Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon

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Louis de Saint Simon

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Le duc de Saint-Simon,
portrait par Perrine Viger-Duvigneau
d'après Hyacinthe Rigaud,
château de Versailles.

Nom de naissance Louis de Rouvroy, (Vidame de Chartres)
Activités écrivain
Naissance 16 janvier 1675
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Décès 2 mars 1755 (à 80 ans)
Paris, Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Langue d'écriture français
Genres Mémoires
Distinctions Duc et Pair de France,
Ambassadeur extraordinaire en 1720, Grand d'Espagne,
Chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit en 1728

Signature

Signature de Louis de Saint Simon

Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, né à Paris le 16 janvier 1675 et mort le 2 mars 1755, est un membre de la noblesse française, célèbre pour ses Mémoires qui racontent par le menu la vie à la Cour aux temps du roi Louis XIV et de la Régence. Il est le fils de Claude de Rouvroy, duc de Saint-Simon, pour lequel ce duché a été créé du temps du règne de Louis XIII en janvier 1635[1], et de sa seconde femme, Charlotte de L'Aubespine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Louis de Saint Simon par Hyacinthe Rigaud, en 1692 : « Avec son petit nez pointu, ses bonnes joues et son charmant papillon rouge, le vidame en armure a l'air, non d'un adolescent, mais d'un enfant »[2].

Fils unique tard venu de Claude de Rouvroy, duc de Saint-Simon et de sa seconde femme, Charlotte de L'Aubespine, il est né dans la nuit du 15 au 16 janvier 1675. Il est parrainé par le roi Louis XIV et la reine en la chapelle du château de Versailles. Titré dans sa jeunesse vidame de Chartres[3], Louis de Rouvroy reçoit de sa mère une éducation austère et soignée, il est notamment élevé dans le culte de la mémoire de Louis le Juste. Il devient à cette époque ami du duc de Chartres, le futur Régent. Un autre personnage qui joue un grand rôle dans sa vie est Rancé, l’abbé de La Trappe, voisin percheron proche de son père, et qui joue pour Saint-Simon le rôle de mentor en matière de religion. Le jeune homme s’intéresse surtout à l’histoire et aime la lecture, en particulier celles de mémoires, qui lui donnent l’« envie d’écrire aussi [les mémoires] de ce qu’[il] verrai[t], dans le désir et l’espérance d’être de quelque chose, et de savoir le mieux qu’[il] pourrai[t] les affaires de [s]on temps. »

Il ne néglige pas pour autant les exercices physiques, équitation et escrime, et manifeste le désir de servir à l’armée. En 1691, alors qu’il a 16 ans, son père, déjà âgé (86 ans) et qui s'est installé dans un modeste hôtel particulier de Versailles, intrigue à la Cour pour le faire entrer dans les mousquetaires gris : présenté à Louis XIV par l'entremise du chirurgien du roi Maréchal, ami de Claude de Rouvroy, le roi le « trouvant petit et l’air délicat, lui dit que j’étois encore bien jeune »[4], accepte son entrée dans ce service. Il participe ainsi comme chef de bataillon en 1692 au siège de Namur puis en 1693 à la bataille de Neerwinden. Peu de temps après, Louis XIV lui donne la troisième compagnie de cavalerie du Royal-Roussillon[2].

La majorité[modifier | modifier le code]

Débuts à la cour[modifier | modifier le code]

En avril 1693, son père Claude de Rouvroy de Saint-Simon meurt, et il devient duc et pair à dix-huit ans. Peu de temps après, Louis achète le régiment Royal-Carabiniers, et devient mestre de camp. Ses responsabilités militaires passent pourtant au second plan face aux responsabilités de la pairie. Saint-Simon prend son nouveau rang très à cœur, et s’engage rapidement dans un grand procès contre le maréchal-duc de Luxembourg, qui veut faire modifier son rang parmi les pairs. Il s’indigne aussi du « rang intermédiaire » accordé aux bâtards de Louis XIV (le duc du Maine et le comte de Toulouse), qui les fait passer au-dessus des pairs immédiatement sous les princes du sang.

Il commence à écrire ses futurs Mémoires en juillet 1694 mais n'en fait la rédaction continue qu'à partir de 1739[2].

En 1695, il épouse Marie-Gabrielle de Durfort de Lorges, fille aînée du maréchal-duc de Lorges qui le commanda pendant les campagnes du Rhin et dont la mère, née Frémont, vient d’une famille roturière, mais fournit une dot importante. Le couple est très uni, et leur mariage, bien qu'arrangé comme le veut l’époque, particulièrement heureux. Le 8 septembre 1696 naît sa première fille Charlotte. L’enfant est contrefaite, et restera toute sa vie à la charge de ses parents. Cette naissance est suivie de celles des deux fils de Saint-Simon, Jacques-Louis le 29 mai 1698 et Armand le 12 aoüt 1699. Ces enfants, encore plus petits que leur père, à tel point que l’on les surnomme les « bassets », sont une des grandes peines de Saint-Simon. Il semble que ses fils, aussi peu reluisants intellectuellement que physiquement, n’ont pas même hérité son honnêteté. Saint-Simon, qui en était douloureusement conscient, n’évoque qu’à peine ses enfants dans ses Mémoires, lorsqu'il obtient pour eux le collier de la Toison d'or et la grandesse d'Espagne, et lorsque sa fille devient princesse de Chimay.

En 1697, il mène une expédition en Alsace sous le commandement du maréchal de Choiseul . C’est son dernier séjour aux armées : il supporte de plus en plus mal l’obligation qui lui est faite de passer deux mois par an avec son régiment. D’ailleurs, le sien est réformé. Il n’est plus que « mestre de camp à la suite », sous les ordres d’un simple gentilhomme.

