Communs

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
 Ne doit pas être confondu avec la notion de bien commun en philosophie ou la notion de biens communs en économie.
Exemple de bibliothèque partagée libre et gratuite, construite par les élèves d'un lycée pour y entreposer des livres librement apportés et librement empruntés (ici en 2016 sur le Port de Saint-Goustan, à Auray dans le Morbihan).

Les communs sont des activités organisées collectivement par une communauté selon un mode de gestion qu’elle définit elle-même afin de gérer, valoriser et protéger des ressources. Ces ressources peuvent être culturelles ou naturelles et sont accessibles à tous les membres d'une société.

Ils incluent des élément naturels et immatériels dont l'air, l'eau, les sols et une terre habitable, un jardin partagé mais il peut aussi s'agir de ressources culturelles immatérielles (Wikipédia est un exemple de "communs" ou encore Internet, une connaissance ou un logiciel). On parle alors de communs de la connaissance. Face aux risques de destruction ou d'épuisement, le choix est fait d'une gestion "en commun" de ces ressources, et non sous le régime de la propriété privée.

"L’atmosphère appartient à tous. C'est un bien commun, mais pour autant ce n'est pas (encore) un commun, car il n'y a pas de gouvernance permettant de gérer les effets de serre et les émissions de CO2" [1],[2]

De plus en plus, le terme "biens communs" est remplacé par celui de "communs" afin d'éviter la confusion induite par le terme de "bien" qui renvoie à une notion de propriété ; afin aussi de mettre les actions collectives au même niveau que la ressource.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le terme « communs » (commons en anglais) dérive du terme juridique anglais traditionnel de la « terre commune » (common lands). Cependant, si les common land étaient probablement possédées collectivement par une entité légale, la couronne ou une personne seule, ils étaient soumis à différentes règles de gestion et d'usage concernant par exemple le pâturage, la chasse, coupe de bois, de branchages, collecte de résine, etc.

Le terme « communs » dans la théorie économique moderne en est venu à désigner une ressource naturelle ou culturelle accessible à tous les membres d'une société : air, eau, terres habitables...

L'échec dit de la « tragédie des communs » est une métaphore qui s'est répandue aux débuts des sciences économiques, au XVIIIe siècle. Les premiers écrivains et scientifiques économistes soutenaient la Révolution Agricole Britannique et les lois de la réforme agraire étaient en faveur d'une propriété unifiée de la terre. Ils tentèrent de se débarrasser des droits d'usage traditionnels des commoners et utilisèrent la tragédie des communs qui se trouva être une métaphore adaptée. Ils citèrent entre autres la polémique d'Aristote contre la Polis de Platon dans le sens où "la propriété de tout le monde n'est la propriété de personne" et respectivement "le bien le plus partagé est le moins gardé". Le conflit autour de la dissolution des communs traditionnels a joué un rôle clé sur l'aménagement du paysage et les modèles de propriété et d'utilisation coopérative des terres[3].

Plus tard, d'autres économistes, et notamment Elinor Ostrom en travaillant sur la théorie de l'action collective et la gestion des biens communs et des biens publics (matériels ou immatériels), et dans le cadre de la « nouvelle économie institutionnelle » ont montré qu'en réalité depuis la préhistoire de par le monde, de nombreux groupes humains ont réussi à développer des systèmes de gestion collective de ressources pas, peu, difficilement, lentement ou coûteusement renouvelable (terres cultivables, ressources en gibier, en poissons, en bois, et en eau potable ou d'irrigation notamment). E. Ostrom a été en 2009, la première femme à recevoir le « prix Nobel » d'économie (avec Oliver Williamson) « pour son analyse de la gouvernance économique, et en particulier, des biens communs »[4],[5].

Classification[modifier | modifier le code]

Environnementaux[modifier | modifier le code]

Communs de la connaissance[modifier | modifier le code]

Les communs de la connaissance renvoient au questions de droit d’auteur, d’accès au document et à l’information. Ils sont à rapprocher de ce que Philippe Aigrain nomme les communs informationnels[6]. Pour autant, le terme « information» fait  allusion à la nature immatérielle du bien en question (par contraste  avec les biens communs physiques) ; le terme « connaissance » insiste  davantage sur les processus intellectuel et collectif.

