Guerre civile tchadienne (2005-2010)

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Guerre civile tchadienne
Principales batailles du conflit tchadien.
Principales batailles du conflit tchadien.
Informations générales
Date 18 décembre 200515 janvier 2010
Lieu Tchad
Issue Accords de paix
Belligérants
UFR

Drapeau du Soudan Soudan

Drapeau du Tchad Tchad

Drapeau de la France France

  • Troupes françaises de l'EUFOR
Commandants
Mahamat Nouri
Timane Erdimi
Abdelwahid Aboud Mackaye
Mahamat Nour Abdelkerim
Flag of Chad.svg Idriss Deby
Flag of Chad.svg Daoud Soumain
Flag of Chad.svg Bakhit Ahmat Djouma White flag icon.svg
Forces en présence
UFDD: 3 000-6 000
RFC: 500-1 000
UFDD: 500
CNT: 1 000
23 000 hommes
Batailles
Bataille d'Adré - Bataille de Borota - 1re bataille de Ndjamena - Bataille d'Abou Goulem - Bataille de Massakory - Bataille de Massaguet - 2de bataille de Ndjamena - Bataille d'Am Zoer - Bataille d'Am Dam - Bataille de Tamassi

La guerre civile au Tchad commence vers décembre 2005, quand Mahamat Nour, ancien de l'ANR forme le mouvement RDL, mais des mouvements rebelles agissaient dans le pays depuis 1991. On peut aussi considérer qu'elle débute le 25 septembre 2005, lors d'un raid près de la ville de Modoyna, raid qui a été lié à Hassan al-Djinnedi.

Ce conflit implique les forces militaires du gouvernement tchadien à plusieurs groupes rebelles (FUC, RFC,...) qui changent de nom, font des alliances et connaissent des scissions au cours du temps.

Le conflit implique également les Janjawid mais surtout les rebelles du Darfour du MJE. Le Soudan est soupçonné de soutenir les rebelles tchadiens et le gouvernement tchadien soutient le MJE. La Libye et des diplomates d'autres pays ont tenté des médiations dans le conflit. La France est intervenu plusieurs fois contre les rebelles. Des troupes de l'EUFOR (regroupant plusieurs pays de l'Union Européenne ainsi que la Russie, la Croatie et l'Albanie) et des troupes de plusieurs pays africains sous mandat de l'ONU sont présents sur le terrain.

Le gouvernement tchadien a estimé en janvier 2006 à 614 le nombre de ses citoyens tués dans les combats frontaliers[1]. Le 8 février 2006 voit la signature des Accords de Tripoli entre le président tchadien Idriss Déby, le président soudanais Omar el-Béchir, et le président libyen Mouammar Kadhafi. Les combats continuent cependant, malgré plusieurs tentatives d'accords.

Le conflit est également lié à la guerre civile au Darfour, et à la guerre en République centrafricaine. Le 15 janvier 2010, des accords de paix marqués par un rapprochement diplomatique entre le Tchad et le Soudan mettent fin à la guerre civile[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

Depuis 2004, des milices Janjawid impliquées dans le conflit voisin du Darfour lancent des raids sur des villes et villages de l'est du Tchad, tuant des civils, volant du bétail et brûlant des maisons. Plus de 200 000 habitants du Darfour sont réfugiés au Tchad et y demandent l'asile. Idriss Déby accusa el-Béchir de tenter d'exporter volontairement la guerre du Darfour au Tchad. Parallèlement, le Tchad fait également face à un afflux de réfugiés en provenance de la République centrafricaine.

En 2005, Déby modifia la constitution pour pouvoir se présenter à un troisième mandat présidentiel, ce qui provoqua des désertions en masse au sein de l'armée. Déby fut contraint de dissoudre sa garde présidentielle et de former de nouvelles forces d'élite. Son pouvoir faiblit et plusieurs groupes armés d'opposition se formèrent. Le Rassemblement des forces démocratiques vit le jour en août 2005 et le Socle pour le changement, l'unité et la démocratie deux mois plus tard. Quelque temps plus tard, ils rejoignirent six autres groupes pour former le Front Uni pour le Changement Démocratique puis renommer en Forces unies pour le changement.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Bataille d'Adré[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille d'Adré.

