Travail numérique

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Le travail numérique, ou digital labor en anglais, désigne l'ensemble des activités numériques qui peuvent s'assimiler à un travail parce qu'elles produisent de la valeur. L'expression anglaise est souvent employée telle quelle en français, en raison des connotations spécifiques au terme labor (qui désigne un travail subi plus qu'un emploi rémunéré). Ce concept apparaît à partir de la fin des années 2000[1].

Caractéristiques du travail numérique (ou digital labor)[modifier | modifier le code]

Antécédents théoriques[modifier | modifier le code]

  • Immaterial labor : Les processus par lesquels les publics contribuent à la création de valeur, notamment dans les industries culturelles.
  • Audience labor : Travaux se concentrant essentiellement sur la télévision.
  • Invisible labor[2] : Domaine de recherche apparaissant dans les années 1960 sur les activités productives réalisées en dehors des lieux de production (exemple : la mère au foyer). Des activités qui pour certaines seraient indispensables pour le bon fonctionnement du capitalisme.
  • Consumer work : L'exemple des caisses automatiques.

La notion de digital labor[modifier | modifier le code]

Le digital labor se situe au croisement de l'émergence de nouveaux usages en ligne et du changement du monde du travail[3]. Il s'agit d'un travail que l'on peut qualifier d'invisible ou d'implicite dans le sens ou c'est une production de valeur qui ne dit pas son nom. En effet, les usagers, à travers leurs activités en ligne génèrent des contenus et des métadonnées. Cette agrégation de tâches et de pratiques émiettées, non spécialisées, parfois micro-rémunérées à laquelle s'ajoute un ensemble de métadonnées est alors captée, puis extraite afin de produire de la valeur. Cette valeur est par ailleurs et de fait produite collectivement. Cette forme de captation de la valeur est davantage focalisée sur des activités accessoires que les internautes réalisent. À la fois qualitatives (comme en laissant un avis à propos d'un produit par exemple) mais aussi quantitatif (à travers la mise en chiffres de nos activités en ligne : likes, vues, commentaires, etc).

On observe ainsi trois changements :

  1. On passe de la création de valeur à la captation de valeur. Au sein même des plateformes qui captent et s'approprient la valeur produite par les utilisateurs.
  2. On passe d'un Internet de publication via lequel l'utilisateur produit du contenu à un Internet d'émission au sein duquel les moindres traces et les données émises sont extraites.
  3. On passe d'un emploi formel à un travail implicite. L’externalisation de la force de travail n'est plus reversée à des experts ou à des sous-traitants mais à des utilisateurs, et sans rémunération.

On peut reconnaître dans ces nouvelles pratiques une économie du partage. Néanmoins, une vision plus critique souligne que la participation des internautes tend à être encadrée et dirigée. Tout ceci n'est pas sans rappeler une forme d'exploitation non rémunérée[4]. L'activité en ligne crée du contenu qui est exploité par les plateformes du web pour générer du profit. Ainsi, le produit du travail est détourné des mains du travailleur. On arriverait ainsi à une nouvelle forme d'exploitation au sens marxiste du terme[5].

Travail et digital labor[modifier | modifier le code]

Pourquoi parler de travail dans le cadre du digital labor ?

  • C'est une action (co)produisant de la valeur (monétisation, enchères, etc).
  • Il est encadré d'un point de vue contractuel (CGU, conditions d’utilisation, etc).
  • Il est sujet à des métriques de performance (likes, partages, etc)
  • Il est soumis à des formes d'injonction (invitations, notifications, alertes, etc).

Avec le digital labor, on envisage donc le travail dans une perspective plus large, prenant des distances avec son sens commun[6].

Critiques et limites du digital labor[modifier | modifier le code]

On peut néanmoins se demander si toutes les contributions génératrices de valeur doivent être considérées comme du travail ? Surtout lorsque ceux qui s'y adonnent estiment qu'il s'agit de loisir[7], même lorsqu'ils sont conscients que leurs contributions contribuent à générer des revenus pour certaines entreprises[6]. Le digital labor peut donc être, et jusqu'à présent, perçu comme un choix théorique ou politique visant à porter une critique sur l'économie numérique et les modèles économiques qui la sous tendent.

