Cybèle

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Cybèle (en grec ancien Κυϐέλη / Kybélê signifiant « gardienne des savoirs ») est une divinité d'origine phrygienne (connue également sous le nom d’Agdistis en Phrygie), importée en Grèce et à Rome, personnifiant la nature sauvage. Elle est présentée comme « Magna Mater », Grande Déesse, Déesse Mère ou encore Mère des dieux. Cybèle est sans doute l'une des plus grandes déesses de l'Antiquité au Proche-Orient.

Elle est aussi vénérée sous le nom d’Idæa mater (« mère de l'Ida ») à Rome.

Dans la mythologie grecque, on la surnomme également Damia.

Mythe en Grèce et à Rome[modifier | modifier le code]

Tétradrachme d'argent de Smyrne, v. 160-150 av. J.-C., droit : Cybèle tourelée

Cybèle[modifier | modifier le code]

On retrouve Cybèle dans des mythes contradictoires.

Déesse phrygienne et dans la tradition lydienne, Cybèle est issue du père des Dieux, mais est abandonnée à la naissance et recueillie par un léopard ou un lion. Celui-ci éveillera la déesse aux mystères qui lui permettront de rédiger ses récits sibyllins. Elle dispose des clés de la terre donnant accès à toutes les richesses et son trône est gardé par deux fauves du nom d'Atalante et d'Hippomène, héros grecs punis pour avoir copulé dans son temple.

Selon la mythologie grecque, elle initie Dionysos à ses mystères. Les Romains l'adoptèrent à leur tour, en l'assimilant notamment à Cérès; ils organisaient en son honneur, au printemps, des jeux qui furent très populaires sous l'Empire.

Cette Déesse mère était honorée dans l'ensemble du monde antique. Le centre de son culte se trouvait sur le mont Dindymon, à Pessinonte, où le bétyle (la pierre cubique noire à l'origine de son nom, Kubélè[1]) qui la représentait serait tombé du ciel. Principalement associée à la fertilité, elle incarnait aussi la nature sauvage, symbolisée par les lions qui l'accompagnent. On disait qu'elle pouvait guérir des maladies (et les envoyer) et qu'elle protégeait son peuple pendant la guerre. Elle était connue en Grèce dès le Ve siècle av. J.-C. et se confondit bientôt avec la mère des dieux (Rhéa) et Déméter.

En 204 av. J.-C., au plus fort de la seconde Guerre punique, les Romains, obéissant à une prophétie des Livres Sibyllins, et à un oracle de Delphes, envoyèrent des ambassadeurs à Pessinonte: ils étaient chargés d'une mission délicate, rapporter à Rome la pierre sacrée. Elle fut escortée pendant le voyage de retour par cinq quinquérèmes et miraculeusement accueillie par la vestale Claudia Quinta[2]. Dans un premier temps, elle est placée dans le temple de la Victoire situé au sud-ouest de la colline du Palatin à l'intérieur du Pomœrium, en attendant l'achèvement de son propre temple dédié le 9 avril 191 av. J.-C.[3] Le culte fit l'objet d'une surveillance étroite jusqu'à la fin de l'époque républicaine, et les citoyens romains n'avaient pas le droit de participer au sacerdoce et aux rites (encore qu'ils aient pu participer à la fête de la déesse, les Megalesia); la statue demeurait dans le temple et ses services étaient assurés par des prêtres orientaux (les Galles), bien que les processions des prêtres fussent autorisées, les restrictions furent levées par l'empereur Claude.

On a établi un rapport étroit entre l’Artémis vénérée à Éphèse et les grandes déesses d’autres peuples : on pense d’ailleurs qu’elles ont une origine commune. Un dictionnaire biblique déclare ce qui suit : “ Artémis présente de si étroites analogies avec Cybèle la déesse phrygienne, et avec d’autres représentations féminines de la puissance divine dans les pays d’Asie, telles que Ma de Cappadoce, Astarté ou Ashtaroth de Phénicie, Atargatis et Mylitta de Syrie, qu’on peut penser que toutes ces divinités ne sont que les variantes d’un seul et même concept religieux, qui présente quelques différences selon les pays, différences qui s’expliquent du fait que ce concept a évolué en fonction des circonstances locales et de la mentalité du pays. ” — A Dictionary of the Bible, par J. Hastings, 1904, vol. I, p. 605.

