Communs

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Ne doit pas être confondu avec la notion de bien commun en philosophie ou la notion de biens communs en économie.
Exemple de bibliothèque partagée libre et gratuite, construite par les élèves d'un lycée pour y entreposer des livres librement apportés et librement empruntés (ici en 2016 sur le Port de Saint-Goustan, à Auray dans le Morbihan).

Un commun est un système qui se veut le plus ouvert possible avec au centre une ou plusieurs ressources partagées, gérées collectivement par une communauté, celle-ci établit des règles et une gouvernance dans le but de préserver et pérenniser cette ressource tout en ayant le droit de l'utiliser[1].

Ces ressources peuvent être naturelles : une forêt, une rivière; matérielles : une machine-outil, une maison, une centrale électrique; ou immatérielle : une connaissance, un logiciel[2].

Les communs interrogent donc la question de la propriété. Ainsi, actuellement nous avons deux types de propriété : la propriété publique et la propriété privée, les communs se placent comme une troisième voie encore à explorer. Elinor Ostrom a d'ailleurs gagné un Prix Nobel d’économie pour ses travaux sur les biens communs. Elle parle de faisceaux de droit pour repenser la propriété commune[3].

Wikipédia est un exemple très concret de commun :

  • La ressource partagée est l'encyclopédie, elle appartient à tou-te-s et chacun peut réutiliser le travail effectuer sur la plateforme pour ses projets personnels et professionnels.
  • La communauté est toutes les personnes utilisant ou contribuant pour améliorer la ressource. On peut définir plusieurs rôles qui auront des tâches bien définis  :
    • Les lecteurs/ices
    • Les rédacteurs/ices
    • Les correcteur/ices
    • Les développeur/ses
  • Les règles sont présentes pour rendre la ressource pérenne et aussi pour que chacun puisse se l'approprier. Voici la page des Règles du Wikipédia pour vous donner une idée.
  • La gouvernance se fait en consensus. C'est à dire que toutes les personnes qui montrent un intérêt pour une problématique en particuliers doit être en accord avec la décision qui résout le problème.

Aussi il ne faut pas confondre un commun avec un bien commun. Un bien commun est quelque chose qui appartient à tou-te-s mais qui n'est pas forcément géré comme un commun. "L'atmosphère appartient à tous. C'est un bien commun, mais pour autant ce n'est pas (encore) un commun, car il n'y a pas de gouvernance permettant de gérer les effets de serre et les émissions de CO2" [4],[5]

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme « communs » (commons en anglais) dérive du terme juridique anglais traditionnel de la « terre commune » (common lands). Cependant, si les common land étaient probablement possédées collectivement par une entité légale, la couronne ou une personne seule, ils étaient soumis à différentes règles de gestion et d'usage concernant par exemple le pâturage, la chasse, coupe de bois, de branchages, collecte de résine, etc.

Le terme « communs » dans la théorie économique moderne en est venu à désigner une ressource naturelle ou culturelle accessible à tous les membres d'une société : air, eau, terres habitables...

L'échec dit de la « tragédie des communs » est une métaphore qui s'est répandue aux débuts des sciences économiques, au XVIIIe siècle. Les premiers écrivains et scientifiques économistes soutenaient la Révolution Agricole Britannique et les lois de la réforme agraire étaient en faveur d'une propriété unifiée de la terre. Ils tentèrent de se débarrasser des droits d'usage traditionnels des commoners et utilisèrent la tragédie des communs qui se trouva être une métaphore adaptée. Ils citèrent entre autres la polémique d'Aristote contre la Polis de Platon dans le sens où "la propriété de tout le monde n'est la propriété de personne" et respectivement "le bien le plus partagé est le moins gardé". Le conflit autour de la dissolution des communs traditionnels a joué un rôle clé sur l'aménagement du paysage et les modèles de propriété et d'utilisation coopérative des terres[6].

Plus tard, d'autres économistes, et notamment Elinor Ostrom en travaillant sur la théorie de l'action collective et la gestion des biens communs et des biens publics (matériels ou immatériels), et dans le cadre de la « nouvelle économie institutionnelle » ont montré qu'en réalité depuis la préhistoire de par le monde, de nombreux groupes humains ont réussi à développer des systèmes de gestion collective de ressources pas, peu, difficilement, lentement ou coûteusement renouvelable (terres cultivables, ressources en gibier, en poissons, en bois, et en eau potable ou d'irrigation notamment). E. Ostrom a été en 2009, la première femme à recevoir le « prix Nobel » d'économie (avec Oliver Williamson) « pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs »[7],[8].

Classification[modifier | modifier le code]

Environnementaux[modifier | modifier le code]

Communs de la connaissance[modifier | modifier le code]

Les communs de la connaissance renvoient au questions de droit d’auteur, d’accès au document et à l’information. Ils sont à rapprocher de ce que Philippe Aigrain nomme les communs informationnels[9]. Pour autant, le terme « information» fait  allusion à la nature immatérielle du bien en question (par contraste  avec les biens communs physiques) ; le terme « connaissance » insiste  davantage sur les processus intellectuel et collectif.

