Méthylphénidate

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Méthylphénidate
formule développée du méthylphénidate avec ses carbones chiraux marqués (en haut)  Énantiomère (+)-(R,R)-méthylphénidate (en bas à gauche) et (-)-(S,S) (en bas à droite)
formule développée du méthylphénidate avec ses carbones chiraux marqués (en haut)  Énantiomère (+)-(R,R)-méthylphénidate (en bas à gauche) et (-)-(S,S) (en bas à droite)
formule développée du méthylphénidate avec ses carbones chiraux marqués (en haut)
Énantiomère (+)-(R,R)-méthylphénidate (en bas à gauche) et (-)-(S,S) (en bas à droite)
Identification
Nom IUPAC (R,S)-phényl((R,S)-pipéridin-2-yl)acétate de méthyle
No CAS 113-45-1
Code ATC N06BA04
SMILES
InChI
Propriétés chimiques
Formule brute C14H19NO2  [Isomères]
Masse molaire[1] 233,3062 ± 0,0133 g/mol
C 72,07 %, H 8,21 %, N 6 %, O 13,72 %,
Données pharmacocinétiques
Biodisponibilité 11 à 52 % (Oral)
Métabolisme Foie
Demi-vie d’élim. 2 - 4 heures
Excrétion Urine
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

Le méthylphénidate ou MPH, est un médicament psychostimulant de la classe des pipéridines[2]. Sa principale indication est le trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). On le retrouve dans différents médicaments sous les noms commerciaux de Ritaline (Rilatine en Belgique, Ritalin au Québec), Concerta, Quasym ou Equasim, Focalin (forme dextrogyre) et Medikinet.

Historique[modifier | modifier le code]

Comprimés de Ritalin dosés à 20 mg.

Son nom commercial provient du prénom (Rita) de la femme de Leandro Panizzon, chimiste qui synthétisa la molécule[3]. Il a été breveté en 1954 par la Compagnie pharmaceutique Ciba (un précurseur de Novartis) et fut d'abord prescrit comme traitement dans la dépression et la narcolepsie chronique sous le nom de « Ritalin » — sauf en Belgique où les lettres initiales « Rit » appartenant à la Société « RIT = Recherche et industrie thérapeutique » (actuellement GlaxoSmithKline), il fut appelé « Rilatine ».

C'est au début des années 1960 qu'il est utilisé pour soigner des enfants et des adultes atteints de Trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). En 2005, le méthylphénidate était le médicament le plus généralement prescrit pour ces troubles. La production et la prescription du méthylphénidate ont augmenté de manière significative des années 1960 aux années 1990, particulièrement aux États-Unis, ce qui a eu pour effet de générer nombre d'études cliniques sur ce produit.

Législation[modifier | modifier le code]

En tant que dérivé pipéridique, le méthylphénidate (MPH) est répertorié par la Convention sur les substances psychotropes de 1971, ce qui en fait un produit contrôlé dans la plupart des pays. Ainsi, en France et en Belgique, il fait partie des substances réglementées assimilées aux stupéfiants. En France, la prescription initiale est forcément hospitalière et pour une durée maximale d'un an; elle est réservée aux spécialistes et/ou aux services spécialisés en neurologie, psychiatrie et pédiatrie, et aux centres du sommeil[4]. Limitée à 4 semaines, elle doit être renouvelée ensuite, sur ordonnance sécurisée, par le médecin généraliste.

Pharmacologie[modifier | modifier le code]

Le MPH est un stimulant du système nerveux central, dont le mode d'action serait une augmentation des concentrations de la dopamine ainsi que celle de la noradrénaline dans la fente synaptique. Ce mode d'action et sa relation à son effet sur l'homme ne sont pas encore clairement déterminés[5]. Il a aussi une activité IMAO[6] et plus précisément MAO A[réf. souhaitée].

Le méthylphénidate est un racémique composé de 1: 1 d-méthylphénidate (d-MPH) et l-méthylphénidate (l-MPH)[5], ce dernier étant probablement pharmacologiquement inactif.