Cybèle et Attis[modifier | modifier le code]

Attis enfant coiffé d'un bonnet phrygien, Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale de France

Dans la mythologie grecque, Attis fut le jeune époux de la déesse phrygienne Cybèle. La version phrygienne de la légende raconte qu'Attis était le fils de Nana, fille du dieu fleuve Sangarios (un fleuve d'Asie Mineure). Elle le conçut après avoir cueilli la fleur d'amandier . Quand Attis souhaita se marier, Cybèle, qui l'aimait et en était jalouse, le rendit fou si bien qu'il se castra lui-même et se tua. Cette légende offre de nombreuses variantes qui visent à expliquer notamment que les prêtres de Cybèle, les Galles, sont des eunuques (ils pratiquaient des rituels d'auto-castration, tous les 24 mars, à l'occasion des sanguinaria). Attis n'apparaît que rarement en Grèce mais, associé à Cybèle, il est une divinité acceptée à Rome sous l'empereur Claude et constitua l'un des plus importants cultes à mystères de l'Empire romain.

Quatre personnages, de gauche à droite : un nain, une femme avec une double flûte, une femme âgée avec de petits timbales, et une femme âgée qui danse avec un tabourin
Les Musiciens ambulants du culte de Cybèle, mosaïque de Dioscoride de Samos, IIe siècle av. J.-C., villa de Cicéron à Pompéi, Musée archéologique national de Naples.

Une version phrygienne rapporte que Cybèle enfant sera abandonnée sur une montagne et élevée par des lions ou des léopards. Elle créera des danses et livrera des cymbales à ses serviteurs, les Corybantes, pour célébrer ses rites. Disposant du don de guérison universel, Cybèle protège les enfants et les animaux sauvages. La déesse tombera amoureuse d'Attis qui finira par la tromper avec la nymphe Sagaritis. Cybèle le rendra fou au point qu'Attis s'émasculera.

Du Proche-Orient à la Grèce : Koubaba, Kubebe, Cybèle[modifier | modifier le code]

Le nom d'une déesse nommée Koubaba est attesté dans des textes de nombreuses langues du Proche-Orient ancien et du monde méditerranéen à partir de l'âge du bronze moyen en Anatolie centrale et jusqu'à l'époque de l'empereur romain Auguste, dans des textes cunéiformes akkadiens et hittites, en louvite hiéroglyphique, puis en araméen, en lydien et en phrygien, et enfin en grec et en latin, avec de nombreuses variantes dans ses noms, au point qu'il est parfois difficile de savoir dans quelle mesure on a affaire à une seule déesse désignée par différents noms et adjectifs, ou bien à plusieurs divinités qui dériveraient les unes des autres ou coexisteraient[4]. Ce problème a été posé en 1960 par Emmanuel Laroche, linguiste spécialisé dans les langues de l'Anatolie antique, qui affirme que le nom grec de Cybèle (Κυβέλη, Kubélè) dérive de la déesse syro-anatolienne Koubaba, plus ancienne, qui était vénérée notamment au nord de la Syrie. Laroche se sert notamment d'un nom de déesse distinct mais très proche, Κυβήβη (Kubebe), également attesté, pour faire sa démonstration[5]. Cette hypothèse est acceptée et renforcée par plusieurs autres historiens des religions[6].

