Barbe la grande martyre

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Barbe la grande martyre ou sainte Barbe ou Barbara (en grec et en latin) est une sainte de l’Église catholique romaine et de l’Église orthodoxe, fêtée le 4 décembre[1],[2].

Hagiographie[modifier | modifier le code]

Sainte Barbe, d'après le manuscrit messin Les Heures de Toul, vers 1437-1452.
Sainte Barbe, icône orthodoxe.

Sainte Barbe aurait vécu au milieu du IIIe siècle à Héliopolis (aujourd'hui Baalbek au Liban) sous le règne de l’empereur Maximien. Son père, Dioscore, aurait été un riche édile païen d'origine phénicienne. Pour protéger sa virginité ou la protéger du prosélytisme chrétien, il l’enferma dans une tour à deux fenêtres. Mais un prêtre chrétien, déguisé en médecin, s’introduisit dans la tour et la baptisa.

Au retour d’un voyage de son père, Barbe lui apprit qu’elle avait percé une troisième fenêtre dans le mur de la tour pour représenter la Sainte Trinité et qu’elle était chrétienne. Furieux, le père mit le feu à la tour. Barbe réussit à s’enfuir, mais un berger découvrit sa cachette et avertit son père. Ce dernier la traîna devant le gouverneur romain de la province, qui la condamna au supplice. Comme la jeune fille refusait d’abjurer sa foi, le gouverneur ordonna au père de trancher lui-même la tête de sa fille. Elle fut d'abord torturée : on lui brûla certaines parties du corps et on lui arracha les seins mais elle refusa toujours d'abjurer sa foi. Dioscore la décapita mais fut aussitôt châtié par le Ciel. Il mourut frappé par la foudre.

Quand les chrétiens vinrent demander le corps de la jeune martyre, ne voulant pas utiliser son prénom perse et ne pouvant pas se dévoiler en utilisant son prénom de baptême chrétien, ils ne purent en parler que comme « la jeune femme barbare », d'où le nom de sainte Barbara qui lui fut donné.

Attributs[modifier | modifier le code]

Sainte Barbe sur poteau cornier Saint-Julien-du-Sault

Sainte Barbe est généralement représentée en jeune fille, avec une palme de martyre, elle peut porter une couronne, un livre. Une tour à trois fenêtres (en référence à son adoration de la Sainte Trinité), un éclair constituent également d'autres attributs de la sainte. De même, elle peut porter une plume de paon, symbole d'éternité ou fouler à ses pieds son père qui est aussi son persécuteur.

Elle est représentée depuis le VIIe siècle.

Sainte Barbe est souvent associée à trois autres saintes ayant fait vœux de chasteté : Sainte Catherine, Sainte Marguerite et Sainte Geneviève. C'est le cas pour l'Autel des Vierges de l'église Notre-Dame de Croaz-Batz de Roscoff (Finistère) présentant une statue de Sainte Barbe accompagnée de celles de Sainte Catherine et de Sainte Geneviève.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Son iconographie illustre les scènes les plus populaires de sa tradition :

  • Son emprisonnement par son père dans une tour
  • Sa fuite à travers un rocher qui s’entrouvre pour lui laisser le passage
  • Le châtiment du berger qui avait dénoncé sa retraite
  • Son martyre (comme à la chapelle Notre-Dame de Lannelec)

Enluminures[modifier | modifier le code]

  • Vignette tirée du Bréviaire d’Éléonore du Portugal (vers 1500-1510), par le Maître de l'ancien livre de prières de Maximilien 1er, représente sainte Barbe, assise, un livre ouvert sur ses genoux.

Peintures[modifier | modifier le code]

Peintures murales[modifier | modifier le code]

  • L’église romane de Savigny (Manche) a été enrichie au XIVe siècle d’un cycle de sainte Barbe sous formes de peintures murales occupant le plein des arcades du XIIe siècle.
  • L'histoire de sainte Barbe est peinte dans une des lunettes de la salle des saints des appartements Borgia, au Vatican. Cette fresque est de Pinturicchio (XVe siècle)

Sculptures[modifier | modifier le code]

Sainte Barbe de l'église Saint-Roch - anonyme

Les statues de sainte Barbe sont nombreuses dans les églises et chapelles, par exemple :

  • La statue de sainte Barbe dans l'église Saint-Pierre de Plouyé (Finistère) ;
  • Sainte Barbe de l'église Saint-Roch de Paris ;
  • Sainte Barbe, œuvre en pierre datée du XVIe siècle, chapelle nord de l’église Notre-Dame à Savigny (Manche) ;
  • statue de la sainte dans l'église de Pruillé-le-Chétif (Sarthe) datant du XVIIIe siècle ;
  • statue de la sainte avec sa tour, église de Ploudiry (Finistère) ;
  • statue de la sainte avec sa tour et tenant une palme, bois doré, 1re moitié du XVIIe siècle dans l'église Saint-Martin de Hermalle-sous-Huy.
  • statue en pierre polychrome avec sa tour, palme du martyr et tenant de l'autre main deux livres, XVIe siècle première chapelle dite Chapelle Sainte-Barbe en entrant par le portail occidental de l'Église Saint-Jean-Baptiste de Chaource.

