Ségusiaves

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Ségusiaves
Image illustrative de l'article Ségusiaves
Potin «grosse tête», variante avec trois bandeaux lisses, attribuée aux Ségusiaves. Coll. privée.

Ethnie Celtes
Langue(s) Gaulois
Religion Celtique
Villes principales Forum Segusiavorum, Essalois, Roanne, Montbrison, Saint-Romain-le-Puy, Saint-Marcel-de-Félines, Lyon
Région actuelle Rhône-Alpes (France)
Frontière Allobroges, Ambarres, Arvernes, Éduens, Helviens, Vellaves

Les Ségusiaves (Segusiavi, en latin) sont un peuple gaulois dont le territoire se trouvait dans l'actuelle région du Forez en France, correspondant grossièrement aux départements de la Loire et du Rhône actuels. Leur capitale est Forum Segusiavorum, aujourd'hui Feurs, à partir de 20 ou 15 av. J.-C[1]. On ignore quelle était leur capitale antérieure à la fondation de Feurs, peut-être Lugdunum (Lyon). En 2014 sont mis à jour plus de 30 mètres de fortifications pré-romaines sur la colline de Fourvière, correspondant au murus gallicus d'un oppidum celte[2], ce qui tend à confirmer l'hypothèse d'un oppidum à Lugdunum ("forteresse du dieu Lug") fondé par les Ségusiaves avant la fondation "officielle" de la cité, ritualisée en -43 avant J.-C par le gouverneur Lucius Munatius Plancus.

Leurs voisins sont, au nord les Éduens, au nord-est les Ambarres, au sud les Helviens, au sud-est les Allobroges, au sud-ouest les Vellaves, et les Arvernes à l'ouest. Au Haut-Empire, ils sont englobés dans la province de la Gaule Lyonnaise[3]. Jules César dans son ouvrage La Guerre des Gaules mentionne les Ségusiaves comme étant le premier peuple celte rencontré au nord du Rhône[4].

D'après des auteurs anciens, la racine du mot Ségusiave pourrait désigner soit, une race de chiens d'origine celtique[5] (Segusius), soit l'idée de victoire, de force, ou de lieu inaccessible[6]. La racine "SEG-" se retrouvent chez d'autres peuples celtes : Segovellaunes (région de Valence, Drôme), Sègnes (région des Ardennes), Ségontiaques (estuaire de la Tamise en Angleterre).

Territoire[modifier | modifier le code]

Les peuples principaux de la Gaule
Carte approximative du territoire ségusiave à la fin de l'indépendance. Les doutes principaux concernent les frontières Nord et Est.

Leur zone d'habitation couvre les gorges de la Loire qu'ils partageaient avec les Vellaves (clients des Arvernes), le Roannais, la région de Givors, la plaine et les monts du Forez, les monts du Lyonnais, la rive gauche de la Saône[7] et Lyon, jusqu'à ce que celle-ci obtienne un statut autonome après la conquête romaine. Il est possible que leur territoire s'étendait plus à l'est au delà de la Saône mais les preuves manquent, cette région restant très incertaine quant à la population y résidant à l'époque de la Tène. Au sud de leur zone d'occupation, se trouvent les Atheux (ou Etusiates), près de Loire-sur-Rhône, une petite tribu celte dont on ne sait quasiment rien.