Cependant, l'hypothèse a été fragilisée ensuite par des découvertes plus récentes montrant que le nom le plus fréquent de la déesse dans les textes en phrygien ancien est Matar (mère) ou Matar Kubeleya : il n'y a pas moyen de faire dériver le mot phrygien Kubeleya du nom Koubaba. Cela est notamment dû au fait qu'en phrygien, Kubeleya n'est pas un nom mais un adjectif épithète de Matar[7]. En grec ancien, le nom phrygien trouve manifestement des équivalents avec des expressions comme "la Mère" ou "la Mère des dieux" (ἡ Mήτηρ τῶν θεῶν). Selon les conclusions de Claude Brixhe à ce sujet, le nom grec Κυβέλη dérive du phrygien Kubeleya, mais n'a rien à voir avec le nom de Koubaba dont l'équivalent grec est Κυβήβη et non Κυβέλη[7]. Plusieurs historiens de la religion ont alors émis l'hypothèse suivante : la déesse Koubaba et la déesse phrygienne dite Matar Kubeleya ont d'abord été deux divinités distinctes puisqu'il n'y a aucune parenté entre leurs noms ; mais à une époque postérieure, les auteurs grecs ont assimilé l'une à l'autre en raison de la proximité entre leurs noms en grec (Κυβήβη et Κυβέλη). Cette hypothèse est néanmoins nuancée par Mark Munn qui trouve une dérivation possible du nom "Koubaba" à l'adjectif phrygien Kubeleya et affirme ainsi l'existence d'une parenté linguistique indirecte entre le nom "Koubaba" et le nom grec Κυβέλη[8].

Postérité après l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Cybèle est l'une des 1 038 femmes dont le nom figure sur le socle de l'œuvre contemporaine The Dinner Party de Judy Chicago. Elle y est associée à la déesse Ishtar, troisième convive de l'aile I de la table[9].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes[modifier | modifier le code]

  • Maarten Jozef Vermaseren, Corpus Cultus Cybelae Attidisque, Leyde, coll. "Études préliminaires aux religions orientales dans l'Empire romain", t. III 1977, t. VII 1977, t. IV 1978, t. II 1982, t. V 1986.
  • Hérodien, Histoire romaine. Depuis la mort de Marc-Aurèle jusqu'à l'avènement de Gordien III, I [1]
  • "Bohémiens en voyage", poème de Charles Baudelaire [2]

Études[modifier | modifier le code]

  • Ph. Borgeaud, La Mère des dieux. De Cybèle à la Vierge Marie, Le Seuil, 1996.
  • Claude Brixhe, "Le nom de Cybèle", dans la revue Die Sprache, n°25, p. 40-45.
  • Henri Graillot, Le culte de Cybèle, Mère des dieux, Paris, 1912.
  • Emmanuel Laroche, "Koubaba, déesse anatolienne, et le problème des origines de Cybèle", dans Éléments orientaux dans la religion grecque ancienne. Colloque de Strasbourg, 22-24 mai 1958, Paris, Presses universitaires de France (Travaux du Centre d'études supérieures spécialisé d'histoire des religions, Strasbourg), 1960, p. 113-128.
  • Mark Munn, "Kybele as Kubaba in a Lydo-Phrygian Context", dans Billie Jean Collins, Mary R. Bachvarova et Ian C. Rutherford (éd.), Anatolian Interfaces. Hittites, Greeks, and their Neighbours, Oxford, Oxbow Books, 2008, p. 159-164.
  • (en) Lynn E. Roller, In Search of God the Mother: the cult of Anatolian Cybele, University of California Press, 1999 (ISBN 0520210247).
  • (en) Robert Turcan, Cybele and Attis. The Myth and the Cult, Londres, 1977.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cybèle
  2. Aurelius Victor, De viris illustribus, 46.
  3. http://www.unicaen.fr/services/cireve/rome/pdr_maquette.php?fichier=visite_temple_magna_mater
  4. Munn (2008), p. 159.
  5. Laroche (1960).
  6. Munn (2008), p. 159 et note 4.
  7. a et b Brixhe (1979).
  8. Munn (2008).
  9. Musée de Brooklyn - Cybèle