Royaume gréco-bactrien

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Royaume gréco-bactrien
Ελληνικό βασίλειο της Βακτριανής (el)

Royaume des Grecs, des Perses et des Bactriens

-246IIe siècle av. J.-C.

Description de cette image, également commentée ci-après

Le royaume gréco-bactrien vers -180, à son apogée territorial

Informations générales
Statut Monarchie
Capitale Bactres
Religion Paganisme, puis bouddhisme
Histoire et événements
-246 Diodote, satrape de Bactriane se proclame roi
vers -130 Invasion des Yuezhi et fondation de l'empire kouchan
Rois
(1er) -246 - v. -238 Diodote Ier
(Der) v. -165 - -129 Hélioclès Ier

Entités précédentes :

Entités suivantes :

Le royaume gréco-bactrien vers -220

Le royaume gréco-bactrien est un État hellénistique d'Asie centrale, centré sur la Bactriane et la Sogdiane, qui existe à partir du milieu du IIIe siècle av. J.-C., lorsque le satrape Diodote de Bactriane proclame son indépendance vis-à-vis des Séleucides. À son apogée, vers -180, le royaume gréco-bactrien s'étend également sur la Tapurie, la Tranxiane, le Ferghana et l'Arachosie. Il disparaît dans le dernier tiers du IIe siècle av. J.-C., victime des invasions des Yuezhi. Le domaine indo-grec s'étend sur la Kapisène, région située au sud de l'Hindou Kouch conservée par Séleucos lors de son traité avec Chandragupta (-304) sur les conquêtes de Démétrios Ier de Bactriane, et peut-être de son successeur Pantaléon. Il fut souvent divisé entre plusieurs royaumes. Deux d'entre eux subsistèrent jusqu'au début de l'ère chrétienne : le royaume du Pendjab oriental centré sur Sagala-Euthydémia et le royaume de Kapisène centré sur Alexandrie du Caucase-Kapisi.

L'histoire du royaume gréco-bactrien est essentiellement connue par l'analyse numismatique, utilisée depuis plus d'un siècle et demi avec des résultats remarquables mais aussi des erreurs qui furent parfois longues à faire admettre par la communauté des chercheurs. En particulier la confusion de rois homonymes a souvent entraîné des aberrations chronologiques. On doit une compréhension plus large aux données archéologiques de fouilles, dont les plus riches en résultats historiques sont celles d'Aï-Khanoum effectuées sous la direction de Paul Bernard. On dispose aussi de quelques sources classiques, de sources chinoises et de rares sources indiennes ; beaucoup de dates sont approximatives et la critique scientifique doit éliminer des parentés royales, des batailles et des invasions supposées sans preuves qui n'apportent que de la confusion.

L’analyse la plus récente et la plus extensive sur le sujet, menée par François Widemann[1], insiste sur l'histoire économique et les crises induites par la pénurie de métaux précieux. L'auteur utilise, en particulier, l'ouvrage d'Osmund Bopearachchi, Monnaies gréco-bactriennes et indo-grecques (catalogue raisonné, 1991) mais en modifiant de nombreux points de chronologie. On doit éliminer de la reconstitution historique qui accompagne ce catalogue pratiquement toute celle de l'histoire du Ier siècle av. J.-C., fondée sur l'hypothèse non vérifiée d'une invasion Yuezhi vers 70 avant notre ère. Cette hypothèse qui n'est basée sur aucune donnée textuelle ou archéologique mène à considérer toutes les monnaies indo-grecques émises durant le siècle qui suit, à part celles du Pendjab oriental, comme des émissions non officielles, ce qui ne résiste pas à une étude numismatique sérieuse et aux données de la littérature chinoise.

