Idéologie

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Une idéologie est un système d'idées prédéfini « appliquée » à la réalité, par opposition à une connaissance « issue » de la réalité. De tels systèmes considérés comme idéologiques existent dans les domaines politique, social, économique et bien sûr religieux. Une idéologie est souvent la dimension culturelle d'une institution sociale ou d'un système de pouvoir. Une idéologie est typiquement imposée d'autorité, par un endoctrinement (enseignement) ou de façon imperceptible dans la vie courante (famille, media). Une idéologie dominante est diffuse et omniprésente, mais généralement invisible pour celui qui la partage du fait même qu'elle fonde la façon de voir le monde.

On peut distinguer dans une idéologie les dimensions : cognitive : dogmes, croyances (« c'est ainsi »), morale : jugements, valeur (« c'est bien ; c'est mal ») ; et normative : normes (« il faut »).

À l'origine, le terme d'idéologie fut créé par Destutt de Tracy pour tenter de fonder une discipline qui étudie les idées pour elles-mêmes (la mémétique, si ses axiomes sont corrects, pourrait être une branche ou dimension de cette étude). Mais ce sens s'est perdu en faveur de la notion de système d'idées doctrinaire. Le terme tend à prendre un sens de plus en plus large, et est parfois employé pour sa seule connotation péjorative en vue de dénigrer une école de pensée adverse, qu'elle soit ou non dogmatique.

Origines[modifier | modifier le code]

Étymologie[modifier | modifier le code]

Du grec ancien ἰδέα (idea), « idée », et de λόγος (logos), « science, discours ». L'idéologie est donc, étymologiquement, un discours sur les idées. En grec ancien, le nom ἰδέα apparenté au verbe ἰδεῖν, « voir », suggèrerait plutôt le sens d'« image ». L'idéologie est communément interprétée comme :

  • la logique d'une idée par rapport à sa contrainte ;
  • la logique d'une vision ;
  • la logique d'une image développée pour la pensée de groupe.

Terme[modifier | modifier le code]

Logique (du grec ancien : λόγος) : c'est à la fois le discours et la rhétorique de l'homme, animal politique selon Aristote[1]; grâce à la parole et donc à la rhétorique, l'homme n'est plus un animal comme les autres [1]. Dans l'idéologie, il s'agit d'une logique par les mots, d'un discours, c'est-à-dire de rhétorique incluant la logique fallacieuse ; aujourd'hui la logique dépasse le langage humain. (voir Langage, Logique et Vérité)

Le terme d'idéologie apparaît à la fin du XVIIIe siècle : il fut forgé en 1796 par Destutt de Tracy (Mémoire sur la faculté de penser), pour désigner l'étude des idées, de leur caractère, de leur origine et de leurs lois, ainsi que leurs rapports avec les signes qui les expriment. Dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle, l'expression de sciences positives est employé pour désigner l'apport des sciences au progrès de l'esprit humain (Condorcet), afin de stigmatiser l'obscurantisme de l'époque. Friedrich Hayek pense que Turgot et d'Alembert, étaient déjà dans ce type de recherche[citation nécessaire].

Dans la continuation des Lumières, les idéologues, groupe animé par Destutt de Tracy, (Cabanis, Volney, Garat, Daunou), voulaient instaurer une science des idées, dissiper les mythes et l'obscurantisme. Dans la lignée du sensualisme de Condillac, qui cherchait déjà l'origine des idées, ils voulaient faire une analyse scientifique de la pensée. L'idéologie est alors considérée comme un système de pensée cohérent, indépendant des conditions historiques. Cette conception accompagne tout le XIXe siècle, en parallèle au déploiement de la pensée scientifique et à la Révolution industrielle. Ce qui guide les penseurs, c'est la recherche d'un système global et cohérent, qui s'articule autour de l'application des lois scientifiques aux phénomènes sociaux. Dans certains cas, la polarisation se fait entre idéologie scientifique et croyances religieuses.

Au XIXe siècle, Marx propose de cesser de considérer l'idéologie comme un système neutre et donne un éclairage critique au concept originel de l'idéologie de l'époque : il voit l'utilisation de l'idéologie comme un système d'opinions servant les intérêts de classes sociales (voir Analyse marxiste).