Mécanisme d'action proposé[modifier | modifier le code]

On pense que le TDAH est lié à la diminution de la performance des processus liés à la dopamine, la norépinéphrine et du glutamate dans le cerveau, d'abord dans le cortex pré-frontal et le cortex périphérique responsable pour les fonctions d'auto-régulation, ce qui mène aux troubles de l'auto régulation qui compromettent l'attention du patient, son auto contrôle, son comportement, sa motivation, et ses fonctions exécutives. Le méthylphénidate agit principalement en diminuant la recapture de la dopamine et de la norépinéphrine ce qui augmente ces concentrations dans la fente synaptique le niveaux et l'efficacité de ces neurotransmetteurs dans le cerveau.

Indications[modifier | modifier le code]

Chlorhydrate de méthylphénidate
Noms commerciaux
  • Concerta * (Belgique, Canada, Suisse),
  • Concerta LP * (France),
  • Equasym XR (Suisse),
  • Medikinet (Suisse),
  • Focalin XR (Suisse),
  • Ritalin (Canada),
  • Rilatine, Rilatine Modified Release * (Belgique),
  • Ritaline, Ritaline LP (France, Suisse),
  • Metadate, Metadate extended release * (USA)
    (* = libération prolongée)
Classe psychotrope
Autres informations

On utilise le MPH dans le traitement :

Usages expérimentaux[modifier | modifier le code]

Les résultats extrapolés à partir d’expériences sur des rats montreraient que l'on pourrait réduire la phase de réveil après une anesthésie générale de quelques heures à quelques minutes. Cette même molécule pourrait être également utilisée pour réveiller certains patients dans le coma[8].

Contre-indications[modifier | modifier le code]

  • La notice mentionne des cas de mort subite chez des enfants ayant préalablement présenté des anomalies cardiaques. Pour eux et les adolescents présentant les mêmes risques, la prescription n'est pas recommandée.
  • En cas d'hypertension artérielle grave ou de troubles hépatiques.
  • Il est contre-indiqué notamment dans le cas d'une utilisation d'un antidépresseur tricyclique, ou certains autres médicaments de la classe des inhibiteurs de la mono-amine-oxydase (IMAO)[9].

Effets secondaires[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (janvier 2013). Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

Usage détourné[modifier | modifier le code]

Le MPH risque d'être utilisé, en dehors de ses indications thérapeutiques, par des étudiants ou des sportifs cherchant à améliorer leurs performances. Une utilisation chronique abusive, au delà des doses thérapeutiques, peut entraîner une accoutumance marquée et une dépendance psychique, associées à des troubles comportementaux d'intensité variable. Des épisodes psychotiques caractérisés peuvent survenir, en particulier lors d'une utilisation abusive par voie parentérale[11].

Lutte antidopage[modifier | modifier le code]

L'usage en est interdit en compétition[12]. Le méthylphénidate peut donner des résultats faussement positifs lors de la recherche d'amphétamines, notamment avec les immuno-essais.

Controverse[modifier | modifier le code]

La controverse sur le méthylphénidate porte sur l'utilisation croissante de ce médicament et le risque avancé de surmédicalisation. En 1995, 10 % des garçons américains sont sous Ritaline[13], quand la prévalence du TDAH dans les différents pays où une enquête a été réalisée, indique que 3 à 7% des enfants d'ages scolaires seraient concernés[14].

Pour certains psychiatres[15], il y avait, dès 2004, une explosion inquiétante de la demande de ce médicament, qui pourrait avoir été prescrit non plus seulement dans un véritable but thérapeutique mais sur la demande des enseignants[Qui ?] ou sur l'insistance des parents: aucune étude n'est jamais venu étayer ces affirmations. Plus récemment, une enquête publiée en 2013 indique une augmentation de 70 % des prescriptions entre 2008 et 2012, en France[16]. Cette explosion de la consommation de ces produits devrait être justifiée par une augmentation croissante des cas de trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité, or il semble que cette pathologie ne soit pas significativement plus répandue...mais encore largement sous-diagnostiquée en France : en 2007, moins de 0,2 % des enfants d'ages scolaire suivaient un traitement au méthylphénidate pour une prévalence du trouble estimée à 4 %[17].