Histoire[modifier | modifier le code]

Vers -245, la troisième guerre de Syrie tourne au désastre pour les Séleucides : les armées de Ptolémée III s'avancent jusqu'au Tigre, et Séleucos II doit également faire face à la sécession de son frère Antiochos Hiérax en Asie mineure. Dans ce contexte, les satrapes de l'est de l'Empire séleucide s'agitent : Andragoras en Parthiène et Diodote en Bactriane s'octroient une autonomie de plus en plus grande afin d'affronter au mieux les invasions des nomades d'Asie centrale. La sécession d'Andragoras est de courte durée : il ne tarde pas à être vaincu et tué par Arsace Ier (v. -239/238), chef de la tribu des Parnes, qui s'établit dans l'ancienne satrapie de Parthyène et en prend le nom : c'est la naissance de l'Empire parthe. Diodote, isolé du reste du monde grec, s'était déjà proclamé roi avant l'avènement de Séleucos II en -246.

Sa dynastie ne dure guère : son fils Diodote II, allié aux Parthes contre Séleucos II, est renversé par un certain Euthydème en -237/-236. Ce dernier doit faire face, en -208, à l'Anabase d'Antiochos III, qui vient d'affronter et de conclure la paix avec les Parthes. Antiochos assiège Euthydème dans Bactres pendant deux années, mais ne parvient pas à prendre la ville. Il finit par reconnaître l'indépendance du royaume gréco-bactrien et donne une de ses filles en mariage au fils d'Euthydème, Démétrios. La Sogdiane, qu'Alexandre avait conquise au prix de deux campagnes meurtrières, profite du siège pour prendre son indépendance. La route de l'or de l'Altaï est ainsi coupée et Euthydème doit interrompre l'émission de monnaies d'or[2].

Principaux rois et territoires gréco-bactriens[modifier | modifier le code]

Maison de Diodote[modifier | modifier le code]

Statère d'or à l'effigie de Diodote Ier

Territoires de Bactriane, Kapisène, Sogdiane, Ferghana :

  • Diodote Ier (v. -250 à v. -238). La sécession de Diodote fut progressive, comme le montre la variation du monnayage de l'atelier de Bactres. Diodote commença par faire changer la divinité représentée au revers : Zeus lançant la foudre à gauche au lieu d'Apollon, dieu protecteur de la dynastie séleucide, la légende restant inchangée au nom d'Antiochos II. Dans un second temps, le portrait au droit est celui de Diodote au lieu de celui d'Antiochos, mais la légende reste au nom d'Antiochos. Seulement dans un troisième temps, la légende est au nom du roi Diodote[3]. La Bactriane avait été auparavant sauvée d'une invasion nomade très destructrice par l'intervention de Séleucos I. Une sécession impliquait d'assumer sa propre défense et Diodote semble avoir introduit très prudemment cette situation, en fait rendue inévitable par l'affaiblissement des Séleucides et la sécession d'Andragoras en Parthyène. Cette évolution commença en -250[4] et se termina avant -246, avènement de Séleucos II dont le nom n'apparaît pas dans les légendes.
  • Diodote II (v. -238 à -236), fils du précédent. L'alliance de Diodote II a aidé les Parthes a infliger à Séleucos II une grave défaite en -237[5]. Peu après Diodote II fut renversé par Euthydème qui massacra toute sa famille, comme il allait s'en vanter plus tard auprès d'Antiochos III[6]. C'en est fait de la lignée de Diodote. Il est possible qu'un sentiment de solidarité panhellénique ait fait mal ressentir l'alliance avec les Parthes, mais ce n'est pas documenté.

Maison d’Euthydème[modifier | modifier le code]

Tétradrachme d'argent de Démétrios Ier

Territoires de Bactriane, Kapisène, Sogdiane, Ferghana :

  • Euthydème Ier (v. -236 à v. -200), renverse Diodote II. Le roi séleucide Antiochos III tente la reconquête des satrapies orientales en -209. Après avoir vaincu les Parthes, il attaque la Bactriane et assiège sa capitale Bactres. La Sogdiane en profite pour prendre son indépendance[7]. La perte de la Sogdiane coupe pour les Gréco-Bactriens la route de l'or de l'Altaï. Par la suite, Euthydème et ses successeurs devront cesser l'émission de monnaie d'or, ce qui montre que l'or monnayé auparavant venait pour l'essentiel de l'Altaï. Après deux ans de siège, Antiochos III accepte de reconnaître Euthydème comme roi et donne une de ses filles en mariage au fils d'Euthydème, Démétrios. Il se replie vers l'ouest par l'Inde, ouvrant la route à Démétrios.

