Jardin communautaire

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Le jardin partagé de la rue des Thermopyles dans le 14e arrondissement de Paris

Le jardin communautaire, ou jardin partagé (la dénomination officielle[1]), est un jardin rural ou urbain géré en commun par un groupe d’habitants.

Selon la définition du Ministère du Développement durable, « on entend par jardins partagés les jardins créés ou animés collectivement, ayant pour objet de développer des liens sociaux de proximité par le biais d’activités sociales, culturelles ou éducatives et étant accessibles au public[1] ».

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines du jardin communautaire[modifier | modifier le code]

Les jardins communautaires ont une longue histoire. En Europe, au Moyen Age, toutes les terres étant détenues par des seigneurs, on observe des communautés villageoises se rebeller et se regrouper sur des terres collectives afin de défendre leurs droits d'usage[2],[3],[4].

De même, au cours de la Première Révolution anglaise (1641-1649), c'est encore une rébellion contre le pouvoir qui pousse les diggers, ou bêcheux, à s'accaparer des terres afin de protester contre l' enclosure act, l'appropriation privée de biens communaux[5].

Nés de la révolution industrielle, c'est au début du XIXe siècle qu'apparaissent les premiers jardins ouvriers officiels sous le nom de « champs des pauvres » en Angleterre et de « jardins des pauvres » en Allemagne afin que les populations les plus défavorisées puissent y cultiver ce qui est nécessaire à leur survie. En France, il faut attendre les années 1890 pour que diverses initiatives locales inspirent l'abbé Jules Lemire, député du Nord, à mettre un coin de terre à disposition des ouvriers[6] : la Ligue Française du Coin de Terre et du Foyer est née et prend bientôt une ampleur nationale. En 1921, comptant désormais 47 000 jardins ouvriers, elle devient la Fédération nationale des jardins ouvriers. A son apogée, en 1945, à l'époque ou la guerre et ses privations avaient incité les habitants des villes à investir l’espace public pour y cultiver ce qui faisait défaut dans le commerce[2], elle compte plus de 250 000 parcelles[7].

Dans les années qui suivent, des populations autres qu'ouvrières sollicitant également des parcelles cultivables, ces dernières prennent alors le nom de « jardins familiaux », nom retenu par la loi de 1952 sur leur codification, et la Fédération devient la Fédération nationale des jardins familiaux[8], permettant à des familles aux revenus souvent modestes de se procurer légumes et fruits frais en les cultivant eux-mêmes.

Au cours des années 1970, années d’expansion et de développement économique, l'engouement pour ce type d'initiative connaît un fort déclin en France tandis que dans le même temps, à New-York, des citoyens lassés des friches urbaines qui les entourent investissent ces dernières pour les transformer en jardins de quartiers communautaires, créant ainsi les premiers community gardens urbains.

Liz Christy et les premiers jardins partagés urbains[modifier | modifier le code]

Le premier jardin partagé de New York, créé par Liz Christy

A New York, Liz Christy, une artiste qui vit dans le Lower East Side à Manhattan, se désole du nombre de terrains vagues dans son quartier. Aidée de quelques amis, elle tente d’y remédier en lançant des « bombes de graines » (seed bombs) par-dessus les grilles de terrains laissés à l’abandon pour les transformer en jardins. Les Green Guerillas (guérillas vertes) sont nées[9] et en 1973, Liz Christy a l'idée de replanter complètement un espace laissé à l'abandon qui porte aujourd'hui son nom : le Liz Christy Garden[10], situé à l’angle nord est de Houston street et Bowery street dans Manhattan.

Ce jardin devient vite un espace d’expérimentations agricoles mais également un lieu de rencontres et de socialisation dans lequel collaborent des populations très diverses pour devenir le premier jardin partagé urbain. En quelques années, le mouvement se répand à travers toute la ville et le paysage new-yorkais subit une profonde mutation : sur des terrains abandonnés naissent des jardins collectifs destinés à créer de nouveaux espaces de sociabilité tout en sécurisant les quartiers[11].