Acceptions actuelles[modifier | modifier le code]

Une idéologie est l'ensemble d'idées sur la structure de la société, sur les forces qui agissent dans la société, sur les sources de conflit qui y sont présentes, et aussi sur les modalités qui permettent de résoudre ces conflits, ensemble d'idées partagées par un groupe, communément appelé parti politique. Une définition dérivée de l'idéologie est celle d'une doctrine politique qui fournit un principe unique à l'explication du réel. Celle-ci est susceptible d'inspirer rapidement un programme d'action et constitue un ensemble cohérent d'idées imposées et parfois acceptées sans réflexion critique et sans discernement. L'idéologie offre des notions beaucoup plus larges que celles des doctrines qui sont la dimension intellectualisée d'une idée imaginée. Les doctrines font appel à la dimension culturelle des « comportements psychologiques » et s`inscrivent dans un processus collectif important : la notion d'idéal remplace alors l'idéologie en encadrant une « société de masses ».

L'idéologie peut être vue sous l'angle sociologique : l'idéologie a été définie par Guy Rocher comme un « système d'idées et de jugements, explicite et généralement organisé, qui sert à décrire, expliquer, interpréter ou justifier la situation d'un groupe ou d'une collectivité et qui, s'inspirant largement de valeurs, propose une orientation précise à l'action historique de ce groupe ou de cette collectivité[2]. » Un autre auteur, Jean Baechler, donne cependant une définition plus fine et plus complète de l'idéologie.

  1. Au départ, l’idéologie est l’ensemble des représentations mentales qui apparaissent dès lors que des hommes nouent entre eux des liens, des associations.
  2. Ces représentations forment ensuite un ensemble d’états de la conscience liés à l’action politique, autrement dit à la façon conflictuelle ou non dont les humains organisent leur vie sociale. Le noyau de ces états de conscience est non verbal, c’est-à-dire composé de pulsions affectives ; ces états idéels s’actualisent dans différents types de registre et peuvent être inférés à partir des manifestations objectives et matérielles auxquelles ils donnent lieu.
  3. L’idéologie se trouve dans le contenu et non dans le contenant. Il n’existe pas de genre discursif qui puisse être décrété idéologique en tant que tel.
  4. Au total, pour cet auteur, une idéologie est une formation discursive polémique, ni vraie ni fausse, efficace ou inefficace, cohérente ou incohérente, élaborée ou non, normale ou pathologique, grâce à laquelle une passion cherche à réaliser une valeur par l’exercice du pouvoir dans une société[3].

Les analyses épistémologiques amènent une reformulation un peu plus nuancée de l'idéologie : celle-ci, ayant permis la conceptualisation des sciences, est également analysée quant à sa neutralité, sa construction et ses fondements. Et la critique marxiste n'est qu'un angle possible d'étude de ceux-ci.

Le philosophe allemand Christian Duncker invoque la nécessité d'« une réflexion critique du concept d'idéologie » (2006). Dans son travail, il tâche d'introduire le concept de l'idéologie dans le premier plan, comme les soucis étroitement reliés de l'épistémologie et de l'histoire. le terme idéologie est défini en termes de système de représentation qui explicitement ou implicitement clame la vérité absolue. Dans le « système totalitaire », Hannah Arendt écrit que l'idéologie est consubstantielle au phénomène totalitaire et qu'elle présente plusieurs caractéristiques indissociables. D’une part, elle forme un système d’interprétation définitive du monde, elle affiche une prétention omnisciente et « omni-explicative » de celui-ci, qu’il s’agisse des événements passés ou futurs. D’autre part, elle affirme son caractère irrécusable, infalsifiable. Elle n’est jamais prise en défaut et s’émancipe de la réalité. Une autre caractéristique de l’idéologie est son « logicisme », son aptitude à se doter d’une cohérence interne, à intégrer en permanence la contradiction dans un processus logique. L’idéologie, de ce point de vue, est exactement ce qu’elle prétend être : la logique d’une idée.