En 1699, préoccupé par l’ampleur que prennent ses Mémoires dont son premier projet avait été condamnés à ce qu’ils soient brûlés à sa mort, il consulte Rancé pour savoir quelle règle adopter[5]. Ce dernier ne l’incite sans doute pas à continuer un journal, mais plutôt à collecter des documents sans donner libre cours à ses émotions sur le papier, signe d’orgueil envers Dieu. Il est alors possible qu’à partir de cette date Saint-Simon constitue des dossiers documentaires, complétés de notes personnelles. Ces dossiers auxquels il ajoute les anecdotes dont il se souvient sont la base des Mémoires rédigés quarante ans après.

Le 12 août naît son second fils Armand-Jean, qu’il titre marquis de Ruffec. En 1702, alors qu’il néglige son régiment pour la vie de Cour, Louis se voit dépassé pour une promotion par des officiers plus récents que lui dans leur grade. Parmi eux, le comte d’Ayen, futur duc de Noailles, qui est, sa vie durant, l’ennemi juré du duc (« Le serpent qui tenta Ève, qui renversa Adam par elle, et qui perdit le genre humain, est l’original dont le duc de Noailles est la copie la plus exacte et la plus fidèle », déclare ce dernier dans les Mémoires). Devant ce qu’il considère comme une injustice flagrante, Saint-Simon quitte l’armée prétextant des raisons de santé. Louis XIV lui tient longtemps rigueur de cette défection alors que Saint-Simon devient un courtisan assidu à Versailles.

À Versailles[modifier | modifier le code]

En 1702, toujours, il obtient un appartement pour lui et sa femme au château de Versailles : c’est l’ancien appartement du maréchal de Lorges, dans l’aile nord. Il l’occupe jusqu’en 1709. Désormais, il est en plein cœur de la société de cour, qu’il observe et consigne avec passion dans ses Mémoires. En 1706, son nom est proposé pour le poste d'ambassadeur à Rome, en remplacement du cardinal de Janson. Mais au dernier moment, une promotion de cardinaux ayant été faite, Louis XIV décide d’envoyer plutôt le tout nouveau cardinal de La Trémoille.

En 1709, il perd son logement. Pontchartrain lui en prête un autre, situé au 2e étage de l’aile droite des ministres, puis en 1710, Saint-Simon — ou plutôt son épouse, nommée dame d’honneur de la duchesse de Berry — obtient un grand appartement, attribué auparavant à la duchesse Sforza et à la duchesse d'Antin. Le nouvel appartement possède en outre des cuisines, ce qui permet à Saint-Simon de donner fréquemment soupers et dîners, et d’enrichir encore ses Mémoires.

1711 : Une mort qui délivre[modifier | modifier le code]

En 1711, Monseigneur, fils de Louis XIV, meurt. Saint-Simon était partisan et ami de son fils, le duc de Bourgogne, désormais premier dans la ligne de succession. L'annonce de la mort du Grand Dauphin et le spectacle de son palais de Meudon, la nuit de sa mort, donnent une page célèbre des Mémoires[6]. L'attitude psychologique de Saint-Simon, en cette occasion, est remarquablement profonde :

« Mon premier mouvement fut de m'informer à plus d'une fois, de ne croire qu'à peine au spectacle et aux paroles, ensuite de craindre trop peu de cause pour tant d'alarme, enfin de retour sur moi-même par la considération de la misère commune à tous les hommes, et que moi-même je me trouverais un jour aux portes de la mort. La joie, néanmoins, perçait à travers les réflexions momentanées de religion et d'humanité par lesquelles j'essayais de me rappeler; ma délivrance particulière me semblait si grande et si inespérée, qu'il me semblait, avec une évidence encore plus parfaite que la vérité, que l'État gagnait tout en une telle perte. Parmi ces pensées, je sentais malgré moi un reste de crainte que le malade en réchappât, et j'en avais une extrême honte[7]. »

1712 : Une mort qui brise tout espoir[modifier | modifier le code]

Le soutien public apporté par Saint-Simon envers le duc de Bourgogne l'avait mis jusqu'alors dans une situation difficile. Saint-Simon espère désormais accéder au pouvoir par son intermédiaire. Il accumule les projets de gouvernement, rédige de nombreux mémoires à l'intention du nouveau Dauphin. Il obtient de lui des audiences privées, où ils abordent tous les sujets. Si l'on en croit Saint-Simon, le futur roi approuve ses vues en tout.

Saint-Simon rêve d’une monarchie moins absolue, mais sans pour autant se faire le chantre de l’égalitarisme : il veut redonner à la noblesse, strictement hiérarchisée, un rôle politique majeur voire hégémonique. Ses écrits, signés ou non, se diffusent à la cour, et il y devient une sorte de personnage.

La réflexion politique de Saint-Simon est fondée sur le rôle qu’il accorde au groupe des pairs de France auquel il appartient. Pour lui, ce groupe, expression la plus haute de la noblesse et donc de la société française, a le rôle et la fonction naturelle de conseiller du roi. Le système ministériel, ébauché dès le règne de Henri IV mais mis en place avec force sous Louis XIV, est chargé de tous les maux, puisque substituant au « gouvernement de conseil » du roi et de ses nobles, d’ailleurs largement fantasmé par Saint-Simon, un « gouvernement d’exécution » où le roi décide seul et fait exécuter ses ordres par des ministres et secrétaires d’État, « gens de peu », roturiers ou de fraîche noblesse.

Mais en 1712, le duc de Bourgogne meurt à son tour, en même temps que son épouse et leur fils aîné. Saint-Simon est brisé. À ce point des Mémoires, l'émotion lui fait seulement écrire : « Ces Mémoires ne sont pas fait pour y rendre compte de mes sentiments : en les lisant, on ne les sentira que trop, si jamais, longtemps après moi, ils paraissent [8]. »

Son désespoir lui inspire cependant un mouvement de révolte envers le Roi, dont le règne « pour soi tout seul » dure depuis si longtemps. Il se lance dans l’écriture d'une lettre anonyme d'une hauteur de vues si vertigineuse, et d'une puissance d'expression si forte et ininterrompue que la lecture en est édifiante. Il n'est pas certain que Louis XIV l'ait lu, mais la situation de Saint-Simon à Versailles devient précaire (lui-même parle de son « peu de sécurité » à la cour). Il n'intègre pas cette lettre dans les Mémoires.

