Louis Anquetin

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Louis Anquetin, né à Étrépagny (Eure) le 26 janvier 1861 et mort à Paris le 19 août 1932, est un peintre, dessinateur et aquarelliste français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Femme aux Champs-Élysées la nuit (1889-1893), musée van Gogh, Amsterdam.

Louis Anquetin est le fils unique d'Émile Augustin Anquetin (1839-?), marchand boucher, et de Félicité Céline Rose Chauvet son épouse[1]. Sa maison natale, la boucherie paternelle, existe toujours. Anquetin sera très vite attiré par le dessin et encouragé par ses parents dans cette vocation artistique. En 1872, il entre au lycée Corneille de Rouen, et devient l'ami d'Édouard Dujardin, futur poète. Il obtient son baccalauréat en 1880. Il effectuera ensuite ses obligations militaires dans la cavalerie au 6e Régiment de Dragons, à Chartres.

À son retour, il s'installe à Paris et entre en 1882 dans l'atelier de Léon Bonnat, (1833-1922) au 30 avenue de Clichy. À sa fermeture, lorsque Bonnat est nommé professeur à l'Académie des Arts, Anquetin est admis en 1883 dans l'atelier libre de Fernand Cormon, où il restera quatre années. Il y commence sa formation aux côtés de peintres d'avant-garde qui deviendront ses amis, comme Vincent van Gogh ou Henri de Toulouse-Lautrec (qu'il prend sous sa protection, pour lui éviter les humiliations des camarades), Henri Rachou, Charles Laval, Adolphe Albert, Paul Tampier, Archibald Standisch Hartrick. C'est en 1884 que rentre à l'atelier le jeune Émile Bernard âgé de 16 ans. Il fait la connaissance de Claude Monet en 1885 à Vétheuil et découvre l'impressionnisme, ce qui l'amène à éclaircir sa palette. En avril 1886, Émile Bernard est renvoyé de l'atelier pour indiscipline, et au mois d'octobre Vincent Van Gogh entre à l'atelier. C'est pendant ces deux années là qu'il expose avec Lautrec et Bernard au Tambourin, café situé au 62 boulevard de Clichy. Van Gogh organise une exposition au Café le Grand Bouillon[2] en compagnie de Bernard, Anquetin et Lautrec.

Le cloisonnisme[modifier | modifier le code]

L'Avenue de Clichy, cinq heures du soir (1887), Wadsworth Atheneum, Hartford (Connecticut).

Avec Émile Bernard, il se dirige vers le divisionnisme dans les pas de Signac qu'il rencontre le 12 mars 1887, et il met au point le cloisonnisme. Enthousiasmé par les estampes japonaises de Van Gogh, Louis découvre au travers d'une porte vitrée, aux carreaux de couleurs dans la maison de ses parents, les effets produits par les différentes couleurs sur l'impression que l'on obtient du décor. Il réalise alors avec Émile Bernard une synthèse de leurs recherches communes. Édouard Dujardin, découvrant les œuvres d'Anquetin au Salon des indépendants de 1888, baptisera dans la Revue Indépendante du mois de mai ce nouveau genre de « cloisonnisme », dont il attribue la paternité au seul Anquetin. Il deviendra tout d'un coup célèbre. En 1889, faisant partie des refusés au Salon, il expose avec Paul Gauguin, Charles Laval, Léon Fauché, Émile Schuffenecker, George-Daniel de Monfreid, Émile Bernard, Louis Roy et Ludovic Nemo, Charles Filiger au Café Volpini situé dans l'enceinte de l'Exposition universelle de Paris de 1889. Il est à cette époque un habitué, avec Toulouse-Lautrec et Émile Bernard, du cabaret du Moulin Rouge. Félix Fénéon lui écrit un article élogieux.

Anquetin fera la connaissance, par le biais de Toulouse-Lautrec, du peintre et dessinateur anglais Charles Conder venu de 1890 à 1897 étudier à l'Académie Julian et à l'atelier Cormon.

En 1891, Anquetin entreprend des recherches sur l'huile et demeure au 62 rue de Rome à Paris, et à une adresse au 10 rue Clauzel, à côté du père Tanguy, fabricant de couleurs qui demeure au no 14. Après le Salon des Indépendants, il relance le Salon des Refusés. De 1894 à 1896, Anquetin n'expose plus et suit des études d'anatomie dans le laboratoire de dissection du professeur Arroux à Clamart.

Retour au classicisme[modifier | modifier le code]

Après son voyage en Belgique et la Hollande avec Toulouse-Lautrec et Joseph Albert, son travail perd de son originalité et devient plus classique en s'inspirant de maîtres du passé comme Rubens ou Rembrandt. À son retour, il s'installe à Bourron-Marlotte où il se lie d'amitié avec Paul Fort, Stuart Merrill, Paul Margueritte, Élémir Bourges et Armand Point.

En 1901, son professeur, Fernand Cormon, ayant obtenu la commande de la décoration murale de l'hôtel de ville de Tours, invite Anquetin à réaliser quatre panneaux, représentant Balzac, Descartes, Rabelais et Alfred de Vigny sur la paroi nord de la salle des fêtes de la mairie de Tours[3].

Anquetin épouse Berthe Coquinot, veuve d'un officier, en 1906. Le couple s'installe dans un immeuble construit par l'architecte Charles Blanche, rue des Vignes. Entouré de ses élèves, il va pouvoir leur enseigner les techniques picturales selon les règles anciennes qu'il ne cessa de prôner tout comme « le retour au métier ».

