Michel Chaillou

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Michel Chaillou

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Michel Chaillou en dédicace à la Comédie du livre de Montpellier, en 2010.

Naissance 15 juin 1930
Nantes
Décès 10 décembre 2013 (à 83 ans)
Paris
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français

Michel Chaillou, né à Nantes le 15 juin 1930 et mort le 10 décembre 2013 à Paris, est un romancier français auteur de près d'une trentaine d'ouvrages. Après le prix des libraires reçu en 1989, le prix de la langue française en 2002, il a obtenu en 2007 le grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Nantes le 15 juin 1930 de très jeunes parents, Michel Chaillou a été élevé par ses grands-parents paternels, gardiens d’une papeterie à Chantenay, « le faubourg ouvrier de Nantes », puis concierges de la Centrale des œuvres diocésaines, en plein centre-ville. Le contraste est fort entre ces modestes paysans vendéens et la grand-mère maternelle, l’imprévisible et pittoresque Alice. Cette fille de notables nantais (le peintre Maurice Orliac, lui-même fils de la portraitiste Elise Canoby-Orliac) a pris la route à 20 ans avec un gitan, le futur grand-père de Michel Chaillou. Après que son compagnon ait disparu, la laissant avec ses deux enfants (Jean et Eva), Alice deviendra une figure des quartiers populaires de Nantes, brocanteuse, chanteuse des rues, diseuse de bonne aventure. Michel Chaillou, d’abord élève à l’école élémentaire de Chantenay, est pensionnaire dans une institution religieuse de Saint-Sébastien-sur-Loire jusqu’au certificat d’études primaires[1].

Avec la Deuxième Guerre mondiale survient le drame qui marquera profondément la sensibilité de Michel Chaillou (cf. le récit autobiographique 1945). A la Libération, il quitte la France avec sa mère et commence une nouvelle vie – difficile – à Casablanca. Il reprend ses études secondaires interrompues et décroche son baccalauréat.

Revenu en France en 1951 après six années passées au Maroc, il s’inscrit en philosophie à la faculté de Poitiers. Pour financer ses études il est pion dans divers collèges de l’académie de Poitiers (Luçon, Pons, Melle, Thouars), il obtient une licence de philosophie et se marie une première fois en 1955.

En 1957, il est appelé en Algérie. De retour à la vie civile après 28 mois de service militaire, il obtient le capes de lettres modernes et enseigne au lycée de jeunes filles de Niort puis au lycée de Montmorillon. En 1960 il divorce et songe à quitter la province pour la capitale.

En 1962, il est admis au stage audiovisuel de l’École normale supérieure de Saint-Cloud. Il y rencontre Roland Barthes, et sa future femme, Michèle, qu’il épouse en 1966 et dont il aura en 1971 un fils, David Chaillou, aujourd’hui compositeur.

De 1963 à 1968, désormais parisien, Michel Chaillou enseigne les lettres au lycée de Saint-Germain en Laye. Partiellement détaché auprès de la télévision scolaire il produit de nombreuses émissions de français jusqu’en 1970.

En 1968 paraît chez Gallimard son premier roman Jonathamour[2] dans la collection « Le Chemin » de Georges Lambrichs. Après l'arrêt de la collection en 1987, il se partagera entre plusieurs éditeurs : Gallimard, le Seuil, Fayard … Autour des « déjeuners du Chemin », il se fait ses premiers amis écrivains : Jacques Borel, Jean-Loup Trassard, Jacques Réda, Michel Deguy, Henri Meschonnic, Ludovic Janvier, Patrick Reumaux, Pierre Lepère, Jean Roudaut, Pierre Pachet, etc.

En 1969, Michel Chaillou devient enseignant à l’IUT de Saint-Denis. En 1975, il obtient un doctorat en littérature française avec sa thèse « Bergerie critique (le sentiment géographique dans les premières pages de l’Astrée ) » dirigée par Roland Barthes et soutenue à Paris VIII. Elle sera éditée chez Gallimard sous le titre Le Sentiment géographique, ouvrage singulier qui l’imposera dans le milieu littéraire[3]. En 1991 Michel Chaillou entre à l’Université Paris VIII-Vincennes où il enseignera la littérature française de l’âge baroque et celle du XVIIIe siècle jusqu’à sa retraite en 1995. En 1982, invité par l’Université de Charlottesville en Virginie (États-Unis) il fait un cours sur les romans oubliés de la littérature française du XVIIe siècle.