Le Jefferson Market Garden, jardin communautaire de l'arrondissement de Manhattan à New York

Prenant conscience de leur rôle décisif dans la lutte contre la ségrégation raciale et sociale, la municipalité de New York lance en 1978 le programme Green Thumb afin d'aider au développement de ces parcelles. Ces initiatives donneront ensuite naissance au mouvement des jardins communautaires américains et à l'American Community Gardering Assocation (ACGA)[12].

La guérilla verte a porté ses fruits, si bien qu'en 2015, il existe plus d'un millier de community gardens à New York[13] et que des jardins partagés fleurissent aujourd'hui partout dans le monde, que ce soit à New York, Montréal, Tokyo, Berlin, Lille ou Paris. Certains sont de véritables joyaux cachés et produisent près d’une tonne de fruits et légumes par an, quand d’autres possèdent même leurs propres ruches et fournissent du miel[9].

Leur rôle n'est pas seulement d'embellir la ville ou de produire éventuellement de quoi se nourrir, mais également de créer du lien social dans des zones souvent difficiles : on y fête le printemps ou Halloween, des rencontres et des festivals y sont organisés, et certains même s'y marient[9].

Du jardin familial au jardin partagé[modifier | modifier le code]

En France, jusqu’à la fin des années 1990, de nombreuses structures cherchent une issue au modèle du jardin familial jugé trop contraignant et peu flexible[7].

En 1996, des associations françaises de jardiniers se rendent à l’Assemblée générale des jardins communautaires de Montréal et y découvrent de nouvelles méthodes inspirées des jardins partagés américains. Très enthousiasmés et soutenus par la Fondation de France, ils organisent à Lille le premier forum national « Jardinage et citoyenneté » (1997) auquel ils invitent les associations new-yorkaises et québécoises qui y témoignent de leurs expériences devant le public français.

C’est de ces réunions que naîtra le réseau français des jardins partagés, « Le Jardin dans tous ses états[14] », qui permet des échanges entre jardiniers, élus et techniciens de collectivités locales, et que sera conçu à Lille, en 1997, le premier jardin communautaire français, le Jardin des (Re)Trouvailles[15],[16].

Ce type d’initiatives se multiplie dans les années qui suivent : Brest, Villeurbanne, Marseille et Lyon créent leurs jardins partagés tandis qu'à Paris, où le premier jardin partagé n'apparaît qu'en 2002[11], le système s’institutionnalise. Très rapidement, la Mairie de Paris organise un réseau régi par un fonctionnement unitaire : le programme Main Verte qui réunira les jardins agréés sous une même appellation et une gestion commune. Il s'agit, pour les associations qui signent la charte[17], de respecter certaines normes[18] tandis qu'en retour, ils reçoivent l’appui et la protection de la Ville.

Suite à ces bouleversements, la Fédération nationale des jardins familiaux doit s'adapter : la notion de jardin familial s'élargit et en 2006, la Fédération devient la Fédération nationale des jardins familiaux et collectifs. Aujourd'hui, en 2015, elle fédère 250 structures associatives, rassemble 25 000 familles de jardiniers[19] et lance régulièrement de nouveaux concepts de plantations : parcelles en pied d’immeuble, jardins partagés, jardins pédagogiques, carrés potagers, jardins dédiés aux personnes à mobilité réduite[20]... La demande a explosé, car même si le besoin alimentaire est toujours présent, la fonction de ces jardins ouverts sur la ville a évolué et répond aux nouveaux besoins d’une société en mutation :

« Retrouver un lien et un contact physique avec la nature, lutter contre le stress, manger sainement, développer des relations sociales avec les autres jardiniers… Les jardins familiaux ont réinvesti le cœur des villes avec une mission : créer et renforcer le lien social[21]. »

— La Fédération et son histoire, Fédération des jardins familiaux et collectifs


Enjeux des jardins partagés[modifier | modifier le code]

Le jardinage collectif d’un terrain, parfois laissé à l’abandon, améliore le cadre de vie et permet des échanges entre personnes d’origine géographique, de milieux sociaux et d'âges différents, favorisant d'autre part l’exercice physique et la détente en plein air[7].

