Abbaye Sainte-Croix de Poitiers

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Abbaye Sainte-Croix de Poitiers
Présentation
Type Abbaye
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Poitou-Charentes
Département Vienne
Commune Poitiers
Coordonnées 46° 34′ 47″ N 0° 21′ 07″ E / 46.57980556, 0.3519444446° 34′ 47″ Nord 0° 21′ 07″ Est / 46.57980556, 0.35194444  

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Abbaye Sainte-Croix de Poitiers

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Abbaye Sainte-Croix de Poitiers

L’abbaye Sainte-Croix de Poitiers est une ancienne abbaye de Poitiers, qui a été transférée aujourd'hui sur la commune de Saint-Benoît.

Historique[modifier | modifier le code]

Période médiévale[modifier | modifier le code]

L'abbaye Sainte-Croix fut fondée par la reine des Francs Radegonde en l'an 552, qui fuyait ainsi son époux Clotaire. Menacé d'excommunication par saint Germain de Paris, évêque de Paris, ce dernier finit par acquérir les terres près du quartier épiscopal de Poitiers où fut construite l'abbaye Sainte-Marie, premier monastère féminin de Gaule[1].

La première abbesse en fut sainte Agnès, la reine ayant refusé cette charge. Agnès plaça le monastère sous la règle de Césaire d'Arles. Agnès avait été une ancienne dame de compagnie de Radegonde, de même que sainte Disciole, une autre fidèle de Radegonde. L'abbaye fut renommée Sainte-Croix lorsqu'elle reçut en 567 des fragments de la Croix envoyés par l'empereur de Constantinople. L'abbaye possédait une quantité importante de reliques, et fut aussi un foyer culturel majeur à l'époque. Radegonde y fit venir notamment le poète italien Venance Fortunat, plus tard évêque de Poitiers, qui y écrivit ses hymnes les plus célèbres. On lui attribue entre autres le "Vexilia Regis". De cette époque subsistent un certain nombre d'objets : une grande croix mérovingienne en métal jadis ornée de pierreries, le fameux pupitre dit de sainte Radegonde, et la plaque centrale de la staurothèque contenant les reliques et datant vraisemblablement des alentours de l'an mil. Ces objets sont toujours en possession des religieuses.

Pupitre de sainte Radegonde

En 589, les nonnes, menées par Basine, fille de Chilpéric Ier, et Chrotielde, fille de Caribert Ier, se révoltent contre l'autorité de leur abbesse Leubovère, qu'elles accusent de trop de dureté et d'oisiveté. Demandant de l'aide aux rois mérovingiens, elles sont excommuniées et sommées de retourner à leur vie monastique. Après procès, Chrotielde se voit offrir par la reine Brunehilde des terres sur lesquelles elle s'installera, tandis que Basine retourne au couvent.

La chapelle du Pas de Dieu et les vestiges archéologiques visibles[modifier | modifier le code]

En 1909 le Père Camille de la Croix, archéologue, a mis au jour les fondation de la première abbatiale Sainte-Marie, petit édifice rectangulaire avec un emplacement d'autel. Il a aussi découvert, jouxtant l'abbatiale, les fondations de la cellule de Radegonde et son oratoire (ces deux dernières constructions ont été restituées dans un style inspiré de l'époque mérovingienne en 1912).

Ce petit oratoire, détruit a la Révolution, est appelé la chapelle du "Pas de Dieu", puisque c'est là qu'avant de mourir, nous dit-on, Radegonde eut la vision du Christ lui disant "tu es la perle de ma couronne". En partant, il aurait laissé une empreinte dans une pierre, longtemps conservé dans la chapelle. Après la Révolution, la pierre a été transférée dans l'église Sainte-Radegonde où elle se trouve toujours. À côté de la chapelle, aujourd'hui dans un terrain appartenant au couvent de l'Union chrétienne se trouve le "Laurier de sainte Radegonde". Elle aurait planté un arbre devant sa cellule, qui dès lors avait poussé miraculeusement. L'arbre est effectivement très ancien, et les religieuses de Sainte-Croix avait pour tradition d'offrir ou de vendre les feuilles dans de petits sachets au XIXe siècle.

Dans les années 1950, François Eygun, archéologue, a mis au jour les fondations de la seconde abbatiale, Sainte-Croix. Beaucoup plus importante, elle avait été agrandie à l'époque romane, et détruite à la Révolution. On connait son élévation grâce aux nombreux dessins qui en ont été faits. Durant ses fouilles, Eygun découvrit non seulement les vestiges romans (piliers, murs gouttereaux et chevet mais aussi les fondations d'une petite absidiole mérovingienne, celle de la première construction. Un grand nombre de mosaïques préromanes ont été découvertes. Elles sont aujourd'hui conservées au Musée Sainte-Croix et chez les religieuses de l'abbaye à la Cossonière. Les fondations et constructions sont, quant à elles, visibles dans le jardin et l'arrière-cour d'un immeuble moderne situé 8 rue Jean-Jaurès. On peut aussi admirer au musée, les archivoltes de l'ancien portail roman, ornées d'animaux.

Église Sainte-Radegonde[modifier | modifier le code]

L'église destinée à abriter les sépultures des moniales fut consacrée sous le nom de basilique Sainte-Marie-Hors-les-Murs, car l'abbaye fut construite en dehors de la muraille romaine de la ville (tout en étant à l'intérieur de la boucle du Clain). Elle fut rebaptisée Sainte-Radegonde à la mort de la fondatrice, en 587. En décembre 838, le roi Pépin Ier d'Aquitaine est enterré dans l’église[2].

