OuiShare

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Ouishare est une association loi de 1901 fondée en janvier 2012 à Paris, qui (en 2016) se présente comme « une communauté, un accélérateur d'idées et de projets dédié à l’émergence de la société collaborative : une société basée sur des principes d’ouverture, de collaboration, de confiance et de partage de la valeur ».

Antonin Léonard, cofondateur de OuiShare
Emmanuel Vandamme, invité de OuiShare Lille
Francesca Pick et Antonin Léonard de OuiShare, débattant avec Pascal Terrasse, Député auteur d'un rapport récent sur l'économie collaborative[1]).
Marie-Caroline Bonnet-Galzy du Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET), évoquant les enjeux des approches collaboratives en termes d'égalité pour les territoires
Véronique Torner de Alter Way, invitée de Sharing Lille en 2016, présentant ici les enjeux et tendances en matière d'Open source
Repas de Sharing Lille (bio, solidaire, local et "zéro déchets"

F Pick & J Dreher présentent aussi (en 2015) OuiShare comme un « think-and-do-tank » organisé autour de principes de "Do-cratie"[2] (c'est-à-dire encourageant le faire, l'expérimentation et pas seulement la réflexion), fonctionnant de manière « horizontale, distribué et indépendante, qui évolue en permanence avec capacité d'adaptation, flexibilité et la méritocratie codée dans son ADN »[3], mais pour Antonin Léonard, l'un des fondateurs, « Ouishare est moins un think-tank qu'une expérience collaborative à ciel ouvert »[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le projet s’est structuré à partir de l’automne 2011 autour d’un petit groupe de personnes intéressées par l’économie collaborative, qui avait commencé à se réunir mensuellement à Paris pour des « dîners-partage ». La plupart d'entre eux s'étaient rencontré via un blog sur la consommation collaborative créé en 2010 par l'un d'entre eux (Antonin Léonard) [5].
Ils ont souhaité aller plus loin pour « mieux comprendre le changement en cours et accélérer la transition vers une société plus significative en habilitant les pionniers de l'économie collaborative à travers le monde »[5].

Le 2 janvier 2012, le projet est baptisé « OuiShare ». Il s’inscrit rapidement dans ce que Thanh Nghiem nomme la dynamique des « Modèles coopératifs émergents » [6].
La première « Ouishare drink » a réuni à Paris une centaine de personnes intéressées par l'économie collaborative et a été rapidement suivie par d'autres rencontres (meetups) dans d'autres villes[5],[7].

Un premier « Sommet Ouishare » a été organisé à Paris en mai 2012, officialisant la portée globale du projet et la fondation de OuiShare en tant qu’ONG sans but lucratif co-fondée par Flore Berlingen, Antonin Léonard, Edwin Mootoosamy et Benjamin Tincq[5]. Les premiers membres de OuiShare ont ensuite fait des émules au-delà des frontières européennes en en Amérique latine et au Moyen-Orient, grâce à une équipe internationale de connecteurs[5].

En septembre 2012, la « Ouishare TV » est lancée (en anglais)[5]

En mai 2015 Ouishare publie "Société Collaborative, la fin des hiérarchies"[1]

En 2016, l’association a un réseau de 80 « Connectors »[8] (membres actifs) et plusieurs milliers de membres sympathisants et contributeurs, dans 20 pays en Europe, Amérique Latine, Amérique du Nord et Afrique du Nord.

Missions, centres d’intérêt et valeurs[modifier | modifier le code]

La notion de commun est au cœur des réflexions de OuiShare.
Ce graphique présenté au Sharing Lille 2016 décrit le projet en cours de « Chambre des communs » et ses principaux enjeux

L'ONG s'est donnée comme principale mission de contribuer à construire une société basée sur le partage, la collaboration et la contribution, avec selon Emmanuel Porte une dimension forte d'« empowerment » et d'éducation populaire[9].

