Alp Arslan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Arslan.
Alp Arslan
Alp Arslan dirigea les forces seljoukides dans ses guerres contre les Byzantins
Alp Arslan dirigea les forces seljoukides dans ses guerres contre les Byzantins
Titre
3e sultan seldjoukide
27 avril 106415 décembre 1072
8 ans, 7 mois et 18 jours
Prédécesseur Toghrul-Beg
Successeur Malik Shah Ier
Biographie
Dynastie Dynastie seldjoukide
Nom de naissance Mohammed ben Da'ud Chaghri[1]
Date de naissance 20 janvier 1029
Date de décès 15 décembre 1072 (à 43 ans)
Lieu de décès Amou-Daria (Turkestan)
Père Chagri Beg
Conjoint Aka
Enfant(s) Malik Shah Ier (10551092)
Tutuş (?–1095)
Enivron une dizaine d'autres enfants
Religion Sunnisme

Alp Arslan (Persan : آلپ ارسلان ālp arslān, Arabe : الب ارسلان alb arslān ou آلب آرسلان ālb ārslān, né le 20 janvier 1029 et mort le 15 décembre 1072 à Amou-Daria) fut le troisième sultan de la dynastie Seljoukide, et arrière-petit-fils de Seldjouk, fondateur éponyme de la dynastie.

Son véritable nom est Muhammad bin Da'ud Chaghri, mais ses prouesses militaires, ses talents de guerrier, sa ténacité et sa bravoure lui ont valu le surnom آلپ ارسلان Alp Arslan, soit "Lion Héroïque" en turc[2].

Carrière[modifier | modifier le code]

Il succéda à son père Chaghri Bey en tant que gouverneur du Grand Khorasan en 1059. Lorsque son oncle Toghrul-Beg décéda, son fils Suleiman (frère d'Alp Arslan) lui succéda également. Alp Arslan et son cousin Koutoulmich ont tous deux vivement contesté cette succession, le premier devenant Sultan des Seljoukides le 27 avril 1064 après avoir défait son oncle. Il devient le seul monarque de Perse de l'Oxus au Tigre.

Dans son œuvre de consolidation de l'empire et de soumission des voisins récalcitrants, il fut assisté par son fidèle vizir, Nizam al-Mulk, considéré comme l'un des chefs d'État les plus éminents de l'époque coïncidant avec les débuts de l'histoire musulmane.

La paix et la sureté au sein de son empire lui permit de pouvoir étendre son empire. Après avoir convoqué un conseil d'État à l'issue duquel il imposa son fils Malik Shah Ier comme héritier et successeur au trône, il prit la tête de son armée et de sa cavalerie, traversa l'Euphrate et entra en Cappadoce. Son but était de capturer la capitale de Cappadoce, Césarée de Cappadoce, ce qu'il fit, avant de marcher sur l'Arménie et la Géorgie qui tombèrent en 1064.

Luttes avec l'Empire Byzantin[modifier | modifier le code]

En 1068, sur sa route pour la Syrie, Alp Arslan envahit l'Empire byzantin. L'Empereur Romain IV Diogène, assumant en personne le commandement de son armée, rencontra les envahisseurs en Cilicie. Après trois campagnes ardues, les deux premières étant dirigées par l'empereur en personne tandis que la troisième l'était par Manuel Comnène (grand-oncle de l'Empereur Manuel Ier Comnène), les Turcs furent repoussés au-delà de l'Euphrate. En 1071, Romain prit encore le commandement d'une armée de 60 000 hommes ( estimation : Jean-Claude Cheynet, "Manzikert - un désastre militaire ?", dans Byzantion 50, 1980, p.410-438), comprenant un contingent de Turcs Coumans, en plus de contingents francs et normands sous le commandement Roussel de Bailleul, et avança en Arménie.

Alp Arslan humiliant l'empereur Romain IV Diogène après la Bataille de Manzikert. Gravure française du XVe siècle.

À Manzikert, sur la rivière Murat Nehri au nord du Lac de Van, Diogenes fut intercepté par Alp Arslan. Le sultan fit une proposition de paix, et les deux armées se retrouvèrent à la bataille de Manzikert. Les mercenaires Coumans qui combattaient pour l'Empereur byzantin firent immédiatement défection en faveur du sultan seldjoukide, et en voyant cela, les "mercenaires occidentaux se débandèrent"[3]. Les Byzantins furent écrasés.

L'Empereur Romain IV fut lui-même capturé comme prisonnier de guerre et conduit au sultan vainqueur, qui le traita de manière généreuse et qu'il renvoya après de longues tractations de paix chargé de présents et escorté par une garde. La conversation suivante fut lorsque Romanos fut amené comme prisonnier devant le sultan[4]:

Alp Arslan : "Que feriez-vous de moi si je vous étais présenté en tant que prisonnier?"
Romain IV : "Peut-être vous tuerai-je, ou vous exhiberais-je dans les rues de Constantinople."
Alp Arslan : "Un bien plus cruel châtiment vous attend. Je vous excuse, et vous rend votre liberté."

La victoire d'Alp Arslan modifia l'équilibre des forces en Asie Mineure et ce à l'avantage incontestable des Seljoukides et musulmans sunnites. Malgré le fait que l'Empire Byzantin dura encore quatre autres siècles, et que les Croisades ont pu temporairement remettre en cause l'hégémonie musulmane, la victoire de Manzikert constitue le point de départ de l'ascendance turque en Anatolie. La majorité des historiens, dont Edward Gibbon, considèrent la défaite à Manzikert comme étant le début de la fin de l'Empire Romain d'Orient. Il est certain que l'entrée en Anatolie des paysans turcs après la bataille mit fin à la période d'exploitation byzantine de la région, qui lui fournissait tant d'hommes et de ressources.

