Économie à la tâche

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Un livreur Deliveroo payé à la livraison

L'économie à la tâche (de l'anglais gig economy, gig signifiant le concert, on a souvent payé les musiciens d'une soirée une fois le bal terminé[1]) On la désigne aussi sous le nom d’économie à la demande. C'est un système basé sur des emplois flexibles, temporaires ou indépendants.

Cette économie est basée sur le travail à la tâche ou aussi sur le travail à la pièce, elle peut se voir comme retour un retour au tâcheronnage[2] du capitalisme originel par rapport au travail salarié. Son renouveau au 21eme siècle implique souvent la connexion des plateformes en ligne[3],[4]. Elle est concomitante de l'ubérisation et à la multiplication des "petits boulots".

Au XXIe siècle, l'industrie textile fait souvent appel à des travailleurs payés à la pièce

Les travailleurs à la tâche sont des entrepreneurs indépendants, des travailleurs de plate-forme en ligne[5], des travailleurs sous contrat, des travailleurs sur appel[6] et des travailleurs temporaires[7]. Les employés à la tâche passent des contrats avec des entreprises à la demande pour fournir des services aux clients de l'entreprise[8].

Les plateformes d'intermédiation permettent de mettre en relation les entreprises, les micro-entrepreneurs ou les travailleurs, et les clients. Les plateformes facturent des commissions aux travailleurs et/ou aux clients.

Contexte[modifier | modifier le code]

Dans les années 2000, la numérisation de l'économie et de l'industrie a été réalisée rapidement en raison du développement de l'informatique et des technologies des télécommunications telles que l'Internet fixe et mobile sur des réseaux performants, et la popularisation des téléphones mobiles de nouvelles générations (smartphones)[9]. En conséquence, les plateformes basées sur la technologie numérique ont créé de l'emploi et des formes d'emploi qui se sont différenciées des offres conventionnelles en se basant sur l'accessibilité, la commodité et la compétitivité des prix.

Travailleurs à la tâche[modifier | modifier le code]

Les travailleurs à la tâche ont des niveaux élevés de flexibilité, d'autonomie, de variété et de complexité des tâches[10].

Aux États-Unis, 36% des travailleurs américains sont participant de l'économie à la tâche par le biais de leur emploi principal ou secondaire[11]. Dans les pays développées le nombre de travailleurs à la tâche est généralement inférieur à 10% de la population actives. En Europe, 9,7% des adultes de 14 pays de l'UE ont été impliqué dans l'économie à la tâche en 2017, selon l'enquête. On estime que le nombre de travailleurs à la tâche, qui couvre les travailleurs indépendants ou non conventionnels, est de 20% à 30% de la population économiquement active aux États-Unis et en Europe[9].

Nouvelles flexibilités[modifier | modifier le code]

De nombreux facteurs contribuent à un travail productif, et les employeurs mettent en avant les aspects du travail qui sont les plus attrayants pour la main-d'œuvre la plus compétitive et mobile d'aujourd'hui[11].

Les travailleurs traditionnels ont une relation employeur-employé à long terme dans laquelle le travailleur est rémunéré à l'heure ou à l'année, gagnant un salaire ou un traitement.

Les autres travailleurs sont en travail temporaire ou engagés, pour la durée d'un projets, pour effectuer une tâche particulière, ou pour une certaine période de temps[12].

L'intermédiation des plateformes entre les entreprises et les travailleurs réduit le coût d'entrée et de fonctionnement pour les prestataires et permet aux travailleurs de participer de manière plus discontinue sur les marchés(c'est-à-dire qu'ils ont une plus grande flexibilité autour des heures de travail)[8].

Les pigistes vendent leurs compétences pour maximiser leur liberté, tandis que les employés à temps plein se servent des plateformes pour améliorer leurs compétences[13].

Statut et protections des travailleurs[modifier | modifier le code]

Les nouvelles formes de travail ont provoqué mainte controverses sur le statut des travailleurs et l'évolution du code du travail.

Le "travail" est souvent associé, jusqu'à aujourd'hui, à un travailleur à temps plein avec un ensemble d'heures de travail. L'économie à la tâche s'est développée à côté du travail classique[14].

Les formes de travail ont commencé à changer avec l'évolution des conditions économiques et la poursuite des progrès technologiques[15].

L'économie à la tâche soulève des inquiétudes. Premièrement, ces emplois confèrent généralement peu d'avantages sociaux et de protection en milieu de travail[14],[16].

Les protections sociales, des travailleurs de l’économie à la demande, autre dénomination pour l'économie à la tache, ne sont pas garantis. La durée légale du travail, le salaire minimum, l’assurance chômage, sont classiquement fondés sur la relation défini par le contrat de travail entre le salarié et l’employeur. Si le travail indépendant se généralise, un nombre croissant de travailleurs risquent de se retrouver exclus des conventions collectives et des droits aux allocations de chômage et aux régimes de retraite et de santé dont bénéficient les salariés[17].

Cela pose des questions de fond qui ne sont pas encore résolues, comme celui du modèle de protection sociale, de son financement.

L’Organisation internationale du Travail (OIT) a ainsi alerté sur le sujet. Elle indique que le risque principal est une perte progressive des droits du travail conquis par les générations précédentes. Et bien sûr, une précarisation de la vie des travailleurs[18].