Parallèlement à l’enseignement et à l’écriture, Michel Chaillou s’est beaucoup intéressé à la radio. Après sa rencontre avec Alain Trutat, il participe à ses expériences de création radiophonique. De nombreuses émissions sur France Culture de 1970 à 2002 témoignent de son don d’improvisation et d’une parole lyrique entre écriture et oralité (Perdus dans la mer de Weddell, Une descente imaginaire de la Volga, Histoires hantées, Avignon cœur de lion …). De 1973 à 1976 il est membre du comité de lecture de Radio-France, et en 1976 membre de l’atelier « texte-image » de l’Institut national de l’audiovisuel.

Participant activement à la vie littéraire, Michel Chaillou a été en 1982 le premier président de l’ADILC (association de défense et illustration de la littérature contemporaine). Il a été membre du comité de lecture de la revue Po&sie de Michel Deguy et de plusieurs commissions du Centre national des lettres. De 1985 à 1988, il est conseiller littéraire du Salon du livre de jeunesse de Montreuil. En 1989 il est l’un des six écrivains du groupe l’Hexaméron aux côtés de Michel Deguy, Jacques Roubaud, Denis Roche, Florence Delay et Natacha Michel.

En 1990, Michel Chaillou crée chez Hatier, à la demande de l’éditrice Colline Faure-Poirée, une collection d’histoire littéraire « Brèves littérature » qu’il dirige jusqu’en 1996 (24 volumes publiés). Y collaborent de nombreux écrivains et universitaires, dont Jean-Noël Vuarnet, Pierre Lartigue, Bernard Cerquiglini, Pierre Lepère, Pierre Pachet, Jacques Roubaud, Patrick Chamoiseau, Jean Roudaut, Henri Meschonnic, Michel Butor, Natacha Michel, Dominique Noguez...La collection, d’une conception originale, réunit des « gens de style » qui tous entretiennent un rapport personnel, intime et vivant avec la littérature du passé.

Autour des années 2000, sous l’influence du romancier et critique d’art Michel Ragon, vendéen comme lui, il se rapproche de Nantes, sa ville natale. Couronné par l’Académie de Bretagne pour La Croyance des voleurs, il en devient membre d’honneur en 2005. L’ultime roman de Michel Chaillou, l’Hypothèse de l’ombre, est sorti chez Gallimard trois semaines avant son décès. L’écrivain laisse un journal inédit à paraître en avril 2015 aux éditions Fayard.

Depuis 2004 ses manuscrits alimentent un fonds Michel Chaillou au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale de France. Il a fait don de deux manuscrits (La Croyance des voleurs et La Fuite en Égypte) à la bibliothèque de la ville de Nantes.

Actualités :

En prolongement d'un colloque à l'Université d'Angers les 28 et 29 mai 2015, intitulé "Michel Chaillou, une écriture en parcours", la Bibliothèque nationale de France programme le 15 juin 2015 une lecture-concert à la Bibliothèque de l'Arsenal, accompagnée d'une exposition consacrée à l'écrivain.

Les 25 et 26 février 2016, l'Université du Littoral-Côte d'Opale organise un colloque : "Michel Chaillou, l'écriture fugitive", en partenariat avec Angers.

Style littéraire[modifier | modifier le code]

Riche d’une trentaine d’ouvrages, l’œuvre de Michel Chaillou touche à des genres variés. Elle commence dans le pur romanesque avec Jonathamour, défendu chez Gallimard par Louis-René des Forêts. Son deuxième livre Collège Vaserman invente un théâtre imaginaire joué sous la férule d’un maître intraitable. Avec Le Sentiment géographique, il construit une « pastorale moderne » à partir de l’Astrée d’Honoré d’Urfé et la terre du Forez. Le livre suivant Domestique chez Montaigne explore le temps et un autre paysage, la Dordogne. Une diversité qui a fait dire à l'écrivain Sylvie Jaudeau : « Michel Chaillou, par le biais d'une écriture baroque, tente de renouveler la technique du roman en lui annexant des disciplines et des genres qui lui sont étrangers : histoire, biographie, théâtre. »[4].

