Doura Europos

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Doura Europos
(fa) الصالحية
Vestiges de l'îlot L7 à Doura Europos
Vestiges de l'îlot L7 à Doura Europos
Localisation
Pays Syrie Syrie
Gouvernorat Deir ez-Zor
Coordonnées 34° 44′ 49″ N 40° 43′ 51″ E / 34.747, 40.730833 ()34° 44′ 49″ Nord 40° 43′ 51″ Est / 34.747, 40.730833 ()  

Géolocalisation sur la carte : Syrie

(Voir situation sur carte : Syrie)
Doura Europos
Doura Europos

Le site archéologique de Doura Europos, désormais appelé Europos-Doura, proche du village de Salhieh (en arabe : al-ṣālḥya, الصالحية), est situé à l'extrême sud-est de la Syrie sur le moyen Euphrate, à 24 kilomètres au nord du site archéologique de Mari et à 35 kilomètres de la frontière irakienne. Des peintures murales y ont été découvertes le 30 mars 1920 par un corps expéditionnaire britannique dirigé par le capitaine Murphy, pressé par les troupes de Fayçal Ier d'Irak, et qui cherchait un refuge. Par la suite, le site a été appelé par M. I. Rostovtzeff, la « Pompéi du désert ». La synagogue de Doura Europos est probablement le monument le plus publié de ce site.

Plan de Doura Europos.

Histoire[modifier | modifier le code]

À l'époque hellénistique[modifier | modifier le code]

Europos est une colonie macédonienne fondée vers 300 av. J.-C. par Séleucos Ier, roi (basileus) de l'Asie, depuis l'Anatolie jusqu'à l'Inde, et qui fut un des généraux d'Alexandre le Grand. Cette colonie militaire était à l'origine située sur un emplacement stratégique précédemment occupé par les Assyriens, comme le prouve la découverte d'une tablette dans le temple d'Atargatis[1]. Europos était le nom du village natal de Séleucos Ier en Macédoine. Le terme Doura qui lui a été accolé par la suite signifie forteresse dans les anciennes langues sémitiques. La ville primitive, simple camp militaire avec son rempart au bord de l'Euphrate, incluait une zone habitée sans plan régulier, dans la partie basse et l'échancrure du plateau[2]. Au moment de la fondation de cette colonie, des lots de terre (en grec ancien κλήρος) furent distribués par le roi à des vétérans grecs, les clérouques, majoritairement macédoniens[3]. Dès le IIIe siècle av. J.-C., Doura Europos possède des ateliers monétaires royaux, mais n'a pratiquement jamais battu monnaie, l'essentiel de la monnaie en circulation provenant de l'atelier d'Antioche[4].

Telle qu'on la découvre aujourd'hui, la ville est installée sur un plateau surplombant l'Euphrate d'une quarantaine de mètres, elle est bordée au nord et au sud par deux ravins (wadis) et protégée à l'ouest par de puissantes fortifications. Elle s'étend sur 75 hectares à l'intérieur des remparts. Elle est construite autour d’une vaste agora, selon un urbanisme hippodaméen. Mais ces fortifications en pierre n'ont été érigées que plus tard, au milieu du IIe siècle, et rapidement achevées par crainte d'une invasion parthe[5]. Elles indiquent une extension plus récente de la ville, à laquelle on donne alors un ordonnancement régulier, avec une rue principale dans l'axe de la Porte de Palmyre et un espace réservé pour l'agora.

Ses institutions sont grecques : elle possède une boulè, un sénat de la ville, un gouverneur portant le titre de « stratège et épistate de la cité » qui appartient toujours à la même famille jusqu'au temps des Sévères. L’art témoigne vite de l’apport d’éléments orientaux. La ville compte le palais du stratège, et le palais de la citadelle, cinq bains, des résidences luxueuses, un amphithéâtre, et un odéon-bouleutérion, situé dans le sanctuaire d'Artémis.

Entre -116 et -110, la ville cesse d'être sous domination grecque et tombe aux mains des Parthes arsacides[6] ; elle connaît alors sa plus grande extension. Elle devient une cité cosmopolite où, à la population d'origine grecque, se mêlent des Iraniens et des Sémites. Mais pendant les trois siècles qui vont suivre, de 113 av. J.-C. jusqu'à l'annexion de la Syrie par Rome, Doura Europos ne perd pas ses traits grecs.

Sous l'Empire romain[modifier | modifier le code]