Une liste de « dix principes et valeurs élaborées et partagées par la communauté » fonde la cohérence et l’identité de l’ONG : indépendance (pas de partenariats exclusifs avec d’autres entités pouvant compromettre l’indépendance de l’ONG), ouverture, transparence, efficacité/impact, MPRL (c'est-à-dire « meet people in real life » ; ou « rencontrer les gens dans la vraie vie »), action, « Permanent Beta », feedback (retour d’expérience, critique constructive), inclusion, « fun » (le travail doit être aussi intéressant, amusant et créatif que le jeu[9]), ce qui la différencie de phénomènes tels que l’Ubérisation[10]. La valeur [« bêta permanente » fait référence aux versions béta de logiciels ou prototypes et signifie que cette liste n’est pas figée[3].

Pour remplir ses missions OuiShare a structurées ses activités en 4 pôles[11] :

  1. Animation de la communauté : elle passe par le travail de groupes en ligne, des événements thématiques locaux (Ex « Sharing Lille » à EuraTechnologies à Lille le 21/04/2016, journée consacrée à des rencontres, débats, ateliers et conférences, etc autour du thème «  territoires collaboratifs » et « Économie collaborative »), ou évènements plus festifs, comme le « OuiShare Fest » (évènement annuel réunissant la communauté globale de OuiShare pour trois jours, comme à Barcelone en novembre 2015 sur le thème « Lost in transition » subdivisé en sous-thèmes : le partage de la valeur, les enjeux politiques, la rigidité des grandes organisations et le travail (place et mode de rémunération), accompagné d'une phrase humoristique : « On ne peut pas avoir Uber l’argent d’Uber »[12], au moment où en France Axelle Lemaire annonçait pour l’automne 2015 une stratégie nationale sur l’économie collaborative)[13] ; L’ONG, souhaite mettre en relation ceux qui s’intéressent aux approches collaboratives et ce qui ont déjà des retours d’expérience via un large éventail d'événements, mais aussi en favorisant les conversations en ligne (par ville, la langue ou le sujet) et la construction de lien entre les pionniers du domaine (entrepreneurs, chefs de projet, entreprises, institutions publiques, organisations sans but lucratif, des chercheurs et des écrivains, etc) ainsi que la création de liens entre les membres de la communauté et avec d’autres réseaux existants[3].
  2. Production intellectuelle (études et recherche, publications, méthodologies concernant l'industrie, l'analyse du système et des modèles économiques, des comportements sociaux ou des encadrements par les politiques publiques....) ; c’est le rôle de « Think tank » que se donne OuiShare, qui vise à produire une connaissances ouvertes et partagées, rendue plus disponible grâce au Web, au Magazine OuiShare et à des publications en ligne sous licence ouverte ;
  3. Incubation et accélération de projets collaboratifs (rôle de « Do Tank » [3]) qui peuvent aussi passer par des ateliers et des événements de co-création sur les politiques publiques et les modèles économique[3].
  4. formation/accompagnement (d'étudiants, de professionnels, d'entreprises, de collectivités) par un réseau mondial d'experts et via les groupes thématiques (transport, la fabrication, la nourriture, etc.) mis en place par l’ONG[3].

Vision de l’économie collaborative[modifier | modifier le code]

Avec des essayistes comme Jeremy Rifkin [14],[15], et des théoriciens comme Bernard Stiegler et Michel Bauwens [16], l’ONG s’attache depuis 2011 à contribuer au débat sur l'économie du partage, à Paris notamment[17] et à clarifier la définition de l’économie collaborative et de ses sujets connexes pour « inclure des pratiques et des usages variés dans une vision cohérente »[18].

En 2016, elle définit l’économie collaborative comme « l’ensemble des pratiques et modèles économiques basés sur les structures horizontales et les communautés, qui transforment la façon dont on vit, crée, travaille », construite selon des « modèles distribués » et sur la confiance au sein des communautés, « brouillant ainsi les frontières entre producteur et consommateur. Ces communautés se rencontrent et interagissent sur les réseaux en ligne mais aussi dans la vie réelle, notamment autour de lieux tels que les espaces de coworking et les Fablabs »[19] ou des projets de coopérativisme de plateforme (néologisme traduisant le concept horizontal et collaboratif/participatif de « platform cooperativism » proposé par Michel Bauwens et encouragées en France par le Conseil National du Numérique dans son rapport « Emploi, Travail, Numérique : les nouvelles trajectoires » pour faire contrepoids à une tendance au développement monopolistique de quelques grands acteurs (tels que Google, Amazon, Facebook...) qui se dessine sur l'Internet et dans l'économie (phénomène dénommé « Netarchie » par M. Bauwens). Elle inclut le revenu contributif proposé par Bernard Stiegler et le think tank Ars Industrialis.

