Service Action

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Le service Action (SA) est un service de la direction des Opérations (DO) au sein de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE). Il est chargé de la planification et de la mise en œuvre des opérations clandestines.

Son quartier général est situé au fort de Noisy à Romainville, France.

Mission[modifier | modifier le code]

Le service Action est chargé de la planification et de la mise en œuvre des opérations clandestines. Celles-ci peuvent être de deux catégories :

  • opérations « arma » : sabotage, destruction de matériel ;
  • opérations « homo » : assassinat ou enlèvement de personnes.

Le service Action est également utilisé pour infiltrer ou exfiltrer clandestinement des personnels (agents, personnalités, ex-otages, etc.) d'un pays[1]. Il peut également participer à l'acquisition de renseignements via la capture d'un matériel sensible[2].

Le SA remplit également des missions d'évaluation de la sécurité de divers bâtiments comme les centrales nucléaires d'EDF (comme l'a dévoilé Le Canard enchaîné dans son article « Quand la DGSE posait de fausses bombes à Bugey » du 25 avril 1990), ainsi que des bâtiments militaires comme des installations de réparation des sous-marins nucléaires de l'Île longue en rade de Brest.

Rattachement hiérarchique[modifier | modifier le code]

À la création du SDECE, le service Action, aussi appelé Service 29 puis Service VIII sous Paul Grossin, dépend directement du directeur du SDECE. Fin 1970, il est rattaché à la Direction du Renseignement (DR) dont il forme le service R1. En 1979, à la suite d'une nouvelle réorganisation du SDECE, il est rattaché directement à la direction générale.

En juillet 1981, le nouveau directeur Pierre Marion dirige une nouvelle réorganisation du SDECE en divisions, où le SA est renommé division Action (DA). En 1983, à la suite d'une nouvelle réorganisation, la division Action passe à nouveau sous l'autorité de la DR. Enfin, en juillet 1989, Claude Silberzahn lance une nouvelle réorganisation de la DGSE, désormais divisée en cinq directions. La direction des Opérations (DO) est créée, avec sous ses ordres le service Action et des services de recueil de renseignement d'origine opérationnelle[3].

Organisation[modifier | modifier le code]

Le service Action dispose du CIRP (Centre d'instruction des réserves parachutistes) regroupant 3 centres d'entraînement :

  • le Centre parachutiste d'entraînement spécialisé (CPES), stationné à Cercottes, qui instruit les agents clandestins ;
  • le Centre parachutiste d'instruction spécialisée (CPIS), stationné à Perpignan, successeur du Centre d'entraînement à la guerre spéciale (CEGS), qui forme les commandos spéciaux ;
  • le Centre parachutiste d'entraînement aux opérations maritimes (CPEOM) à Quélern, successeur du Centre d'instruction des nageurs de combat (CINC) d'Aspretto, qui regroupe les nageurs de combat.

Le service dispose en outre, pour le soutien aérien de ses opérations clandestines, d'une unité de l'Armée de l'air appelée Groupe aérien mixte 56 « Vaucluse » (GAM 56). Basé à Évreux, le GAM 56 est doté d'hélicoptères Caracal et d'avions de transport tactique de type Transall et Twin Otter.

Histoire[modifier | modifier le code]

Après la guerre d'Indochine, le colonel Jacques Morlane crée, à partir d'un fichier de tous les anciens volontaires spéciaux des unités aéroportées, le noyau du service Action du SDECE[4]. Au printemps 1947, il envoie R. Mautaint à Mont-Louis pour animer et entraîner le 11e bataillon de choc, bras armé du service Action du SDECE, qui sera par la suite dirigé par Paul Aussaresses. Avant de rejoindre Mont-Louis, Mautaint rédige de nombreuses notes sur l'enseignement reçu au SOE (Special Operations Executive, le service secret britannique) afin de préparer celui des futurs agents du Service Action[5].

