Montanisme

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Le montanisme est un mouvement chrétien hétérodoxe du IIe siècle fondé par le prophète Montanus en Phrygie, région de la Turquie actuelle.

Ce mouvement spontané, tout d'abord indistinct de l’Église d’Ignace d'Antioche, fut ensuite considéré comme hérétique par celle-ci. Ce mouvement, qui se réclamait spécialement de l'évangile selon Jean, est contemporain du marcionisme.

Histoire[modifier | modifier le code]

Montanus serait né à Ardabau, un village de Phrygie (Turquie moderne) au IIe siècle après J.-C., vers 160. Il fut un chrétien de type charismatique et laissa de la place aux femmes, telles Prisca (ou Pricilla) et Maximilia[1]. Plutôt que fondateur d'un mouvement religieux chrétien, il propagea un christianisme que ses contemporains nommaient hérésie phrygienne, hérésie cataphrygienne ou encore hérésie pépusienne. Ancien prêtre des idoles (probablement du culte de Cybèle) converti au christianisme, rien ne nous permet de dire qu'il organisa un système ecclésiastique ou même y participa. Jean d'Éphèse alla même jusqu'à déterrer les cadavres du prophète et des prophétesses pour les brûler.

Les rites cataphrygiens[modifier | modifier le code]

On ne sait rien des rites montanistes et on ne peut pas considérer qu'ils dérogeaient au strict christianisme asiate. Tout au moins c'est ce que Tertullien, contemporain de Montan admettait (De Jejunio...). C'est aussi le point de vue de Pierre de Labriolle[2] et de Nicolas Robert[3].

Système de croyances[modifier | modifier le code]

Le montanisme apparait au moment où l'Église s'organise en système. Ces chrétiens rejetaient le clergé et toute hiérarchie, pour mieux exalter le martyre. Le mouvement fondait aussi son système de croyance sur la promesse de Jésus à ses disciples de leur envoyer, après sa mort, le Paraclet, l'Esprit de vérité, qui devait les conduire en toute vérité et demeurer éternellement avec eux pour leur enseigner les choses qu'ils n'avaient pu comprendre pendant sa vie.

Montanus se présenta donc comme l'organe du Paraclet. Il ne prétendait pas être le Paraclet lui-même, mais un médium humain en extase prophétique. Les paroles qu'il proférait étaient non les siennes, mais celles du Paraclet. Ainsi, dans un fragment conservé par Épiphane (au IVe siècle), et qui lui a été attribué, il déclare : « Je suis venu non comme un ange ou un ambassadeur, mais comme Dieu le Père. »

Si Montanus est le premier à avoir pris en considération le "Paraclet" de "Jean", c'est peut-être en raison d'une proximité fondamentale. En fait, le montanisme, par sa promotion du "Saint Esprit", en plus du "Père" et du "Fils", semble avoir été le propagateur de ce thème johannique, sinon l'inventeur de la "Trinité". La toute première mention littérale de la "Trinité" est celle du Traité De la Pudeur du montaniste Tertullien (vers 208). Et Hippolyte, à Rome, dix ou vingt ans plus tard, reproche à ses adversaires dans l'Église de refuser de reconnaître "la Sainte Trinité".

La condamnation[modifier | modifier le code]

Les évêques du voisinage condamnèrent le montanisme et excommunièrent ses adeptes. Ces mesures furent approuvées par les principaux évêques d’Asie Mineure. Les montanistes protestèrent et s'efforcèrent, en 177, de se concilier la faveur des chrétiens d'Occident, particulièrement de ceux qui étaient emprisonnés pour leur foi. Eusèbe dit que ceux-ci s'adressèrent alors pour la paix de l'Église, à Éleuthère, évêque de Rome. De leur côté, les Orientaux persistèrent dans leur jugement, et s'appliquèrent à le justifier dans de nombreux écrits. Montanus était probablement mort avant ces événements.

Déclarés hérétiques (peut-être par Éleuthère), le baptême donné par eux fut tenu pour nul. On les accusa même de sacrifier des enfants et d'en partager la chair dans leurs mystères. Les montanistes restèrent donc officiellement réprouvés, quoique sur les points essentiels, ils fussent en communauté de foi avec l'Église.

Montanus ne semble pas avoir présidé longtemps à l'œuvre qu'il avait commencée. Suivant la coutume, des récits orthodoxes le font mourir de mort violente, s'étant pendu comme Judas, de même que son épouse (?) Maximilla. Elle avait survécu à (sa sœur) Priscilla, et croyait être la dernière prophétesse, la fin du monde devant survenir après elle. Elles furent traitées par saint Jérôme de « folles démoniaques et hystériques, causes de nombreux scandales ».

En fait après la disparition de ces deux femmes, le montanisme « normalisé » aurait pu reprendre sa place dans l'Église. Mais il se serait agi alors d'un culte nettement défiguré par rapport à son origine.

Devenu une secte isolée, le montanisme connut son apogée dans la Carthage du IIIe siècle, où il fut soutenu par le théologien latin Tertullien. Cependant, au VIe siècle, le montanisme aurait, dans les faits, totalement disparu.

Raspoutine, qui disait avoir étudié les religions christiques « la trouvait fort intéressante ».

Sources[modifier | modifier le code]

Sources anciennes[modifier | modifier le code]

  • Apollonius d'Éphèse (2ème-3ème siècles) dans Histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée.
  • Tertullien, père de l'Église (autour de 202-224) : « De Corona, - De Fuga in persecutione, - De Exhortatione castitatis, - De Virginibus velandis, - Adversus Hermogenem, - Adversus Valentinianos, - De Carne Christi, - De Resurrectione carnis, - De Pallio, - Adversus Marcionem, - De Anirna, - Scorpiace, - Ad Scapulam, - De Monogamia, - De Jejunio, - De Pudicitia, - Adversus Praxeam ».
  • Didyme l'Aveugle (v.311-v.397): (De Trinitate, III, 41)

Sources modernes[modifier | modifier le code]

  • Labriolle, P. de La Crise Montaniste, Genève 1913
  • Trevett, Ch. Montanism, Oxford, 1996
  • Tabbernee W. Montanist Inscriptions and Testimonia, Tulsa, 1998
  • Robert, N. Tertullien montaniste, Grenoble 2000

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Trevett, Montanism
  2. La Crise montaniste, 1913
  3. Tertullien montaniste, 2000, mémoire de DEA Grenoble III