Le 18 décembre 2005, des membres du Rassemblement pour la démocratie et la liberté et du SCUD attaquèrent la ville d'Adré, près de la frontière soudanaise. Il s'agissait de la troisième attaque dans la région en quelques jours. Le lendemain, le leader du SCUD annonça détenir le contrôle sur la ville. Les combats provoquèrent la mort de 100 à 300 rebelles, trois à cinq soldats et trois civils. Un hélicoptère de l'armée régulière fut détruit et un autre gravement endommagé. Le ministre tchadien de la communication accusa le gouvernement soudanais, tandis que le porte-parole du ministère soudanais des affaires étrangères nia tout soutien aux rebelles. Le Tchad se déclara en guerre, et fut accusé en retour par le Soudan de violer son espace aérien.

Conflits frontaliers[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Borota.

Le 6 janvier 2006, des milices Janjawid traversèrent la frontière pour attaquer les villes de Borota, Adé et de Moudaina, tuant neuf civils et en blessant trois autres. Human Rights Watch confirma le raid, ainsi que d'autres visant une quarantaine de villages dans la région de Borota et dénombra 16 morts et 6 blessés entre le 16 et le 20 janvier.

Accords de Tripoli[modifier | modifier le code]

Le 8 février 2006, Idriss Déby, Omar el-Béchir ainsi que Mouammar Kadhafi signèrent les accords de Tripoli censés mettre fin au conflit. L'accord intervint à l'issue d'un mini sommet organisé à Tripoli par le leader libyen, auquel assistaient également le président congolais Denis Sassou-Nguesso (en tant que président de l'Union africaine), le président de la République centrafricaine François Bozizé et Alpha Oumar Konaré. Le Front uni pour la démocratie et le changement ne reconnut aucune valeur aux accords.

Activité rebelle[modifier | modifier le code]

2006[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Ndjamena (2006).

Le 6 mars 2006, des milices Janjawid franchirent la frontière soudanaise pour attaquer la ville tchadienne d'Amdjereme, en violation des accords de Tripoli. Les autorités tchadiennes les accusèrent de voler du bétail et repoussèrent l'attaque. Le 13 avril, quelques centaines de miliciens s'approchèrent de la capitale N'Djamena. Plusieurs furent capturés par les troupes régulières. Idriss Déby désigna le gouvernement soudanais comme responsable des évènements, affirmant que les rebelles étaient soit soudanais, soit tchadiens soutenus par le Soudan. Il rompit les relations diplomatiques avec le Soudan et menaça d'expulser les milliers de civils du Darfour réfugiés au Tchad. Le même jour, une centaine de civils furent massacrés par des rebelles tchadiens et soudanais dans le village de Djawara, à l'est du pays. Selon Human Rights Watch, au moins 43 autres personnes furent tuées dans trois villages des environs entre le 12 et le 13 avril.

Les 12, 13 et 14 avril 2006, les troupes du FUC ont attaqué Ndjamena. En mai, Mahamat Nouri rejoint la rébellion.

Les partis d'opposition boycottèrent l'élection présidentielle du 3 mai 2006, qui vit la victoire d'Idriss Déby. En novembre la même année, le gouvernement déclara l'état d'urgence dans la capitale ainsi qu'au nord, à l'est et au sud du pays. Les organisations internationales évacuèrent une grande partie de leur personnel civil de la ville d'Abéché. En décembre, de lourds combats éclatèrent entre l'armée et les rebelles à l'issue desquels Mahamat Nour Abdelkerim, leader des Forces unies pour le changement signa un traité de paix avec Idriss Déby.