Organisation de l'empire[modifier | modifier le code]

La force d'Alp Arslan dépend de la force militaire de son royaume. Les affaires domestiques et internes à son empire étaient gérées par son habile vizir, Nizam Al Mulk, le fondateur de l'organisation administrative qui caractérisa et renforça le sultanat durant les règnes d'Alp Arslan et de son fils Malik Shah. Les fiefs militaires, gouvernés par des princes seljoukides, furent créés afin d'apporter une aide et un support pour ses conquêtes militaires et pour accueillir les Turcs nomades venant s'établir en Anatolie. Ce type d'organisation administrative permit aux Turcs nomades d'exploiter les ressources des Perses et Turcs sédentaires de l'Empire seljoukide, et permit à Alp Arslan d'assembler une énorme armée professionnelle, sans pour autant dépendre des tributs et des pillages pendant les campagnes pour payer ses hommes. Il n'avait pas seulement que suffisamment de nourriture pour nourrir ses soldats, mais les taxes prélevées sur les revenus de la population et sur les transactions financières des marchands et commerçants lui permirent de pouvoir continuellement financer ses conquêtes.

Selon le poète Saadi : Arslan possédait un fort, qui s'élevait à la hauteur d'Alvand Rud, et pour tous ceux qu'abritaient ces murs, pour toutes ses routes étaient semblables à un labyrinthe, comme les boucles d'une future mariée. À un voyageur, Arslan demanda un jour : "N'as-tu jamais, dans tes voyages, vu une forteresse aussi solide que celle-ci?". "Splendide elle l'est, " fut la réponse du voyageur, "mais je ne pense pas qu'elle confère beaucoup de force. Avant toi, ne fut-elle pas entre les mains d'autres rois, avant qu'ils ne trépassent?. Après vous, n'y aura t-il pas d'autres rois qui en prendront possession, en dégustant les fruits de l'arbre de votre espoir?"

Dans l'estimation du sage, le monde est une fausse pierre précieuse qui passe à chaque instant d'une main à l'autre. Le fort fut finalement pillé par les Mongols dirigés par Houlagou Khan.

Süleyman Ier Shah était le fils du prétendant au trône d'Arslan. Il fut désigné gouverneur des provinces du nord-ouest avec la mission de parachever la conquête de l'Anatolie. Une explication de ce choix fut fournie par Ibn al-Athîr, estimant qu'Arslan a longtemps regretté la mort de son oncle.

Mort[modifier | modifier le code]

La domination d'Alp Arslan après Manzikert s'étendit sur la majorité de l'Asie Occidentale. Il s'était préparé à marcher sur le Turkestan, région originelle de ses ancêtres. Avec une puissante armée, il avança aux rives de l'Oxus. Cependant, avant de pouvoir traverser surement la rivière, il lui était obligé de soumettre les forteresses bordant la rivière. L'une d'entre elles fut vigoureusement défendue par son gouverneur Yussef el-Harezmi, un Khorezmien. Il fut cependant obligé de se rendre et fut conduit en tant que prisonnier au sultan, qui le condamna à mort. Dans un acte de désespoir, Yussuf dégaina une dague et sauta sur le sultan. Alp Arslan, voulant profiter de chaque occasion pour assoir sa réputation de meilleur archer de son temps, ordonna à ses gardes de ne pas intervenir mais de se contenter de lui tendre son arc. Il visa le gouverneur, mais au moment de tirer, son pied glissa, la flèche vînt effleurer sa cible, et le sultan reçut en plein torse la dague de l'assassin. Alp Arslan mourut quatre jours plus tard de sa blessure, le 25 novembre 1072 à 42 ans. Sa dépouille fut transporté à Merv où elle fut enterrée auprès de son père Chaghri Beg. Cette phrase faisait office d'épitaphe:

"Ô ceux qui ont vu la grandeur d'Alp Arslan atteindre les hauts cieux, observez ! Il est sous le noir sol à présent…"

Alors qu'il s'étendait agonisant, Alp Arslan murmura à son fils que c'était sa vanité qui l'avait tué:

"Hélas, entouré de grands guerriers dévoués à ma cause, gardé nuit et jour par eux-mêmes, j'aurais dû leur accorder la permission de faire leur devoir. J'avais été averti concernant mes tentatives de me protéger moi-même, et contre le fait de laisser mon courage venir s'interposer entre moi-même et mon bon sens. J'avais oublié ces avertissements, et me voici allongé, mourant pris dans les tourments de l'agonie. Retiens bien ces leçons, et ne laisse jamais ta vanité submerger ton bon sens…"

Héritage[modifier | modifier le code]

La conquête de l'Anatolie est également considérée comme ayant motivée les Croisades.

De 2002 à 2008 sous la réforme calendaire (Renaming of Turkmen months and days of week, 2002 (en)), le mois d'août fut renommé Alp Arslan.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Son nom entier durant son règne fut Diya ad-Dunya wa ad-Din Adud ad-Dawlah Abu Shuja Muhammad Alp Arslan ibn Dawud
  2. http://www.encyclopedia.com/topic/Sultan_of_the_Seljuks_Alp_Arslan.aspx#1-1G2:3404700163-full
  3. Runciman, Steve (1992). The First Crusade. Cambridge University Press.
  4. Peoples, R. Scott Crusade of Kings Wildside Press LLC, 2008. p. 13. ISBN 0-8095-7221-4, ISBN 978-0-8095-7221-2

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe : Seldjoukides.

Documentation externe[modifier | modifier le code]