Les frontières exactes du territoire sont mal connues, notamment en ce qui concerne le nord (absence de frontière naturelle, annexion possible d'une partie de cette zone par les Éduens à une date indéterminée) et le sud (Pilat). La zone du Pilat n'a curieusement jamais fait l'objet de réelles campagnes archéologiques, c'est pourtant dans ce massif qu'est située une borne frontalière au croisement des trois provinces de la Gaule romaine, ce site étant déjà un lieu fréquenté à l'époque celte, peut-être pour des cérémonies druidiques. La vallée du Gier et les limites Est sont elle aussi sujette à interrogation, néanmoins de nombreuses études archéologiques ont été menées, révélant en particulier que la vallée en elle-même fut probablement en partie sous contrôle Allobroge à partir d'Egarande (commune de Rive-de-Gier)[8]. A noter aussi l'exceptionnel ouvrage hydraulique de l'Aqueduc du Gier, comportant quatre des sept siphons antiques connus à ce jour, et faisant partie d'un vaste réseau desservant Lugdunum, qui traverse le territoire ségusiave (versants nord de la vallée du Gier) à l'époque gallo-romaine. La frontière Ouest est supposée avoir été conservée dans le découpage complexe des différents diocèses ecclésiastiques locaux à partir du Haut Moyen-Age.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'occupation protohistorique à l'Âge du bronze et au Hallstatt du territoire que les Ségusiaves possédèrent reste largement inconnue. Cependant une douzaine de sites dispersés sur les terrasses alluviales de la Loire peuvent être rattachés aux périodes précédentes celle de la Tène[9], notamment de petits oppidums à éperons barrés et des tombes à char, ayant produit des artefacts datés de la Tène ancienne.

On ne sait pratiquement rien sur les populations locales avant l'émergence des Ségusiaves.

L'oppidum d'Essalois[modifier | modifier le code]

Avant la conquête romaine, leur oppidum principal ou l'un des principaux semble avoir occupé le site de l'actuel château d'Essalois, et ce à partir de la Tène finale. Cet oppidum fut construit vers 170 av. J.-C et était visible à des kilomètres à la ronde étant donné sa position géographique.

Il abrita plusieurs activités artisanales : forge, atelier de travail du bois et du cuir, fonderie de bronze, et servit de lieu de commerce avec Massalia, notamment pour l'importation d'amphores vinaires. Les habitations sont alors peu nombreuses, ce qui indique par ailleurs que l'endroit avait plutôt une vocation de place-forte. Le caractère commercial de l'oppidum reste faible jusque vers 110 av. J.-C. En 121 av. J.-C les Arvernes sont vaincus à la bataille de Bollène (dans le département du Vaucluse), et perdent le contrôle de la vallée du Rhône, ce qui profite aux Ségusiaves et augmentent sensiblement les échanges commerciaux à Essalois avec les peuples du sud-est, la Campanie et le sud-Latium. L'oppidum se développe et devient un lieu de commerce et d'habitat dont l’extension maximale se situe un peu après la guerre des Gaules.

Il était constitué de deux remparts de pierres, un principal large de 4 mètres englobant la colline où se situait les habitations d'origine et un secondaire plus récent et moins élaboré entourant toute la zone, auquel était adjoint un ouvrage défensif avancé défendant une des trois portes d'accès connues. Au sommet de la colline se dressait probablement un imposant ouvrage en pierre, peut-être un bastion intérieur[10]. L'ensemble défensif principal fait une superficie d'environ 6,5 ha, comprenant la colline dite du "Suc du Pré" culminant à 603 mètres[11], l'actuel emplacement du château d'Essalois servant sans doute de fortification contrôlant la pente nord-est de la montagne. Le site est particulièrement bien situé dans une lecture stratégique : il permet d'avoir une vue imprenable sur le sud de la plaine du Forez, des monts du Forez, et l'ouest de la région stéphanoise. L'oppidum contrôle le débouché des gorges de la Loire en le surplombant de près de 100 mètres, est entouré de ravins abruptes à l'ouest et au nord, quasiment à pic à l'est, et, proche de la frontière avec le territoire Vellave, contrôle le sud-ouest du territoire ségusiave. De plus, il se situe le long d'un axe majeur de commerce entre les vallées de la Loire et du Rhône via la vallée du Gier. Il est possible que le site du château de Grangent en contrebas est servi de comptoir commercial et de port de trafic fluvial avec Roanne. Pour des auteurs anciens, le nom antique d'Essalois aurait été la fameuse Uxellodunum[12], mais cette théorie est aujourd'hui abandonnée.

