Bataille de Chéronée (86 av. J.-C.)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bataille de Chéronée.
Bataille de Chéronée
Informations générales
Date 86 av. J.-C.
Lieu Chéronée
Issue Victoire romaine
Belligérants
République romaine Royaume du Pont
Commandants
Lucius Cornelius Sulla Archélaos
Forces en présence
15 000 légionnaires
1 500 cavaliers
30 000 à 50 000 fantassins
3 000 à 5 000 cavaliers
Pertes
non négligeable 30 000 morts
Première guerre de Mithridate
Coordonnées 38° 30′ 04″ N 22° 51′ 50″ E / 38.501, 22.86438° 30′ 04″ Nord 22° 51′ 50″ Est / 38.501, 22.864  

La troisième bataille de Chéronée fut, en 86 av. J.-C., la première victoire majeure de L. Cornelius Sulla sur l'armée du Pont en Grèce, lors de la Première guerre de Mithridate.

Après la prise et le sac d'Athènes le 1er mars 86 av. J.-C., Sylla contraint le général pontique Archélaos à évacuer le Pirée et à rejoindre la Macédoine où il prend le commandement d'une nouvelle armée pontique. Archélaos conduit alors cette armée à travers la Thessalie jusqu'en Béotie où elle rencontre celle de Sylla, venant d'Attique, au cours de l'été 86 av. J.-C.

Avec 15 000 légionnaires et 1 500 cavaliers[1], les forces romaines étaient en très nette infériorité numérique : l'armée pontique comptait peut-être 100 000 hommes, parmi lesquels[1] 15 000 esclaves spécialement affranchis pour être enrôlés dans l'infanterie lourde de Mithridate.

La cavalerie joua un rôle prédominant dans la bataille, Sylla ayant lui-même assumé le commandement de l'aile droite de sa cavalerie. En revanche, les chars à faux pontiques manquèrent d'espace pour se déployer et prendre de la vitesse : ils furent aisément neutralisés par l'infanterie romaine. Le détail des mouvements de troupe est donné par Plutarque.

Longtemps incertaine, la bataille tourna finalement à l'avantage des Romains en raison de l'expérience des légionnaires et du talent tactique de Sylla qui sut renforcer les points faibles aux moments critiques. La victoire romaine se transforma en une véritable déroute pour Archelaos, dont seulement 10 000 hommes survécurent.

Rome n'en avait pour autant pas fini avec la menace pontique : à l'automne, Sylla dut affronter une nouvelle armée à Orchomène.

Étude et analyse des textes[modifier | modifier le code]

Nous allons tenter ici une approche géographique des textes, en cherchant les correspondances entre le texte et la réalité géographique antique et actuelle.

Plutarque, dans sa Vie de Sylla et Appien, dans son Histoire romaine, développent passablement le passage décrivant ces batailles ; ce qui se conçoit aisément, car Sylla en retira une grande gloire et son retour triomphant à Rome ne put que le confirmer.

Après avoir décrit la prise d’Athènes et de son port, Plutarque parle de l’arrivée de Taxile, qui « descendit de Thrace et de Macédoine avec cent mille fantassins, dix mille cavaliers et quatre-vingt-dix quadriges munis de faux. » Ces chiffres sont peut-être quelque peu exagérés, et ne correspondent sûrement pas à ceux qui arrivèrent effectivement en Béotie, car Arcathias puis Taxile ont dû laisser garnisons et détachements dans les cités qu’ils ont assiégées et prises en faisant le voyage. Toujours est-il que Taxile, assiégeant Elatée, appelle Archélaos au commandement des troupes pontiques. Celui-ci se trouve, après sa fuite du Pirée, dans la presqu’île de Munychie, comme le mentionne Plutarque. Sylla passe en Béotie et la réaction d’Archélaos est immédiate. Il rejoint Taxile et prend le commandement de l’armée pontique, mais Plutarque ne mentionne pas le lieu de rencontre, à l’inverse d’Appien, qui cite les Thermopyles.

Sylla et Hortensius se rejoignirent eux à Patronis (ou Tronis ?), puis occupèrent la colline que Plutarque désigne comme s’appelant Philoboiotos (16) et étant fertile et boisée. Dans l’attente d’un combat qui ne vint pas, les Pontiques pillèrent et saccagèrent Panopè et Lebadée (Livadiá) (16.8.) Cela semble étrange qu’ils se fussent rejoints si haut en Béotie, aux Thermopyles, et qu’ils fussent redescendus plus tard sur Chéronée, alors que les Romains se trouvaient entre deux, à Patronis. Mais sachant que les Romains, devant une si grande armée, paraissent avoir été effrayés et cloîtrés dans leur camp, et que les troupes mithridatiques ayant assailli les deux villes étaient désorganisées et sans ordre de leur général, on peut penser que les Pontiques occupèrent, malgré leur désordre, toute la région entre les Thermopyles et Chéronée. Panopè se trouvait à l’ouest de la ville de Chéronée, et Lebadée au sud. Nous n’avons pas beaucoup de détails sur ces villes, si ce n’est Plutarque qui cite le pillage de l’oracle de Lébadée. Les Romains, pressés par Sylla, prirent la forteresse en ruine de Parapotamies, ainsi que la ville de Chéronée (16.12, 16.13.)

