Bataille de Pydna

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Bataille de Pydna
Informations générales
Date 22 juin 168 av. J.-C.
Lieu Pydna en Macédoine
Issue Écrasante victoire romaine
Belligérants
Royaume de Macédoine République romaine
Commandants
Persée de Macédoine Paul Émile
Forces en présence
44 000 hommes
dont 4 000 cavaliers
39 000 hommes
dont 4 000 cavaliers
Pertes
20-25 000 morts
> 10 000 prisonniers
80 à 100 morts
Troisième Guerre macédonienne
Coordonnées 40° 21′ 55″ N 22° 36′ 47″ E / 40.365277777778, 22.61305555555640° 21′ 55″ Nord 22° 36′ 47″ Est / 40.365277777778, 22.613055555556  
Localisation de Pydna

La bataille de Pydna opposa le 22 juin 168 av. J.-C. l'armée du roi de Macédoine Persée à une armée romaine commandée par le général Lucius Aemilius Paullus. Elle mit fin à la Troisième guerre de Macédoine par la défaite totale de ce royaume et entraîna la suppression de la monarchie antigonide et la division de la Macédoine en quatre républiques indépendantes.

La Troisième guerre de Macédoine[modifier | modifier le code]

La Troisième guerre de Macédoine avait commencé en 172 av. J.-C. à la suite des initiatives politiques de Persée en Grèce, où il tentait avec un certain succès de présenter la Macédoine comme un utile contrepoids à l'influence romaine toujours plus envahissante : en 174 av. J.-C., il avait ainsi approché la Ligue achéenne et surtout conclu un traité d'alliance avec la Béotie. Sans trahir les clauses du traité de 197 av. J.-C. qui interdisait toute intervention macédonienne en Grèce, cette politique avait suffisamment inquiété le Sénat romain pour qu'il ait envoyé de nombreuses ambassades en Grèce, puis finalement, suite à une plainte formelle de l'allié fidèle Eumène de Pergame en 172 av. J.-C., pour qu'il ait décidé la guerre.

Les débuts de la guerre furent laborieux pour les Romains. Les Grecs montrèrent une réticence certaine à s'engager et n'envoyèrent que de très modestes contingents. Rhodes en particulier se distingua par sa mauvaise volonté, qui devait lui coûter cher. Eumène lui-même, trop occupé par la menace galate, aurait envisagé une solution négociée du conflit, et la rumeur de ses contacts avec Persée lui valut par la suite la mauvaise humeur de Rome. Les Romains enregistrèrent de plus en 170 av. J.-C. la défection d'une partie de l'Épire, ce qui entraîna des complications logistiques importantes pour le ravitaillement de l'armée romaine opérant en Thessalie. L'année suivante, en 169 av. J.-C., ce fut le roi d'Illyrie, Genthios, qui fit défection à son tour.

Sur le terrain, la situation n'était pas meilleure : après des succès initiaux les conduisant jusqu'en Macédoine méridionale, les Romains furent repoussés par Persée qui leur reprit le centre religieux important de Dion et établit ses lignes de défense sur le fleuve Elpeus, la frontière naturelle entre la Thessalie et la Macédoine.

Manœuvres préliminaires à la bataille[modifier | modifier le code]

Ordre de bataille à Pydna

Les Romains décidèrent alors d'envoyer un des consuls de l'année, Lucius Aemilius Paullus (plus connu sous le nom francisé de Paul-Émile) prendre la relève du commandement. Pour obliger Persée à abandonner ses positions, Paul-Émile détacha une partie de son armée (8200 fantassins et 120 cavaliers) sous le commandement de Publius Cornelius Scipio Nasica vers la côte pour faire croire à Persée que l'armée romaine tenterait une manœuvre de débordement. Mais en fait, la nuit, Scipion conduisit son armée vers le sud et franchit les montagnes vers l'ouest des armées romaines et macédoniennes. Il s'éloigna jusqu'à Pithium puis obliqua vers le nord-est de façon à prendre les Macédoniens à revers.