2007[modifier | modifier le code]

Le 1er février 2007, une coalition de quatre groupes armés, formée du Mouvement pour la résistance et le changement, de la Concorde nationale tchadienne et de deux factions de l'Union des forces pour la démocratie et le développement, déclara avoir pris le contrôle de la ville d'Adré, près de la frontière soudanaise. Le Tchad refusa l'intervention de troupes de l'ONU sur sa frontière orientale. En mars, l'ancien rebelle Mahamat Nour Abdelkerim devint ministre de la défense.

Au début du mois d'octobre, les leaders des quatre principaux groupes rebelles acceptèrent d'engager des négociations de paix avec le gouvernement. Cependant, des combats éclatèrent à l'est, des cavaliers arabes incendiant des villages principalement habités par des noirs, et tuant environ 300 personnes. Parallèlement, des échauffourées éclatèrent entre les communautés Tama et Zaghawa après qu'un groupe armé de Tama, qui avaient servi pour Mahamat Nour Abdelkerim, quittèrent la ville de Guereda pour se rapprocher de la frontière soudanaise. La région devint ainsi le cadre d'un double conflit, plaçant les forces gouvernementales devant une nouvelle alliance de rebelles qui prit brièvement deux villes. Le 16 octobre, l'état d'urgence fut déclaré sur la plus grande partie du territoire tchadien, dont la capitale la région de Borkou-Ennedi-Tibesti, près de la frontière libyenne.

Le 26 octobre 2007, le gouvernement tchadien signa un accord de paix avec les rebelles.

Article détaillé : Bataille d'Abou Goulem.

En novembre 2007, Mahamat Nouri, leader de l'Union des forces pour la démocratie et le développement, accusa Idriss Déby d'avoir ordonné une attaque sur ses troupes à l'est du pays. L'armée déclara avoir tué plusieurs centaines de rebelles lors de la bataille d'Abou Goulem livré le 26 et 27 novembre tandis qu'Abakar Tollimi, secrétaire général de l'UFDD, contesta ce chiffre, disant n'avoir que 17 morts à déplorer, et affirma en retour avoir tué une centaine de soldats.

Le 30 novembre, l'UFDD déclara l'état de guerre contre la France et les forces militaires étrangères stationnées au Tchad dans ce qui apparut comme un avertissement contre l'EUFOR Tchad/RCA, prévoyant l'envoi de 3700 hommes dans le cadre d'une opération de maintien de la paix visant à protéger les 400 000 réfugiés tchadiens et soudanais de la région.

2008[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Bataille de Massaguet et Bataille de Massakory.

Le 31 janvier 2008, les rebelles annoncèrent la capture d'Oum Hadjer, ville de la région centrale de Batha, distante d'environ 400 km de la capitale.

Article détaillé : Bataille de Ndjamena (2008).

Le 2 février, ils parvinrent à entrer dans la capitale, Ndjamena, et se dirigèrent vers le palais présidentiel où se déroulèrent de combats, avant de se retirer le lendemain sans concéder cependant de défaite et de se diriger vers Mongo et Bitkine. Le 10 février, ils affirmèrent être en possession d'Am Timan. Le 11, ils quittèrent Mongo en direction de la frontière sud-est.

L'état d'urgence fut déclaré le 15 février, alors que les rebelles cessaient provisoirement les combats le temps de désigner un leader commun.

Le 12 juin, les troupes européennes stationnées à l'est du pays renforcèrent leurs patrouilles autour des camps de réfugiés et conseillèrent aux humanitaires présents dans la région de réduire leurs déplacements au strict minimum après l'annonce d'une nouvelle offensive rebelle.