Entre 114 et 116, l’empereur Trajan occupe une première fois la ville : la IIIe légion Cyrenaica érige un arc triomphal à l'ouest de la Porte de Palmyre. Les Romains reviennent en 165 et assiègent Doura Europos tenue par les Parthes[7]; ils reviennent de nouveau en 170. Ils vont utiliser la ville comme point de départ de la conquête des territoires d'Osroène et comme poste avancé pour des expéditions contre l'empire des Parthes et leur capitale Séleucie du Tigre en 199[8]. La cité devient par la suite un poste frontière du royaume de Palmyre. L'importance militaire du site se confirme vers 209-216 : la partie nord du site est occupée par un camp romain, isolé par un mur de briques ; les soldats logent en partie chez l'habitant, entre autres dans la Maison dite des scribes[9]; les Romains édifient le palais du commandant de la région militaire, le palais du dux ripae au bord de la falaise ; la ville compte alors plusieurs sanctuaires : à côté des temples dédiés aux dieux grecs (Zeus Megistos et Artémis), on trouve des sanctuaires dédiés à Mithra, aux dieux palmyréniens et à des divinités locales (Aphlad, Azzanathkôna) datant du Ier siècle apr. J.-C. ; en 216, un petit amphithéâtre, pour les soldats, est construit dans le quartier militaire, tandis que la nouvelle synagogue, achevée en 244, et la maison des chrétiens sont embellies d'importantes fresques dont les personnages portent tuniques romaines, caftans et pantalons parthes ; ces splendides peintures qui couvrent tous les murs témoignent de la richesse de la communauté juive. La population de Doura Europos, à raison de 450 à 650 maisons groupées à huit par îlot, est estimée à environ 5000 habitants au maximum[10]. Vers 256, la ville est prise par les Sassanides dirigés par Shapour Ier qui déporte toute la population. Le site ne sera pas réoccupé par la suite et la ville tombe alors définitivement dans l'oubli.

Éléments archéologiques[modifier | modifier le code]

La cité a été fouillée en 1922 et 1923 par l'armée française sous la direction de Franz Cumont, et de 1928 à 1937 par une équipe franco-américaine dirigée par M. I.Rostovtzeff.

La plupart des vestiges actuellement visibles sur le site sont d'époque romaine. Depuis 1986, la Mission franco-syrienne d'Europos-Doura (MFSED), dirigée par Pierre Leriche, directeur de recherche au CNRS, a repris la fouille sur le site. Outre les fouilles archéologiques, la mission mène une politique de conservation, de mise en valeur et de présentation du site. Le site comporte désormais une salle d'exposition installée dans des « Maisons romaines » reconstruites à l'identique suivant les techniques de construction utilisées dans l'Antiquité.

La ville possède une architecture typiquement hellénistique avec des rues se coupant à angle droit et départageant des îlots d'habitations et des édifices publics. Le site a gardé ses remparts de grande taille qui surplombent la rive droite de l'Euphrate et offrent un admirable point de vue sur la plaine de Mésopotamie.

Le site renferme de nombreux édifices religieux liés à différentes religions, ce qui laisse entrevoir une multiplicité ethnique : Gréco-macédoniens, Syro-babyloniens, Palmyréniens, diverses populations araméennes, Romains. On dénombre quinze temples polythéistes, un mithraeum, une maison chrétienne (Domus ecclesiae de Doura-Europos) et la synagogue de Doura Europos comportant d'importantes peintures murales datant de 243 et conservées au musée de Damas.

La maison chrétienne comporte une salle de prière et un baptistère datant de la moitié du IIIe siècle, dont la structure est celle d'une maison douréenne. Il s'agit là d'une des premières expériences des mouvances ecclésiales se formant dans de riches demeures[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. F. J. Stephens, Revue d'assyriologie 34, Paris 1937, p. 183-190
  2. Sartre 2003, p. 136-137.
  3. Sartre 2003, p. 141-142 et 270.
  4. Sartre 2003, p. 832.
  5. Leriche, al-Mahmoud 1994, p. 400.
  6. Pascal Arnaud, Doura Europos, microcosme grec ou rouage de l'administration arsacide ?, dans Syria, 63, 1986, p.135-155.
  7. Dion Cassius, LXXI, 2, 3-4.
  8. Sartre 2003, p. 717 à 724.
  9. Sartre 2003, p. 620.
  10. Sartre 2003, p. 701-702.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Franz Cumont, Les fouilles de Doura-Europos, Paris, 1926.
  • Pierre Leriche et A. al-Mahmoud, Doura-Europos, Bilan des recherches récentes,‎ 1994
    dans "Comptes rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres", p. 395-420
  • P. Leriche (éd.), Doura-Europos Etudes 1986 (I), Syria LXIII,Paris, 1986
  • P. Leriche (éd.), Doura-Europos Etudes 1988 (II),Syria LXV,Paris, 1988
  • P. Leriche (éd.), Doura-Europos Etudes 1990 (III), Syria LIX, Paris, 1992
  • P. Leriche, M. Gelin (éds.),Doura-Europos Etudes 1991-1993 (IV),IFAPO (B. A. H.), Beyrouth, 1997.
  • P. Leriche, M. Gelin, A. Dandrau (éds.), Doura-Europos Etudes 5, Geuthner,Paris, 2005.
  • P. Leriche, G. Coqueugniot, S. de Pontbriand (éds.), Europos-Doura Varia 1, IFAPO (B. A. H.), Beyrouth, 2012
  • Maurice Sartre, D'Alexandre à Zénobie : Histoire du Levant antique, IVe siècle av. J.-C.- IIIe siècle ap. J.-C., Paris, Fayard,‎ 2003, 1198 p. (ISBN 9-782213609218)
  • Guy Rachet, Dictionnaire de l'archéologie, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins »,‎ 1994, 1060 p. (ISBN 9782221079041), « Doura-Europos », p. 296-298

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]