L'oppidum sera incendié à deux reprises, sans qu'il n'y ait pour autant de relation évidente avec la conquête romaine. Néanmoins les deux incendies ont eu lieu dans la période de la fin de l'indépendance, le premier étant peut-être les conséquences d'un assaut en représailles du soutien Ségusiave à la rébellion celte. Le second intervient aux alentours de -25 / -20 av. J.-C pour des motifs obscurs, sans doute en relation avec les bouleversements sociaux et politiques engendrés par la conquête romaine. L'oppidum sera définitivement abandonné à partir de cette période.

Les campagnes de fouilles sur l'oppidum ont débuté très tôt, puisqu'au XVIIe siècle les religieux de l'Oratoire de Nôtre-Dame-de-Grâce situé non loin s’intéressèrent à cet endroit et y menèrent des recherches. Depuis lors il a été découvert de nombreux artefacts : des céramiques (amphores, vases, urnes, terrines, jattes, bols, assiettes), des objets en fer (hameçons, burins, couteaux, rivets, clés, serpe, poinçons, couteau à raser), des objets en bronze (fibules, aiguilles, anneaux, sonde de chirurgien), un grand nombre de pièces de monnaies. Jacques Gabriel Bulliot, célèbre pour avoir été le "découvreur" de l'oppidum de Bibracte participa à des travaux de fouilles.

Il reste peu de vestige de l'oppidum, ses remparts ayant au fil du temps été utilisés pour la construction de bâtiments, notamment le château de Vassalieux à quelques kilomètres plus au nord, durant les XIVe et XVIe siècles, et probablement le château d'Essalois lors de ses diverses étapes de constructions. Les ruines restantes sont un très vaste amoncellement de pierres enfouies sous un épais couvert végétal fait de ronces et d'arbres. Le site est quasiment impraticable et dangereux, de nombreux puits non comblés parsèment la zone.

Deux autres oppidums occupés avant et après la conquête (Joeuvre et Crêt-Châtelard) se situent en bord de Loire plus au nord. L'oppidum de Joeuvre fournira lors des fouilles menées par Joseph Déchelette au début du XXe siècle les célèbres et magnifiques pendeloques en bronze au sanglier et au cheval conservés au Musée des beaux-arts et d'archéologie Joseph-Déchelette à Roanne. Plusieurs autres oppidums certains ou possibles sont disséminés entre Loire et Rhône, ainsi que des localités celtes puis gallo-romaines plus ou moins importantes dans la plaine du Forez en particulier aux environs de Montbrison et Feurs, en bord de Saône, et bien entendu Lyon.

Guerre des Gaules et fin de l'indépendance[modifier | modifier le code]

La conquête de la Gaule par Jules César provoque progressivement le déplacement du chef-lieu à Forum Segusiavorum, aujourd'hui Feurs. Jules César indique dans La Guerre des Gaules que les Ségusiaves sont clients (vassaux) des Éduens. En -52 avant JC, lors du soulèvement initié par Vercingétorix, celui-ci leur demande de mettre sur pied une armée, avec les Éduens, de dix mille fantassins pour attaquer les Allobroges, alliés à Rome[13]. Par la suite en tant que clients des Éduens, il leur sera demandé une assistance pour participer à l'armée de secours devant Alésia, ce qu'ils feront en envoyant des troupes, soit un total de 35.000 hommes pour les Éduens et leurs vassaux, selon César. Durant le début de la guerre, les légions de César traversent le territoire Est des ségusiaves depuis Vienne en passant par Matisco (Mâcon) "à marches forcées", selon ses propres écrits, pourchassant les armées gauloises jusqu'à Gergovie.

Des légendes locales rapportent plusieurs lieux de batailles ou d'escarmouches durant cette période, en particulier à la frontière avec le département de la Haute-Loire et près d'un passage sur la Loire entre Veauche et Montrond-les Bains. Mais aucune preuve ne vient éclairer ces mythes.

