Françoise Claustre

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Françoise Claustre, née Françoise Treinen le 8 février 1937 à Paris et morte le 3 septembre 2006 à Montauriol (Pyrénées-Orientales)[1] est une ethnologue et archéologue française directrice de recherche émérite du CNRS.

Elle est surtout connue pour avoir été enlevée au Tibesti (nord du Tchad) et maintenue en otage par les rebelles tchadiens durant plus de mille jours.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après une année d'études en khâgne, une licence et une période de stage au Musée de l'Homme à Paris, Françoise Claustre s'oriente vers l'archéologie, à la fois en Europe et en Afrique. Elle participe alors à des chantiers de fouilles à Casablanca (Maroc) en 1961 et 1962 et à Saint-Martin-de-Londres (Hérault) de 1961 à 1967[2].

Françoise Claustre découvre le Tchad entre 1964 et 1966 dans le cadre de missions du CNRS. Elle y retourne les deux années suivantes en tant que stagiaire puis, enfin, à partir de 1968 et jusqu'en 1974 en tant qu'attachée de recherche. Elle s'y attache à étudier la culture Sao et est alors membre du Laboratoire d’Ethnologie et d’Archéologie tchadiennes et camerounaises[2].

La prise d'otage[modifier | modifier le code]

Françoise Claustre, le coopérant français Marc Combe et Christophe Staewen, un Allemand, sont enlevés le 21 avril 1974 dans le Tibesti (Tchad) par des rebelles des tribus nomades toubous et anakasas, menés par Hissène Habré et Goukouni Oueddei, chef des Forces Armées du Nord (FAN), après un raid sur l'oasis de Bardaï. La femme de Staewen et deux soldats tchadiens sont tués dans la fusillade. Les rebelles, qui maîtrisent le nord du Tchad mais ne parviennent pas à s'emparer de la capitale N'Djamena, réclament à l'Allemagne et à la France une rançon et l'accès aux médias. Leur allié, la Libye du colonel Kadhafi, s'éloigne alors des rebelles en se rapprochant du régime dictatorial de François Tombalbaye. Les rebelles manquent donc d'armes et de soutien international. La prise d'otages les ramène au premier plan. Bonn cède rapidement, et Christophe Staewen est libéré.

Mais la France, en pleine campagne présidentielle (le président du Sénat Alain Poher assure alors l'intérim), attend l'élection de Valéry Giscard d'Estaing pour agir véritablement. Celui-ci entame des négociations secrètes avec le dictateur tchadien François Tombalbaye. Avec le feu vert de N'Djamena, Giscard envoie le commandant Galopin libérer les otages. Celui-ci, longtemps coopérant à la tête de la Garde nationale tchadienne puis au sein des services de renseignements de l'ancienne colonie française, est accusé par les rebelles de brutalité et d'un raid mortel sur des proches de Goukouni Oueddei. Il est finalement capturé le 4 août [3],[4]. Désormais, les rebelles demandent en plus des armes. Devant le refus de Paris, ils tuent Galopin en avril 1975 après l'avoir fait condamner par un « tribunal révolutionnaire », tandis que Marc Combe parvient à s'évader le 23 mai 1975.

Pierre Claustre, le mari de Françoise et directeur de la Mission de réforme administrative au Tchad, tente alors de négocier directement avec les rebelles, mais il est enlevé à son tour le 26 août 1975. Ceci amène les rebelles à demander désormais une rançon de 10 millions de francs ; Hissène Habré menace d'exécuter les époux Claustre s'il ne reçoit pas l'argent avant le 23 septembre. Le reporter Raymond Depardon et Marie-Laure de Decker, partis accompagner Pierre Claustre avant son enlèvement, filment les rebelles et leurs chefs, dont Hissène Habré, avant d’être autorisés à interviewer Françoise Claustre. La diffusion de cet entretien émeut l'opinion publique et Paris cède, payant la rançon. Mais les rivaux Hissène Habré et Goukouni Oueddei se disputent alors, entraînant une prolongation de la détention des otages.