Le respect de l’environnement est une valeur forte des jardins communautaires : les jardiniers choisissent des végétaux adaptés au sol et au climat et évitent les produits phytotoxiques (engrais chimiques, pesticides de synthèse). Le compostage, la récupération de l’eau de pluie et la technique des cultures associées y sont très souvent pratiqués[2].

Ces jardins sont également des lieux d’éducation à l’environnement pour enfants et adultes, qui y apprennent la botanique, ou qui y observent la faune urbaine. Nombreux sont les jardins communautaires qui attribuent des parcelles aux écoles du voisinage et qui y mènent des projets pédagogiques[8].

Certains ont également une vocation d’insertion. Ils accueillent des personnes en situation de handicap, des bénéficiaires du revenu minimum d’insertion (RMI) ou des personnes victimes d’exclusion sociale qui y retrouvent joie de vivre et motivation dans le travail en commun[23].

Les jardins communautaires sont aussi des lieux d'initiative citoyenne. Certains d'entre eux (comme le Jardin solidaire, dans le 20e arrondissement de Paris, qui a été fermé à l'automne 2005 pour laisser la place à un gymnase et des logements sociaux) sont créés par des habitants qui n'attendent pas d'avoir une autorisation pour y proposer des activités. Parfois, un jardin n'existe que pendant quelques mois ou quelques années, en attendant qu'une autre affectation soit décidée. C'est le cas du jardin EcoBOX, dans le 18e arrondissement de Paris, qui a déjà existé sur deux emplacements[24],[25].

Les associations qui créent et gèrent un jardin partagé y proposent parfois des débats et des événements culturels qui sortent des sentiers battus. Il est fréquent d'y assister à des projections de films qui ne sont pas programmés à la télévision ou d'y débattre de sujets peu traités par les médias, comme la biodiversité, la relocalisation de l'économie ou le droit au logement. La gratuité, ou des prix très modérés, permettent d'ouvrir le jardin à tous[11].

Suivant Henri Lefebvre, on peut aussi percevoir les jardins communautaires comme des lieux destinés à conquérir son droit à la ville, c'est-à-dire un droit à une qualité de vie urbaine, à ne pas être exclu de la centralité qu'offre la ville. Ces jardins expriment également un profond besoin d'autogestion, comme ailleurs les squats, les crèches parentales ou les bars et restaurants associatifs.

Autour du monde[modifier | modifier le code]

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Suisse : pionnière européenne des jardins partagés, la ville de Lausanne a permis dès 1995 la création de jardins en pied d'immeubles, appelés plantages.

Mali : en Afrique de l'Ouest, les jardins communautaires prennent une importance de plus en plus grande afin d'assurer l'auto-suffisance alimentaire[26].

Pologne : les jardins sont situés le plus souvent dans des zones de bas fonds[précision nécessaire] près des villes et les utilisateurs sont des résidents d'appartements de proximité.

Québec : les jardins communautaires sont divisés en parcelles individuelles cultivées par une seule personne ou par toute une famille. Ce type de jardinage est très populaire dans les grandes villes depuis le milieu des années 1970. Plus rėcemment sont apparus les « jardins collectifs », des terrains indivisibles où les différentes cultures sont exploitées en commun.