Leurs relations avec Rome avant la conquête semble assez ambivalentes, il n'y a pas de preuve formelle d'une quelconque agression de part et d'autre. Après la conquête romaine, les Ségusiaves jouiront d'une position privilégiée lors de la réorganisation de la Gaule par Auguste, Rome leur accordant le statut politique de Civitas Segusiavorum Libera, ce qui semble indiquer que les Ségusiaves ont été en bon terme avec le conquérant romain.

Les Ségusiaves et leurs voisins[modifier | modifier le code]

Leurs relations avec les peuples gaulois voisins sont mal connues, en dehors de leur allégeance à la confédération Éduenne à partir du Ier siècle av. J.-C.. Il est possible qu'ils fussent auparavant clients des Arvernes jusqu'à ce que ceux-ci perdent en partie de leur influence, notamment au profit des Éduens voisins, alliés à Rome. Il semble qu'ils aient été à partir de cette période en assez mauvais termes avec les Arvernes, interdisant notamment la circulation des monnaies frappées par ceux-ci sur leur territoire, mesure sans doute lié à la rivalité opposant Éduens et Arvernes, bien qu'un trésor monétaire de statère d'or Arverne fut découvert au XIXe siècle dans la plaine du Forez[14]. En outre, ils ont combattu les Allobroges, alliés de Rome très tôt, sur demande de Vercingétorix, lors de la révolte généralisée.

Jusqu'à la fin de l'indépendance, la position géographique de leur territoire, au sud en grande partie "frontière" avec le monde romain au Ier siècle av. J.-C. (débouché nord de la vallée du Rhône) et donc probablement déjà en partie influencé par la culture romaine, laisse à supposer que les chefs Ségusiaves ont su s'octroyer l'appui d'une puissante confédération celte afin de conserver leur indépendance, tout en bénéficiant des avantages d'un commerce vivace avec le monde méditerranéen.

Économie[modifier | modifier le code]

Agriculture[modifier | modifier le code]

Les travaux de différents archéologues depuis le XIXème siècle montrent que les Ségusiaves ont développé une agriculture relativement modeste si on la compare à d'autres régions, comme les riches plaines du Nord-est. Dans la plaine du Forez il semble que l'élevage de porcs, de bœufs et de moutons laineux concentraient l'essentiel des activités pastorales. Il faut noter que la majorité des étangs, si communs dans la plaine forezienne, datent de la période médiévale et sont la volonté des comtes du Forez d'améliorer les rendements agricoles à partir du XIème siècle.

On peut supposer que les Ségusiaves, à l'image des Éduens, étaient un peuple de cavaliers, le Forez étant depuis très longtemps une région réputée pour ses chevaux, sa géographie se prêtant particulièrement bien à ce type d'élevage. Du reste, les particularités pluviométriques locales, assez faibles contrairement à ce que l'on pourrait penser, en ont fait une région pauvre en cultures céréalières jusqu'au XIXème siècle, et donc propice à l'émergence d'autres types d'exploitations.

Industrie et artisanat[modifier | modifier le code]

Les Ségusiaves maîtrisent l'art des métaux. On leur connaît notamment un lingot de plomb ou saumon de 49 kilogrammes, trouvé à Bollène, conservé au musée Calvet à Avignon qui porte la mention "Segus". Pour autant son attribution aux ségusiaves reste sujet à caution, car si des mines de plomb sont connues dans le Pilat comme dans les monts de la Madeleine, rien n'assure que leur exploitation soit antérieure au XVIIIe siècle. Ils sont également reconnus pour être d'excellent bûcherons, commerçant des bois de chêne qui sont acheminés par un commerce fluvial depuis leur territoire vers la Méditerranée. À une époque tardive ils auraient été un des comptoirs commerciaux de la "route de l'étain" et fait du commerce avec les Phéniciens, étain provenant d'Outre-Manche (Cornouailles) et acheminé depuis les côtes bretonnes jusqu'au monde méditerranéen.