Avec La Croyance des voleurs, Michel Chaillou ouvre un autre volet de son inspiration : l’autobiographie ou plutôt, ce qu’il nomme la « demi-autobiographie » tant réalité et imaginaire se confondent. Les événements de son enfance mouvementée, abordés auparavant de manière détournée sinon travestie, sont maintenant au centre d’un récit poursuivi de livre en livre : enfance nantaise (La Croyance des voleurs), adolescence au Maroc (Mémoires de Melle), jeunesse à Melle (La Vie privée du désert), retour d’Algérie (Le Dernier des Romains), pour revenir à l’histoire familiale fondatrice : la fugue d’Alice (La Fuite en Égypte). Parallèlement, il n’abandonne pas la fiction, et développe des livres « de mystère » qu’il s’amuse au gré de sa fantaisie à placer tantôt au XVIIe siècle (Le ciel touche à peine terre), tantôt dans le Cotentin contemporain (Indigne Indigo), les Iles Anglo-Normandes (La Preuve par le chien), ou Quiberon, la presqu’île de son enfance (Le Crime du beau temps, l’Hypothèse de l’ombre).

Son écriture inventive a immédiatement été saluée par la critique, Jean-Pierre Richard étant le premier à évoquer un « parler Chaillou », une manière très particulière d’être dans les mots[5]. Comme le souligne l’écrivain François Bon : « C’est la syntaxe, qui le définit, et une façon de marcher – en langue, s’entend. C’est un promeneur : et toujours le même jardin quasiment à l’identique, mais où il déploie une fois de plus toute la littérature appelée, ses âges, ses pilotes (d’autres qui lui ressemblent) »[6].

Le style a été la préoccupation constante de Michel Chaillou : il constitue pour lui le « sujet profond » d’un livre, opposé à son « sujet apparent », l'histoire que l’on peut raconter. Sa conception de la littérature est amplement développée dans son livre d'entretiens avec le romancier Jean Védrines, l'Écoute intérieure (2007) et dans son Journal à paraître.

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

Le prix de la langue française lui est décerné en 2002. En 2007, il reçoit le grand prix de littérature de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre. Il est chevalier de la Légion d'honneur et officier dans l'Ordre du mérite.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Jonathamour : roman, Gallimard, coll. "Le Chemin", 1968, coll. "Folio" 1991
  • Collège Vaserman, Gallimard, coll. "Le Chemin", 1970
  • Le Sentiment géographique, Gallimard, coll. "Le Chemin", 1976, coll. "L'imaginaire" 1989
  • La Petite Vertu : huit années de prose courante sous la Régence, Balland, 1980, Seuil, coll."Fiction & Cie", 1990
  • Domestique chez Montaigne: roman, Gallimard,coll. "Le Chemin", 1983, coll. "L'imaginaire" 2010
  • La Vindicte du sourd: Gallimard, coll. "Folio Junior" 1984, prix Korrigan
  • Le Rêve de Saxe: roman, Ramsay 1986, Gallimard coll."Folio" 1988
  • La Croyance des voleurs, roman, Seuil, coll."Fiction & Cie", 1989, prix des libraires 1989, prix de la Ville de Nantes, prix Vitet de l'Académie Française
  • L'Hexaméron (en collaboration avec Michel Deguy, Florence Delay, Natacha Michel, Denis Roche et Jacques Roubaud), Seuil, coll."Fiction & Cie", 1990
  • Petit Guide de la littérature française au XVIIe siècle : 1600-1660 (en collaboration avec Michèle Chaillou), Hatier, coll."Brèves littérature", 1990, repris sous le titre La Fleur des rues, Fayard, 2000
  • La Rue du capitaine Olchanski : roman russe, Gallimard, coll. "L'un et l'autre",1991
  • Mémoires de Melle: roman, Seuil, coll."Fiction & Cie", 1993, coll. "Points" 1995
  • La Vie privée du désert : roman, Seuil, coll."Fiction & Cie", 1995, coll. "Points" 1997, grand prix Poncetton de la Société des gens de lettres
  • Le Colosse machinal, en collaboration avec Martin Jarrie, Nathan 1996
  • Le ciel touche à peine terre : roman, Seuil, coll."Fiction & Cie",1997
  • Les Habits du fantôme: roman, Seuil, 1999
  • La France fugitive, Fayard 1998, Le Livre de poche, 2001, prix Cazes 1999
  • Indigne indigo : roman, Seuil, coll."Fiction & Cie", 2000, Fayard 2007, prix littéraire de la Ville de Caen
  • Le Matamore ébouriffé : roman, Fayard, 2002, Le Livre de poche, 2004
  • 1945 : récit, Seuil, coll."Fiction & Cie", 2004, La Différence 2012, prix Breizh 2004, prix Ouest, prix des audiolecteurs
  • La Preuve par le chien : roman, Fayard, 2005, prix de la Ville de Rennes
  • Virginité : roman, Fayard, 2007
  • L’Écoute intérieure, neuf entretiens sur la littérature avec Jean Védrines, Fayard 2007
  • Le Dernier des Romains : roman, Fayard, 2009
  • Le Crime du beau temps: roman, Gallimard, coll. "Haute enfance", 2010
  • La Fuite en Égypte: roman, Fayard, 2011
  • Éloge du démodé, La Différence, 2012
  • L’Hypothèse de l'ombre: roman, Gallimard, coll. "Haute enfance", 2014
  • Journal (1987-2012), Fayard 2015 (à paraître)


