Kapo

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Brassard d'un Oberkapo (kapo en chef).

Le mot kapo désigne les personnes qui étaient chargées d'encadrer les prisonniers dans les camps de concentration nazis. Les kapos étaient souvent recrutés parmi les prisonniers de droit commun les plus violents[1] ou parmi ceux dont la ruse ou la servilité avait permis de figurer parmi les anciens, en échappant provisoirement aux « charrettes » menant à l'extermination.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Deux hypothèses sont couramment retenues pour expliquer l'origine du mot Kapo, résumées ici selon l'historien Frediano Sessi[2] :

  • la première, proposée dès 1945 par un responsable du secours aux déportés dans la région de Brême et retenue par ailleurs par les historiens d'Auschwitz, y voit la contraction de Kamaradenschaftpolizei (« camarade policier »[réf. nécessaire]). Sessi indique à ce propos que « cette étymologie suggère que le mot a été créé par les détenus eux-mêmes et probablement ceux du triangle rouge (les communistes) face aux premiers collaborateurs qui étaient des Allemands opposés au régime, parce que dans le cas contraire cela ne justifierait pas le mot Kamarade (compagnon, bien que dit avec une pointe d'ironie) ».
  • la seconde en ferait le diminutif de Kaporal ou du mot italien capo, utilisés pour désigner ceux chargés de la surveillance d'équipes de travail. Cette étymologie est notamment défendue par l'historien Hans Marsalek (ancien déporté de Mauthausen) pour qui, dérivé de l'italien capomastro, le terme aurait été introduit dans les années 1930 en Bavière par des ouvriers italiens, puis adopté à Dachau et par la suite dans l'ensemble des camps nazis.

Une des clés de l'enfer concentrationnaire[modifier | modifier le code]

Selon le système de dilution de la responsabilité explicité par l'expérience de Milgram, décrite entre autres dans le film I... comme Icare de Henri Verneuil, l'utilisation de certains prisonniers pour encadrer les autres a pour intérêt d'une part de leur faire effectuer les basses besognes dont la participation à l'extermination de leurs semblables, et d'autre part de canaliser les rancœurs des détenus contre l'un des leurs, au point de faire parfois passer les vrais gardiens, beaucoup moins exposés, pour plus humains et ainsi écarter les risques de représailles contre ces derniers.

Néanmoins, certains s'entendent pour déclarer que tous les kapos ne se seraient pas comportés en brutes ignobles[3] ; seule une poignée d'entre eux ayant été condamnés à mort, après la Libération des camps (rares étant les détenus encore valides à avoir la force ou le courage de témoigner de l'horreur de la réalité concentrationnaire).

Dans certains camps, une véritable rivalité interne aux déportés existait entre les « triangles verts » (déportés de droit commun) et les « triangles rouges » (déportés politiques) pour les postes de kapo. Quand les triangles verts dominaient, comme ce fut toujours le cas à Mauthausen, le régime du camp était plus dur ; en revanche, les triangles rouges, vivant non sans ambigüités dans la « zone grise » dont parle Primo Levi, parvenaient à adoucir la vie dans le camp. Ce fut le cas à Buchenwald, selon le témoignage de David Rousset[4]. Ce dernier écrivait en 1946 dans son ouvrage célèbre L'Univers concentrationnaire : « Les Kapos forment les cadres essentiels, les assises de cette aristocratie des camps. Les chefs de chambre, les Vorarbeiter, les policiers, les Stubendienst, constituent la très large base de cette bureaucratie[5]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Lexique », sur www.fndirp.asso.fr (consulté en 11 octobre 2010)
  2. Frediano Sessi, « Criminels par procuration ? Sur l'auto-administration des détenus dans les Lager », dans Philippe Mesnard, Yannis Thanassekos (dir.), La zone grise: entre accommodement et collaboration, Kimé, 2010, 255 p., note 12 p. 81.
  3. (fr) « Le langage des camps de concentration », sur www.encyclopedie.bseditions.fr (consulté en 11 octobre 2010)
  4. Cf. un extrait de David Rousset, Les jours de notre mort, tome 2, 10/18 Union Générale d'éditions, 1974
  5. David Rousset, L'Univers concentrationnaire, Les Éditions de Pavois, 1946, p. 135.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]