Persée fut toutefois averti de la manœuvre par un déserteur crétois de l'armée romaine, et il envoya Milo à la tête d'un contingent de 12 000 hommes bloquer la route d'approche de Scipion. Le combat qui s'ensuivit vit la défaite des Macédoniens qui battirent en retraite, ne laissant d'autre choix à Persée que d'abandonner ses positions. Il marcha donc vers le nord et installa de nouvelles positions près de Katerini, un village au sud de Pydna. Le terrain était favorable au déploiement de la phalange :

«  « Le champ de bataille était une plaine, appropriée aux évolutions de la phalange, qui exigeaient un sol plat et uni, et adossée à des collines, qui, tenant l’une à l’autre, offraient aux soldats d’infanterie légère et aux archers des abris, avec le moyen d’envelopper l’ennemi. Au milieu coulaient deux fleuves, l’Eson et le Leucos, peu profonds en cette saison, car on se trouvait au déclin de l’été, mais qui paraissaient cependant devoir causer quelques difficultés aux Romains. »
(Plutarque, Vie de Paul-Émile, 15) »

Paul-Émile attendit le retour des forces de Scipion, tandis que Persée déployait les siennes dans l'attente d'une attaque de ce dernier en provenance du sud. Lorsque les armées romaines arrivèrent de l'ouest, le 16 juin, elles trouvèrent l'armée macédonienne en ordre de bataille dans la plaine, mais tournée vers le sud. Cependant, les troupes étant trop fatiguées par la marche pour profiter de l'opportunité, Paul-Émile fit établir un camp sur les collines au pied du mont Olocrus.

Les forces en présence[modifier | modifier le code]

Les deux armées étaient de forces comparables. Les Romains comptaient au total environ 39 000 hommes, dont 26 000 légionnaires et fantassins lourds assimilés répartis en deux légions, 4 000 cavaliers (dont 1 200 Italiens), et 22 éléphants. Les seules troupes grecques au service de Paul-Émile étaient des Crétois. Paul-Émile disposait également d'une flotte menaçant la côte voisine et pouvant au besoin débarquer une infanterie de marine sur les arrières des Macédoniens.

L'armée macédonienne quant à elle atteignait un total légèrement supérieur, de 44 000 soldats environ. La cavalerie était comparable en effectif à celle des Romains, soit 4 000 cavaliers, se décomposant en 2 000 cavaliers lourds macédoniens répartis en 10 escadrons (l'Agêma), deux escadrons sacrés et sept escadrons royaux ; 1 000 cavaliers légers macédoniens, archers montés et lanceurs de javelots (akontistes) ; et 1 000 cavaliers thraces odryses sous le commandement de leur roi Cotys. Persée avait entraîné sa cavalerie à combattre des éléphants à partir de maquettes grandeur nature. De même, une unité d'infanterie avait été spécialement formée et équipée pour combattre les éléphants.

L'infanterie macédonienne comprenait 3 000 peltastes regroupés en deux Gardes royales, et 21 000 phalangites, probablement répartis en 14 phalanges. Contrairement à la formation habituellement adoptée, Persée les avait rangés sur 32 rangs de profondeur au lieu des 16 habituels. Cette infanterie avait subi l'entraînement intensif nécessaire à ce type de formation, mais manquait cruellement d'expérience : l'armée macédonienne n'avait en effet pas connu de bataille de phalanges depuis la défaite de Cynoscéphales en 197 av. J.-C.. L'infanterie non macédonienne comportait 2 000 peltastes, et 10 000 soldats de garnison de diverses origines ethniques, Illyriens, Péoniens Agrianes, Galates, et Thraces.

Chaque général avait disposé son armée en plaçant au centre l'infanterie lourde (phalange et légions), protégée sur les deux ailes par l'infanterie légère et un corps de cavalerie. Dans le cas macédonien, l'aile droite était, conformément à la tradition, la plus forte : Persée y avait pris le commandement de l'escadron royal et c'est de côté aussi qu'était postée la cavalerie thrace.

La bataille[modifier | modifier le code]

«  « Le sort de cette grande bataille fut réglé aussi vite que possible ; car, ayant commencé de se battre à la neuvième heure, les Romains furent victorieux avant la dixième. »
(Plutarque, ibid.) »

La bataille ne s'engagea qu'au milieu de l'après-midi, le 22 juin (la date est connue par une éclipse de lune la nuit précédente mentionnée dans les sources), pour des raisons qui ne sont pas clairement établies. Selon Tite-Live, c'est une escarmouche provoquée par des Thraces au sujet d'un cheval échappé des lignes romaines vers le camp macédonien qui entraîna la bataille. Pour Plutarque, ce cheval était un stratagème imaginé par Paul-Émile pour provoquer les Macédoniens au combat. Il faut probablement voir dans cette anecdote une version romancée d'un affrontement entre détachements de reconnaissance qui dégénéra jusqu'à impliquer les deux armées tout entières. Elle est probablement rapportée par les témoins de la bataille, puisqu'on s'accorde à reconnaître cette scène sur une des faces de la frise du pilier de Paul Émile à Delphes (voir ci-dessous). L'engagement préliminaire mit aux prises environ 700 Ligures côté romain, et 800 Thraces, côté macédonien.