Territoires de Bactriane, Kapisène, Paropamisades, Arachosie, Drangiane, Patalène, royaumes côtiers de Saraostos et Sigerdis

  • Démétrios Ier (v. -200 à v. -194), fils du précédent et conquérant de l’Inde. Ses conquêtes datent d'avant son avènement comme roi[8]. Elles comprennent d'abord les principautés de l'Empire Maurya en cours de dislocation soumises par Antiochos qui leur a pris leurs trésors et leurs éléphants : Paropamisades, Arachosie avec la cité grecque d'Alexandrie d'Arachosie (mod. Kandahar) et la Drangiane. Puis Démétrios conquiert la Patalène jusqu'aux bouches de l'Indus. Il n'avait jusque là que repris des territoires conquis par Alexandre et cédés par Séleucos à Chandragupta, fondateur de l'Empire Maurya. Démétrios conquiert encore les royaumes de Saraostos et Sigerdis, à l'est de l'Indus, allant beaucoup plus loin qu'Alexandre[8]. Le nom de Saraostos se retrouve dans le nom moderne de la péninsule du Surashtra; celui de Sigerdis pourrait correspondre au nom du port de Zigerus mentionné par Pline[9]. Les immenses territoires conquis par Démétrios ont fait de lui un personnage légendaire, le héros de la Bactriane, probablement divinisé. Mais le pillage intensif d'Antiochos dans les pays qu'il a traversés n'a pas laissé à Démétrios de quoi s'enrichir. L'émission de nombreux tétradrachmes fourrés montre qu'il a même rencontré de sérieuses difficultés financières et monétaires. Paradoxalement les frais occasionnés par ses conquêtes ont encore approfondi la crise monétaire initiée par la sécession de la Sogdiane. Ses successeurs Euthydème II, Pantaléon et Agathocle, ne pouvaient proposer des monnaies d'argent fourré dans les villes commerçantes du Gandhara et du Pendjab récemment conquises, dont Taxila était la plus importante, qui utilisaient leur monnaie locale en argent (monnaies poinçonnées ou lingots poinçonnés). Ils ont imaginé l'introduction très originale de monnaies de cupro-nickel. Ces monnaies ne portant qu'une légende grecque, on peut supposer qu'elles servaient surtout à payer les soldats ou les fonctionnaires grecs.

Territoires de Bactriane, Kapisène, Paropamisades, Arachosie, Drangiane, Patalène,Saraostos, Sigerdis, Gandhara, Pendjab

  • Euthydème II (v. -194 à v. -192), jeune fils de Démétrios Ier, règne sous la tutelle de Pantaléon. La pénurie de métaux précieux mène à frapper des monnaies en cupro-nickel, alliage connu à Taxila pour la fabrication d'objets de luxe mais jamais encore des monnaies. Les émissions de monnaies de cupro-nickel se poursuivront sous ses deux successeurs. Taxila se trouve à la limite de l'utilisation des deux écritures, Kharosthi au nord-ouest et Brahmi au sud-est. Pantaléon émet les premières monnaies de bronze bilingues grec-brahmi avec la représentation d'une divinité indienne et la panthère de Dionysos. Il est certain que les Gréco-Bactriens avaient alors conquis le Pendjab au moins jusqu'à Taxila. On ne peut affirmer que cette conquête fut l'œuvre de Démétrios Ier à la fin de son règne ou celle de Pantaléon.