Ce phénomène regroupe selon OuiShare les mouvements suivants :

  1. La consommation collaborative (la circulation transparente des produits et des services entre les individus à travers le partage, l'échange, le commerce, la location, l'emprunt ou le don, en favorisant l'accès sur la propriété, une meilleure optimisation des ressources et la réduction des déchets)[19] ;
  2. La finance collaborative (« Crowdfunding, prêts entre particuliers, monnaies locales et complémentaires. Des pratiques qui permettent la circulation des capitaux entre les individus et permettent notamment de financer des projets créatifs, sociaux et entrepreneuriaux »)[19] ;
  3. La gouvernance ouverte et horizontale (qui « propose une transformation des organisations, des services publics et de l'action civique. Parmi les principaux exemples, les plates-formes d’actions civiques, les budgets participatifs des institutions publiques, les initiatives gouvernementales ouvertes, les coopératives, les organisations horizontales, les do-ocraties et les mouvements holacratiques »)[19] ;
  4. La conception ouverte et la fabrication distribuée ; Elles démocratisent le processus de conception, de production et de distribution de biens physiques en combinant la connaissance libre et ouverte avec des infrastructures distribuées. Ces mouvements s'appuient sur les outils, les espaces, les communautés et les place de marchés et sont alimentés et animés par le mouvement des makers, la culture du hacking et Do-It-Yourself (DIY)[19] ;
  5. La connaissance ouverte et libre, qui permet à tous et chacun de librement produire et réutiliser des contenus disponibles (données, métadonnées, codes, plans, informations...) qui est notamment a base du principe du logiciel libre et de l'open science[19].

Gouvernance et modalités de travail[modifier | modifier le code]

Au sein de Ouishare qui est une organisation non-hiérarchique, à laquelle chacun peut adhérer et contribuer et où la prise de décision est « basée sur la gouvernance par les pairs et la méritocratie », et de type « démocratie liquide »[3] (un droit de vote par connector, et possibilité de recevoir un pouvoir de quelqu’un ne pouvant pas être présent).

Des Connectors répartis dans le monde entier représentent l’ONG, et organisent ou co-organisent des événements locaux sur le thème l’économie collaborative (Meetups ; OuiShare Summit ; soirées ; conférences ; ateliers ;etc.) ainsi que des événements d'envergure internationale (OuiShare Fest, POC21, etc).
Ces évènement sont des lieux et moments où recenser et faire connaitre des innovations sociales dans le domaine de l’économie collaborative (en Europe et dans le Monde). Les décisions stratégiques sont prises au cours des « OuiShare Sommets », où l’on discute des propositions jusqu'à ce qu'un accord sans objection forte soit possible (« décision par consentement »[3]) ; lors de ce processus, chacun a la même quantité de temps pour exprimer son opinion sur la question et ne doit pas être interrompu[3]. Le vote est néanmoins un dernier recours quand le consensus ne semble pas possible si le sujet est un enjeu reconnu.

OuiShare promeut et expérimente en interne l'auto-organisation, le « leadership distribué » et les comportements agile et s'appuyant sur la stigmergie (absence de coordination centrale) et la subsidiarité[3]. Selon son site internet « OuiShare est une do-ocratie, ce qui signifie que nos processus de décisions sont guidés par l’action » et que les membres de l’ONG y sont responsables de leurs décisions et libres de faire bouger les choses aussi longtemps que cela est conforme aux valeurs de la communauté ; une règle interne est dite «3-connecteurs-Rule": si trois connecteurs pensent que quelque chose est bon pour OuiShare, ils ont le feu vert pour la développer et agir au nom de l'organisation, tant qu'ils communiquent dans le groupe Connecteurs[3] .

Les contributions importantes ou régulières (listées et régulièrement mises à jour) peuvent être compensées financièrement, mais les petits travaux, spontanés ou occasionnels et les contributions telles que les rédactions d’articles demeurent volontaires. Une courte vidéo (en ligne) résume ces principes[20].