Exemples de travail numérique[modifier | modifier le code]

Le travail numérique (digital labor) regroupe toutes sortes d'activités non reconnues, mal rémunérées, de travail de l'ombre, parfois atypiques ou anodines, ainsi que des activités assimilées à du loisir, du partage ou de la coopération[3]. Il se situe donc sur un continuum dont les activités se trouvent dans plusieurs secteurs :

  • L'économie collaborative (Uber, Airbnb, BlaBlaCar, etc.). Ce secteur est caractérisé par des plateformes de coordination dont le fonctionnement repose sur des algorithmes qui font de l'appariement entre différents acteurs sociaux. Dans ce cas, le digital labor a pour particularité d'être à la fois en ligne et hors ligne.
  • Les médias sociaux (Facebook, YouTube, Twitter, etc.). Sur ces sites web, les internautes réalisent des activités de micro-production qui engendrent de la valeur sans la reconnaître et sans les rémunérer. En taggant des photos, en localisant des lieux, etc.
  • Les objets connectés. Bien que ce secteur soit en devenir, tout ce qui auparavant était exclu de l’activité productrice de valeur commence à être quantifié et transformé en données.

D'autres activités, parmi lesquelles celles des click-farmers ou compléter des reCAPTCHA participant à alimenter les algorithmes sont également considérées comme du digital labor. Dans cette optique, une recherche sur le moteur de recherche de Google serait une forme de travail numérique.

On peut également assimiler au digital labor des activités qui ne sont pas accomplies en ligne[6]. Pour Christian Fuchs et Marisol Sandoval[9], la notion désigne ainsi tout « un réseau d'activités agricoles, industrielles et informationnelles qui permettent l'existence et l'utilisation des médias numériques ». Trebor Scholz[10] inclut lui dans le digital labor l'extraction des métaux rares nécessaires à la fabrication des smartphones ou encore l'assemblage des ordinateurs dans les usines chinoises.

Luttes liées au travail numérique[modifier | modifier le code]

Le travail numérique (digital labor) provoque par ailleurs des tensions face auxquelles de nouveaux types de luttes s'organisent[11] :

  • Recours collectifs face à la captation de données personnelles[12].
  • Luttes centrées sur les plateformes collaboratives ou de micro-paiements (exemple : FairCrowdWork en Allemagne).
  • Attention croissante portée aux travailleurs du clic (clickfarms) dans les pays émergents.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Digital labor : portrait de l'internaute en travailleur exploité », sur France Culture (consulté le 14 juin 2016)
  2. (en) Soraya CHEMALY, « At work as at home, men reap the benefits of women’s “invisible labor” », sur Quartz, (consulté le 20 juin 2016)
  3. a et b « Le digital labor : une question de société », sur InaGlobal, (consulté le 20 juin 2016)
  4. « Digital labor : portrait de l'internaute en travailleur exploité », sur France Culture, (consulté le 14 juin 2016)
  5. Fuchs et Sevignani 2013
  6. a, b et c Sébastien BROCA, « Le digital labor est-il vraiment du travail ? », sur InaGlobal, (consulté le 20 juin 2016)
  7. Sebastien Broca. Les deux critiques du capitalisme numérique. 2015. <hal-01137521>
  8. (en) Mary L. Gray, « Your job is about to get 'taskified' », sur latimes.com, (consulté le 20 juin 2016)
  9. (en) Christian Fuchs et Marisol Sandoval, « Digital Workers of the World Unite! A Framework for Critically Theorising and Analysing Digital Labour », tripleC: Communication, Capitalism & Critique. Open Access Journal for a Global Sustainable Information Society, vol. 12,‎ , p. 486–563 (ISSN 1726-670X, lire en ligne)
  10. (en) Trebor SCHOLZ, « Think Outside the Boss », sur Public Seminar, (consulté le 20 juin 2016)
  11. « Antonio Casilli -- Digital labor studies : Antécédents théoriques et nouvelles tendances », (consulté le 20 juin 2016)
  12. « europe-v-facebook.org | EUROPE versus FACEBOOK », sur europe-v-facebook.org (consulté le 20 juin 2016)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Christian Fuchs et Sebastian Sevignani, « What is Digital Labour? What is Digital Work? What’s their Difference? And why do these Questions Matter for Understanding Social Media? », TripleC, vol. 11, no 2,‎ , p. 237-293 (lire en ligne)
  • Antonio Casilli et Dominique Cardon, Qu'est-ce que le Digital Labor ?, INA, .
  • Trebor SCHOLZ (dir.): Digital Labor :The Internet as Playground and Factory, New York, Routledge, 2012.
  • Fuchs, Christian. 2014. Digital Labour and Karl Marx. New York: Routledge. (ISBN 978-0-415-71615-4).
  • Olivier FRAYSSÉ et Mathieu O’NEIL, Digital Labour and Prosumer Capitalism The US Matrix, Palgrave Macmillan UK., 2015.
  • Michael A. PETERS et Ergin BULUT, Cognitive Capitalism, Education and Digital Labor, New York, Peter Lang, 2011.