Maison de Pantaléon[modifier | modifier le code]

  • Pantaléon, d'abord régent-tuteur (épitropos) du jeune Euthydème II, devient roi (v. -192) pour un règne très court. Rien n'indique qu'il ait eu quelque parenté avec la famille d'Euthydème. Il était un compagnon proche, un stratégos de Démétrios Ier.
  • Agathocle (v. -192 à -186), son fils (ou frère cadet) devant une pénurie croissante d'argent, impose un cours forcé de monnaies de cupro-nickel à la place des oboles d'argent, circulant essentiellement en Bactriane où cet alliage était inconnu. Il tente d'instaurer la religion indienne comme religion officielle comme le montrent ses monnaies d'argent bilingues représentant des dieux indiens sur les deux faces (Trésor 1 d'Aï Khanoum). Pour faire face au mécontentement des Gréco-Macédoniens de Bactriane, il émet des monnaies commémoratives de ses prédécesseurs sur le trône de Bactriane depuis Alexandre le Grand jusqu'à Pantaléon, se présentant comme leur fidèle continuateur. Des indices concordants de troubles relevés par Paul Bernard[10] et les changements radicaux de politique de ses successeurs, laissent penser qu'Agathocle fut renversé en -186 par un soulèvement en Bactriane conduit par Antimaque Ier. Antimaque au cours d'une campagne en Inde reconquiert les villes fidèles à Agathocle et leur impose un lourd tribut en argent. Les monnaies commémoratives d'Agathocle constituent une documentation unique sur les épiclèses (surnoms) données aux différents rois gréco-bactriens. Dans le cas de rois associés, l'épiclèse Théos est exclusivement l'attribut du roi principal gouvernant la Bactriane proprement dite et résidant à Bactres. Le roi associé de rang inférieur est le plus souvent Sôter ou porte un autre titre. Alors qu'il s'agit de titres de glorification personnels chez les Séleucides, les Gréco-Bactriens en ont fait des grades dans une hiérarchie de rois associés portant tous le titre de basileus, qu'il fallait donc distinguer autrement[11].

Maisons d'Antimaque et d'Apollodote[modifier | modifier le code]