Selon David Bollier, des principes généraux sont applicables :

  • Maintenance d’une ressource sur le long terme
  • Accès équitable et bénéfique pour un usage individuel (et non marchand) des commoners
  • Transparence et responsabilité au sein des commoners
  • Capacité à identifier et à punir les usages abusifs, le vandalisme et les appropriations

Système organisationnel (en cours d'écriture)[modifier | modifier le code]

Dans cette section nous allons expliquer comment fonctionne un système organisationnel basé sur le concept des communs.

Si vous voulez apprendre comment construire un commun, ce wikibook est fait pour vous.

Sachant qu'un commun est un système qui se veut le plus ouvert possible, son organisation ne sera pas la même qu'un système classique (ouvert car en interaction avec son environnement, mais sans partager les ressources créées). Il faut mettre en place des mécanismes spécifiques pour faciliter la contribution des personnes qui auraient envie de contribuer envers le commun (appelé alors contributeur/rice), et penser les règles et la gouvernance pour rendre le commun résilient (et donc la ressource pérenne).

Comme vu plus haut, un commun est composé de plusieurs entités :

  • Une ou plusieurs ressource(s)
  • Une communauté qui gère la ressource
  • Des règles écrites par la communauté
  • Une gouvernance : comment prend-on des décisions ?

Ce qu'il faut savoir c'est que le système organisationnel va changer en fonction de la ressource à gérer. Nous définirons les règles de chacune des entités en fonction des différents types de ressources possible :

  • Territorial
  • Matériel
  • Immatériel

Territorial[modifier | modifier le code]

Une ressource territoriale est un système qui contient plusieurs ressources qui forment un tout. Cela fait donc plus sens de gérer ces ressources ensemble.

Exemple :

  • Une forêt (arbres, fleurs, plantes, champignons, animaux, ...)
  • Un lac (végétation, eau, animaux, ...)
  • Un lotissement de maisons

Ressource[modifier | modifier le code]

Elle se veut la plus ouverte possible. C'est à dire que les rich

  • Favoriser la contribution de tou-te-s
  • Faire en sorte que la ressource ne soit pas accaparée par un groupe d'individus
  • Favoriser sa duplication

Couple contribution / rétribution[modifier | modifier le code]

La résilience d'un commun provient avant tout de l'activité de sa communauté, quand quelqu'un agit et produit de la richesse envers un commun, cette action est appelée "contribution", c'est la base de la relation de la communauté envers le commun. Quand une personne crée de la richesse vers un commun (contribution) on peut mettre des mécanismes de "rétribution" au sein de ce dernier. C'est à dire un échange de richesse du commun vers la personne; ça peut être de la nourriture, de l'argent, un service...

Il faut savoir que parfois le commun ne préfère pas rétribuer ses contributeurs car cela engendrerait par exemple de trop grosses complications organisationnelles, ou que la communauté qui gère le commun veut rester dans un engagement bénévole. Qu'importe les raisons, au final si on ne peut pas parler de rétributions directes, on peut parler de rétributions implicites. Par exemple wikipédia ne rétribue pas ses rédacteur/ices directement, mais quand on donne du temps pour mettre de la donnée dans la plateforme, nous pouvons nous même par derrière profiter de la richesse accumulée dans cette dernière, et si personne ne donnait de son temps cela ne serait pas possible. Donc ici la rétribution de chaque contributeur est d'avoir une encyclopédie complète gratuite et libre. En libérant la connaissance, cela nous permet aussi d'utiliser la connaissance libérée par les autres.

Contribution[modifier | modifier le code]

Pour mettre en place un système efficace de contribution, il faut faire en sorte que la ressource soit partagée, accessible et appropriable par le plus grand nombre. L'important est d'avoir une ressource ouverte

Théoriciens significatifs[modifier | modifier le code]

Contribuer au mouvement des communs[modifier | modifier le code]

Pour contribuer au mouvement des communs, plusieurs choix s'offrent à vous

Rejoindre une assemblée des communs la plus proche de chez vous

Sensibiliser les personnes autour de vous à ouvrir leurs projets et organisations pour en faire des communs

Contribuer aux communs de la connaissance présent sur internet[modifier | modifier le code]