L'idéologie est une pensée de groupe, le discours, la vision, et la logique s'adresse au groupe les soutenant et à la totalité de la société afin d'y faire adhérer le plus de monde. Autrement dit, l'idéologie est un moyen pour un groupe d'accroître son pouvoir par l'accumulation de force politique, de soutien, au sein de la société. L'idéologie est pourtant une vision tout à fait partiale qui peut se tromper lourdement (voir nazisme), cependant ce qui la définit c'est qu'elle cherche à devenir majoritaire, et par là-même elle s'impose suivant un énoncé (discours d'une personne et de son groupe, sa minorité) et avec une logique comme structure la soutenant (voir Totalitarisme). C'est la Dictature de la majorité, mais cette majorité dans l'idéologie est une force majoritaire instrumentalisée : pourtant là ou il y a influence d'un groupe sur un autre ou sur la politique de la société, il ne s'agit donc pas à proprement parler de démocratie, mais d'un autre type de gouvernement.

L'idéologie ayant souvent pour racine une minorité, un groupe, et encore plus souvent un chef ( un chef : celui qui parle ). Il existe également des cas d'idéologie se voulant sans chef ni organisation (voir anarchisme) : mais par le fait même que cette 'logique d'une vision' refuse le discours imposé verticalement, elle refuse donc la pensée de groupe, et son statut d'idéologie en devient dès lors discutable. Selon Georges Canguilhem, « l'idéologie est un concept épistémologique à fonction polémique, appliqué à ces systèmes de représentations qui s'expriment dans la langue de la politique, de la religion et de la métaphysique. Il est intéressant de se poser la question de la recherche scientifique, de l'évolution des connaissances scientifiques sous l'angle de l'idéologie »[4].

Sciences sociales[modifier | modifier le code]

Saint-Simon[modifier | modifier le code]

Le comte de Saint-Simon (1760-1825) (à ne pas confondre avec Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, auteur des célèbres mémoires), fut l'un des premiers à récupérer le concept d'idéologie afin d'en faire un système philosophique complet, entièrement fondé sur les sciences, en excluant tout apport des religions, puisqu'il était athée. Il joua un rôle tout particulier dans la diffusion de l'idéologie.

Saint-Simon, très influencé par les Idéologues, notamment le docteur Jean Burdin, bâtit entre 1801 et 1825 un système global que Pierre Musso qualifie de philosophie des réseaux[5]. Pour Saint-Simon, les relations des individus en société sont, par métaphore avec la physiologie, qui était en plein développement à ce moment, assimilables aux réseaux organiques des êtres humains (réseaux sanguins, système nerveux). Il introduit aussi la notion de capacité du réseau. L'appellation de « nouveau christianisme » fut en réalité trompeuse pour un système qui, prenant Isaac Newton comme référence suprême, prétendait remplacer Dieu par la gravitation universelle. Sur le plan spirituel, les sciences se substituent à la religion. Sur le plan temporel, les économistes remplacent les politiques.

Le système de gouvernement doit comprendre trois chambres, (chambre des inventeurs, chambre d'exécution…)[6]. Saint-Simon introduit la croyance exclusive dans le progrès industriel. Son système était très empreint de religiosité, surtout dans les dernières années.

Recherche d'un système cohérent (1825)[modifier | modifier le code]

La préoccupation de la recherche d'un système cohérent que l'on trouvait déjà dans l'école des idéologues, un moment oubliée par les guerres de l'Empire et par la Restauration, ressurgit vers 1825[7], dans le contexte du début du règne de Charles X.

La fin de l'année 1825 et l'année 1826 furent ainsi, en France, un moment de réflexion sur un système philosophique global. On peut considérer que c'est une période charnière dans l'histoire des idées. Les penseurs qui participèrent à cette réflexion furent principalement Auguste Comte, Barthélemy Prosper Enfantin, Charles Fourier… et probablement Lamennais, qui fut engagé dans la réflexion des catholiques.

Cette période initia un grand nombre de mouvements de différentes natures : idéologies, utopies, qui donneront naissance par la suite aux grandes théories sur le libéralisme, ainsi qu' aux différentes formes de socialisme.

Saint-Simonisme : continuation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Saint-simonisme.