Tétradrachme du Royaume de Bactriane à l'effigie d'Antimaque Ier Théos.Date : c. 174-165 AC. Description avers : Buste diadémé et drapé d’Antimaque Ier à droite, coiffé de la kausia . Description revers : Poséidon debout de face, à demi-nu, le manteau (himation) sur l’épaule, tenant un trident de la main droite et une palme de la main gauche .
  • Antimaque Ier Théos (-186/185 à v. -173) organise une dyarchie, lui-même, roi principal, gouvernant directement la Bactriane, associé à ses deux fils Eumène et Antimaque II (parchemin d'Asangorna)[12]. Antimaque Ier coopte Apollodote Ier pour gouverner les territoires indiens. Ni l'un, ni l'autre ne semble avoir de liens familiaux avec les Euthydémides. En revanche, Ménandre, très probablement fils d'Apollodote[13], a épousé Agathocléia qui, d'après son nom, pourrait avoir été une fille d'Agathocle. Ainsi Antimaque a su récupérer un proche d'Agathocle, qui avait probablement une bonne connaissance de l'Inde, pour en faire un roi associé chargé du gouvernement de l'Inde grecque. Une nouvelle ère est fondée en -186/-185[14]. On sait déjà par le parchemin d'Amphipolis[15], que l'avènement d'Antimaque I Théos a été une ère utilisée longtemps après sa mort. La refondation et la complète réorganisation politique, religieuse et économique de l'Empire gréco-bactrien opérées par Antimaque et Apollodote justifient le choix d'une nouvelle ère : cette ère indo-grecque de -186/5 est vraisemblablement celle de l'avènement d'Antimaque[16].
  • Apollodote Ier Sôter (-186/185 à v. -175) abolit la monnaie de cupro-nickel. Il fonde la « drachme » d'argent indo-grecque de 2,45 g (contre 4,20 g pour la drachme attique de Bactriane). Le change entre les deux systèmes monétaires, qui vont désormais coexister dans l'Empire gréco-bactrien, est simple : un tétradrachme attique de Bactriane pèse exactement comme sept drachmes indo-grecques. La monnaie émise par Apollodote est d'un poids précis, et faite d'argent pur (au sens antique) alors que les monnaies poinçonnées sont très irrégulières en poids comme en aloi d'argent. Elle est émise en abondance grâce aux énormes tributs prélevés à la fin de la guerre civile contre Agathocle. Cette monnaie de qualité va éliminer les monnaies locales, sans que l'on sache si leur production a été interdite ou si elles ont disparu dans la concurrence avec la monnaie royale de meilleure qualité. Des États voisins vont adopter ce système et frapper des monnaies de types voisins. Sur ces monnaies, les représentations religieuses indiennes sont bannies. S'il y a des représentations religieuses, elles seront toujours grecques et cela durera environ deux siècles, jusqu'à la fin du monnayage indo-grec. Sur le plan territorial, il semble que les conquêtes soient complètement arrêtées. Cette politique pacifique et une abondante circulation monétaire sont des signes d'une prospérité économique rétablie.
  • Antimaque II Nicéphore (v. -175 à v. -165 comme roi associé à Démétrios II ; v. -165 à v. -150 comme roi rallié à Eucratide Ier, en Bactriane sans monnayage gréco-bactrien connu à son nom), fils d'Antimaque Ier, succède à Apollodote vers -175 pour le gouvernement des territoires indiens. Son monnayage de drachmes indiennes bilingues est très abondant. Après la victoire d'Eucratide sur Démétrios II, il va se rallier à Eucratide. En effet, le parchemin d'Amphipolis daté de la trentième année d'Antimaque, trouvé à proximité de Bactres, le mentionne comme roi alors que la Bactriane était depuis 165 environ sous la domination d'Eucratide.
  • Démétrios II ( v. -173 à v. -165) succède à Antimaque Ier en Bactriane vers -173. Malgré son nom qui laisserait penser qu'il est un euthydémide, son origine familiale n'est pas évidente. Ses portraits monétaires montrent un jeune homme. Il a émis des monnayages exclusivement gréco-bactriens. Antimaque II a continué à gouverner les territoires indiens. Non content de cette dyarchie, Démétrios II reprend une politique de conquêtes en nommant deux rois associés de plus. Il coopte Eucratide en Bactriane orientale en -171[17] avec pour mission la reconquête de la Sogdiane et Ménandre en Inde, à une date inconnue mais peu après, avec pour mission la conquête de la vallée du Gange. Le pouvoir central de ce jeune homme lançait des hommes de guerre de grande valeur, avec des armées importantes, dans des conquêtes lointaines qu'il ne pouvait pas contrôler.

Maison d’Eucratide[modifier | modifier le code]

Territoires de Bactriane, Sogdiane Paropamisades, Arachosie Gandhara, Pendjab :