Les preuves archéologiques montrent que les Ségusiaves fabriquaient des céramiques (bol peint de type "Roanne"), et avaient des ateliers de tissages. La fabrication d'amphores à vin dans les ateliers de potiers de Roanne indique très probablement une production viticole locale dès le Ier siècle de n.è. En outre quatre voies commerciales terrestres (la voie Lyon-Saintes, la voie Lyon-Vichy, la voie Feurs-Nîmes, et la voie Moingt-Roanne) plus une voie fluviale (la Loire) traversaient leur territoire, en plus de voies internes, ce qui laisse supposer que le pays Ségusiave faisait partie de l’important axe d'échange de la vallée du Rhône entre le monde méditerranéen, la Gaule interne, et au-delà.

Strabon évoque des échanges commerciaux entre les fleuves Rhône et Loire notamment pour approvisionner les peuples du Centre-Ouest (Arvernes, Bituriges, Lémovices, Santons, Pictons) qui probablement empruntaient la route de la vallée du Gier, des monts du Lyonnais, Roanne et Feurs[15].
Les Ségusiaves, notamment après la conquête, ont importé des vins, des huiles et du garum, de la vaisselle, le tout d'importation méditerranéenne, jusqu'à la période de leur fabrication en Gaule. On ignore quelles étaient les richesses exportées en contrepartie. Au niveau régional, il y avait un commerce de vase de Besançon et de meules à grain[16].

Circulation monétaire[modifier | modifier le code]

Les potins "au bandeau triple"[modifier | modifier le code]

Monnaie de bronze "à la tête de face" frappée par les Ségusiaves avant -52 de notre ère. Description revers : Aigle de face, la tête tournée à gauche ; les ailes déployées et les pattes posées sur un bucrane (?)

Les monnaies gauloises utilisées dans le territoire ségusiave jusqu'à la fin de l'indépendance sont variées mais se concentrent essentiellement autour de monnayages d'argent, quinaires, oboles et autres divisions, et d'un potin dit "à la grosse tête" attribué aux Séquanes et aux Éduens.

Les Ségusiaves auraient probablement frappé monnaie, en premier lieu une variante du potin dit à "grosse tête", classée sous la dénomination GT A 11[17] avec trois bandeaux lisses sur l'avers (deux bandeaux sur les monnaies attribuées aux Éduens et Séquanes), théorie qui semble confirmée par la concentration très locale des découvertes de cette variante (quelques autres exemplaires découverts hors Forez, notamment au Mont Beuvray, ce qui n'a rien de surprenant étant donné les liens éduo-ségusiave, l'essentiel des exemplaires se concentrant sur la région du Forez). On sait par ailleurs avec les travaux de J.-P. Preynat qu'un atelier monétaire a pu se situer à Essalois avec, entre autres indices matériels du travail des métaux, la découverte d'un exemplaire du potin "grosse tête" lors de fouilles dans les années 1970, potin possédant la "peau de fonderie", c'est-à-dire une monnaie qui n'a pas circulé. Ces potins semblent avoir été toujours en activité après la conquête romaine, il en a été notamment retrouvés dans des couches archéologiques, dépôts monétaires, dépôts funéraires, postérieurs à la période d'indépendance, et même bien au-delà durant le Haut-Empire.

K. Gruel émet l'hypothèse d'autorités aristocratiques locales ayant droit de battre monnaie afin d'expliquer les très nombreuses variantes de styles du type "à la grosse tête", un peu à l'image des monnaies féodales.

Le denier SEGVSIAVS-ARVS[modifier | modifier le code]

Une très rare monnaie d'argent à la légende "SEGVSIAVS / ARVS" (denier, ou quinaire) est attribuée par la plupart des spécialistes anciens ou modernes de numismatique aux Ségusiaves. Cette attribution est contestée par certains chercheurs arguant que la titulature de cette monnaie ne suffit pas à la rattacher à ce peuple[18]. Néanmoins ce quinaire, étudié depuis le XIXème siècle, semble de toute évidence faire référence au peuple qu'il évoque, en particulier par le thème du revers figurant Hercule, importante déité protectrice (confirmation par les découvertes archéologiques notamment à Feurs), et localement associé avec les eaux thermales nombreuses dans la région[19].