L’association met à disposition de ses membres et de tous plusieurs outils et ressources dont :

  • Ouishare Magazine, un magazine en ligne (lancé en juillet 2012) [3] ;
  • Ouishare Fest, un festival co-créé de trois jours sur les émergences[3] ;
  • Open Source Ouishare, une expérimentation de partage des ressources et des connaissances au sein de la communauté Ouishare et avec d'autres organisations[3] ;
  • des intendants financiers gèrent les ressources de l’association, dans le respect des valeurs de la communauté.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. «Rapport au Premier Ministre de Pascal Terrasse, Député de l'Ardèche, sur l'économie collaborative », sur le site gouvernement.fr de 2016
  2. Pick, F., & Dreher, J. (2015). Sustaining hierarchy–Uber isn’t sharing. Kings Review, 5.
  3. a b c d e f g h i j k l m et n le Wiki dit Ouiki de OuiShare (licence CC-BY-SA), consulté 2016-04-24
  4. Côme Bastin (2015), article intitulé Antonin Léonard : "Un âge 2 de l'économie collaborative se dessine", publié le 16 mai 2015 par [http://www.wedemain.fr/ We Demain
  5. a b c d e et f page décrivant l'histoire de OuiShare, OuiShare, consulté 2016-04-24
  6. Nghiem, T. (2013) Modèles coopératifs émergents. Multitudes, (1), 110-120
  7. Exemple d'un autre ouiShare drink, ici à Lille, sur le site de l'ONG ANIS
  8. [ http://ouishare.net/en/about/team Liste des connectors]
  9. a et b Porte, Emmanuel (sous la direction de Jean-Claude Richez et de Francine Labadie) - 2013 - Des pratiques d’engagement en transformation : enjeux pour l’avenir de l’éducation populaire - Éléments préparatoires aux Rencontres de l’INJEP 2013 ; Rapport d'étude, remis en novembre 2013, par INJEPR-2013/04 voir page 47/69
  10. Pick F & Dreher J (2015) Sustaining hierarchy–Uber isn’t sharing. Kings Review, 5.
  11. [ http://ouishare.net/fr/about A propos], présentation de OuiShare par elle-même, consulté 2016-04-24
  12. Aurélie Barbaux (2015) Article « [OuiShare Fest : l’économie du partage en pleine crise existentielle] » publié le 22 mai 2015, consulté 24 avril 2016
  13. Barbaux A (2015) Article intitulé « La France dévoilera sa stratégie nationale pour l’économie collaborative à l'automne annonce Axelle Lemaire », publié par l’Usine digitale le 20 mai 2015
  14. Sud, P., & Demailly, D. (2015). Comprendre l’économie collaborative et ses promesses à travers ses fondements théoriques ; IDDRI ; Collection Idées pour le débat ; PDF, 14 pp, voir p. 5-14
  15. Voir par ex : Le « capitalisme distribué », chapitre de Troisième révolution industrielle de Jeremy Rifkin, Éditions aux Ed. Les Liens qui libèrent, 2012.. ou du même auteur, La nouvelle société du coût marginal zéro, Les Liens qui Libèrent, 2014
  16. Lautre Y (2012), Bernard Stiegler Brèves «Le marketing détruit tous les outils du savoir»
  17. Schor J (2014) Debating the sharing economy. Great transition initiative
  18. L’économie collaborative, présentée par Ouishare, consulté 2016-04-24
  19. a b c d e et f L'économie collaborative, telle que définie par WeShare, consulté 2016-04-24
  20. OuiShare Summit #4 Brussels - Connectors Toolkit

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Tincq, B. (2012). From Henry Ford to Joe Justice: WikiSpeed, "Manufacturing in the Age of Open Collaboration". OuiShare (Oct 25).
  • Vallat, D. (2015). Une alternative au dualisme État-Marché: l’économie collaborative, questions pratiques et épistémologiques.
  • (en) The Sharing Economy. Solidarity Networks Transforming Globalisation de Lorna Gold, Ashgate, 2004
  • (en) The Share Economy. Conquering Stagflation de Martin L. Weitzman, Harvard University Press, 1986
  • L'économie collaborative Les dossiers d'Alternatives économiques No 4, novembre 2015
  • OuiShare et Diana Filippova (dir.), Société collaborative : la fin des hiérarchies, Rue de l'échiquier,