À la mort de Saint-Simon (1825), un polytechnicien, Barthélemy Prosper Enfantin reprend sa doctrine. Très intéressé par le système de Saint-Simon, il publie avec Saint-Amand Bazard, l'Exposition de la doctrine de Saint-Simon (1829). Ces idées sont ainsi diffusées par le mouvement dit saint-simonien, sous des formes transformées au cours du temps. En 1831, Saint-Amand Bazard se détache du groupe libéral d'Enfantin (schisme) et fonde une branche de sensibilité socialiste, qui influence notamment Marx ; Lazare Hippolyte Carnot, second fils de Lazare Carnot, collabore à l'un des journaux ; Michel Chevalier, saint-simonien de sensibilité libérale, est un proche conseiller de Napoléon III ; les idées saint-simoniennes se développent dans certains cercles de l'école polytechnique.

Les idées saint-simoniennes ont ainsi une forte influence en France dans la phase de développement industriel du Second Empire, puis de la IIIe République (révolution industrielle). Elles se répandent aussi hors des frontières à travers la colonisation en Afrique et au Moyen-Orient dont Enfantin fut l'initiateur (pour plus de détails, voir l'article sur Barthélemy Prosper Enfantin). C'est ainsi que l'on parle d'une idéologie coloniale française (voir aussi dans l'article cercle Saint-Simon les liens avec la colonisation et la propagation de la langue française). Elles trouvent des applications pratiques dans la construction des chemins de fer (étoile de Belgrand), de routes, de canaux, et encore aujourd'hui dans les réseaux de télécommunications [8].

Positivisme d'Auguste Comte[modifier | modifier le code]

Auguste Comte fut secrétaire de Saint-Simon de 1817 à 1824. Il quitta Saint-Simon pour fonder son propre mouvement philosophique.

L'idéologie de Comte se subdivise en deux parties :

  • Le positivisme scientifique : les causes premières sont oubliées. Dans le Cours de philosophie positive (1830-1842), Comte expose la loi des trois états : l'humanité passe par trois états : l'état théologique (les dieux gouvernent le monde), l'état métaphysique (des entités abstraites déterminent le monde), et l'état positif (les sciences parviennent à l'état positif).
  • Le positivisme religieux : Dans cette phase, Auguste Comte définit les relations en société à partir de trois fondements : l'altruisme, l'ordre et le progrès. La sociologie (il reprend le terme de Sieyès) couronne les sciences dites positives : mathématiques, physique, chimie, astronomie, biologie (Système de politique positive, 1851-1854).

Le monde est gouverné par les morts. L'humanité est un Grand-Être, sorte de continuation du culte de l'Être Suprême, dont il est le « grand-prêtre ». Le positivisme aura une influence déterminante à partir du milieu du XIXe siècle sur de nombreuses personnalités et dans de nombreux domaines : le positivisme logique, le positivisme juridique, qui se fonde sur le système de politique positive de la phase religieuse, et le néopositivisme.

Caractéristiques des premières idéologies[modifier | modifier le code]

Les idées de Saint-Simon et d'Auguste Comte ont en commun une certaine religiosité et une foi absolue dans le progrès des sociétés humaines par les sciences, la technique, et l'industrie. Tous deux excluent la métaphysique, et remplacent la finalité par l'explication scientifique des phénomènes. Ils ignorent les auteurs classiques de l'antiquité grecque et romaine, qui avaient été redécouverts dès le Moyen Âge et la Renaissance. Ils ne s'appuient ni sur les présocratiques, ni sur la philosophie antique.

Analyse par la psychologie[modifier | modifier le code]

Cette partie est une traduction du passage sur l'idéologie (en). Certaines recherches en psychologie [9] suggèrent que les idéologies reflètent les procédés des besoins et désirs, contrairement à la pensée que les convictions politiques dérivent toujours d’une réflexion indépendante et objective. En 2008[9], une recherche a suggéré que les idéologies pourraient fonctionner comme des éléments d’interprétation qui se répandent pour répondre aux besoins de comprendre le monde, d’éviter l’angoisse existentielle et de maintenir des relations d’estime entre les personnes. Les auteurs ont conclu que de tels besoins pourraient conduire de façon disproportionnée à l’adoption de systèmes de justification des visions du monde (System justification (en) ; voir l'étymologie d'idéologie).