  • Eucratide Ier Mégas (v. -171 à -139), fils d'Hélioclès, qui n'était pas roi et de Laodicée portant le diadème sur ses portraits. Le nom de Laodicée est fréquent dans la famille séleucide. Il s'agit peut-être de la veuve de Démétrios. Eucratide est nommé roi associé par Démétrios II sans épiclèse. Il conquiert la Sogdiane et rétablit l'émission de monnaie d'or, étant encore simple roi associé. Il entre alors en rébellion contre Démétrios II qui est vaincu et probablement tué. Il célèbre sa victoire ( v. -165) par l'émission de médaillons d'or de vingt statères (169,2 g) les plus grandes monnaies d'or de l'Antiquité. Il se proclame basileus mégas, Grand Roi, le titre des anciens rois achéménides. Il envahit les territoires indo-grecs en laissant ses deux fils Hélioclès et Eucratide II à la garde de la Bactriane. Antimaque II se rallie à lui. Eucratide avançant vers l'Est se heurte à l'armée de Ménandre, revenu de son expédition sur le Gange, dans une bataille acharnée et mutuellement destructrice d'après le Yugapurana[18]. Le roi des Parthes Mithridate Ier attaque la Bactriane et s'empare de territoires limitrophes[19]. Eucratide nomme roi associé Zoïlos Ier Dikaios et lui confie le gouvernement de ses territoires indiens. À son retour en Bactriane, il est assassiné par son fils dont le char roule dans son sang et qui lui refuse la sépulture[20]. Justin ne donne pas le nom de ce fils, mais il s'agit probablement d'Hélioclès Ier. On peut dater ce meurtre de 139, d'après les monnaies de Platon, datées selon l'ère indo-grecque, (ou ère yavana fondée à l'avènement d'Antimaque I Théos) qui a conduit une révolte contre le parricide certainement déclenchée peu après le meurtre[21].
  • Hélioclès Ier Dikaios (v. -165 à -129), Hélioclès Ier Dikaios, fils aîné d'Eucratide a reçu la responsabilité principale dans la garde de la Bactriane, pendant que son père partait à la conquête des territoires indo-grecs. L'agression de Mithridate Ier, roi des Parthes, n'a pas été combattue avec succès. Mithridate a pu s'emparer de nombreux territoires. Après le meurtre de son père, Hélioclès dut faire face à une invasion des nomades Yuezhi venus du nord qui détruisirent Aï-Khanoum. De plus une partie importante de l'armée se révolta contre le parricide sous la direction de Platon. Les monnaies de Platon, datées de 47 et 48 dans l'ère indo-grecque fournissent une date précise pour cette révolte : -139/138 et -138/137. Une série de tétradrachmes d'Hélioclès est aussi datée de l'année 57 de la même ère, correspondant à -129/128[22]. L'ambassadeur chinois Zhang Qian décrit la Bactriane en -130 comme envahie par les Yuezhi et abandonnée par les Grecs.
  • Eucratide II Sôter (v. -165 à v. -150), frère cadet d'Hélioclès I, chargé de l'assister dans la gestion de la Bactriane en l'absence de leur père. On connaît un tétradrachme hybride avec au droit le portrait d'Hélioclès et au revers l'Apollon des revers d'Euthydème II, ce qui montre qu'ils ont même partagé un atelier monétaire. Un tétradrachme d'Eucratide II est surfrappé sur Démétrios II, ce qui pourrait expliquer que les monnaies d'Eucratide II roi secondaire, aient été retrouvées en beaucoup plus grand nombre que celles de Démétrios II roi principal de l'Empire gréco-bactrien : Eucratide II a peut-être retiré de la circulation les monnaies de l'ennemi vaincu. Eucratide II est mort à une date inconnue mais bien avant son frère et avant le meurtre de leur père.

Maisons diverses[modifier | modifier le code]

  • Zoïlos Ier Dikaios (v. -150 à v. -130), roi associé à Eucratide I pour gouverner ses conquêtes en Inde. Les revers de ses tétradrachmes, Héraclès couronné debout se couronnant de nouveau, sont identiques à ceux d'Euthydème II. Il est possible qu'il soit un Euthydémide rallié à Eucratide. Il a probablement continué la guerre contre Ménandre. On connaît plusieurs de ses monnaies surfrappées par Ménandre.
  • Platon (-139 à -137), usurpateur menant la révolte d'une partie de l'armée contre le parricide Hélioclès. Il est représenté avec le même casque qu'Eucratide Ier et certains auteurs en ont conclu qu'ils étaient de la même famille. En fait, on ne connaît pas ses origines. C'est le premier roi de Bactriane et le seul à avoir daté ses monnaies, à l'exception d'une série d'Hélioclès émise vers la fin de son règne. Platon a frappé toutes ses monnaies dans un atelier commun avec Zoilos Ier Dikaios. On peut en déduire que Zoïlos n'a pas non plus reconnu Hélioclès comme roi après le meurtre d'Eucratide et a soutenu Platon. Cette nouvelle guerre civile, s'ajoutant à la guerre contre Ménandre et combinée avec plusieurs menaces extérieures les Parthes, les Yuezhi, peut-être d'autres nomades, a causé la perte de la Bactriane pour les Grecs. La Bactriane « aux mille villes », région riche de ses plaines irriguées et de ses ressources minérales, avait été profondément hellénisée et les invasions entraînèrent probablement un exode massif des Grecs de Bactriane vers le sud, où les territoires indo-grecs n'avaient pas été touchés par les invasions étrangères.