Les deux armées sortirent alors de leur camp respectif, l'armée macédonienne étant la plus prompte à se déployer. Selon les calculs de N. Hammond, la ligne de bataille occupait une longueur totale de 3,5 km, la phalange au centre s'étirant sur 1,5 km. Aussitôt en position, la phalange chargea les lignes romaines encore non formées : Paul-Émile devait garder le souvenir de la crainte qu'il ressentit à voir s'avancer ce mur apparemment impénétrable de piques (voir Polybe, 29,17 et Plutarque, Vie de Paul-Émile, 19,2).

Les deux centres des armées entrèrent en contact vers 15 heures, et le choc initial ne put être contenu par les Romains, particulièrement sur leur aile droite, où leurs alliés Pélignins et Marrucins refluèrent. Mais le succès même de cette charge initiale de la phalange causa sa perte, car progressant sur les pentes du coteau auquel était adossée la ligne romaine, elle fut désorganisée par les accidents de terrain. Voyant l'avantage qu'il avait à en tirer, Paul-Émile ordonna aux légions de ne pas combattre en ligne, mais en manipules, et de charger dans les brèches ouvertes dans le front de la phalange par sa progression inégale. Une fois qu'ils réussissaient ainsi à contourner le hérisson des sarisses, les légionnaires étaient des fantassins beaucoup plus efficaces au corps à corps que les phalangites, car mieux armés (avec une épée et un bouclier plus grands) et mieux entraînés au combat à l'épée.

Alors que le centre de la phalange était ainsi éprouvé par les effets combinés de la désorganisation due au terrain et de la contre-attaque romaine, Paul-Émile ordonna à ses éléphants d'entrer en action sur l'aile droite en appui d'une attaque de cavalerie contre l'aile gauche macédonienne : celle-ci fut mise en déroute, les chevaux macédoniens paniquant face aux éléphants, tandis que les tactiques prévues contre les éléphants échouaient, et l'aile gauche de la phalange se trouva ainsi prise à revers. Les 3 000 soldats d'élite de l'agêma résistèrent jusqu'au dernier homme et furent massacrés, pendant que la cavalerie macédonienne fuyait vers l'aile droite derrière eux. L'encerclement de l'armée macédonienne fut bientôt complet, tandis que Persée parvenait à s'enfuir avec presque toute la cavalerie vers Pydna.

À la tombée de la nuit, les morts macédoniens se comptaient au nombre de 20 à 25 000 : les phalangites qui avaient réussi à rompre l'encerclement vers la côte furent massacrés sur les plages par l'infanterie de la flotte romaine. Les jours suivants, les Romains rassemblèrent 5 000 fuyards macédoniens puis 6 000 autres à Pydna, qu'ils vendirent comme esclaves, partie intégrante du butin de l'armée. L'infanterie lourde macédonienne venait d'être littéralement annihilée.

Les conséquences de Pydna[modifier | modifier le code]

Après un détour par sa capitale Pella, Persée gagna Amphipolis où il tenta en vain de recruter des troupes parmi les Bisaltes. Il finit par se réfugier au sanctuaire des Grands Dieux de Samothrace. L'île fut soumise à un blocus par une flotte romaine, dont l'amiral, Cnaeus Octavius, finit par persuader Persée et son fils aîné Philippe de se rendre, contre une promesse de pardon et d'immunité pour ses derniers Amis et les Pages royaux qui l'avaient suivi. Sa reddition ne mit pas fin immédiatement aux hostilités, Paul-Émile permettant à son armée de piller la campagne macédonienne et plusieurs villes.

La monarchie macédonienne fut définitivement abolie l'année suivante, lorsqu'à Amphipolis, Paul-Émile procéda à la partition du royaume en quatre républiques autonomes, en accord avec les instructions que lui avait données le Sénat.

La bataille de Pydna confirma ainsi les leçons de Cynoscéphales, à savoir l'incapacité de la phalange à s'adapter au combat contre une unité plus souple telle que la légion : dès que les légionnaires pouvaient s'infiltrer dans les rangs des phalangites, le sort de ces derniers était scellé. La défaite fut aussi probablement transformée en déroute par les carences du commandement macédonien, amplement soulignées par les sources antiques.