Parallèlement, il continue à se quereller pour des questions de préséances et enrage contre les bâtards, le duc du Maine au premier chef, qui est admis dans la ligne de succession après l’édit de 1714 comprenant les bâtards parmi les « fils légitimés de France ».

La Régence[modifier | modifier le code]

Le conseil de régence et l'ambassade d'Espagne[modifier | modifier le code]

En septembre 1715, Louis XIV s’éteint. Le duc d’Orléans, ami d’enfance de Saint-Simon, devient régent. Pour Saint-Simon, c’est le moment de tenter d'imposer ses théories politiques. Membre du conseil de Régence, il est au sommet de l'État, et à l’origine du système de la polysynodie instituant, à la place des ministères, des conseils où domine l’aristocratie. À ses yeux, ce rôle est le seul digne d’un pair de France, conseiller né du roi mais non fonctionnaire, même de haut vol. Ainsi il refuse la présidence du conseil des Finances, qu’il confie même à un de ses ennemis jurés, le duc de Noailles.

En revanche, il obtient et accepte les honneurs les plus prestigieux de la cour : le justaucorps à brevet et les grandes entrées chez le roi. Il se fait également attribuer une croix de Saint-Louis, normalement réservée aux militaires, étape indispensable pour obtenir le cordon de l'ordre du Saint-Esprit. L’honnêteté de Saint-Simon l’empêche cependant de profiter de ce passage au pouvoir pour résoudre sa difficile situation financière.

Il répare son orgueil brisé en participant à l’éviction des bâtards de l'ordre de succession. Il fait retirer au duc du Maine la charge de l'éducation du roi, et le « réduit » au-dessous du rang de princes du sang qu'il avait acquis, lors du « lit de justice » du 26 août 1718.

Le Château de La Ferté-Vidame par Louis-Nicolas van Blarenberghe, ca.1750
(Museum of Fine Arts, Boston)

Peu apte aux manœuvres politiques, il est de plus en plus supplanté par le cardinal Dubois, ancien précepteur du Régent et futur premier ministre. Philippe d’Orléans lui conserve son amitié et lui prête même en 1719 le château de Meudon, honneur considérable, suivi de plusieurs propositions de postes que Saint-Simon refuse sous des prétextes divers. En 1721, il accepte l’ambassade extraordinaire en Espagne, pays qu’il admire beaucoup, dans le but de marier Louis XV à une infante d’Espagne, mais cet épisode doré qui le voit revenir grand d’Espagne est son chant du cygne : quand il en rentre en 1722, Dubois est nommé premier ministre. En 1723, la mort du Régent lui fait perdre tout accès au pouvoir et, en le privant de son dernier ami, l’éloigne définitivement de la Cour.

La retraite[modifier | modifier le code]

Saint-Simon se retire alors dans son château de La Ferté-Vidame, où il mène une vie de gentilhomme campagnard, véritablement soucieux des conditions de vie de ses paysans, et tentant de moderniser leurs techniques. Il se fait même maître de forges. Il se consacre également à la rédaction de traités historico-généalogiques. Il lit le Journal de Dangeau et, à partir de 1739, il rassemble ses notes et s’attelle à la rédaction proprement dite de ses Mémoires dans lesquels il évoque pas moins de 7 854 personnages. En 1749, alors qu'il vit entre son château de La Ferté-Vidame et son hôtel n°218 boulevard Saint-Germain à Paris, il achève leur rédaction, les faisant s’arrêter en 1723, à la mort du Régent. Il reçoit encore des visiteurs importants, dont le philosophe Montesquieu, qui trouve la conversation de l'ancien duc et pair « enchanteresse »[2].

La mort de son épouse probablement de la grippe, en 1743, lui fait interrompre pendant six mois la rédaction de ses Mémoires. Il fait redécorer son appartement en son honneur, son cabinet de travail tendu de noir, son lit de gris (couleur de cendres). Par testament, il ordonnera que leurs deux cercueils soient scellés dans le caveau familial[9]. Les morts successives de ses fils (Jacques-Louis en 1746, et Armand en 1754) le désolent encore, le laissant désemparé, sans descendance. Il écrit encore, rédige des mémoires politiques et tient une correspondance admirable avec les membres du gouvernement et de la Cour. Epuisé, il meurt en 1755.

Les Mémoires, l’œuvre d’une vie[modifier | modifier le code]

Œuvre majeure de Saint-Simon, les Mémoires ont longtemps attendu leur publication. Embastillés pendant soixante ans, ils ne furent pas le fait des héritiers directs, obérés par la succession.

Tous ses manuscrits (lettres, notes, Mémoires, en tout 162 portefeuilles en veau écaille, aux armes du Duc) sont confiés par testament olographe à son cousin l'évêque de Metz puis en juillet 1755, suite aux difficultés de la liquidation de sa succession (procès de nombreux créanciers), placés en dépôt chez le notaire séquestre parisien Maître Delaleu jusqu'au 26 décembre 1760, date à laquelle ces manuscrits sont remis, par ordre du roi, à un commis aux Affaires Étrangères pour être transférés aux Archives de son ministère. Le secrétaire d’État à la Guerre le duc de Choiseul a en effet négocié avec la maréchale de Montmorency, sœur de l'évêque de Metz et héritière du fonds, la remise de ces archives pour leur valeur diplomatique (Saint-Simon fut ambassadeur en Espagne) mais aussi littéraire. Le duc de Choiseul fait lever une première copie des Mémoires à Chanteloup. Une première édition tronquée[10] en est réalisée par l'éditeur Jean-Louis Giraud-Soulavie en 1788[11]. Le petit-neveu du petit duc, le général et marquis de Saint-Simon, réclame au roi Louis XVIII en 1819 la « grâce d'un prisonnier de la Bastille » (c'est-à-dire les écrits de son grand oncle), en obtient onze portefeuilles (correspondant aux 172 cahiers des 2854 pages manuscrites des Mémoires) et commence le grand travail de publication : la première édition authentique a lieu chez Auguste Sautelet en 1829, la première grande édition des œuvres complètes est celle d'Adolphe Chéruel, à partir de 1858, suivie par celle de Boislisle, de 1879 à 1930. Ces éditions établissent la gloire de Saint-Simon, détrônant le cardinal de Retz au panthéon des mémorialistes, et le consacrant comme source historique majeure pour le règne de Louis XIV[12].