Vitraux[modifier | modifier le code]

Vitrail dédié à Sainte Barbe, église Saint-Nicolas de L'Hôpital (Moselle)
  • Une verrière de sainte Barbe est située dans l’abbatiale de Saint-Quentin (Aisne). Exceptionnelle par sa taille de plus de 9 mètres et par sa constitution en un seul tenant, elle est attribuée à Mathieu Bléville, peintre-verrier de la Renaissance.
  • Un grand vitrail résumant en trois tableaux la vie de sainte Barbe dans la chapelle du hameau Sainte-Barbe, à proximité de Plouharnel (Morbihan), par le peintre-verrier Gérard Milon.

Patronage[modifier | modifier le code]

D'aucuns peuvent demander les prières de sainte Barbe pour être protégés de la foudre, mais elle est aussi la patronne, le modèle et la protectrice des architectes, des géologues, des pompiers, des mineurs (et par extension actuellement, des ingénieurs des Mines), des artilleurs, des sapeurs, des canonniers, des artificiers, des ingénieurs de combat, des métallurgistes, des démineurs et autres corporations liées au feu, les pétroliers militaires, les foreurs et les personnels de l'industrie des turbines à gaz, les carillonneurs, les égoutiers. Sainte Barbe est aussi la patronne de l'École polytechnique[3].

Sainte Barbe, calcaire polychromé, Villeloup (Aube) vers 1520-1530

En particulier, le fort patronage que lui vouaient les mineurs de fond s’est progressivement transmis aux ouvriers et ingénieurs des travaux souterrains (tunnels, cavernes, etc.) avec la disparition progressive de l’industrie minière occidentale. De nos jours, une sainte Barbe trône toujours à l’entrée des tunnels en construction pour protéger les ouvriers-mineurs des accidents de chantier[4]. Dans le tunnel de Cointe à Liège (Belgique), lors de la finition des travaux, a été aménagée une potale en métal vitrée abritant la statue de la sainte qui était censée protéger les ouvriers durant le chantier[5],[6].

Les empereurs byzantins vénéraient particulièrement ses reliques qu’ils firent transférer au VIe siècle à Constantinople[réf. nécessaire]. Une partie fut emmenée en Italie par les Vénitiens, et une autre au XIe siècle par la fille d’Alexis Comnène à Kiev, où elles se trouvent toujours à la Cathédrale Saint Vladimir de Kiev.

Chapelles et lieux de culte[modifier | modifier le code]

Statue de sainte Barbe dans l'église Saint-Pierre de Plouyé
À l’entrée d’une mine de sel, à Wieliczka (Pologne)

Traditions liées au culte de sainte Barbe[modifier | modifier le code]

Le culte de Sainte Barbe se popularise à partir du XIIIe siècle en Occident. Cette sainte orientale est particulièrement honorée en Normandie et en Bretagne.

Tradition stéphanoise[modifier | modifier le code]

Défilé de la statue de sainte Barbe à Saint-Étienne

Le 4 décembre, la Sainte-Barbe, patronne des mineurs, défile dans les rues jusqu'aux différents puits de mines, ce défilé est généralement accompagné d'un spectacle. Le maire donnait traditionnellement un jour de congé à cette occasion. Par extension elle est aussi la sainte patronne des écoles des Mines.

Tradition savoyarde[modifier | modifier le code]

Le premier samedi de décembre, à Bozel, Savoie la chapelle Sainte-Barbe est exceptionnellement ouverte, et une messe y est célébrée le matin. Puis s’ensuit une dégustation de soupe traditionnelle (haricots et lard), préparée dans la nuit dans un immense chaudron par les habitants et partagée entre toutes les personnes présentes.

Tradition provençale[modifier | modifier le code]

Le 4 décembre, en Provence, chacun doit semer du blé ou des lentilles sur du coton imbibé d’eau dans trois coupelles que l'on pose sur la table le soir de Noël. Une bonne pousse est signe d’abondance et de prospérité.

Article détaillé : Blés de la Sainte-Barbe.

Tradition bretonne[modifier | modifier le code]

La forme bretonne est Barba, prénom de la conteuse Barba Tassel, informatrice de Fañch an Uhel.

Tradition alsacienne et tchèque[modifier | modifier le code]

Le 4 décembre, en Alsace, on coupait des branches d’arbres fruitiers (en particulier le cerisier) qui étaient placées dans un vase rempli d’eau. À partir de là il fallait quotidiennement couper un petit bout du pied de la tige et renouveler l’eau. Si on observe bien ces recommandations, les branches fleurissent vers Noël et une belle floraison est signe d’abondance.