Traductions[modifier | modifier le code]

  • En italien : Domestico in casa Montaigne, traduit par Gabriella Druidi, éditions Coliseum, Milan 1989
  • En portugais : A Crença dos Ladrőes, traduit par Vera Adami, éditions Nova Fronteira, Rio de Janeiro 1995

Études et articles sur l'œuvre[modifier | modifier le code]

(liste non exhaustive)

  • Braudeau Michel, Proguidis Lakis, Salgas Jean-Pierre, Viart Dominique, Le roman français contemporain, Ministre des Affaires étrangères – adpf, 2002. p. 9
  • Disson Agnès," Une nouvelle histoire ", revue Schincho (Japon), n° septembre 1999, pp.192-210
  • Jaudeau, Sylvie, Dictionnaire de la Littérature française du XXe siècle, Paris, Encyclopédie Universalis-Albin Michel,2000, pp.190-193
  • Réda, Jacques "Un songe pourtant cadastrable", in Autoportraits, Fata Morgana, 2010, pp. 39-45
  • Richard, Jean-Pierre, "Une géographie du trouble" in L’État des choses, études sur huit écrivains d’aujourd’hui, nrf essais, Gallimard, 1990, pp. 171-198
  • Rolla, Chiarra, "L’Astrée selon Michel Chaillou ", in Stratégie narratives 2, Le roman contemporain, a cura di Rosa Galli Pellegrini, Atti del Colloquio Internazionale di Genova, Bari-Paris, Schena-Didier érudition 2002, pp. 221-235
  • Rolla, Chiarra, "Michel Chaillou : voyageur sentimental et promeneur littéraire à la recherche d’un temps jamais perdu ", in Trois études sur le roman de l’extrême contemporain Marie Ndiaye, Sylvie Germain, Michel Chaillou, sous la direction de Rosa Galli Pellegrini, Bari, Schena, Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2004, pp. 121-167
  • Viart, Dominique, Le roman français au XXe siècle, Hachette supérieur « Les Fondamentaux », 1999, pp.131-132
  • Viart, Dominique, Vercier, Bruno, La littérature française au présent, La bibliothèque Bordas, 2005, pp. 379–380

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Un court reportage de Télé-Nantes réalisé en 2005 présente Michel Chaillou arpentant les lieux de son enfance. Retour sur l'écolier qu'il était, réflexions sur la lecture et l’écriture. (https://www.youtube.com/watch?v=ZlO2f49MGC8)
  2. Le roman a donné lieu à une émission d'André Bourin en mars 1969. Interviewé dans Paris Michel Chaillou emboîte le pas du héros de son roman.(http://www.ina.fr/video/CPF10005607/un-jeune-romancier-michel-chaillou-video.html)
  3. « Le sentiment géographique » a été donné comme titre à une collection de voyages des éditions Gallimard créée en 2010.
  4. Sylvie Jaudeau, « CHAILLOU MICHEL (1930- ) », Encyclopædia Universalis
  5. Richard, Jean-Pierre, L’État des choses, études sur huit écrivains d’aujourd’hui, nrf essais, Gallimard, 1990, pp. 171-198 "Une géographie du trouble".
  6. François Bon, "Michel Chaillou digression majeure", Actualité Poitou-Charentes, avril 2009. Article publié aussi sur le site remue.net http://remue.net/spip.php?article3204

Liens externes[modifier | modifier le code]