Le manuscrit autographe des Mémoires est vendu en 1860 par ce même général Saint-Simon à l'imprimeur Lahure qui le cède à la librairie Hachette, cette dernière en fait le don à la Bibliothèque Nationale en 1926[11].

Manuscrit autographe des Mémoires du duc de Saint Simon, Bibliothèque nationale de France (BNF)

Un modèle dans l'histoire des lettres[modifier | modifier le code]

Mieux encore, Saint-Simon gagne le titre de véritable écrivain. Les admirateurs de sa prose sont nombreux parmi les auteurs francophones : c’est l’un des rares mémorialistes à être lu pour son style. Pourtant, Saint-Simon lui-même avoue : « Je ne me pique pas de bien écrire. » D’un point de vue académique, il dit vrai. Sa grammaire n’est pas toujours rigoureuse, et son vocabulaire est archaïque, figé à la première partie du règne de Louis XIV.

Cela même fait l’originalité du style de Saint-Simon : il ne se surveille pas. Chez lui la phrase se bouscule parfois, hachée et fiévreuse, toute en ellipses, ou bien elle semble, comme chez Proust, vouloir embrasser tous les aspects d’une question, et ne s’éteindre que lorsque le sujet a été épuisé. Saint-Simon supprime jusqu'au verbe, accumulant les notations rapides, comme prises sur le vif. Ainsi décrit-il le tsar Pierre le Grand lors de sa visite à Paris en 1717 :

« Ce monarque se fit admirer par son extrême curiosité, toujours tendante à ses vues de gouvernement, de commerce, d'instruction, de police, et cette curiosité atteignit à tout et ne dédaigna rien, dont les moindres traits avaient une utilité suivie, marquée, savante, qui n'estima que ce qui méritait l'être, en qui brilla l'intelligence, la justesse, la vive appréhension de son esprit. Tout montrait en lui la vaste étendue de ses lumières et quelque chose de continuellement conséquent. Il allia d'une manière tout à fait surprenante la majesté la plus haute, la plus fière, la plus délicate, la plus soutenue, en même temps la moins embarrassante quand il l'avait établie dans toute sa sûreté, avec une politesse qui la sentait, et toujours, et avec tous, et en maître partout, mais avait ses degrés suivant les personnes. Il avait une sorte de familiarité qui venait de liberté ; mais il n'était pas exempt d'une forte empreinte de cette ancienne barbarie de son pays qui rendait toutes ses manières promptes, même précipitées, ses volontés incertaines, sans vouloir être contraint ni contredit sur pas une ; sa table, souvent peu décente, beaucoup moins ce qui la suivait, souvent aussi avec un découvert d'audace, et d'un roi partout chez soi. »

— Saint-Simon, Mémoires[13]

C’est aussi un bon conteur, narrant avec clarté et minutie des histoires souvent embrouillées, sachant ménager ses effets et son suspense, transformant une anecdote mineure en véritable comédie. Enfin, Saint-Simon se distingue par la fougue de son discours. Il a l’indignation facile, l’insulte retorse et la plume formidablement aiguisée. Bien peu trouvent grâce à ses yeux. « Saint-Simon détecte en chaque homme de la cour le fou qu'il refuse de voir en lui.», explique à ce propos Claude Arnaud, dans un dossier du Magazine Littéraire consacré à Saint-Simon[14]. Il offre ainsi au lecteur un panorama parfois injuste, mais souvent réjouissant, de la cour de Louis XIV.

L’œuvre n’est pas homogène. À des passages d’anthologie (portrait des personnalités disparues, révocation de l'édit de Nantes, veillée funèbre de Louis XIV) s’opposent des « tunnels » auxquels le lecteur moderne est moins sensible : ainsi rédige-t-il de longues dissertations sur la hiérarchie relative des grands du royaume. Saint-Simon n’écrit en effet pas seulement pour raconter son époque, mais aussi pour promouvoir ses idées politiques. Les historiens considèrent en effet que, souvent, il exagère l'importance de son propre rôle dans les affaires politiques des années 1710-1723. Son œuvre elle-même ne fournit pas toujours ses sources. Saint-Simon puise abondamment dans le Journal de Dangeau pour les anecdotes de la cour, mais ne l'évoque guère que pour le critiquer lorsqu'il y trouve des erreurs. Il se fonde aussi sur le journal de Torcy pour les événements internationaux.

Postérité littéraire de Saint-Simon[modifier | modifier le code]

De grands écrivains français sont profondément influencés par l’œuvre de Saint-Simon, dont Balzac, Stendhal et Proust.

Stendhal a pu connaître les Mémoires par les publications d’extraits réalisées entre 1781 et 1819, avant que les héritiers ne rentrent en possession des manuscrits à cette date et n’autorisent une première publication en 1829, complète mais très perfectible. Fasciné par les Mémoires, il leur emprunte de nombreux procédés littéraires « modernes » qu’utilise le duc en dépit de sa réputation d’archaïsme, en particulier la description subjective, qui consiste à décrire une scène uniquement à travers les détails qu’en perçoit un personnage. Dans La Chartreuse de Parme de Stendhal, les descriptions des intrigues de cour et les portraits de nombreux personnages secondaires sont ouvertement inspirés de Saint-Simon, qui est d’ailleurs cité parfois sans retouches.

