernementales, de réduction d'impôts ou d'autres formes d'interventionnisme[1],[2]. Il apparaîtrait lorsque le copinage, ainsi que d'autres comportements égoïstes semblables, percole vers la politique et le gouvernement[3]. Il peut également s'exprimer sous la forme de népotisme ou, à des stades plus avancés, toucher l'économie des services publics.

L'expression anglophone crony capitalism a créé un certain impact dans l'espace public lorsqu'elle a été utilisée pour expliquer la crise économique asiatique[4].

Dans certains contextes, le terme est un synonyme de corporate welfare (en).

Formes[modifier | modifier le code]

Carte du monde selon les données de Transparency International sur l'indice de perception de corruption (2010).

Sous ses formes les plus légères, le capitalisme de connivence mène à la tolérance ou à l'encouragement par le gouvernement de la collusion parmi des acteurs du marché, notamment pour faire une sorte de front commun lors de soumissions sur des contrats publics, des subventions, des législations, etc.[5].

Certains de ces systèmes, tels les ligues de sport et le Medallion System des taxis de New York, sont formalisés, mais généralement, ils sont plus subtils, tels une augmentation du temps de stage et d'examens de certification pour rendre plus coûteuse l'insertion des nouveaux.

Dans les domaines technologiques, il peut s'exprimer sous la forme d'accusation de violation de brevets afin de décourager les compétiteurs.

En conséquence, les nouveaux venus sur un marché rencontrent des conditions difficiles d'insertion. Parfois, certains de ceux qui arrivent à percer le font grâce à une entente entretenant la limitation de l'arrivée de nouveaux joueurs.

On parle vraiment de capitalisme de connivence lorsque ces approches dominent l'économie entière ou la direction des plus grandes industries en place[2]. On retrouve souvent des lois intentionnellement ambiguës dans de tels systèmes[6].

Exemples[modifier | modifier le code]

The Economist note les pays selon un indice nommé crony-capitalism index (en), calculé selon l'évaluation de l'activité économique d'industries connues pour prôner la connivence. En 2014, les endroits considérés les plus atteints sont Hong Kong, la Russie et la Malaisie[7].

La Thaïlande et l'Indonésie ont été les premiers états identifiés comme appliquant un capitalisme de connivence lors de la crise économique asiatique de 1997. Dans ces cas, le terme a été utilisé pour décrire comment les membres des familles des dirigeants sont devenus très riches sans justifications non-politiques.

Hong Kong[8], et la Malaisie[9] ont également été ciblés, ainsi que d'autres états tels l'Inde[10], l'Argentine[11] et la Grèce[12].

Le terme est également utilisé pour décrire les oligarques russes[13],[7].

Plusieurs pays prospères ont présenté à un moment ou un autre de leur histoire un certain niveau de capitalisme de connivence. Tel est le cas notamment du Royaume-Uni, particulièrement lors du XVIIe siècle et du XVIIIe siècle, les États-Unis[2],[14] et le Japon.

Divers[modifier | modifier le code]

Différents mouvements politiques dénoncent le système de connivence qui est en permanente confusion avec le vrai capitalisme. Les libertariens sont en faveur d'une société avec un état réduit aux fonctions régaliennes dont l'état ne pourrait s'immiscer dans les affaires économiques et ainsi favoriser une entreprise par rapport à une autre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Crony capitalism » (voir la liste des auteurs).

  1. (en) Helen Hughes, « Crony Capitalism and the East Asian Currency and Financial 'Crises' », (consulté le 22 juillet 2012) : « Japan’s dismal performance in the 1990s and the East Asian collapses of 1997 indicate that dirigisme can only boost economies in the short run and at high cost. It breaks down in the long run (Lindsey and Lukas 1998). »
  2. a, b et c (en) Nicholas Kristof, « A Nation of Takers? », New York Times,‎ (lire en ligne)
  3. (en) Richard McCormick, « The Discovery that Business Corrupts Politics : A Reappraisal of the Origins of Progressivism », The American Historical Review, vol. 86, no 2,‎ , p. 247-274
  4. (en) David C., Crony Capitalism: Corruption and Development in South Korea and the Philippines, Cambridge, Cambridge University Press, (ISBN 978-0-521-00408-4, lire en ligne) :

    « Focused only on explaining successful outcomes, the conventional model provided no analytic way to explain the 1997 crisis. Countries previously regarded as miracles now were nothing more than havens for crony capitalists (p.3) »