Les psychologues ont découvert que des traits de personnalité, diverses particularités individuelles, besoins et croyances idéologiques pourraient être liés. Par exemple, une méta-analyse de Jost, Glaser, Kruglanski et Sulloway en 2003 a confronté 88 études originaires de 12 pays différents, comportant plus de 22 000 sujets et a trouvé que l’angoisse de la mort (présente dans le terrorisme dans les médias, le marketing de la peur ; Terror management theory (en)), les intransigeances/intolérance face à l’ambiguïté, le manque d’ouverture aux nouvelles expériences(lack of openness to experience), le fait d’éviter l’incertitude (aversion à l'incertitude), le besoin de se réduire à l’aspect cognitif, le besoin d’une structure identitaire personnelle, et la crainte de perdre sa position ou son estime personnelle, tous contribuent au degré de conservatisme politique[10] chez l’individu.

Selon les chercheurs, ces résultats montreraient que les conservateurs en politique mettent l’accent sur la résistance au changement et qu’ils sont mus par des besoins qui visent à réduire la peur et l’incertitude. Selon Robert Altemeyer (en) ainsi que d’autres chercheurs, les individus conservateurs en politique ont tendance à se placer très haut sur l’échelle d'autoritarisme de droite.

  • Right-wing Authoritarianism (en) (RWA) : Échelle mesurant la soumission d’un individu aux autorités établies, son agressivité contre les opposants des autorités établies et son adhérence aux normes sociales. En dépit du terme right-wing (de droite), il a été montré en URSS que des individus communistes pouvaient donner des scores élevés[11]. La psychologue Felicia Pratto et ses collègues ont obtenu des données soutenant l'idée qu’une grande orientation vers la domination sociale est fortement liée à des visées politiques conservatrices.

Il est donc avéré que le conservatisme de droite ou de gauche, défini par une politique et une idéologie rigide et fermée, risque de conduire à choisir — souvent inconsciemment — une idéologie caractérisée par l’autoritarisme (pouvant aller jusqu'au fascisme ou au totalitarisme), et favorisant donc ses représentants. En rapport dans le domaine psychologique et sociologique : Propagande, langue de bois, sophisme, scientisme, pouvoir (sociologie), organisation sociale, hégémonie, manipulation mentale, norme, valeur (sociologie), biais émotionnel, amalgame (communication), conformisme, obéissance, Normalité, statu quo, effet de simple exposition, effet de halo, lieu commun, pensée de groupe, hyperstimulus, et ancrage.

Conception politique[modifier | modifier le code]

Analyse marxiste[modifier | modifier le code]

Pour Karl Marx, l'idéologie est l'ensemble des idées, des valeurs et des normes servant à légitimer la division en classes de la société. L’idéologie au sens marxiste décrit donc l'idéologie dominante en tant que « vision du monde » imposée par la classe dominante. C'est la construction intellectuelle qui expliquerait et justifierait un ordre social existant à partir de raisons naturelles ou religieuses. Cette vision ne serait en réalité qu'un voile destiné à cacher la poursuite d'intérêts matériels égoïstes que la classe dominante utiliserait pour renforcer ou étendre sa domination : ainsi pour renforcer le pouvoir en place, l'idéologie de la classe dominante se présenterait de manière à ce que les intérêts de la classe dominante paraissent être les intérêts de tous. L'idéologie devient une superstructure de la société dont elle émane et qu'elle soutient. Selon Friedrich Engels, « l’idéologie est un processus que le soi-disant penseur accomplit sans doute consciemment, mais avec une conscience fausse. Les forces motrices véritables qui le mettent en mouvement lui restent inconnues, sinon ce ne serait point un processus idéologique. »

La critique de Karl Marx de l'idéologie est d'abord une critique de la misère que cette idéologie cache, misère qui réside dans les rapports sociaux à la fois résultat et moteur de cette misère. La première misère est l' obligation au travail impliquée dans l'organisation de la société par Le Capital dans laquelle toute personne dépourvue d'une part de ce capital se voit dans l'obligation de vendre sa force de travail. Des auteurs comme Habermas, Althusser, Thompson (en), vont développer cette conception critique de l'idéologie.

Jean-Paul Sartre définit une idéologie comme « une conception globale du monde »[12], sans en dédouaner le marxisme malgré son appartenance à ce courant.