Cette monnaie exceptionnelle fut émise peu après la fin de l'indépendance, sur une courte période. La date de -43 avant J.-C. est avancée pour le début d'émission, un exemplaire ayant été découvert dans le trésor de Chantenay (Nièvre), daté de -39 avant J.-C. Elle porte les attributs d'un style romanisé : tête casquée imberbe à l'effigie de Rome et/ou Mars au droit, une lance dans le dos (sur certains coins il s'agit d'un carnyx), Hercule ou Télesphore (?) debout et nu portant une massue au revers. Le thème d'Hercule est un cas unique dans la numismatique gauloise, il correspond également à une volonté de faire des celtes nouvellement conquis non pas des soumis mais des alliés, par le truchement de cette semi-déité importante dans l'esprit des populations civiles, gardienne du territoire face à la nature et aux hommes, et symbole de l'intégration dans l'espace romanisé[20].

Il est possible que cette monnaie ait été une transition locale entre les deniers celtes du centre-est alors en circulation et la réforme monétaire imposée de fait par l'occupation romaine, Rome ayant fréquemment autorisé ses alliés ou les peuples nouvellement conquis à battre monnaie. Cela pourrait expliquer en partie la très grande rareté de ce denier outre sa courte période d'émission. La titulature ARVS fait probablement référence à un magistrat local qui serait par conséquent l'autorité émettrice.

En 2012, quatre exemplaires ont été découverts parmi les 1 165 pièces du dépôt monétaire trouvé sur le site de Bassing, en Moselle[21]. Cette découverte tend à confirmer que ce quinaire fut mis en circulation après la guerre, notamment afin de payer la solde des combattants auxiliaires celtes intégrés aux légions romaines basées sur le lime oriental.

Monnaies d'autres peuples et variantes[modifier | modifier le code]

D'autres monnaies, toutes très rares, ont aussi été rattachées dans le doute aux Ségusiaves et/ou aux Éduens (Bronze/potin SECISV "à la tête de face", des variantes rattachées au denier "SEGVSIAVS / ARVS", des exemplaires uniques ou connus à peu d'exemplaires de variantes rattachées au potin "à la grosse tête", comme un potin à la légende "TEVT", un potin au revers "M", etc.).

De nombreuses monnaies attribuées aux Séquanes[22] ont aussi été trouvées, laissant supposer des échanges commerciaux malgré la rivalité opposant Éduens et Séquanes. Les nombreux doutes confirment l'importance d'une meilleure connaissance quant à la localisation des monnaies gauloises, notamment des potins.

Des monnaies celtes diverses (potins, bronzes, oboles, quinaires, statères) provenant de régions éloignées ont aussi été trouvées sur l'ensemble du territoire ségusiave (monnaies Bituriges, Sénons, Volques, Leuques, Lingons, Lemovices, Rèmes, Voconces, Carnutes, Suessions, Aulerques Éburovices, Turones, Allobroges, Rutènes, Helvètes, Santons, Pictons, Rèmes, Cadurques, Parisii, Elusates, monnayage massaliote, monnayages celtibères, monnaies de la vallée du Rhône…[23]), témoignant du dynamisme commercial local, régional et extra-régional.

Il faut par ailleurs noter que les monnaies républicaines et consulaires romaines ne sont pas rares dans les divers sites de fouilles pour la période concernée, ainsi que le monnayage de Nîmes, notamment les as au crocodile et leurs diverses variantes. À noter la proximité d'un des principaux ateliers monétaires romain à partir du début de l'Empire, basé à Lugdunum.