Expansion géographique[modifier | modifier le code]

Suivant le départ de l'armée séleucide, le royaume bactrien aurait vraisemblablement subit une phase d'expansion. Des régions correspondant à l'actuel nord-est de l'Iran aurait été absorbées, possiblement aussi loin que jusqu'à la Parthie, dont le dirigeant avait été défait peu de temps auparavant par Antiochus III. Ces territoires correspondent possiblement aux satrapies de Tapuria et Traxiane.

Au nord, Euthydème régnait sur la Sogdiane et le Ferghana. Il existe certaines indications qu'à partir d'Alexandria Eskhate, des troupes de Bactriane hellénistiques auraient mené des expéditions aussi loin que les villes de Kashgar et Urumqi dans le Turkestan chinois actuel. Ainsi, les premiers contacts entre la Chine et la civilisation occidentale antique auraient eu lieu autour de 220 av. J.-C. L'historien greb Strabon écrivait dans son 11e ouvrage: « [...] ils étendirent leur empire aussi loin que chez les Seres et les Phryni. ».

Plusieurs statuettes et représentations de soldats hellénistiques furent retrouvées au nord des Monts Célestes, aux portes de la Chine. Plusieurs d'entre elles sont actuellement exposées au musée du Xinjiang à Urumqi. L'influence grecque sur l'art chinois est aussi suggérée par des motifs de roses, des lignes géométriques et des verres caractéristiques retrouvés sur certains miroirs de bronze de la dynastie Han datés de 300 à 200 av. J.-C.

Des analyses numismatiques avancent également que certains échanges technologiques ont pu avoir lieu lors de ces contacts. Les Grecs de Bactriane sont les premiers occidentaux à émettre une monnaie basée sur un alliage de cuivre et de nickel (proportion 3 pour 1), un mélange connu seulement des Chinois sous le vocable « cuivre blanc ». Les pratiques chinoises d'exportation de métaux à des fins commerciales, en particulier le fer, est attestée durant cette période. Les rois Agathocles et Pantaléon émirent des pièces avec un tel alliage autour de 170 av. J.-C. Une telle technologie ne fut plus réutilisée avant le XIXe siècle en Occident.

L'explorateur et ambassadeur Zhang Qian visita la Bactriane hellénistique en 126 av. J.-C. et constata la présence de produits chinois dans les marchés bactriens:

« Lorsque j'étais en Bactriane (Daxie), j'ai vu des cannes de bambou de Qiong et des étoffes fabriquées dans la province de Shu (territoires du sud-ouest chinois). Quand j'ai demandé aux gens comment ils avaient pu se procurer de tels articles, ils répondirent: "Nos marchands vont les acheter dans les marchés de Shendu (Inde)".»

À son retour, Zhand Qian informa l'empereur Han Wudi du niveau de sophistication des civilisations urbaines du Ferghana, de Bactriane et de Parthie. Il devint alors intéressé à développer des relations commerciales avec ces régions:

« En entendant tout ceci, le Fils du Ciel eût le raisonnement suivant: le Ferghana (Dayuan) et les possessions de la Bactriane et de Parthie sont de vastes territoires, plein de choses rares, avec une population vivant dans des maisons fixes, vivant de métiers pratiquement identiques à ceux du peuple chinois, et accordant une grande valeur à la riche production de la Chine. » (Han Shu, histoire ancienne Han)

Un certain nombre d'émissaires chinois fut envoyé en Asie centrale, déclenchant le développement de la route de la soie à la fin du IIe siècle av. J.-C..