Marcel Proust a été un admirateur fervent du mémorialiste, dont il a d’ailleurs fait un long et savoureux pastiche (Pastiches et mélanges, 1919). L’évocation dans À la recherche du temps perdu des salons aristocratiques du début du XXe siècle doit autant aux souvenirs mondains de Proust lui-même qu’aux scènes de la cour de Louis XIV qu’il avait lues dans Saint-Simon, très souvent cité dans le roman, notamment lors des passages où apparaît le personnage haut en couleurs du baron de Charlus. Proust a aussi cherché à recréer dans ces passages une certaine manière de parler que Saint-Simon appelait, mais sans donner d’exemples, l’« esprit Mortemart », du nom d’une grande famille noble à laquelle appartenait la marquise de Montespan : « [...] une éloquence naturelle, une justesse d’expression, une singularité dans le choix des termes qui coulait de source et qui surprenait toujours, avec ce tour particulier à Mme de Montespan et à ses sœurs, et qui n’a passé qu’aux personnes de sa familiarité ou qu’elle avait élevées. » (caractère de Mme la duchesse d’Orléans[15]). Proust chercha à illustrer cet esprit à travers son personnage de la duchesse de Guermantes, sans d’ailleurs être pleinement satisfait du résultat. Mais de manière plus profonde, Proust a été fasciné par la réussite du projet littéraire de Saint-Simon, qui ressuscite par l’écriture un monde disparu depuis trente ans : comme le duc-mémorialiste, le narrateur de la Recherche comprend sur le tard que les déceptions de la vie et la certitude de la mort peuvent être transcendées par la littérature.

Un prix littéraire Saint-Simon a été créé. Il fut fondé à l'occasion du tricentenaire de la naissance du duc de Saint Simon (1675-1755) sous les auspices de la Ville de La Ferté-Vidame, résidence d'élection de l'écrivain, du Conseil Général d'Eure et Loir et de l'Association des Amis de La Ferté-Vidame, avec la participation initiale de la Société Saint-Simon[16].

Aspects historiques[modifier | modifier le code]

L’histoire selon Saint-Simon[modifier | modifier le code]

C’est un dessein historique que poursuit Saint-Simon. Il s’en justifie dans un avant-propos qui n’est pas sans rappeler la préface de l'Ab Urbe condita de Tite-Live. Il commence par rappeler que l’histoire est « étude recommandée », pratiquée par les saints et, mieux encore, par le Saint-Esprit. Insistant sur le fait que la pertinence de lire et d’écrire l’histoire quand on est chrétien, Saint-Simon s’oppose vigoureusement à l’obscurantisme : il n’y a pas lieu de taire les défauts et les vices de ses prédécesseurs au nom de la charité. « Ne mettons point le salut que le Rédempteur nous a acquis au prix indigne de l’abrutissement absolu. » Il conclut que l’histoire, loin d’être contraire à la charité, peut la servir.

Le duc définit ensuite ce que doit être l’histoire, non pas la simple énumération des événements, mais aussi « leurs origines, leurs causes, leurs suites et leurs liaisons des uns aux autres ». Et pour lui, cela ne peut se faire sans raconter aussi l’histoire des acteurs, leur personnalité, ce qui les meut, leurs relations entre eux. Enfin, qui peut mieux dépeindre l’histoire, sinon quelqu’un qui l’a lui-même vécue ?

« Écrire l’histoire de son pays et de son temps, c’est repasser dans son esprit avec beaucoup de réflexion tout ce qu’on a vu, manié, ou su d’original sans reproche, qui s’est passé sur le théâtre du monde, les diverses machines, souvent les riens apparents, qui ont mû les ressorts des événements qui ont eu le plus de suite et qui en ont enfanté d’autres. »

— Saint-Simon, Préambule aux Mémoires, « S'il est permis d'écrire l'histoire »[17].

Tout cela montre, selon Saint-Simon, la vanité des existences et le néant des ambitions. L’histoire remplit donc un but moral, mieux que les livres de morale eux-mêmes, car l’histoire marque plus le lecteur : « Ce sont des avis et des conseils que reçoivent [les lecteurs] de chaque coup de pinceau à l’égard des personnages, et de chaque événement par le récit des occasions et des mouvements qui l’ont produit. » Enfin, l’histoire parlant généralement de gens morts, elle peut se permettre d’être vraie tout en ne choquant personne.

Citations[modifier | modifier le code]

  • Extraits des Mémoires de Saint-Simon

Caractère du prince de Conti :

« Cet homme si aimable, si charmant, si délicieux, n’aimait rien. Il avait et voulait des amis comme on veut et qu’on a des meubles[18]. »

Portrait de la princesse d’Harcourt :

« Elle avait été fort belle et galante ; quoiqu’elle ne fût pas vieille, les grâces et la beauté s’étaient tournées en gratte-cul. C’était alors une grande et grosse créature fort allante, couleur de soupe au lait, avec de grosses et vilaines lippes et des cheveux en filasse toujours sortants et traînants comme tout son habillement sale, malpropre ; toujours intriguant, prétendant, entreprenant ; toujours querellant, et toujours basse comme l’herbe, ou sur l’arc-en-ciel, selon ceux à qui elle avait affaire. C’était une furie blonde, et de plus une harpie : elle en avait l’effronterie, la méchanceté, la fourbe, la violence ; elle en avait l’avarice et l’avidité ; elle en avait encore la gourmandise et la promptitude à s’en soulager, et mettait au désespoir ceux chez qui elle allait dîner parce qu’elle ne se faisait faute de ses commodités au sortir de table, qu’assez souvent elle n’avait pas loisir de gagner, et salissait le chemin d’une effroyable traînée, qui l’ont maintes fois fait donner au diable par les gens de Mme du Maine et de Monsieur le Grand[19]. »

Caractère de Louis XIV :

« Ce fut un prince à qui on ne peut refuser beaucoup de bon, même de grand, en qui on ne peut méconnaître plus de petit et de mauvais, duquel il n’est pas possible de discerner ce qui était de lui ou emprunté, et dans l’un et dans l’autre rien de plus rare que des écrivains qui en aient été bien informés, rien de plus difficile à rencontrer que des gens qui l’aient connu par eux-mêmes et par expérience, et capables d’en écrire, en même temps assez maîtres d’eux-mêmes pour en parler sans haine ou sans flatterie, de n’en rien dire que dicté par la vérité nue en bien et en mal[20]. »