Le Premier ministre Jacques Chirac est alors envoyé en Libye négocier avec le colonel Khadafi, qui soutient désormais Goukouni Oueddei contre Hissène Habré. Les époux Claustre sont libérés neuf mois plus tard à Tripoli, le 31 janvier 1977.

L'histoire de Françoise Claustre servira de base au film La Captive du désert de Raymond Depardon avec Sandrine Bonnaire.

Françoise Claustre retourne alors à son métier d'ethnologue et d'archéologue dans le Sud de la France, travaillant notamment au Centre d'anthropologie de Toulouse et au musée d'archéologie de Céret (depuis renommé « Maison du Patrimoine Françoise-Claustre »). Quelques années plus tard, elle déclare à Paris Match « Mon seul souci était de retourner dans l'anonymat (…) pour retrouver mon équilibre (…) Je n'ai aucune envie de m'exprimer, de me raconter. Je n'en éprouve aucun besoin. Au contraire, je ne tiens pas du tout à ce qu'on me rappelle cette période… difficile »[5]. Elle meurt le 3 septembre 2006 d'un cancer.

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages
  • Françoise Treinen, Les poteries campaniformes en France : thèse, Paris, 332 p.
  • Françoise Claustre, Sahara et Sahel à l'âge du fer : Borkou, Tchad, Paris, Société des africanistes, coll. « Mémoires de la Société des africanistes »,‎ 1982, 213 p. (ISSN 0248-2576, notice BnF no FRBNF34713553)
  • Françoise Claustre, La cauna de Bélesta : une tombe collective il y a 6000 ans, Toulouse, Centre d'anthropologie des sociétés rurales,‎ 1993 (ISBN 2-9507654 (erroné)[à vérifier : isbn invalide], notice BnF no FRBNF36678087)
  • Françoise Clautre et Gilles Peyre, La nécropole de Vilanova à Céret (Pyrénées-Orientales), Céret, Maison du Patrimoine Françoise-Claustre,‎ 2013, 144 p. (ISBN 978-2-9545166-0-8)
Articles
  • Françoise Treinen, « Harpons en os dans un gisement Sao de la région de Fort-Lamy, République du Tchad », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 62, no 8,‎ 1965, p. 267-268
  • G. Vernon et F. Treinen, « Un campaniforme inédit dans le Maine », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 65, no 2/3,‎ 1969, p. 515-523
  • Françoise Claustre, Jérôme Kotarba et Denis Loirat, « L'abri de la Porte de Fer, Céret (Pyrénées-Orientales) », Études Roussillonnaises, vol. XIII,‎ 1994/1995, p. 33-37

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Guilaine et Jean Vaquer, « Françoise Treinen-Claustre (1937-2006) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 104, no 1,‎ 2007, p. 202-206
  • Pierre Claustre, L'affaire Claustre : autopsie d'une prise d'otages, Paris, Karthala,‎ 1990 (ISBN 2865372588)
  • Claude Wauthier, Quatre présidents et l'Afrique : De Gaulle, Pompidou, Giscard d'Estaing, Mitterrand : quarante ans de politique africaine, Paris, Seuil, coll. «  L'Histoire immédiate »,‎ 1995 (ISBN 9782020183567)
  • Roger Faligot et Pascal Krop, La piscine : les services secrets français, 1944-1984, Paris, Editions du Seuil,‎ 1985 (ISBN 9782020087438)
  • Rendez-vous avec X - L'affaire Françoise Claustre, émission du 21/12/2002[6]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Notice BnF
  2. a et b Jean Guilaine et Jean Vaquer, « Françoise Treinen-Claustre (1937-2006) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 104, no 1,‎ 2007, p. 202-206
  3. « La captive du désert » est morte, RFI, 7 septembre 2006
  4. Françoise Claustre, la « prisonnière du désert », est morte, Libération, 5 septembre 2006
  5. Cité par Le Monde du 5 septembre 2006 : Françoise Claustre, archéologue
  6. Rendez-vous avec X - samedi 9 septembre 2006 - L'affaire Françoise Claustre (1re diffusion 21/12/2002)