Tradition syrienne et libanaise[modifier | modifier le code]

Le 4 décembre, en Syrie et au Liban, on commémore la fuite de Sainte-Barbe (appelée Barbara) de la tour où elle fut emprisonnée. D'après la croyance, sa fuite n’aurait été guère réussie sans l’aide de ses amies qui lui donnèrent l’idée de se déguiser. D'où la tradition libanaise qui veut que la veille de la fête de la Sainte-Barbe, soit le 3 décembre, les enfants se déguisent avec toute sorte de costumes et de masques et vont cogner aux portes du voisinage et ainsi charmer les adultes (parfois eux-mêmes déguisés) en sollicitant des friandises ou de l'argent, non sans leur avoir au préalable chanté une rengaine à la gloire de Barbara, tout en jouant de la darbouka, soit sur leur pas de porte, soit en chemin dans la rue.

La légende veut aussi que durant sa fuite, Barbara se soit cachée dans un champ de blé et qu'elle se soit nourrie de cette céréale. Ainsi, en mémoire de Sainte-Barbe, la coutume veut que l'on prépare, dès le 3 décembre, une bouillie de grains de blé sucrée, parfumée à l'anis et garnie d'une flopée de graines de fruits secs (amande, noisette, pistache, pignon, noix…). Cette délicieuse collation est consommée dans les foyers et offerte aux visiteurs. Il est aussi fréquent que l'on fasse pousser, symboliquement, des germes de blé dans les foyers en cette saison. Ces traditions sont particulièrement mises en valeur à Amchit où se trouve une belle et antique église dédiée à Sainte-Barbe. Cet aspect folklorique de la fête rappelle, dans sa forme, celle du Mardi gras en France ou aussi la célèbre fête de la Halloween dans les pays anglophones. La fête de la Sainte-Barbe intervient exactement à trois semaines du 25 décembre, jour de Noël.

Cuba, Brésil[modifier | modifier le code]

Dans la tradition afro-cubaine et afro-brésilienne la sainte est assimilée au dieu yoruba Xango (à prononcer Chango) dont elle était la première épouse et à qui elle doit ses pouvoirs sur le tonnerre.

Dans la tradition afro-brésilienne, sainte Barbe est assimilée à l'Oricha (ancêtre divinisé) Yorouba (peuple Nigeria) Oya connue également sous le nom de Yansan, qui fut l'une des épouses de Chango, 4e roi d'Oyo. Elle est la patronne du fleuve Niger en Afrique et gouverne les orages et la foudre dans la tradition du candomblé brésilien.

Le syncrétisme entre sainte Barbe et Yansan est au centre de la pièce de théâtre de l'écrivain brésilien Dias Gomes intitulée « O Pagador de promessas » et qui a été adaptée au cinéma par Anselmo Duarte. Ce film a obtenu la palme d'or au festival de Cannes de 1962, sous le titre français de « La parole donnée ».

Marine[modifier | modifier le code]

Dans la marine ancienne, la sainte-barbe était le nom de la soute à munitions ou réserve de poudre à canon.

Le nom de « sainte-barbe » donné aux soutes à munitions viendrait d’un glissement phonétique. À l’époque de l’epidum romain, entouré d’une palissade, les produits dangereux étaient stockés dans une enceinte extérieure dénommée naturellement cincta barbara, enceinte barbare. Selon un général français, le général Chapel, par déformation de prononciation, cette locution serait devenue sancta barbara, « sainte barbe ».

Sapeurs-pompiers[modifier | modifier le code]

Au sein des corps de sapeurs-pompiers, la fête de la Sainte-Barbe est souvent associée à un défilé et à un repas ou un bal dans de nombreuses villes de France. Cette fête traditionnelle se réfère à la sainte réputée protectrice des sapeurs-pompiers.

Mineurs[modifier | modifier le code]

Représentation naïve à Biver (13)

La fête de la Sainte-Barbe est l'occasion pour les élèves du cycle ingénieur civil des Mines de Paris de baptiser la nouvelle promotion dans les catacombes de Paris. Chaque année, une femme du monde artistique ou politique est choisie comme Marraine de cette nouvelle promotion, en l'honneur de Sainte Barbe. Son identité est révélée lors d'un spectacle parodique (la Petite Revue) mis en scène par la promotion sortante. Avant ce spectacle, la Marraine adresse traditionnellement un discours à la nouvelle promotion.

Toponymie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Nominis : Sainte Barbe
  2. Forum orthodoxe.com : saints pour le 4 décembre du calendrier ecclésiastique
  3. Sainte Barbe, sur le site officiel de l'École polytechnique.
  4. François Martin et Alain Guillaume, Sainte-Barbe, une icône fédératrice pour les travaux souterrains, Association Sainte-Barbe des Mines, 5 p. (lire en ligne [PDF])
  5. Roland Marganne, « Le plus long tunnel ferroviaire de Belgique est percé : Soumagne et les entrailles du Pays de Herve », Correspondance, Association liégeoise des amateurs de chemins de fer,‎ juillet-septembre 2005, p. 6 (lire en ligne [PDF])
  6. Michel Elsdorf, Liège insolite : Endroits, événements et autres bizarreries liégeoises, Noir Dessin Production,‎ 2010, 148 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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