«  «Il franchit l’Assos (rivière se jetant dans le Céphise) et, s’avançant jusqu’au pied de l’Hédylion, il campa près d’Archélaos, qui s’était couvert d’un solide retranchement entre l’Acontion et l’Hédylion près du lieu appelé Assies. (Plutarque, 17.5) »

Puis, tenant lieu de premier affrontement, la prise du mont Thourion et du temple d’Apollon Thourion fut effectuée, apparemment sans aucune perte ou presque pour Sylla, à l’inverse d’Archélaos, qui y aurait perdu 3 000 hommes (16.14). Les chiffres paraissent une fois encore excessifs, mais ils témoignent d’emblée de l’exploit accompli alors par deux Chéronéens, exploit qui se trouve gravé sur le trophée que Sylla fit ériger pour célébrer sa victoire. Et Plutarque n’en est pas peu fier : « Et c’est ainsi que notre ville échappa de peu au danger », sachant que c’est l’œuvre de deux Chéronéens, Anaxidamos et Homoloïchos, qui permirent par leur courage de déloger les Pontiques. Pendant cette échauffourée, Sylla fit ranger son armée en ordre de bataille dans la plaine de Chéronée, laissant des cohortes de réserves sur les hauteurs en arrière. À la déroute des défenseurs du Thourion s’ensuivit la bataille, qui vit, grâce à « la prudence de Sylla et de l’irréflexion d’Archélaos », la victoire éclatante du premier. (Appien, XLV.175)

Archélaos, devant le déploiement des forces ennemies pourtant inférieures en nombre, fit l’erreur de faire sortir ses troupes en urgence du camp retranché pour les mettre en ordre de bataille, ce qui se fit non sans mal. Selon Appien, il eut mieux valu pour lui qu’il se défendît depuis son camp, aidé par les accidents du terrain qui précipitèrent sa défaite, comme l'avait prévu Sylla. De plus, l’espace à disposition d’Archélaos n'était pas aisé à parcourir, et Sylla détenait toutes les positions clefs de la région. Ce qui suit alors diffère légèrement entre les deux historiens. Plutarque soutient que les troupes de Sylla s'avancèrent et parcoururent la distance les séparant des barbares ennemis, coupant ainsi toute velléité d’action à leurs chars à faux. Appien, lui, mentionne une charge des chars à faux, qui échoua lamentablement, grâce à l’habileté des troupes romaines, puis une charge de la cavalerie pontique, qui coupa les légions en deux. On peut conjecturer que la cavalerie agit effectivement, et que Plutarque ait omis de le mentionner. Plutarque fait alors intervenir les infanteries qui « en vinrent aux mains », alors qu’Appien mentionne un mouvement de la cavalerie romaine. Toutefois, ces détails, et les quelques différences entre les deux récits, peuvent provenir d’une interprétation différente de leurs sources, ou tout simplement de la pluralité des sources.

Mais les deux historiens sont d’accord sur la base du scénario ; les Pontiques furent écrasés, malgré quelques succès locaux, et repoussés sur leur camp, dont Archélaos fit fermer les portes pour les obliger à se battre, ce qui a pour effet d’en faire massacrer un plus grand nombre encore, avant qu’Archélaos n'ouvrît les portes, puis détalât vers Chalcis avec les 10 000 hommes qui subsistaient de sa grande armée. Plutarque s’étend longuement sur les détails de la bataille (17.9-19.12), ainsi qu’Appien (XLII.160-XLIV.174).

En dernière analyse, quelques détails diffèrent, ce qui paraît être normal, mais le fond du récit est identique. Les Pontiques tentèrent un encerclement des légions romaines après une charge ratée de chars et de cavalerie, mais furent coupés dans leur élan et prirent la fuite, se heurtant aux accidents du terrain et à leurs propres remparts. Plutarque, dans sa description préalable du terrain, de la région et des forces en présences et de leurs actions, cite force noms de lieux-dits, de villes et de personnes. Ceci est grandement utile, dans la mesure où nous pouvons accréditer sa version des faits, de par les fouilles archéologiques et de par nos connaissances de cette région. Appien, en revanche, ne cite que peu de lieux et de villes, allant directement au cœur du sujet : la bataille. Même si un récit en vaut un autre, il est clair que les indications précises de Plutarque sont essentielles. À ce niveau, il ne faut par ailleurs pas oublier que Plutarque est natif de Chéronée, et qu’il connaissait donc la région bien mieux qu’Appien.

Deux trophées ont été érigés à l’occasion de cette victoire, et l’on a retrouvé l’un d’eux sur le mont Thourion, non loin du temple d’Apollon Thourion. Les inscriptions du trophée sont dirigées vers Arès, Niké et Aphrodite, à qui Sylla attribue sa victoire, plus qu’à son courage et à sa force. Le premier trophée fut, dit Plutarque, déposé « à l’endroit où les troupes d’Archélaos commencèrent à lâcher pied en direction du Morios », et le second, « placé à la cime du Thourion pour commémorer l’encerclement des barbares ». C’est sur ce second que se trouvent les deux noms des Chéronéens et que l’on a retrouvé.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b d'après Plutarque, Sylla XVI

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Édouard Will, Histoire politique du monde hellénistique 323-30 av. J.-C., Paris, Seuil, coll. « Points Histoire »,‎ 2003 (ISBN 202060387X)