La méditerranée en -168 après Pydna

Toutefois cette opinion provient de l'analyse très partisane de Polybe dans son excursus à propos des deux systèmes militaires romains et macédoniens qu'il compare. L'analyse de cet excursus montre des lacunes dans l'explication, dans les exemples et l'analyse de ceux-ci, telles qu'on ne peut, sur cet extrait tout du moins, juger Polybe comme impartial. La bataille de Cynoscéphales n'est pas une bataille à proprement parler, mais une escarmouche qui dégénère sans véritable plan élaboré par les généraux. L'armée macédonienne n'est pas intervenue au complet contrairement à l'armée romaine. On ne peut pas tirer de telles conclusions après Cynoscéphales, ni même après la bataille de Magnésie-du-Sipyle ou de Pydna : l'analyse précise des récits de ces batailles ne peut faire émerger les conclusions auxquelles arrive Polybe, ou alors seulement en partie. Le récit de la bataille de Pydna est trouble, tronqué et Polybe n'est pas notre source première. Toutefois la répétition des désastres militaires lors des rencontres entre l'armée romaine et les armées de type hellénistique vont rendre la phalange macédonienne désuète. Parce que les faits n'étaient pas suffisants, Polybe a dû créer l'explication de la conquête de la Grèce et des Royaumes hellénistiques : pour cela il utilisa, entre autres, des arguments du domaine militaire. La nouvelle mode, c'était le légionnaire romain, qu'il vante tant. L'historiographie moderne a souvent souligné l'impartialité de Polybe dans l'écriture de ses Histoires. On sous estime peut-être le choc psychologique de l'impérialisme romain triomphant chez l'historien grec.

La commémoration de la victoire romaine[modifier | modifier le code]

«  « [Paul Émile] voyant à Delphes une grande colonne carrée de pierre blanche, sur laquelle on devait mettre la statue en or de Persée, ordonna d’y mettre la sienne ; car il convenait que les vaincus cèdent la place aux vainqueurs. »
(Plutarque, ibid.) »

L'année suivant sa victoire, Paul Émile revint donc en Macédoine pour annoncer aux Macédoniens les conditions de paix du vainqueur et traversa ainsi la Grèce. Il fit élever en passant à Delphes un monument commémoratif de sa victoire, dont demeurent encore la base et une grande partie, assez endommagée, de la frise. Elle devait être placée à l'origine sur l'aire sacrificielle à l'Est du temple d'Apollon, en face des piliers hellénistiques du même type. Les sources antiques (Plutarque, Polybe et Tite-Live qui le reprend) s'accordent sur l'essentiel à ce propos : Paul-Émile remploya en fait une base commandée par Persée (pour un motif inconnu) qu'il fit surmonter d'un pilier portant au sommet une statue équestre de lui-même ainsi que la frise. L'examen de la pierre a confirmé cette anecdote : les traces de l'inscription grecque martelée pour laisser place à l'inscription latine y sont effectivement visibles.

Les bas-reliefs sont d'un grand intérêt aussi bien pour l'histoire de l'art que pour celle de la bataille : ils constituent en effet un récit historié réaliste — dans la figuration des combattants, sinon bien entendu, dans le déroulement du combat — de la bataille de Pydna. Plusieurs historiens (cf. bibliographie ci-dessous) ont livré leur interprétation de ces figures fragmentaires. La scène qui ne prête pas à la polémique sur son interprétation occupait la face Nord du pilier : on y voit au centre un cheval sans cavalier entouré de combattants, et il faut certainement y reconnaître l'engagement préliminaire du 22 juin 168 av. J.-C.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources antiques[modifier | modifier le code]

Bataille de Pydna[modifier | modifier le code]

Pilier de Paul-Émile[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Troisième Guerre de Macédoine et bataille de Pydna[modifier | modifier le code]

  • N. G. L. Hammond, «The Battle of Pydna», Journal of Hellenic Studies 104, 1984, 31-47.
  • N. G. L. Hammond, The Macedonian State, Oxford, 1989, 373-377.
  • C. Gandon, P. Sineux (dir.), Étude militaire et historiographique de la conquête romaine de la Grèce et des Royaumes Hellénistiques d'après Polybe, Mémoire de master recherche Histoire Ancienne, Caen, 2010
  • (en) N. G. L. Hammond et F. Walbank, A History of Macedonia, vol. 3 : 336-167 B.C., Oxford, Clarendon Press,‎ 1988 (ISBN 0198148151)
  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Paris, Seuil, coll. « Points Histoire »,‎ 2003 (ISBN 202060387X)

Le pilier de Paul-Émile[modifier | modifier le code]

  • (collectif) Guide de Delphes, le Musée, Athènes, 1986, 124-126.
  • D. Laroche, A. Jacquemin, « Notes sur trois piliers delphiques », Bulletin de Correspondance Hellénique, 106, 1982, 197-218, lire en ligne.
  • N. G. Hammond, F. Walbank, History of Macedonia, vol. 3, appendice 7, 611-617.
  • S. Reinach, « La frise du monument de Paul-Émile à Delphes », Bulletin de Correspondance Hellénique, 34, 1910, 433-468, lire en ligne

Liens externes[modifier | modifier le code]