La ville de Montréal a également créé un programme municipal de jardins communautaires et a décidé de soutenir la végétalisation de l'espace public en soutenant les initiatives de « ruelles vertes ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Paul Pigeat, Parcs et jardins contemporains, Maison rustique,‎ (ISBN 978-2706612220)
  • Laurence Baudelet, Frédérique Basset, Alice Le Roy, Pierre-Emmanuel Weck (photographe) et Gilles Clément (préface), Jardins partagés, Terre Vivante Éditions,‎ (ISBN 978-2914717427)
  • Michel Le Coz, Stéphane Nahmias, Yvan Le Goff et al., Le Jardin des Possibles : Guide méthodologique pour accompagner les projets de jardins partagés, éducatifs et écologiques, Réseau École et Nature,‎ (résumé, lire en ligne)
  • JP Géné « Partager la terre » dans Le Monde 2 du 22 septembre 2007
  • Proposition de loi relative aux jardins familiaux et aux jardins d'insertion, adoptée à l’unanimité au Sénat, mais qui n'a pas été inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale[27].
  • Denhartigh Cyrielle, Jardins collectifs urbains, Parcours des innovations potagères et sociales, éditions Educagri, 2013.
  • Luc J. A. Mougeot, Cultiver de meilleures villes : agriculture urbaine et développement durable, Centre de recherches pour le développement international, Ottawa, 2006.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Les jardins collectifs, Ministère du Développement durable
  2. a, b et c Charte du Jardin dans Tous ses États, Le jardin dans tous ses états
  3. Les espaces collectifs dans les campagnes: XIe-XXIe siècle, Pierre Charbonnier, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2007
  4. Ressources individuelles ou ressources collectives?, Centre International des Hautes Études Agronomiques Méditerranéennes
  5. L'appropriation de terrains vacants fut souvent dictée par des périodes de crises économiques, notamment au cours de la fameuse « Panique de 1893 » (voir Pingree's Potato Patches sur le site de Smithsonian Gardens) et par des guerres (les liberty gardens de la Première Guerre mondiale et les victory gardens de la Seconde (voir Liberty and Victory Gardens During World Wars I and II and Benefits of Gardening Today sur thelmac.hubpages.com)
  6. Historique de l'Association Orléanaise pour Jardins Ouvriers et Familiaux, aojof.com
  7. a, b et c Jardins collectifs urbains: parcours des innovations potagères et sociales, Cyrielle Den Hartigh, Educagri, Dijon, 2012
  8. a et b Le jardin suit-il des modes ?: 90 clés pour comprendre les jardins, Yves-Marie Allain, éditions Quae, Versailles, 2013
  9. a, b et c Le jardin de Liz Christy, Pandore.net
  10. Galerie photo
  11. a, b et c Les jardins partagés, Agence régionale de l'environnement de Haute-Normandie
  12. Vidéo : Our mission, American Community Gardering Assocation
  13. New York City Community Gardening Resources, OasisNyc.net
  14. La naissance du mouvement des jardins partagés, Le jardin dans tous ses états
  15. De la petite association de quartier à la création d’un réseau de jardins communautaires sur la métropole et en région Nord-Pas de Calais, Les AJONC
  16. En janvier 2013 il y a 31 jardins communautaires installés ou en cours d'installation dans la région Nord-Pas-de-Calais
  17. La Charte Main Verte des Jardins Partagés de Paris, Mairie de Paris
  18. Dossier technique des jardins partagés parisiens, Mairie de Paris
  19. Nos associations, Fédération des jardins familiaux et collectifs
  20. Jardins franciliens, Fédération des jardins familiaux et collectifs
  21. La Fédération et son histoire, Fédération des jardins familiaux et collectifs
  22. Jardin Paul-Nizan, Mairie de Paris (accès, horaires, description...)
  23. Cultiver de meilleures villes : agriculture urbaine et développement durable, Luc J. A. Mougeot, Centre de recherches pour le développement international, Ottawa, 2006
  24. Ecobox, un projet impulsé par l'Atelier d'architecture autogérée, urbantactics.org
  25. Ecobox, sur Graine de Jardin
  26. Récupération de l'eau, protection des arbres: la sécurité alimentaire dans le Sahel, Hans-Heinrich Bass, Klaus von Freyhold, Cordula Weisskoeppel, Brême 2013
  27. Proposition de loi relative aux jardins familiaux et aux jardins d'insertion

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]