Guerre civile tchadienne (1965-1979)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Guerre civile tchadienne.

La Première Guerre civile tchadienne débute fin 1965 par une révolte contre le régime de François Tombalbaye, considéré comme représentatif de la domination politique des ethnies du sud du Tchad sur celles du nord et du centre. Il se termine par l'établissement en 1979 du Gouvernement d'union nationale et de transition, formé par différents groupes rebelles nordistes et présidé par Goukouni Wedeye. L'opposition entre Goukouni Wedeye et Hissène Habré conduit à la Deuxième Guerre civile tchadienne dès 1979.

Histoire[modifier | modifier le code]

En octobre 1965, les populations dans le département de Mangalmé dans la région de Guéra se soulèvent contre un emprunt forcé payable en bétail et le quadruplement de la "taxe civique". Une dizaine de fonctionnaires sont tués. En représailles l’Armée Nationale Tchadienne rase plusieurs villages[1].

Suite à ces émeutes paysannes plusieurs militants du Front de libération du Tchad et de l'Union nationale tchadienne s'unissent en avril 1966 à Nyala (Soudan) pour former une organisation politico-militaire, le Frolinat, visant le régime de François Tombalbaye. Sous la direction d'Ibrahim Abatcha, secrétaire général de l'organisation, le Frolinat implante des maquis dans le Guéra et le Salamat dès 1966 auprès de l'ethnie ouaddaïenne (« 1re Armée ») puis dans le Borkou-Ennedi-Tibesti en 1968 auprès de l'ethnie gorane (« IIe Armée »). Ibrahim Abatcha est tué lors d'un combat le 11 février 1968. Il est remplacé au poste de secrétaire général par Abba Siddick[2].

Les premières troupes françaises dont une compagnie du 3e RPIMa, 2 Nord 2501 et 4 Douglas AD Skyraider débarquent le 25 août 1968 pour soutenir l'armée tchadienne. Les rebelles sont repoussés alors qu'ils menacent la capitale avec l'appui français, un début de conciliation débute et les forces françaises repartent le 25 novembre 1968. Mais rien ne se règle et elles devront revenir en avril 1969[3]. Dans une embuscade du Frolinat, le 11 octobre 1970, on enregistra 12 tués et 25 blessés français contre plus de 60 miliciens tués[4]. Le 28 août 1972, c’est officiellement la fin des opérations, et le début de l’assistance militaire technique pour les forces françaises.

Soutenu par la Libye et recrutant principalement dans les ethnies nordistes musulmanes, le Frolinat est dirigé par des membres de l'ethnie Tédas à partir du début des années 1970. Au sein du mouvement apparaissent deux courants opposés, marxiste et islamique, source de tensions à la fin des années 1960, tandis que Abba Siddick est de plus en plus contesté. En 1970, Mahamat al-Baghalani, moteur du courant islamique, est exclu du Frolinat et fonde durant l'été une première scission, l'Armée Volcan. En 1971, des combats fratricides opposent la Ire et la IIe Armée. En octobre 1972, sous la direction de Goukouni Oueddei et Hissène Habré, la Ire Armée se sépare du Frolinat pour fonder le Conseil de commandement des forces armées Nord à Gomour. En 1976 c'est au tour du Frolinat - 1re Armée de prendre son indépendance sous la direction de Mahamat Abba Seïd. Le Frolinat - 1re Armée s'implante principalement dans l'est ainsi que l'Armée Volcan, tandis que le Conseil de commandement des forces armées Nord contrôle dans la première partie des années 1970 l'essentiel du Borkou-Ennedi-Tibesti[2].

Tout le long du début des années 1970, Tombalbaye critique les performances médiocres de l'armée nationale tchadienne dans ce conflit, cela irrite le corps des officiers et dissipe leurs loyautés. Il pratique de fréquentes purges et remaniements. En mars 1975, Tombalbaye ordonne l'arrestation de plusieurs officiers supérieurs, comme suspects dans un tentative de putsch.