Les opposants[Qui ?] et notamment l'église de scientologie à travers sa Commission des citoyens pour les droits de l'homme, combattent ce type de médication: cet organisme combat en fait l'ensemble de la médecine psychiatrique. Ils affirment entre autres que, du fait de son mode d'action, les systèmes dopaminergiques pourraient, à long terme, être définitivement endommagés, ce qui pourrait mener les anciens consommateurs à avoir des penchants pour les drogues par la suite, d'où l'appellation de « kiddy coke », parfois relayée par les médias[18] (« drogue d'enfants »). En fait, toutes les études menées depuis 60 ans et dans le monde entier sur le méthylphénidate démontrent le contraire[19].

Du fait du nombre assez considérable d'études sur ce médicament, certains éléments négatifs sont parfois mis en avant :

  • Certaines études tendent à démontrer qu'il ralentit la croissance de l'enfant. Mais ce retard est rattrapé par la suite et aucun écart de taille n'est constaté chez les adultes ayant été traité durant leur enfance et/ou leur adolescence[20].
  • Une étude publiée en 2005 sur seulement 12 enfants ayant reçu des doses thérapeutiques standard de méthylphénidate sur 3 mois aurait mis en évidence un potentiel caractère cancérigène[21]. Toutefois toutes les études postérieures sur le sujet, réalisées en double aveugle sur des cohortes bien plus importantes et des durées plus significatives n'ont pas confirmé ces inquiétudes et ne laissent pas penser à un danger particulier dans ce domaine[22],[23],[24],[25].

Limites[modifier | modifier le code]

Le médicament représente certes un aspect de la prise en charge du TDAH mais n’en constitue pas la totalité[26] : spécialistes et associations de patients s'accordent à promouvoir des prises en charges multimodales faisant appel à de nombreuses compétences, notamment l'approche psychothérapeutique et éducative[27].

Dans les séries télévisées[modifier | modifier le code]