Religion[modifier | modifier le code]

Avant et après la conquête romaine, une divinité locale, Segeta, semble avoir été l'objet d'une vénération particulière. Segeta est une déesse des eaux qui a donné son nom antique à Moingt (Aquæ Segetæ), et dont on trouve mention dans les zones de sources thermales dans la plaine du Forez. Elle était associée au dieu majeur du panthéon celte Lugus (plus connu sous la dénomination irlandaise Lug), comme étant sa compagne. On notera bien évidemment un lien linguistique entre le nom de cette déité et le nom du peuple qui la vénérait. Une autre déesse, Dunisia, dont on ne retrouve mention nulle part ailleurs, est mentionnée sur des inscriptions retrouvées à Feurs en 1646 (DEA DVNISIA)[24].

D'autres dieux étaient vénérés, en particulier Taranis (associé à Jupiter après la conquête), mais on ne sait quasiment rien sur ces divinités, en dehors de leurs représentations sur des statuettes en terre blanche retrouvées dans la région forézienne. Après la conquête romaine, Mercure semble avoir été un culte important, parmi d'autres comme Hercule, Minerve, Mars, la Victoire, un Dadaphore, Apollon, Éros, Diane, Bonus Eventus, Méthé, un Dioscure, Junon, et Sylvain. Cela correspond aux cultes dans la gaule romaine, avec une particularité en ce qui concerne Hercule qui semble avoir été une représentation spécifique d'un culte Ségusiave lié aux eaux thermales. Le culte impérial fut célébré jusqu'au milieu du IIIe siècle, de leurs vivants les empereurs Claude, Gallien et Galba furent célébrés (inscriptions retrouvées). Des cultes orientaux étaient aussi célébrés dans une moindre mesure (Harpocrate, Isis, Osiris, Abraxas)[25].

Références[modifier | modifier le code]

  1. P. Valette in M.-O. Lavendhomme, «Guide archéologique de la Gaule : La Loire», p. 40, p. 42
  2. B. Arnaud, « Lyon retrouve ses origines gauloises », Sciences et Avenir, n° 812,‎ octobre 2014, p. 58
  3. P. Valette in M.-O. Lavendhomme, «carte archéologique de la Gaule : La Loire», p. 39
  4. César, De Bello Gallico, 1, 10. « Inde in Allobrogum fines, ab Allobrogibus in Segusiavos exercitum ducit. Hi sunt extra provinciam trans Rhodanum primi. » « De là il (César) conduit ses troupes chez les Allobroges et des Allobroges chez les Ségusiaves. C'est le premier peuple qu'on rencontre hors de la province au-delà du Rhône »
  5. G. Dottin, « La langue gauloise », p.  285.
  6. De Belloguet, «Ethnogénie Gauloise», p. 384.
  7. A. Bernard, 1858 ; Ph. Thollard, 1985. "Aucun indice archéologique ou épigraphique ne vient étayer cette hypothèse" P. Valette in M.-O. Lavendhomme, «Guide archéologique de la Gaule : La Loire», p. 42
  8. P. Valette in M.-O. Lavendhomme, «Guide archéologique de la Gaule : La Loire», p.42
  9. M.-O. Lavendhomme, «Guide archéologique de la Gaule : La Loire», p.37
  10. J.-P. Preynat, 1962 ; 1982 et 1992.
  11. M.-O. Lavendhomme, «Guide archéologique de la Gaule : La Loire», p. 80-82
  12. M.-O. Lavendhomme, «Guide archéologique de la Gaule : La Loire», p.79
  13. César, De Bello Gallico, VII, 64, 4. « His constitutis rebus, Haeduis Segusiavisque, qui sunt finitimi [ei] provinciae, decem milia peditum imperat. » « Ces mesures prises, il (Vercingétorix) ordonne aux Eduens et aux Ségusiaves, qui sont à la frontière de la province, de mettre sur pied dix mille fantassins »
  14. M.-O. Lavendhomme, «Guide archéologique de la Gaule : La Loire», p.54
  15. Geographie, livre IV, 1, 14
  16. M.-O. Lavendhomme, «Guide archéologique de la Gaule : La Loire», p.52-53
  17. J. Genechesi, "Les potins" à la grosse tête": une nouvelle évaluation typologique", p. 78
  18. J.-P. Preynat, Revue archéologique du Centre de la France, Tome 22, 1983, p.  222
  19. Salomon Reinach in « Revue Archéologique », Paris, 1899, p. 54-72.
  20. B. Fischer in « Aere perennius: en hommage à Hubert Zehnacker », Presse de l'Université Paris-Sorbonne, 2006, Paris, p. 155-158.
  21. « Un trésor exceptionnel sous le chantier du TGV », article publié sur le site de « l'Union l'Ardennais» le 09 décembre 2012 Lire en ligne sur le site l'Union l'Ardennais
  22. Gruel K., Geiser A., « Les potins à la grosse tête », Gallia, 52, 1995, p.  17.
  23. Très nombreuses sources dont J.P. Preynat 1983, M-O Lavendhomme 1997, S. Scheers 1969 et 1977, J.-B. Colbert de Beaulieu 1965, H. de La Tour 1892, Bulletins de la Diana et collections privées.
  24. Salomon Reinach in « Revue Archéologique », Paris, 1899, p. 54-72.
  25. M.-O. Lavendhomme, «Guide archéologique de la Gaule : La Loire», p. 55-56