Morlane demande ensuite à Paul Aussaresses, qui arrive au service Action en juillet 1947[5], tandis que les effectifs augmentent[5], de remplacer Mautaint[5], avec pour mission, selon les mots d'Aussaresses, de :

« mener ce qu'on appelait alors la “guerre psychologique”, partout où c'était nécessaire, et notamment en Indochine (...) Je préparais mes hommes à des opérations clandestines, aéroportées ou non, qui pouvaient être le plasticage de bâtiments, des actions de sabotage ou l'élimination d'ennemis... Un peu dans l'esprit de ce que j'avais appris en Angleterre[6]. »

À son retour d'Indochine, en 1952, Aussaresses fut chargé par Morlane d'éliminer ceux qui soutenaient la rébellion algérienne. Dans son livre Pour la France : Services spéciaux 1942-1954, il raconte que « Morlane était persuadé qu'une invasion soviétique était imminente et il s'était occupé de créer des dépôts d'armes secrets sur le territoire pour que, le moment venu, une résistance puisse s'organiser[7]. »

Le 11e BPC fusionne avec le 12e BPC de Calvi en octobre 1955 pour donner naissance à la 11e demi-brigade parachutiste de choc (11e DBPC), qui mènera un grand nombre d'opérations pendant la guerre d'Algérie.

Selon Constantin Melnik, qui supervisait, à l'époque, l'action des services secrets et de renseignements pour le premier ministre Michel Debré, le service Action du SDECE a assassiné, pendant la seule année 1960, 135 personnes (dont plusieurs trafiquants d'armes qui approvisionnaient le FLN, tués par la Main rouge), coulé six bateaux et détruit deux avions[8].

Le 16 avril 1956 est créé le Centre d'instruction des nageurs de combat (CINC), intégré à la 11e DBPC. Le 26 octobre 1960, le CINC est transféré à la Base d'aéronautique navale d'Aspretto (Corse). Le CINC est l'unité des nageurs de combat de la DGSE (malgré son nom, leur formation est assurée par cours de nageurs de combat - CNC - de la Marine à Saint-Mandrier).

La 11e DBPC est dissoute le 31 décembre 1963 après la fin de la guerre d'Algérie, et ses missions sont en partie reprises par les soldats du 13e régiment de dragons parachutistes (13e RDP) et du GO (groupement opérationnel) du 1er régiment de parachutistes d'infanterie de marine (1er RPIMa), généralement pour des opérations contre des guérillas d'idéologie plus ou moins marxistes en Afrique.

En septembre 1970, une dizaine des soldats des futurs « Recces » sud-africains reçurent leur première formation à Cercottes et au centre d'instruction des nageurs de combats en Corse[9]. Par la suite ils échangèrent surtout avec les SAS et Selous Scouts rhodésiens.

Le service Action, très réduit depuis la dissolution de la 11e DBPC, est reformé et redynamisé à partir de 1971 sous la direction d'Alexandre de Marenches.

Le service Action du SDECE français apporte une aide à l'UNITA au cours de la guerre civile angolaise. Un Mil Mi-8 abattu en 1980 l'aurait été par ses soins[10].

Le 4 avril 1982, le SDECE est remplacé par la DGSE (Direction générale de la Sécurité extérieure). La division Action se fait rapidement mal voir du nouveau gouvernement socialiste de François Mitterrand, avec ses échecs au Liban en riposte à l'attentat du Drakkar en 1983, et surtout le sabotage du Rainbow Warrior de Greenpeace le 10 juillet 1985 et l'affaire des « époux Turenge ».

Cette affaire a deux conséquences majeures. D'abord, le CINC est dissous et sa mission est reprise par le centre parachutiste d'entraînement aux opérations maritimes (CPEOM) à Quélern (Bretagne), mais cette restructuration hâtive dégrade les capacités des nageurs de combat de la DGSE, car des cadres expérimentés ne veulent pas déménager vers le CPEOM, et les conditions de sécurité entourant la base de l'Île Longue (base des SNLE de la Force océanique stratégique) réduisent largement les occasions d'entraînement à la plongée sous-marine.