Le 13 avril 1975, plusieurs unités de la gendarmerie de N'Djamena, agissant sous la direction initiale de jeunes officiers et du chef d'état-major Noël Milarew Odingar renversent Tombalbaye lors d'un coup d’État. Le chef de l'État est assassiné dans des circonstances obscures. Le 15 avril, l'ancien commandant de l'armée nationale tchadienne, Félix Malloum arrêté le 24 juin 1973, devient président du Conseil supérieur militaire (CSM), organe suprême chargé de diriger le pays, puis chef de l'État quelques mois plus tard[5]. Il demande l’évacuation des forces militaires françaises du Tchad qui abandonnent alors la base aérienne 172 de Fort-Lamy sur l'aéroport international de N'Djaména.

Au cours de l’été 1977, les rebelles du Frolinat de Goukouni Oueddeï, soutenus par la Libye, lancent une offensive militaire à partir du Nord du Tchad. On voit l’apparition pour la première fois de matériels militaire modernes d’origine soviétique. Pour la première fois, les avions sont menacés par une forte artillerie sol-air : deux appareils de l’aviation militaire tchadienne sont abattus dans le Tibesti : un C-47 par des tirs de 14,5 mm et un DC-4 par un SAM-7[6]. Cela contraint le président Malloum à demander l’aide de la France. Cette dernière met en place l'opération Tacaud qui empêche la progression des rebelles vers le Sud du Tchad aux prix de la mort de dix-huit militaires français et de la perte de deux avions SEPECAT Jaguar[7].

Suite à l'accord de Khartoum en 1977, Hissène Habré et les Forces armées du Nord s'allient au régime de Félix Malloum. Hissène Habré est nommé Premier ministre le 29 août 1978. Il tente un coup d'État en février 1979, mais n'obtient pas une victoire totale. Goukouni Oueddei, à la tête des Forces armées populaires (originellement constituées de l'union en mars 1978 du Frolinat - Comité militaire interarmées provisoire, de l'Armée Volcan et du Frolinat - 1re Armée), lui vient en aide au mois de février, malgré ses différends avec lui, permettant la chute du gouvernement « sudiste ». En novembre 1979, Goukouni Oueddei, dirigeant des Forces armées populaires, prend le pouvoir et devient président du Gouvernement d'union nationale et de transition, combattu par différentes factions nordistes proches d'Hissène Habré, déclenchant la Deuxième Guerre civile tchadienne[2].

De l’impossibilité de réconcilier les différentes factions qui se disputent le pouvoir, les Français évacuent le Tchad, en mai 1980[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arnaud Delalande, « Appui-feu au Tchad 1968 - 1975 », sur AéroHisto,‎ 18 novembre 2013 (consulté le 19 septembre 2014)
  2. a, b et c Jean-Marc Balencie et Arnaud de La Grange, Mondes rebelles : L'encyclopédie des acteurs, conflits & violences politiques, Paris, Éditions Michalon,‎ 2001, 1677 p. (ISBN 2841861422), p. 903-912
  3. « Liste des mission par année »,‎ LES OPERATIONS EXTERIEURES MILITAIRES DE LA FRANCE (opex de 1945 à nos jours) (consulté le 15 novembre 2011)
  4. Stanislas Opolczynski, « TCHAD 1968 - 1973 « les oubliés de l'histoire » » (consulté le 30 octobre 2011)
  5. (en) Bibliothèque du Congrès, « Fall of the Tombalbaye Government »,‎ 1998 (consulté le 16 novembre 2011)
  6. Arnaud Delalande, « Appui-aérien dans les guerres civiles du Tchad 1975 - 1983 », sur AéroHisto,‎ 27 novembre 2013 (consulté le 19 septembre 2014)
  7. Yves Cadiou, « opex Tacaud », sur opex Tacaud,‎ 31 janvier 2008 (consulté le 2 décembre 2012)
  8. [PDF]Jérôme de Lespinois, « Emploi de la force aérienne Tchad 1969-1987 », Penser les ailes françaises, no 6,‎ juin 2005, p. 67 - 74 (lire en ligne)