Art gréco-bactrien[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

  • Paul Bernard et Henri-Paul Francfort, Etudes de géographie historique sur la plaine d'Aï Khanoum (Afghanistan), Paris,‎ 1978.
  • Paul Bernard, Fouilles d'Aï Khanoum IV Les monnaies hors trésors, questions d'histoire gréco-bactrienne, Paris, De Boccard,‎ 1985 (ISSN 0768-0473).
  • Pierre Leriche, Fouilles d'Aï Khanoum V Les remparts et les monuments associés, Paris, De Boccard,‎ 1986.
  • Claude Rapin, Fouilles d'Aï Khanoum VIII La trésorerie du palais hellénistique d'Aï Khanoum - L'apogée et la chute du royaume grec de Bactriane, Paris, De Boccard,‎ 1992 (ISBN 2-9506459-0-9).
  • François Widemann, Les successeurs d'Alexandre en Asie centrale et leur héritage culturel, Paris, Riveneuve éditions,‎ 2009 (ISBN 978-2-914214-71-1).
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique (323-30 av. J.-C.), Paris, Seuil, coll. « Points Histoire »,‎ 1967 (réimpr. 2003) (ISBN 2-02-060387-X).
  • Osmund Bopearachchi, Monnaies gréco-bactriennes et indo-grecques, catalogue raisonné, Paris, Bibliothèque Nationale,‎ 1991 (ISBN 2-7177-1825-7).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François Widemann, Les successeurs d'Alexandre en Asie centrale et leur héritage culturel, Riveneuve éditions, 2009.
  2. F. Widemann, op. cit., p. 55-58.
  3. F. Widemann, op. cit., p. 47 (avec illustrations).
  4. Justin XLI, 4
  5. Justin XLI, 4,9
  6. Polybe XI, 39, 2
  7. F. Widemann op. cit. p. 55-56
  8. a et b Strabon XI, 11, 1
  9. Pline VI, 26, 101
  10. Rémy Audoin et Paul Bernard, « Trésor de monnaies indiennes et indo-grecques d'Aï Khanoum (Afghanistan) II. Les monnaies indo-grecques », Revue numismatique 1974, p. 6-41, pl. I
  11. F. Widemann, op. cit., p. 129
  12. J. Rea, R.Senior et A. Hollis, A tax receipt from Hellenistic Bactria, Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik 104,(1994) p.  261-280
  13. F. Widemann, op. cit., p. 156-157
  14. Richard Salomon, « The Indo-Greek era of 186/5 in a Buddhist reliquary inscription », dans Afghanistan, ancien carrefour entre l'Est et l'Ouest, O. Bopearachchi et M. F. Boussac éds. Brepols 2005, p.  359-401
  15. W. Clarysse et D. Thompson, « Two Greek texts on skin from Hellenistic Bactria », Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik 159 (2007), p. 253-279.
  16. F. Widemann, op. cit., p. 133-136.
  17. Justin XLI, 6, 1
  18. E. Lamotte, Histoire du bouddhisme indien, des origines à l'ère saka, Louvain 1958, réimp. 1967
  19. Strabon XI, 8, 2
  20. Justin XLI, 6, 5
  21. F. Widemann, op. cit., p. 191.
  22. F. Widemann, « Monnaies datées de la Bactriane grecque », Bulletin de la Société française de numismatique 60, mai 2005, p.  82-88
  23. Visible lors de l'exposition temporaire: Afghanistan : Les trésors retrouvés : Collections du Musée National de Kaboul, Pierre Cambon, dir. Musée national des arts asiatiques - Guimet, 2006-2007, éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 300 pages. ISBN 978-2-7118-5218-5. no 24, page 157.
  24. Idem no 32, Page 161.
  25. Idem no 35, Page 163
  26. Idem no 23, Page 156
  27. Idem no 14, p. 152
  28. Idem no 79, Page 182 et Page 165: Pierre Cambon:...les parures elles-mêmes évoquent un modèle plus ancien, la Bactriane grecque ou le règne d'Eucratide (170-145 av. n. è., voir les agrafes à décor de guerriers, tombe III, ou le pectoral décoré d'un camée, tombe IV)...
  29. Idem no 59, page 173. Voir aussi : La Bactriane de Cyrus à Timour in : Dossiers d'Archéologie, no 247, octobre 1999.
  30. Idem no 135, page 207. Aussi : Sarianidi, L'or de Bactriane, 1985, no 163.