Crayon de la cour de Versailles, à l’annonce du rang donné aux enfants du duc du Maine, bâtard du Roi :

« Pour tout le reste du monde c’était une cour anéantie, accoutumée à toute sorte de joug, et à se surpasser les uns les autres en flatteries et en bassesses[21]. »

Projets de gouvernements pour le duc de Bourgogne :

« J’en étais si rempli, qu’il y avait des années que je les avais jetés sur le papier, plutôt pour mon soulagement et pour me prouver à moi-même leur utilité et leur possibilité, que dans l’espérance qu’il en pût jamais rien réussir[22]. »

Un homme à système aux Finances portait du financier Law et des finances publiques

« Mais Law était un homme à système, et si profond qu'on n'y entendait rien, quoique naturellement clair et d'une élocution facile, quoiqu'il y eût beaucoup d'anglais dans son français. (...) Il raisonnait comme un anglais, et ignorait combien est contraire au commerce et à ces sortes d'établissements la légèreté de la nation, son inexpérience, l'avidité de s'enrichir tout d'un coup, les inconvénients d'un gouvernement despotique, qui met la main sur tout, qui n'a que peu ou point de suite et où ce que fait un ministre est toujours détruit ou changé par son successeur[23] »

Un exemple de phrase sans verbe – la douleur du Roi à la mort de son fils :

« Pour le Roi, jamais homme si tendre aux larmes, si difficile à s'affliger, ni si promptement rétabli en sa situation parfaitement naturelle[24]. »

Un exemple de style bref – échange avec le duc de Beauvillier :

« Ce propos vrai et solide effraya étrangement le duc de Beauvillier : il me dit tout ce qu’il put ; moi, de me taire. Nous nous séparâmes de la sorte[25]. »

  • Textes divers

Saint-Simon accuse - le tiers état présenté au Roi (1712) :

« Le tiers état, infiniment relevé dans quelques particuliers qui ont fait leur fortune par le ministère ou par d'autres voies, est tombé en général dans le même néant que les deux premiers corps [la noblesse et le clergé]. Les divers tribunaux qui ont souvent paru avec quelque éclat dans les temps fâcheux, ne nourrissent plus de ces magistrats dignes de l'ancienne Rome par leur doctrine et par leur intégrité, de ces colonnes de l'État par leurs grandes actions, par leur application constante, par leur savoir profond, par leur génie. Ceux d'aujourd'hui, accoutumés aux mœurs présentes, contents de savoir juger les procès, s'en acquittent comme ils peuvent, entraînés souvent par le torrent des jeunes gens et des gens nouveaux qui emportent la pluralité des voix. La discipline, l'étude, la gravité, ne sont plus des talents d'usage ; et il n'est que trop vrai de dire que, les riches uniquement appliqués à conserver leur bien, et les pauvres à en acquérir ou à vivre, la magistrature est généralement tombée dans le même abîme qui enfouit le clergé et la noblesse. Pour ce qui est du reste du tiers état, sièges subalternes, corps de ville bourgeois, la misère, la mécanique, la grossièreté les a tous ensevelis sans éducation et sans étude que celle de vivre au jour la journée avec un pénible travail ; de là on peut inférer ce que sont les artisans et les paysans de la campagne[26]. »

L'esprit languissant de vide (1737) – vers les Mémoires... et la recherche du temps perdu :

« Un grand loisir qui tout à coup succède à des occupations continuelles de tous les divers temps de la vie, forme un grand vide qui n'est pas aisé ni à supporter ni à remplir. Dans cet état l'ennui irrite et l'application dégoûte. Les amusements, on les dédaigne. Cet état ne peut être durable ; à la fin on cherche malgré soi à en sortir. Ce qui rappelle le moins tout ce qu'on a quitté et qui mêle quelque application légère à de l'amusement, c'est ce qui convient le mieux. De médiocres recherches de dates et de faits pris par éclaircissement dans les livres, d'autres sortes de faits qu'on a vus ou qu'on a sus d'original sont de ce genre, quand ces autres faits qu'on trouve en soi-même ont quelque pointe, quelque singularité, quelque concordance fugitive et qui peut mériter d'être sauvée de l'oubli. L'esprit y voltige quelque temps sans pouvoir se poser encore, jusqu'à ce que le besoin de se nourrir de quelque chose, contracté par une si longue habitude, devienne supérieur au dégoût général ; et que, par l'affaiblissement des premiers objets à mesure qu'ils s'éloignent, il saisisse au hasard la première chose qui se présente à lui. Un malade repousse bien des plats sans vouloir y goûter, et plusieurs autres encore dont il n'a fait que tâter et encore avec peine. L'esprit, languissant de vide, effleure ainsi bien des objets qui se présentent, avant que d'essayer d'accrocher son ennui sur pas un[27]. »

Aspects littéraires[modifier | modifier le code]

Regards sur ses contemporains[modifier | modifier le code]

On aurait fort étonné le duc de Saint-Simon en lui déclarant qu'il était « surtout un écrivain ». Cependant, il n'a pas manqué de rencontrer quelques personnalités éminentes de la littérature française, et les Mémoires nous offrent d'intéressants portraits de la plupart d'entre eux.