Le gouvernement tchadien et les rebelles donnèrent des versions largement divergentes à propos des mouvements observés dans la région de Dar Sila, où des soldats irlandais étaient chargés de protéger un camp de réfugiés géré par les Nations unies. Alors que les rebelles affirmaient que leurs combattants avançaient vers l'ouest et avaient abattu un hélicoptère, le gouvernement récusait toute implication externe au crash de l'appareil, qu'il attribua à un problème technique. Le 11 juin, le bataillon irlandais indiqua avoir reçu des informations à propos de combats entre les forces rebelles et des hélicoptères de l'armée régulière à Modeina, 70 km au nord-est de Goz Beïda. Trois jours plus tard, les Irlandais répliquèrent à des tirs armés à Goz Beïda, que les rebelles capturèrent brièvement. Le lendemain 15 juin, ils prirent Am Dam, à 600 km à l'est de Ndjamena. Le 16, ils annoncèrent le contrôle de Biltine. Le 17, Mahamat Hissene, ministre de la communication, accusa l'armée soudanaise d'avoir assisté les rebelles dans l'attaque du poste de Bakout avec deux hélicoptères. Le même jour, les rebelles affirmèrent avoir pris le contrôle de la ville d'Am Zoer et y avoir capturé un haut officier de l'armée tchadienne. Le lendemain, l'armée régulière annonça avoir chassé les rebelles et remporté une victoire décisive à Am Zoer.

Implication des forces françaises[modifier | modifier le code]

Article détaillé : EUFOR Tchad/RCA.

Plusieurs soldats ont pris part à la bataille de NDjamena en 2008. Le 5 mars 2008, un soldat français de l'Eufor au Tchad / RCA, le sergent Polin, en reconnaissance près de la frontière soudanaise, est tué à la suite d'un accrochage avec les forces soudanaises. Il avait franchi "accidentellement" la frontière. Frontière considérée comme peu stable. Le 15 mars 2008, le général Patrick Nash a déclaré la Capacité Opérationnelle Initiale (IOC) de l’opération EUFOR TCHAD-RCA, marquant le début effectif de la mission européenne[3].

Le bilan de l'Eufor est critiqué par un rapport de l'International Crisis Group qui critique un déploiement convenant trop à la France et à Idriss Déby: « La genèse de cette opération, initialement refusée par le Président Déby d'accepter une véritable mission de maintien de la paix dotée d'un mandat politique a mené à de mauvais compromis sur tous les plans. (...) Alors que les soldats de l'Eufor luttaient avec un succès considérable contre les accusations de partialité liées à la présence en son sein d'un contingent français, le blocage de la France contre tout mandat politique a contribué au jeu politique du Président Déby, c'est-à-dire à l'utilisation du déploiement international comme une force de dissuasion psychologique contre une opposition armée et ses soutiens soudanais. (...) Grâce à l'Eufor, la France a donc activement contribué à renforcer Déby sans aider les Tchadiens à trouver une solution durable à leur crise. le processus politique, déjà insuffisant, a été pris en otage par le régime et, grâce à l'Eufor, Déby a renforcé son contrôle sur l'Est[4]

Implication présumée du Soudan[modifier | modifier le code]

À plusieurs reprises, le gouvernement tchadien a accusé le Soudan de soutenir rebelles des Forces unies pour le changement en finançant leurs activités, en les laissant séjourner sur le territoire soudanais et en leur fournissant des armes. Il affirme en outre que la télévision d'État soudanaise leur a offert un passage à l'antenne et qu'après l'attaque d'Adré du 18 décembre 2005, des Soudanais se trouvaient parmi les rebelles capturés par l'armée tchadienne. Le 30 décembre 2005, Lucienne Dillah, ministre déléguée des affaires étrangères, réitéra ces accusations auprès du Parlement. Elle rapporta également que la chaîne de télévision Al Jazeera avait filmé des camps de rebelles tchadien sur le territoire soudanais le 11 décembre. Elle montra plusieurs photos de Mahamat Nour Abdelkerim aux côtés du président Omar el-Béchir. Suite à son discours, le parlement enjoint les autorités soudanaises de ne pas ruiner les liens historiques entre le Tchad et le Soudan.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://english.aljazeera.net/English/archive/archive?ArchiveId=17880
  2. World Report 2011: Chad - Events of 2010, Human Rights Watch
  3. Source : État-Major des Armées
  4. Tchad, la poudrière de l'Est, rapport n°149, avril 2009

Articles connexes[modifier | modifier le code]