Louis Althusser utilise le concept d'« appareils idéologiques d'État» (scolaire, famille, religion, information, syndical, culturel, juridique, culturel et politique), par distinction avec les « appareils répressifs » d'État (armée, gouvernement, administration).

Les études de Thompson concernant l'idéologie dans notre société moderne abordent les dimensions culturelles et politiques de l'idéologie en regard de la communication de masse, caractéristique de notre monde contemporain. L'idéologie concerne le comment le « sens » établit et maintient systématiquement des relations asymétriques de pouvoir.

Analyse situationniste[modifier | modifier le code]

L'idéologie a aussi trouvé ses critiques dans l'Internationale situationniste, qui fait de la critique de l'idéologie la condition sine qua non des relations de ses membres entre eux[13] : la représentation du monde répondant à celle de soi (« le monde du rêve est le rêve du monde » Raoul Vaneigem) chacun est responsable de l'ensemble d'un projet dans lequel il se retrouve ; en l'occurrence, en finir avec le spectacle, organisation sociale où « tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation » (La Société du spectacle, Guy Debord), spectacle qui est ici considéré comme la forme achevée du Capital.

Plus clairement, pour l'Internationale situationniste, toute organisation révolutionnaire se doit de critiquer « radicalement toute idéologie en tant que pouvoir séparé des idées et idées du pouvoir séparé ».

Typologies d'idéologies politiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Idée politique.

Lien avec l'épistémologie des sciences[modifier | modifier le code]

Il est intéressant de se poser la question de la recherche scientifique, de l'évolution des connaissances scientifiques sous l'angle de l'idéologie. Au XIXe siècle est d'ailleurs apparu le scientisme postulant que la connaissance scientifique doit permettre d'échapper à l'ignorance dans tous les domaines et donc d'organiser scientifiquement l'humanité.

Décréter également que la science, la technologie est neutre fait partie intégrante d'une idéologie. Et aux critiques qui voient « la science » comme une idéologie en elle-même, des scientifiques répondent que puisque la méthode scientifique est elle-même une idéologie, donc une collection d'idées, ce n'est que la continuation logique, il n'y a pas de pertinence à y mettre un jugement de valeurs. Dans l'épistémologie des sciences même, chez Kuhn, le concept de paradigme dominant explique la stagnation et la discontinuité de l'évolution des théories scientifiques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Aristote, La Politique
  2. Guy Rocher, Introduction à la sociologie générale, Tome 1 :l'action sociale, p. 127
  3. Jean Baechler, Qu'est-ce que l'idéologie ?, Gallimard.
  4. Georges Canguilhem : Idéologie et rationalité dans l'histoire des sciences de la vie, 2e éd. 1977, éd.: Vrin, coll. : Coll.: Bibliothèque des Textes Philosophiques-Poche; 2009, ISBN 2711622045
  5. Pierre Musso, Télécommunications et philosophie des réseaux
  6. Pour plus de détails, consulter Pierre Musso, Télécommunications et philosophie des réseaux
  7. Cette année était celle de la mort de Claude Henri de Rouvroy, comte de Saint-Simon (19 mai), dont le système trouva une postérité par l'intermédiaire de ses proches et ses anciens élèves.
  8. Pierre Musso, télécommunications et philosophie des réseaux
  9. a et b (en) Jost, J.T., Ledgerwood, A., & Hardin, C.D. (2008). Shared reality, system justification, and the relational basis of ideological beliefs. Social and Personality Psychology Compass, 2,171-186
  10. (en) Jost, J.J, Glaser, J., Kruglanski, A.A., & Sulloway, F.J. (2003). Political conservatism as motivated social cognition. Psychological Bulletin, 129(3), 339-375.
  11. (en) Altemeyer, B. (1981). Right-wing authoritarianism. Winnipeg, Canada : University of Manitoba Press.
  12. Plaidoyer pour les intellectuels, Gallimard, coll. NRF, 1972, p. 20.
  13. Les premiers succès de la lutte de l’Internationale la menaient à s’affranchir des influences confuses de l’idéologie dominante qui subsistaient en elle. Thèse 91 de la Société du spectacle

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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