Madame de Sévigné – dont le duc de Saint-Simon était « fort des amis du jeune marquis de Grignan, son petit-fils » :

« Cette femme, par son aisance, ses grâces naturelles, la douceur de son esprit, en donnait par sa conversation à qui n'en avaient pas, extrêmement bonne d'ailleurs, et savait extrêmement de toutes sortes de choses sans vouloir jamais paraître savoir rien[28]. »

Boileau regretté de Saint-Simon :

« En ce même temps [1711] mourut Boileau-Despréaux si connu par son esprit, ses ouvrages, et surtout par ses satires. Il se peut dire que c'est en ce dernier genre qu'il a excellé quoique ce fût un des meilleurs hommes du monde. Il avait été chargé d'écrire l'histoire du Roi : il ne se trouva pas qu'il y eût presque travaillé[29]. »

Racine – sa funeste distraction :

« Malheureusement pour lui, il était sujet à des distractions fort grandes. Il arriva qu'un soir qu'il était entre le Roi et Mme de Maintenon, chez elle, la conversation tomba sur les théâtres de Paris. Après avoir épuisé l'opéra, on tomba sur la comédie. Le Roi s'informa des pièces et des acteurs, et demanda à Racine pourquoi, à ce qu'il entendait dire, la comédie était si fort tombée de ce qu'il l'avait vue autrefois. Racine lui en donna plusieurs raisons, et conclut par celle qui, à son avis, y avait le plus de part, qui était que, faute d'auteurs et de bonnes pièces nouvelles, les comédiens en donnaient d'anciennes, et, entre autres, ces pièces de Scarron qui ne valaient rien et qui rebutaient tout le monde. À ce mot la pauvre veuve rougit [Scarron était le premier mari de madame de Maintenon], non pas de la réputation du cul-de-jatte attaquée, mais d'entendre prononcer son nom, et devant le successeur. Le Roi s'embarrassa ; le silence qui se fit tout d'un coup réveilla le malheureux Racine, qui sentit le puits dans lequel sa funeste distraction le venait de précipiter. Il demeura le plus confondu des trois, sans plus oser lever les yeux ni ouvrir la bouche. Ce silence ne laissa pas de durer plus que quelques moments, tant la surprise fut dure et profonde. La fin fut que le Roi renvoya Racine, disant qu'il allait travailler[30]. »

Regards sur Saint-Simon[modifier | modifier le code]

Madame du Deffand - première connaissance, partielle, des Mémoires (1770) :

« Nous faisons une lecture l'après dîner, des Mémoires de M. de Saint-Simon, où il est impossible de ne pas vous regretter ; vous auriez des plaisirs indicibles... quoique le style soit abominable, les portraits mal faits, l'auteur n'étant point un homme d'esprit[31]... »

Chateaubriand :

« Saint-Simon écrivait à la diable pour l'immortalité[32]. »

Stendhal :

« Mon seul plaisir était Shakespeare et les Mémoires de Saint-Simon, alors en sept volumes, que j'achetai plus tard en douze volumes, avec les caractères de Baskerville, passion qui a duré comme celle des épinards au physique…[33] »

Michelet :

« Contre un Dangeau et autres, on se défend sans peine. Mais qu'il est difficile de marcher droit quand on a près de soi le maître impérieux qui vous tire à droite et à gauche, qui donne tout ensemble à l'histoire le secours et l'obstacle, son guide, son tyran, Saint-Simon... J'en sais le fort, le faible. S'il a écrit longtemps après, c'est sur des notes qu'il faisait le jour même. Il veut être vrai, il veut être juste. Et souvent, par un noble effort, il l'est contre sa passion[34]. »

Armoiries[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Maison de Rouvroy de Saint Simon.
Blason Blasonnement :
Écartelé :
aux 1 et 4, échiqueté d'or et d'azur, au chef d'azur, chargé de trois fleurs de lys d'or (qui est Vermandois Saint Simon),
aux 2 et 3, de sable à la croix d'argent, chargé de cinq coquilles de gueules (qui est Rouvroy)[35].

Éditions[modifier | modifier le code]

  • Mémoires. De nombreuses éditions existent. Celle de Boislisle, en 43 volumes parus de 1879 à 1930, est l’édition de référence des historiens. Celle d’Yves Coirault, en 8 volumes parus à partir de 1983 (collection « La Pléiade », Gallimard) est la plus pratique et la plus utile à l’amateur. La première édition intégrale conforme au manuscrit original, l’édition Chéruel de 1856, est disponible ici [1] en texte intégral cherchable. L'édition Carrefour du Net est la version papier la plus économique du texte intégral et est disponible ici [2].
  • Traités politiques et autres écrits, Gallimard, « Pléiade », 1996. Papiers épars de Saint-Simon sur divers sujets, le plus souvent des questions de cérémonial ou de généalogie.
  • Les Siècles et les jours. Lettres (1693-1754) et Note "Saint-Simon" des Duchés-pairies, etc. Textes établis, réunis et commentés par Yves Coirault. Préface d’Emmanuel Le Roy Ladurie, membre de l’Institut. Éditions Honoré Champion, 2000. 1064 p., rel. 978-2-7453-0251-9
  • Hiérarchie et mutations : Écrits sur le kaléidoscope social. Textes établis, réunis et commentés par Yves Coirault. Éditions Honoré Champion, 2002. 424 p., rel. 978-2-7453-0545-9

Hommages[modifier | modifier le code]

Une rue a été nommée en son honneur, dans le VIIe arrondissement de Paris.

Une statue du duc de Saint-Simon est présente dans la cour du Louvre. Une autre se trouve sur la façade de l'Hôtel de ville de Paris.