Ensuite, le 1er novembre 1985, le 11e BPC est recréé sous le nom de 11e régiment parachutiste de choc (11e RPC), basé à Cercottes (Loiret) au CIRP (Centre d'instruction des réserves parachutistes) et ayant repris les traditions de la 11e DBPC.

Le « 11e choc » n'est ni confondu ni intégré à la Division action, mais sert plutôt de réservoir de spécialistes qui sont prélevés individuellement à chaque opération. Jusqu'en 1988, les hommes du 11e RPC utilisaient comme couverture le 89e bataillon des services.

Le « 11e choc » participera notamment à l'assaut de la grotte d'Ouvéa le 5 mai 1988, au cours duquel deux de ses hommes, l'adjudant Pedrazza et le soldat Veron, seront tués.

En 1992, le 11e RPC est conservé malgré les réformes des services de renseignement et des forces spéciales consécutives à la fin de la guerre froide, qui se traduisent notamment par la création du Commandement des opérations spéciales (COS), dans lequel le « 11e choc » n'est pas intégré.

Le 11e RPC est finalement dissous le 30 juin 1993, dans une grande discrétion. Ses fonctions sont reprises par trois centres d'entraînement : le Centre parachutiste d'entraînement spécialisé (CPES) stationné à Cercottes, le Centre parachutiste d'instruction spécialisée (CPIS) stationné à Perpignan, et le Centre parachutiste d'entraînement aux opérations maritimes (CPEOM) stationné à Quélern.

À la suite de l'enlèvement de trois otages, le Français Jean-Michel Braquet, le Britannique Mark Slater et l'Australien David Wilson, par les Khmers rouges au Cambodge en 1994, le service Action prépare une intervention en coopération avec les Special Air Service (SAS) britannique et australien mais les otages seront exécutés[11].

Les services secrets participant à l'intervention militaire de 2011 en Libye ont préparé et encadré le débarquement sur une plage de Tripoli, le 20 août 2011, au début de la Seconde bataille de Tripoli, des commandos insurgés venus de Misrata. Cette opération du service Action et du Special Air Service britannique a été menée avec des Qatariens et probablement des Émiriens[12].

Le 17 janvier 2012, à l'occasion de la célébration du 70e anniversaire de la création du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA), le drapeau du 44e régiment d'infanterie, unité support de la DGSE, et les fanions du CPIS, du CPES et du CPEOM sont décorés de la croix de la Valeur militaire avec palme de bronze[13]. Le 31 mai 2012, le fanion du Groupe aérien mixte 56 « Vaucluse » a également reçu la croix de la Valeur militaire avec une palme, des mains du chef d'état-major de l'Armée de l'air[14].

Le 12 janvier 2013, la DGSE lance une opération en Somalie pour libérer son agent Denis Allex, détenu en captivité depuis 3 ans. L'opération se solde par un échec : l'otage n'a pas été libéré, il aurait perdu la vie au cours de l'opération, et deux militaires du service Action ont trouvé la mort lors de l'assaut. 17 Shebab militants ont également été tués dans l'action.

Chefs du service Action[modifier | modifier le code]