Un bourg s'établit autour de l'église. Il fut détruit par des assaillants plusieurs fois, ce qui poussa à sa fortification au Xe siècle. En 955 on sait que les environs de l'église sont fortifiés. Ils sont ensuite inclus dans la muraille construite par Aliénor d'Aquitaine au XIIe siècle

C'est aujourd'hui l'église Sainte-Radegonde reconstruite au XIe siècle.

Période moderne et contemporaine[modifier | modifier le code]

Bâtiment XVIe de l'ancienne abbaye

Des édifices de l'abbaye datant de la Renaissance reste un très grand corps de logis, restauré en 2006-2007, datant de la fin du XVIe siècle. Il est aujourd'hui transformé en résidence de standing.

Elle connaît une période faste durant l'abbatiat de Charlotte-Flandrine de Nassau, entre 1603 et 1640. Fille du stathouder Guillaume le Taciturne (qui avait accompagné Gaspard II de Coligny lors du siège de Poitiers en 1569), et sœur de Charlotte-Brabantine d'Orange-Nassau, duchesse de la Tremoille, elle avait abjuré le protestantisme avant de devenir abbesse à Poitiers. Elle fit faire de nombreux travaux d'ornement dans l'abbatiale, et fit venir de nombreux tableaux de hollande pour les besoins de l'abbaye. On conserve ainsi au Musée Sainte-Croix le chemin de croix, en partie œuvre du peintre d'Utrecht Everard Quirinsz van der Maes (1577-1656). Flandrine de Nassau offrit aussi le grand retable de style baroque dans la chapelle du collège des jésuites.

Détruite en grande partie à la Révolution, l'enclos est traversé par la rue du Pont-Neuf à partir des années 1830. Les religieuses reviennent par la suite, et l'abbaye est reconstruite. Les Augustines hospitalières s'étant installées dans les anciens édifices encore debout, l'abbaye Sainte-Croix est reconstruite plus à l'ouest, de l'autre côté du baptistère Saint-Jean. La nouvelle abbaye comprend les anciens bâtiments XVIe ‑ XVIIe siècle du chapitre de la cathédrale. L'église est bâtie rue Paschal-le-Coq dans un style néo-gothique en 1871.

En 1965 quittent le centre de Poitiers. Elles font l'acquisition d'une ancienne maison de plaisance appartenant aux jésuites, à la Cossonière, dans la campagne proche de Poitiers, perpétuant ainsi cette abbaye. Bâtie dans les années 1960, elle porte maintenant le nom d'abbaye Sainte-Croix de la Cossonière, à Saint-Benoît. Dans l'église, construite à la fin des années 50, par l'architecte Mlle Ursault, se trouve les superbes grilles en ferronnerie datant de 1739, et les stalles de l'abbaye d'avant 1789. Les religieuses y conservent encore le reliquaire de la vraie croix, la fameuse staurothèque. Elles conservent aussi pieusement le pupitre de Sainte Radegonde, un curieux objet en bois, datant du VIe siècle et servant possiblement de lutrin. Il est orné de signes chrétiens, et il s'agit du plus ancien meuble conservé intact en France. Sont également conservés de nombreux objets archéologiques, dont une très belle croix pectorale qui aurait appartenu à la sainte. Tous ces objets sont régulièrement montrés au public lors d'expositions ou d'évènements religieux.

Les bâtiments XIXe siècle de l'abbaye ont été détruits dans les années 1970, seuls ont été conservés les éléments des siècles précédents. À l'emplacement de l'abbaye fut construit le Musée Sainte-Croix par l'architecte Jean Monge, bâtiment de style brutaliste en béton et verre inauguré en 1974. Lors de la construction de cet édifice, les vestiges antiques mis au jour ont été conservés in situ. Le musée conserve de nombreux objets liés a l'histoire de l'abbaye, dont la fameuse effigie en bois de la Grand'Goule, le chemin de croix, et des moulages des objets conservés à la Cossonière.

Il est à noter que ce sont les sœurs de l'abbaye qui confectionnent les hosties de tout le diocèse de Poitiers. Ce sont les seules autorisées à fabriquer le précieux pain (comme dans la plupart des diocèses où la fabrication des osties est assurée par les monastères). Il s'agit d'ailleurs de leur principale source de revenus. (Source : reportage France bleu poitou, début année 2010 à l'occasion de la fête du pain). 1000 hosties coûtent à l'Église entre 6 € et 10 €.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Yvonne Labande-Mailfert (dir.), Histoire de l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers : quatorze siècles de vie monastique, Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, 4e sér.,t. 19, années 1986-1987
  2. Michel Dillange, Les comtes de Poitou, ducs d'Aquitaine : 778-1204, Mougon, Geste éd., coll. « Histoire »,‎ 1995, ill., couv. ill. en coul. ; 24 cm, 303 p. (ISBN 2-910919-09-9, ISSN 1269-9454, notice BnF no FRBNF35804152), p 33-34

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Yvonne Labande-Mailfert (dir.), Histoire de l'abbaye Sainte-Croix de Poitiers: quatorze siècles de vie monastique, Mémoires de la Société des antiquaires de l'Ouest, 4e sér.,t. 19, années 1986-1987
  • Régine Deforges, La révolte des nonnes, Fayard, 1981.

Filmographie[modifier | modifier le code]