Les évolutions technologiques survenues sur le lieu de travail ont fini par brouiller les définitions juridiques des termes "employé" et "employeur". Ces types d'emplois peuvent entraîner des salaires bas, un isolement social, des heures de travail non sociales et irrégulières, un surmenage, une privation de sommeil et un épuisement[19].

L'évolution de l'économie a créé une nouvelle catégorie de travailleurs indépendants et sous contrats commerciaux(par exemple les Micro-entrepreneurs).

Les microentrepreneurs ne relèvent pas du salariat. On compte en France 838 000 microentrepreneurs économiquement actifs, dont les revenus s’élevaient en moyenne à 460 euros par mois en 2016, selon l’Insee[2].

Expansion[modifier | modifier le code]

Les progrès technologiques continus ont le potentiel d'augmenter les champs d'activité de l'économie à la tâche. La technologie en ligne a permis de nouvelles formes de travail.

L'économie à la tâche n'est pas une tendance isolée, mais est liée à de grands changements dans l'économie. Les progrès de la mondialisation et de la technologie ont poussé les entreprises à réagir rapidement aux changements du marché. La disponibilité de la main-d'œuvre grâce à des accords non traditionnels tels que le travail à la tâche permettra aux entreprises d'ajuster rapidement la taille de leurs effectifs. Cela peut aider les entreprises à augmenter leurs bénéfices. De ce point de vue, le travail à la tâche, non conventionnel, est une composante fondamentale de l'économie d'aujourd'hui, et il est peu probable qu'il disparaisse de sitôt[20],[16].

Selon un rapport américain de 2017, au cours des 20 dernières années, le nombre de travailleur à la tâche a augmenté[21].

Avec une augmentation des travailleurs indépendants de 45% entre 2004 et 2015 en Europe et une économie qui peine à créer des emplois salariés, la gig economy apparaît pour certains comme l'avenir du travail [22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Pouly, « La "gig economy" : vers une économie à la tâche mondialisée ? », La Tribune, (consulté le 8 novembre 2020)
  2. a et b Sandrine Foulon, « Le retour du tâcheronnage », alternatives économiques, (consulté le 8 novembre 2020)
  3. (en) Jean Pouly, « La « gig economy » : vers une économie à la tâche mondialisée ? », sur The Conversation (consulté le 26 mai 2020)
  4. « Gig economy », sur www.novethic.fr (consulté le 26 mai 2020)
  5. (en) Vallas et Schor, « What Do Platforms Do? Understanding the Gig Economy », Annual Review of Sociology, vol. 46, no 1,‎ , annurev–soc–121919-054857 (ISSN 0360-0572, DOI 10.1146/annurev-soc-121919-054857, lire en ligne)
  6. Russel, « The Silicon Valley Economy Is Here. And It’s a Nightmare. », (consulté le 19 janvier 2020) : « Many of those new low- and middle-income earners appear to be gig workers. Projections from the state Employment Development Department found that the fastest-growing occupations in San Francisco were taxi drivers, chauffeurs, couriers, messengers, and personal care aides. Exact numbers are hard to come by, because gig workers are often considered self-employed—and that very opacity plays into the hands of tech companies that aren’t particularly keen to shine a light on whether these new jobs meet fair labor practices. »
  7. (en) Alvarez, « 5 Things You Need to Know About the Gig Economy », gigworx.com
  8. a et b Donovan, Bradley et Shimabukuru, « What Does the Gig Economy Mean for Workers? », Cornell University ILR School,‎ , p. 22 (lire en ligne)
  9. a et b (ko) Choi, « Global Gig Economy Status and Implications », International Economy Focus,‎
  10. Jamie Woodcock, The gig economy : a critical introduction, London, Polity Press, (ISBN 978-1-509-53636-8)
  11. a et b Pendell et Mcfeely, « What Workplace Leaders Can Learn From the Real Gig Economy », Gallup,
  12. « What is a gig worker? », gigeconomydata.org
  13. Hagan, « IFTF: Voices of Workable Futures », Institute For The Future,
  14. a et b Dokko et Mumford, « Workers and the Online Gig Economy », The Hamilton Project,‎ (lire en ligne)
  15. Emmanuel Delsol, « L'Uberisation du travail décryptée par The Economist », L'Usine digitale, The Economist, (consulté le 8 novembre 2020)
  16. a et b Nicolas Goldstein, « Économie à la demande : allons-nous vers l'ère de l'ultra-flexibilité salariale », sur journaldunet.com, (consulté le 8 novembre 2020)
  17. « Synthèse sur l'avenir du travail: Automatisation et travail indépendant dans une économie numérique », sur ocde.org, (consulté le 8 novembre 2020)
  18. « S'adapter à l'économie des petits boulots », sur nospensees.fr, (consulté le 12 novembre 2020)
  19. Wood et Graham, « Good Gig, Bad Gig: Autonomy and Algorithmic Control in the Global Gig Economy », Work, Employment and Society, vol. 33(1),‎ , p. 56–75 (DOI 10.1177/0950017018785616)
  20. Weil, « Understanding the Present and Future of Work in the Fissured Workplace Context », RSF: The Russell Sage Foundation to the Social Sciences, vol. 5,‎ , p. 147–165
  21. « Freelancing in America: 2017 », Upward and Freelancers Union, Edelman Intelligence,‎ (lire en ligne)
  22. Anthony Hussenot, « "Gig economy" : comment les entreprises pourraient se passer de leurs salariés », sur latribune.fr, (consulté le 12 novembre 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]