  • commandant Henri Fille-Lambie (dit « Jacques Morlanne ») : 1946-1958
  • colonel Robert Roussillat : 1958-1962
  • colonel Pierre de Froment : 1962 -1964
  • colonel André Devigny (« Alfred ») : 1964 -1970
  • colonel Martin : 1970-1972
  • colonel Morbieu : 1972-1974
  • colonel Alain Gaigneron de Marolles : juin 1974-1980
  • colonel Georges Grillot : 1980-1981
  • colonel Jean-Pol Desgrées du Loû : 1981-1982[15]
  • colonel Jean-Claude Lorblanchés : 1982-décembre 1984
  • colonel Jean-Claude Lesquer (« Renaud ») : décembre 1984-1er septembre 1987
  • colonel Jean Henirich : 1er septembre 1987-1989[3]
  • colonel Costedoat : 1989-septembre 1991
  • colonel Patrice de Loustal : septembre 1991-1996
  • colonel Dominique Champtiaux : 1996-juillet 1997
  • colonel Pierre-Michel Joana : juillet 1997-octobre 1999
  • colonel Bertrand Fleury : octobre 1999-2004[16]
  • colonel Christophe Rastouil : 2004–2008
  • colonel Christophe Suptil : 2008-2011
  • colonel Emmanuel Germain : 2011-2013[réf. nécessaire]
  • colonel Nicolas Le Nen: janvier 2014[17]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Claude Guisnel, Au cœur du secret : 1 500 jours aux commandes de la DGSE (1989-1993), Paris, Fayard, coll. « Documents »,‎ 1995, 330 p. (ISBN 2-213-59311-6), p. 188.
  2. Dominique Fonvielle et Jérôme Marchand, Mémoires d'un agent secret, Paris, Flammarion,‎ 2002, 405 p. (ISBN 2-08-068348-9), p. 148-149, 307.
  3. a et b Claude Faure, Aux services de la République : Du BCRA à la DGSE, Paris, Fayard,‎ 2004, 782 p. (ISBN 2-213-61593-4).
  4. Sébastien Laurent, Hervé Lemoine, Marilyne Morais, Stéphane Simmonet, Guillaume Zeller et Olivier Buchbinder, Histoire orale : Inventaire analytique de la sous-série 3 K, vol. III, Vincennes, Ministère de la Défense, Service historique de la Défense, Département de l'innovation technologique et des entrées extraordinaires, Bureau des témoignages oraux,‎ 2005 (ISBN 2-1109-5772-7, lire en ligne), p. 137.
  5. a, b, c et d Laurent et al. 2005, p. 210.
  6. Entretien avec Marie-Monique Robin cité in Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, chap. IV, p. 49.
  7. Paul Aussaresses, Pour la France : Services spéciaux 1942-1954, Le Rocher,‎ 2001 (ISBN 2-268-04113-1), p. 257, cité in Marie-Monique Robin, Escadrons de la mort, l'école française [détail des éditions], 2008, chap. VI, p. 76.
  8. « 135 personnes éliminées par le SDECE en 1960 », L'Humanité,‎ 20 janvier 1996 (lire en ligne).
  9. (en) Paul Els, We Fear Naught but God : The story of the South African Special Forces, “The Recces”, Weltevreden Park, Covos-Day Books,‎ 2000 (ISBN 0-620-23891-7), p. 11.
  10. Roger Faligot (dir.) et Jean Guisnel (dir.), Histoire secrète de la Ve République, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres »,‎ 2006, 752 p. (ISBN 2-7071-4902-0) ; rééd. coll. « Poche / Essais », 2007 (ISBN 978-2-7071-5350-0), p. 157.
  11. Jean Guisnel, « Le lourd tribut de l'opération de la DGSE en Somalie », Le Point,‎ 21 janvier 2013 (lire en ligne).
  12. « Premier bilan des actions clandestines », sur Intelligence Online,‎ 1er septembre 2011 (consulté le 14 septembre 2011).
  13. Jean-Dominique Merchet, « La DGSE rend hommage au BCRA », Secret défense, blog de Marianne, 17 janvier 2012.
  14. Philippe Chapleau, « La Valeur militaire au Groupe aérien mixte 56, annonce la DGSE », Lignes de défense, blog de Ouest-France, 1er juin 2012.
  15. Roger Faligot, Pascal Krop, La piscine: les services secrets français, 1944-1984, Seuil, 1985, p. 357.
  16. Le SDECE puis la DGSE depuis leur création: structures. Sur le site lemondedurenseignement.hautetfort.com.
  17. Frédéric Pons, « Le nouveau patron du service Action de la DGSE », Valeurs actuelles,‎ 23 septembre 2013 (lire en ligne)