Internet regorge à présent de ressources libres

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Les communs – Une introduction à la notion de communs », sur lescommuns.org (consulté le 11 juin 2017)
  2. « Construire des communs/Communs — Wikilivres », sur fr.wikibooks.org (consulté le 11 juin 2017)
  3. Fabienne Orsi, « Elinor Ostrom et les faisceaux de droits : l’ouverture d’un nouvel espace pour penser la propriété commune », Revue de la régulation. Capitalisme, institutions, pouvoirs, no 14,‎ (ISSN 1957-7796, lire en ligne)
  4. Commoners de tous les pays, unissez-vous
  5. Le retour des communs, la crise de l'idéologie propriétaire, sous la direction de Benjamin Coriat, LLL
  6. (en) Joachim Radkau, John Wiley & Sons, The end of the commons as a watershed' The Age of Ecology, , p. 15 ff p.
  7. Communiqué de presse de l'Académie royale des sciences de Suède, 12 octobre 2009.
  8. «Creative Commons se félicite du prix Nobel d'économie, Elinor Ostrom» d'Emmanuelle Delsol sur Le Monde Informatique le 13 octobre 2009
  9. Biens Communs Informationnels

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bollier, David. "The Commons". Public Sphere Project. Schuler. Retrieved 26 October 2015 (en).
  • Bowers, Chet. (2006). Revitalizing the Commons: Cultural and Educational Sites of Resistance and Affirmation. Lexington Books.(en)
  • Bowers, Chet. (2012). The Way Forward: Educational Reforms that Focus on the Cultural Commons and the Linguistic Roots of the Ecological Crisis. Eco-Justice Press.(en)
  • Fourier, Charles. (1996). The Theory of the Four Movements (Cambridge University Press)(en)
  • Gregg, Pauline. (2001). Free-Born John: A Biography of John Lilburne (Phoenix Press)(en)
  • Harvey, Neil. (1998). The Chiapas Rebellion: The Struggle for Land and Democracy (Duke University Press)(en)
  • Hess, Charlotte et Ostrom Elinor. (2007). Understanding knowledge as a commons : from theory to practice (The MIT Press) (en)
  • Hill, Christopher. (1984). The World Turned Upside Down: Radical Ideas During the English Revolution (Penguin)(en)
  • Hill, Christopher. (2006). Winstanley ‘The Law of Freedom’ and other Writings (Cambridge University Press)(en)
  • Hyde, Lewis. (2010). Common as Air: Revolution, Art and Ownership (Farrar, Straus and Giroux)(en)
  • Kennedy, Kennedy. (2008). Diggers, Levellers, and Agrarian Capitalism: Radical Political Thought in 17th Century England (Lexington Books)(en)
  • Kostakis, Vasilis and Bauwens, Michel. (2014). Network Society and Future Scenarios for a Collaborative Economy. (Basingstoke, UK: Palgrave Macmillan). (en)(wiki)(en)
  • Leaming, Hugo P. (1995). Hidden Americans: Maroons of Virginia and the Carolinas (Routledge)(en)
  • Linebaugh, Peter, and Marcus Rediker. (2000). The Many-Headed Hydra: Sailors, Slaves, Commoners, and the Hidden History of the Revolutionary Atlantic (en)(Boston: Beacon Press)(en)
  • Fabien Locher, « Les pâturages de la guerre froide. Garrett Hardin et la Tragédie des communs », Revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 2013, no 1, 2013, p. 7-36. (résumé, lire en ligne [PDF])
  • Fabien Locher, « Third World Pastures. The Historical Roots of the Commons Paradigm (1965-1990) », Quaderni Storici, 2016/1, avril 2016, pp. 303-333 (article historique basé notamment sur les archives d'Elinor Ostrom).
  • Linebaugh, Peter. (2008). The Magna Carta Manifesto: Liberties and Commons for All (University of California Press)(en)
  • Lummis, Douglas. (1997). Radical Democracy (Cornell University Press)(en)
  • Mitchel, John Hanson. (1998). Trespassing: An Inquiry into the Private Ownership of Land (Perseus Books)(en)
  • Neeson, J. M. (1996). Commoners: Common Right, Enclosure and Social Change in England, 1700—1820 (Cambridge University Press)(en)
  • Negri, Antonio, and Michael Hardt. (2009). Commonwealth. Harvard University Press. (ISBN 0674060288)(en)
  • Newfont, Kathyn. (2012). Blue Ridge Commons: Environmental Activism and Forest History in Western North Carolina (The University of Georgia Press)(en)
  • Patel, Raj. (2010). The Value of Nothing (Portobello Books)(en)
  • Price, Richard, ed. (1979). Maroon Societies: Rebel Slave Communities in the Americas (The Johns Hopkins University Press)(en)
  • Proudhon, Pierre-Joseph. (1994). What is Property? (Cambridge University Press)(en)
  • Rexroth, Kenneth. (1974). Communalism: From Its Origins to the Twentieth Century (Seabury Press)(en)
  • Rowe, Jonathan. (2013). Our Common Wealth: The Hidden Economy That Makes Everything Else Work (Berrett-Koehler)(en)
  • Shantz, Jeff. (2013). Commonist Tendencies: Mutual Aid Beyond Communism. (Punctum)(en)