  5. (en) « Uber vs. Washington, D.C.: This Is Insane », (consulté le 11 juillet 2012) : « a fight over a new competitor to the District's (often horrible) taxi service offers something I haven't seen in a while. Not routine retail-level corruption, nor skillful top-level favor trading, but instead what appears to be a blatant attempt to legislate favors for one set of interests by hamstringing another. »
  6. (en) Alexander Hamilton, « Small is beautiful, at least in high-income democracies: the distribution of policy-making responsibility, electoral accountability, and incentives for rent extraction »,
  7. a et b (en) « The countries where politically connected businessmen are most likely to prosper », The Economist,‎ (lire en ligne)
  8. (en) Stephen Vines, « Why Hong Kong’s latest No 1 ranking was greeted with silence », South China Morning Post,‎ (lire en ligne)
  9. Modèle {{Lien web}} : paramètre « titre » manquant. http://scholarlycommons.law.northwestern.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1213&context=facultyworkingpapers, sur law.northwestern.edu
  10. (en)« Govt Patronises Crony Capitalism Again », (consulté le 11 août 2013)
  11. (en) « Peronism and its perils », The Economist,‎ (lire en ligne)
  12. (en)« The Scourge of Crony Capitalism », (consulté le 9 octobre 2013)
  13. (en) « Having it both ways », The Economist,‎ (lire en ligne)
  14. (en) « Planet Plutocrat: The countries where politically connected businessmen are most likely to prosper », The Economist,‎ (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Raymond Vernon, Technological Development, vol. 39, Seminar Paper, (ISBN 978-0821311622)
  • (en) Shang-Jin Wei, « Domestic Crony Capitalism and International Fickle Capital: Is There a Connection? », International Finance, vol. 4,‎ , p. 15–45 (DOI 10.1111/1468-2362.00064)
  • (en) David C. Kang, « Transaction Costs and Crony Capitalism in East Asia », Comparative Politics, vol. 35, no 4,‎ , p. 439–58 (DOI 10.2307/4150189, JSTOR 4150189)
  • (en) Po-Keung Ip, « Corporate Social Responsibility and Crony Capitalism in Taiwan », Journal of Business Ethics, vol. 79,‎ , p. 167–77 (DOI 10.1007/s10551-007-9385-5)
  • (en) Sallie Hughes et Chappell H. Lawson, « Propaganda and Crony Capitalism: Partisan Bias in Mexican Television News », Latin American Research Review, vol. 39, no 3,‎ , p. 81–105 (DOI 10.1353/lar.2004.0050, JSTOR 1555469)
  • (en) Ajay Shah, « Indian capitalism is not doomed », Ajay Shah's Blog,
  • (en) Ajit Singh et Ann Zammit, « Corporate Governance, Crony Capitalism and Economic Crises: Should the US business model replace the Asian way of 'doing business'? », Corporate Governance: an International Review, vol. 14, no 4,‎ , p. 220–33 (DOI 10.1111/j.1467-8683.2006.00504.x)
  • (en) Chalmers Johnson, « Economic crisis in East Asia: The clash of capitalisms », Cambridge Journal of Economics, vol. 22, no 6,‎ , p. 653–61 (DOI 10.1093/cje/22.6.653)
  • (en) Evgeni Peev, « Ownership and Control Structures in Transition to 'Crony' Capitalism: The Case of Bulgaria », Eastern European Economics, vol. 40, no 5,‎ , p. 73–91 (JSTOR 4380313, lire en ligne)
  • (en) Peter Enderwick, « What's Bad About Crony Capitalism? », Asian Business & Management, vol. 4, no 2,‎ , p. 117–32 (DOI 10.1057/palgrave.abm.9200126)
  • (en) Guillermo Rosas, « Bagehot or Bailout? An Analysis of Government Responses to Banking Crises », American Journal of Political Science, vol. 50,‎ , p. 175–91 (DOI 10.1111/j.1540-5907.2006.00177.x, JSTOR 3694264)
  • (en) J. S. Kahn et F. Formosa, « The Problem of 'Crony Capitalism': Modernity and the Encounter with the Perverse », Thesis Eleven, vol. 69,‎ , p. 47–66 (DOI 10.1177/0725513602069001004)
  • (en) Gerald F. Davis, « American cronyism: How executive networks inflated the corporate bubble », Contexts, vol. 2, no 3,‎ , p. 34–40 (DOI 10.1525/ctx.2003.2.3.34)
  • (en) Victor Vaugirard, « Crony Capitalism and Sovereign Default », Open Economies Review, vol. 16,‎ , p. 77–99 (DOI 10.1007/s11079-005-5333-0)
  • (en) Harold James, « Family Values or Crony Capitalism? », Capitalism and Society, vol. 3,‎ (DOI 10.2202/1932-0213.1031)
  • (en) Naresh Khatri, Eric W K Tsang et Thomas M Begley, « Cronyism: A cross-cultural analysis », Journal of International Business Studies, vol. 37,‎ , p. 61–75 (DOI 10.1057/palgrave.jibs.8400171, JSTOR 3875215)
  • Khatri, Naresh (2013). Anatomy of Indian Brand of Crony Capitalism. http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2335201.
  • http://mpra.ub.uni-muenchen.de/19626/1/WP0802.pdf