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • De Belloguet, «Ethnogénie Gauloise», Maisonneuve et Cie, Paris, 1872.
  • E. Abeille, Histoire de Givors, Lyon : Eds Brun, 1912.
  • G. Dottin, « La langue gauloise », Collection pour l'Étude des Antiquités Nationales, Paris, 1920.
  • Col., Les Ségusiaves à l'âge du fer. Bilan de vingt années de recherches, Feurs, 1985.
  • P. Thirion, C. Le Barrier, O. Blin, « Les thermes d'Aquae Segetae, Montbrison-Moingt (Loire) : première évaluation archéologique », Revue archéologique du Centre de la France, 1991, 30, pp. 179-188
  • M.-O. Lavendhomme, « Guide archéologique de la Gaule : La Loire », Éditions de la Fondation Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 1997.
  • J.-P. Vallat, « L’évolution des structures agraires et des rapports sociaux dans la cité des Ségusiaves : problèmes et méthodes », DHA, 4, 1978, p. 187-199 Lire en ligne sur Persée.
  • P. Thollard, « Strabon, Lyon, Vienne et les Ségusiaves », Revue archéologique de Narbonnaise, 17, 1984, p. 115-122Lire en ligne sur Persée.
  • M.-O. Lavendhomme, « L’occupation du sol de la plaine du Forez (Loire) à la fin du second Âge du Fer et dans l’Antiquité : données préliminaires », RACF, 36-1, 1997, p. 131-144 Lire en ligne sur Persée
  • P. Cell, « Lugdunum en territoire ségusiave : les limites occidentales de la colonie retrouvées ? », RACF, 39-1, 2000, p. 235-243 Lire en ligne sur Persée
  • Anne Geiser, Katherine Gruel, « les potins gaulois », Gallia, Année 1995, Volume 52, Numéro 52 p. 11-19 Lire en ligne sur Persée
  • J.-P. Preynat, « Anciennes et récentes découvertes numismatiques à l'oppidum d'Essalois (1866-1979) », in : Revue archéologique du Centre de la France. Tome 22, fascicule 4, 1983. p. 221-238. Lire en ligne sur Persée
  • Anne Geiser, Julia Genechesi, Katherine Gruel, Lucile Jeunot, « Les potins "à la grosse tête": une nouvelle évaluation typologique », Gazette numismatique Suisse, septembre 2009 Lire en ligne sur Academia.edu
  • « Un trésor exceptionnel sous le chantier du TGV », article publié sur le site de « l'Union l'Ardennais» le 09 décembre 2012 Lire en ligne sur le site l'Union l'Ardennais
  • Bulletins de la Diana, Montbrison, 1881-2014.

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