Selon David Bollier, des principes généraux sont applicables  :

  • Maintenance d’une ressource sur le long terme
  • Accès équitable et bénéfique pour un usage individuel (et non marchand) des commoners
  • Transparence et responsabilité au sein des commoners
  • Capacité à identifier et à punir les usages abusifs, le vandalisme et les appropriations

Théoriciens significatifs[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Commoners de tous les pays, unissez-vous
  2. Le retour des communs, la crise de l'idéologie propriétaire, sous la direction de Benjamin Coriat, LLL
  3. (en) Joachim Radkau, John Wiley & Sons, The end of the commons as a watershed' The Age of Ecology, , p. 15 ff p.
  4. Communiqué de presse de l'Académie royale des sciences de Suède, 12 octobre 2009.
  5. «Creative Commons se félicite du prix Nobel d'économie, Elinor Ostrom» d'Emmanuelle Delsol sur Le Monde Informatique le 13 octobre 2009
  6. Biens Communs Informationnels

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bollier, David. "The Commons". Public Sphere Project. Schuler. Retrieved 26 October 2015 (en).
  • Bowers, Chet. (2006). Revitalizing the Commons: Cultural and Educational Sites of Resistance and Affirmation. Lexington Books.(en)
  • Bowers, Chet. (2012). The Way Forward: Educational Reforms that Focus on the Cultural Commons and the Linguistic Roots of the Ecological Crisis. Eco-Justice Press.(en)
  • Fourier, Charles. (1996). The Theory of the Four Movements (Cambridge University Press)(en)
  • Gregg, Pauline. (2001). Free-Born John: A Biography of John Lilburne (Phoenix Press)(en)
  • Harvey, Neil. (1998). The Chiapas Rebellion: The Struggle for Land and Democracy (Duke University Press)(en)
  • Hess, Charlotte et Ostrom Elinor. (2007). Understanding knowledge as a commons : from theory to practice (The MIT Press) (en)
  • Hill, Christopher. (1984). The World Turned Upside Down: Radical Ideas During the English Revolution (Penguin)(en)
  • Hill, Christopher. (2006). Winstanley ‘The Law of Freedom’ and other Writings (Cambridge University Press)(en)
  • Hyde, Lewis. (2010). Common as Air: Revolution, Art and Ownership (Farrar, Straus and Giroux)(en)
  • Kennedy, Kennedy. (2008). Diggers, Levellers, and Agrarian Capitalism: Radical Political Thought in 17th Century England (Lexington Books)(en)
  • Kostakis, Vasilis and Bauwens, Michel. (2014). Network Society and Future Scenarios for a Collaborative Economy. (Basingstoke, UK: Palgrave Macmillan). (en)(wiki)(en)
  • Leaming, Hugo P. (1995). Hidden Americans: Maroons of Virginia and the Carolinas (Routledge)(en)
  • Linebaugh, Peter, and Marcus Rediker. (2000). The Many-Headed Hydra: Sailors, Slaves, Commoners, and the Hidden History of the Revolutionary Atlantic (en)(Boston: Beacon Press)(en)
  • Fabien Locher, « Les pâturages de la guerre froide. Garrett Hardin et la Tragédie des communs », Revue d'histoire moderne et contemporaine, vol. 2013, no 1, 2013, p. 7-36. (résumé [archive], lire en ligne [archive] [PDF])
  • Fabien Locher, « Third World Pastures. The Historical Roots of the Commons Paradigm (1965-1990) », Quaderni Storici, 2016/1, avril 2016, pp. 303-333 (article historique basé notamment sur les archives d'Elinor Ostrom).
  • Linebaugh, Peter. (2008). The Magna Carta Manifesto: Liberties and Commons for All (University of California Press)(en)
  • Lummis, Douglas. (1997). Radical Democracy (Cornell University Press)(en)
  • Mitchel, John Hanson. (1998). Trespassing: An Inquiry into the Private Ownership of Land (Perseus Books)(en)
  • Neeson, J. M. (1996). Commoners: Common Right, Enclosure and Social Change in England, 1700—1820 (Cambridge University Press)(en)
  • Negri, Antonio, and Michael Hardt. (2009). Commonwealth. Harvard University Press. (ISBN 0674060288)(en)
  • Newfont, Kathyn. (2012). Blue Ridge Commons: Environmental Activism and Forest History in Western North Carolina (The University of Georgia Press)(en)
  • Patel, Raj. (2010). The Value of Nothing (Portobello Books)(en)
  • Price, Richard, ed. (1979). Maroon Societies: Rebel Slave Communities in the Americas (The Johns Hopkins University Press)(en)
  • Proudhon, Pierre-Joseph. (1994). What is Property? (Cambridge University Press)(en)
  • Rexroth, Kenneth. (1974). Communalism: From Its Origins to the Twentieth Century (Seabury Press)(en)
  • Rowe, Jonathan. (2013). Our Common Wealth: The Hidden Economy That Makes Everything Else Work (Berrett-Koehler)(en)
  • Shantz, Jeff. (2013). Commonist Tendencies: Mutual Aid Beyond Communism. (Punctum)(en)