En 1955, la République française lui rend hommage par un timbre postal à son effigie, à l'occasion du bicentenaire de sa mort. En 1975, c'est au tour de Monaco d'émettre un timbre à l'effigie du mémorialiste, commémorant cette fois le tricentenaire de sa naissance.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Edition Pléiade des Mémoires, Chronologie sommaire, p. LXXXI
  2. a, b, c et d Alain Decaux et André Castelot, Dictionnaire d'histoire de France, Perrin,‎ 1981, p. 920
  3. Mémoires, p. 19
  4. Mémoires de Saint-Simon sur wikisource.org
  5. « Cahiers Saint-Simon », Société Saint-Simon, n°1, p. 13, Lettres à Rancé, 19 janvier 1700
  6. Sainte-Beuve, dans un article du Constitutionnel (2 octobre 1865), repris dans ses Nouveaux Lundis (tome X), déclare que cette scène est « une œuvre unique, incomparable, qui n'a sa pareille en aucune littérature, un tableau comme il n'y en a pas un autre à citer dans les musées de l'histoire ».
  7. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.IV, p.67
  8. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.IV, p.412
  9. Saint-Simon à la Ferté-Vidame
  10. Mémoires de M. le duc de Saint-Simon, ou l'observateur véridique, sur le règne de Louis XV et sur les premières époques des règnes suivants, Londres, 1788 puis devant son succès nombreuses rééditions, dont celle originale, très rare, éditée par Buisson en 1788, 3 volumes in-12
  11. a et b Guy Rooryck, Les Mémoires Du Duc de Saint-Simon, Librairie Droz,‎ 1992, 310 p.
  12. Armand Baschet, Le duc de Saint-Simon, son cabinet et l'historique de ses manuscrits, BiblioBazaar,‎ 2009, 570 p.
  13. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de La Pléiade, vol.VI, pp.352-353. N.B. : L'accord du participe présent avec son antécédent (« tendante »), qui serait considéré aujourd'hui comme irrégulier, est propre à Saint-Simon.
  14. Claude Arnaud, «Un oeil d'aigle et "le sang aux ongles" », in http://www.magazine-litteraire.com/actualite/saint-simon-assassin-cour-26-12-2011-32852, janvier 2012
  15. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.V, p.251
  16. http://www.saint-simon-la-ferte-vidame.fr/prix.htm
  17. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de La Pléiade, vol.I, p.15.
  18. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.III, p.369
  19. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.II, p.271
  20. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.V, p.469
  21. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.III, p.772
  22. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.III, p.381
  23. Mémoires, ed. Gallimard, 1987, Bibliothèque de la Pléiade, vol.VII, p.731
  24. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.IV, p.98
  25. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.IV, p.535
  26. Lettre anonyme au roi, ed. Gallimard, coll. Folio classique, 1994, Mémoires II, pp.350-351
  27. Préambule aux Notes sur les maisons d'Albret, d'Armagnac et de Chatillon, ed. Gallimard, 1994, coll. Folio classique, Mémoires II, pp.432-433
  28. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.I, p.282
  29. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.IV, p.40
  30. Mémoires, ed. Gallimard, 1984, Bibliothèque de la Pléiade, vol.I, p.611
  31. Mme du Deffand, Lettres à Horace Walpole, 21 novembre 1770 et 2 décembre 1770
  32. Chateaubriand, Mémoires d'Outre-tombe
  33. Stendhal, Henri Brulard
  34. Michelet, Note 5 du tome XVI de l'histoire de France
  35. Maison de Rouvroy de Saint Simon sur www.francegenweb.fr

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François-Régis Bastide, Saint-Simon, Éditions du Seuil, collection écrivains de toujours, 1953 ISBN 2-02-000015-6
  • Jean de La Varende, M. le duc de Saint-Simon et sa comédie humaine, Perrin, 1955 (réédité en 2003)
  • Yves Coirault, L'optique de Saint-Simon. Essai sur les formes de son imagination et de sa sensibilité d'après les "Mémoires", Armand colin, 1965 [Thèse] ; Les "Additions" de Saint-Simon au "Journal" de Dangeau, Armand Colin, 1965 [Thèse complémentaire] ; L'Horloge et le miroir, Saint-Simon, Mémoires août 1715, Sedes, 1980 ; Dans la forêt saint-simonienne, Universitas, 1992 [Recueil des principaux articles du maître de conférences].
  • Georges Poisson : Album Saint-Simon coll. la Pléiade, Gallimard (collection de documents divers autour de Saint-Simon et des Mémoires), 1969
  • Roger Judrin, Saint-Simon, Seghers, 1970 ; réédité en 2009 aux éditions Pascal Galodé, Saint-Malo
  • Dirk Van der Cruysse, Le Portrait dans les Mémoires du duc de Saint-Simon, fonctions, techniques et anthropologie, étude statistique et analytique [Thèse], 1971
  • José Cabanis, Saint-Simon l'admirable, NRF Gallimard, 1974
  • Leo Spitzer, Approches textuelles des mémoires de Saint-Simon, J.-M. Place, 1980
  • Dirk Van der Cruysse, La Mort dans les Mémoires de Saint-Simon : Clio au jardin de Thanatos, 1981
  • Norbert Elias, La société de cour, Flammarion, Le livre de poche, collection Champs, 1985
  • Georges Poisson : Monsieur de Saint-Simon, Mazarine, Paris (1987 pour la première édition, réédité en 2000 chez Flammarion)
  • Cécile Guilbert, Saint-Simon ou l'encre de la subversion, éditions Gallimard, collection L'infini. Paris, 1994
  • Emmanuel Le Roy Ladurie, Saint-Simon ou le système de la Cour, Fayard, 1997
  • Malina Stefanovska. Saint-Simon, un historien dans les marges. Éditions Honoré Champion, 1998
  • François Raviez. Le Duc de Saint-Simon et l’écriture du mal. Une lecture démonologique des Mémoires. Éditions Honoré Champion, 2000
  • Denis Lorieux, Saint-Simon, Perrin, 2001
  • Jean-Michel Delacomptée : La Grandeur. Saint Simon, Éditions Gallimard, Collection L’un et l’autre, 2001 (ISBN 2-07-012981-0)
  • Delphine de Garidel. Poétique de Saint-Simon. Cours et détours du récit historique dans les Mémoires. Éditions Honoré Champion, 2005
  • Christophe Blanquie, Les Masques épistolaires de Saint-Simon, Éditions Honoré Champion, 2009
  • Marc Hersant, Le discours de vérité dans les mémoires du duc de Saint-Simon, Éditions Honoré Champion, 2009 ISBN 978-2-7453-1784-1
  • François Formel-Le Vavasseur, Le Duc de Saint-Simon, comte de La Ferté-Vidame, mémorialiste et épistolier, éd. BoD, 2009, ISBN 978-2-8106-0354-1
  • Saint-Simon (Édition établie par Yves Coirault), Mémoires, vol. I, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade »,‎ 1983

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]