  • Un épisode de South Park (saison 4, épisode 4), du Dr House (saison 2, épisode 11) et de Lie to Me (épisode 3 de la saison 1) abordent ce sujet.
  • Bart Simpson en consomme lors d'un des épisodes de la série Les Simpson (sous le nom de Focusine).
  • Dans la série Weeds, Andy en utilise afin de créer une nouvelle drogue sous forme de boisson (épisode 10 de la saison 6).
  • Dans le 9e épisode de la première saison de The Big Bang Theory, intitulé The Cooper-Hofstadter Polarization, un des protagonistes, Sheldon Cooper, se compare à un « flamand rose sous Ritaline » lorsque ses bras tremblent, ce qui est effectivement l'un des effets secondaires potentiels de ce médicament.
  • Dans l'épisode Doc Martin diffusé le 21 janvier 2012 sur TF1, le MPH est au cœur de l'intrigue.
  • Dans l'épisode 11 de la saison 2 de Dr House, le sujet malade de l'intrigue en consomme.
  • Dans la série Desperate Housewives, Lynette en consomme pendant plusieurs épisodes et en développe une dépendance. Peu après ces épisodes, l'actrice Eva Longoria, qui joue le rôle de Gabrielle dans la série, a admis dans une entrevue prendre ce médicament quotidiennement pour son hyperactivité (TDAH)[28].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. En. Richard L. Myers,The 100 Most Important Chemical Compounds: A Reference Guide , ABC-CLIO, 2007, p.178
  3. Renate Weber, « L’histoire de Ritalin», Life Science, Novartis,n.2/2000, 9
  4. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), Répertoire des Spécialités Pharmaceutiques
  5. a et b Source: Fiche résumé sur le site de l'ANSM
  6. Source : tests cliniques du laboratoire qui commercialise le médicament « Biphentin »
  7. (en) Hardy SE. « Methylphenidate for the treatment of depressive symptoms, including fatigue and apathy, in medically ill older adults and terminally ill adults » Am J Geriatr Pharmacother. 2009;7(1):34-59. PMID 19281939 DOI:10.1016/j.amjopharm.2009.02.006
  8. (en) « A shot of Ritalin could reverse a general anaesthetic », New Scientist (2832) 1er octobre 2011, p. 19.
  9. Source : santé Canada.
  10. Méthylphénidate : trismus La revue Prescire mai 2013 tome 33 n°355 p349
  11. Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), Répertoire des Spécialités Pharmaceutiques
  12. Agence française de lutte contre le dopage, https://www.afld.fr/produits-dopants/ritaline-lp-10-mg-gel-lp?substance=1
  13. 1995 : Une agence de l'Organisation mondiale de la santé, l'International Narcotics Board, déplore que 10 à 12 % des garçons américains entre 6 et 14 ans sont sous Ritaline.
  14. (en) American Psychiatric Association. Diagnosis and Statistical Manual of Mental Disorders, Fourth Edition. (DSM-IV) Washington DC, American Psychiatric Association, 1994.
  15. C. Bursztejn, J.-C. Chanseau, C. Geissmann-Chambon, B. Golse, D. Houzel, « Ne bourrez pas les enfants de psychotropes ! » Enfances & Psy, no 25, 1/2004, p. 42-45.
  16. Étude Celtipharm-- « Le Parisien », basée sur l’activité de 3 004 pharmacies, publiée le 29 mai 2013
  17. (en) Lecendreux M, Konofal E, Faraone SV. « Prevalence of attention deficit hyperactivity disorder and associated features among children in France » J Atten Disord. 2011;15(6):516-24. PMID 20679156 DOI:10.1177/1087054710372491
  18. Voir sur dailymail.co.uk.
  19. (en) Steve S. Lee, Kathryn L. Humphreys, Kate Flory, Rebecca Liu, Kerrie Glass. « Prospective association of childhood attention-deficit/hyperactivity disorder (ADHD) and substance use and abuse/dependence: A meta-analytic review » Clinical Psychology Review, Volume 31, Issue 3, April 2011, Pages 328-341, ISSN 0272-7358, DOI:10.1016/j.cpr.2011.01.006 (http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0272735811000110)
  20. (en) Radek Ptacek, Hana Kuzelova, « Methylphenidate and growth in ADHD children » Act Nerv Super Rediviva 2011;53(2):45–8.
  21. (en) R.A. El-Zein et al. « Cytogenetic effects in children treated with methylphenidate » Cancer Lett. 2005;230(2):284-91. PMID 16297714
  22. (en) Susanne Walitza, Birgit Werner, Marcel Romanos, Andreas Warnke, Manfred Gerlach, and Helga Stopper. « Does Methylphenidate Cause a Cytogenetic Effect in Children with Attention Deficit Hyperactivity Disorder? », Environ Health Perspect. 2007;115(6):936–40. PMID 17589603
  23. (en) Walitza S, Kämpf K, Artamonov N, Romanos M, Gnana Oli R, Wirth S, Warnke A, Gerlach M, Stopper H., « No elevated genomic damage in children and adolescents with attention deficit/hyperactivity disorder after methylphenidate therapy. », Toxicol Lett. 2009;184(1):38-43. PMID 19015014
  24. (en) Tucker JD, Suter W, Petibone DM, Thomas RA, Bailey NL, Zhou Y, Zhao Y, Muniz R, Kumar V. « Cytogenetic assessment of methylphenidate treatment in pediatric patients treated for attention deficit hyperactivity disorder » Mutat Res. juin-juillet 2009 ; 677(1-2):53-8. PMID 19465145
  25. (en) Ponsa I, Ramos-Quiroga JA, Ribasés M, Bosch R, Bielsa A, Ordeig MT, Morell M, Miró R, de Cid R, Estivill X, Casas M, Bayés M, Cormand B, Hervás A. « Absence of cytogenetic effects in children and adults with attention-deficit/hyperactivity disorder treated with methylphenidate. » Mutat Res. 18 juin 2009 ; 666(1-2):44-9. PMID 19457516
  26. Pierre Castelnau, « La prise en charge médicamenteuse » TDAH et Interventions Thérapeutiques - Synthèse des communications, Nanterre, septembre 2012.
  27. Compte rendu du Colloque "Trouble Déficit de l’Attention / Hyperactivité et interventions thérapeutiques", Nanterre, le 28 septembre 2012
  28. (en) Leandi Cameron, « can we have you attention, please? », Fair Lady,‎ juillet 2011 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]