Gustave Geffroy, nommé administrateur de la manufacture des Gobelins par Georges Clemenceau en 1908, lui obtient la commande de ses premiers cartons de tapisseries pour la manufacture en 1911, et les suivants en 1918 et 1921 pour la Manufacture de Beauvais [4]. En 1912, Anquetin débute ses conférences et des articles pour défendre le retour au métier. En 1914, il organise des dîners-débats mensuels au restaurant La Pérouse et continue ses conférences à l'Université populaire. Ses élèves, Jacques Maroger et Camille Versini, se livrent à des recherches sur les vernis et les différentes techniques picturales, avec l'aide du chimiste Marc Havel. Ensemble ils mettront au point un médium, commercialisé sous son nom par la maison Lefranc & Bourgeois. En 1924, il publie son livre Rubens.

Anquetin fait partie des groupes anarchistes de l'entourage de Zo d'Axa, Jean Grave et Octave Mirbeau. Il participe aux revues La Feuille et l'Endehors.

Il est nommé chevalier de la Légion d'honneur.

Louis Anquetin meurt à Paris en août 1932[5].

Œuvres dans les collections publiques[modifier | modifier le code]

Œuvres graphiques[modifier | modifier le code]

  • 1889, Portrait d'homme, pastel, Norton Simon Art Foundation.
  • Vers 1890, Buste d'homme torse nu, sanguine, musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg.
  • 1891, Portrait de Marguerite Dufay pastel, Norton Simon Art Foundation.
  • 1895, Marguerite Dufay dans son répertoire, affiche[6].
  • Pégase cabré, ailes déployées, crinière au vent, plume, encre brune, lavis brun, étude pour le rideau de Shakespeare en 1920, musée du Louvre, Paris.
  • Combat de cavaliers nus, armés de lances, plume, encre brune, musée du Louvre, Paris
  • Croquis d'un vieux cheval la tête basse, mine de plomb, musée du Louvre, Paris.

Peintures[modifier | modifier le code]

Femme dans paysage, Salon de 1890.

Peintures murales[modifier | modifier le code]

  • 1898 : Scène mythologique pour un plafond, acquis par l'État au Salon de la Société nationale des beaux-arts de 1898, localisation inconnue.

Estampes[modifier | modifier le code]

  • La fille d'Artaban, La Nébuleuse, Dialogue Inconnu [8], lithographie sur vélin crème, programme du Théâtre Libre pour l'année 1896.
  • 1893, Cavalier Louis XIII, Bibliothèque de l'INHA
  • 1893, Don Quichotte et Sancho Pança, Bibliothèque de l'INHA
  • 1894, Les Courses, Bibliothèque de l'INHA
  • 1894, Anquetin peintre 10 rue Clauzel, Bibliothèque de l'INHA
  • 1894, Le Lever, Bibliothèque de l'INHA
  • 1895, Paul Verlaine, Bibliothèque de l'INHA
  • 1898, Un Canter, Bibliothèque de l'INHA
  • 1898, Drumont et Vacher dans La Feuille lithographie, Achenbach Foundation for graphic Arts, Fine Arts Museums of San Francisco

Affiches[modifier | modifier le code]

Décors de théâtre[modifier | modifier le code]

Tapisseries[modifier | modifier le code]

  • 1911 : La Bourgogne, tapisserie, Manufacture des Gobelins
  • 1911 : Les Cygnes, carton de tapisserie aboutissement, tapisserie de la Manufacture des Gobelins
  • 1914 : La Normandie carton de tapisserie, Manufacture des Gobelins
  • 1918 : La Guerre, Manufacture de Beauvais
  • 1921 : Le Retour, tapisserie, Manufacture de Beauvais

Publications de Louis Anquetin[modifier | modifier le code]

  • Rubens, éditions Nilson, 1924
  • De l'Art, écrits de Louis Anquetin publiés par Camille Versini aux Nouvelles Éditions latines, Paris, 1970

Salons[modifier | modifier le code]

  • 1881, le 12 janvier, création de la Société des artistes français. Anquetin expose au Palais de l'Industrie
  • 1884, fondation de la Société des artistes indépendants
  • 1888, Salon des XX à Bruxelles, Belgique
  • 1888, Salon des Indépendants : 1re exposition d'Anquetin
  • 1889, Anquetin expose au Champ de Mars
  • 1891, Salon des Indépendants : Torse de Jeune fille, Profil de femme, Le Pont des Saints-Pères, et relance le Salon des Refusés
  • 1898, Salon de la Société nationale des beaux-arts : Panneau décoratif acquis par l'État
  • 1899, Salon de la Société nationale des beaux-arts : Le Combat
  • 1902, juillet, fondation du Salon d'automne
  • 1907, Salon de la Société nationale des beaux-arts : Portrait d'Andrée Mégard
  • 1911, Salon de la Société nationale des beaux-arts : La Femme au miroir, Léda
  • 1912, Salon de la Société nationale des beaux-arts : Les Cygnes, tapisserie des Gobelins
  • 1914, Salon de la Société nationale des beaux-arts : Dans le parc

Expositions[modifier | modifier le code]

  • 1886 - 1887, exposition permanente au Café le Tambourin, 62 avenue de Clichy
  • 1887, Café le Grand Bouillon, 43 avenue de Clichy, organisée par Van Gogh, avec la participation de ses amis
  • 1889, Exposition universelle de Paris, refusé, expose au Café Volponi dans l'enceinte de l'exposition
  • 1891, 32e Exposition municipale des beaux-arts de Rouen : Femme à l'Ombrelle
  • 1891, exposition collective à la galerie Le Barc de Boutteville, 47 rue Le Pelletier : portrait de Zo d'Aza
  • 1897, exposition au restaurant Pierre Cubat, ancien hôtel particulier de la Païva, au 25 avenue des Champs-Élysées
  • 1898, Galerie Hessèle
  • 1925, exposition du 27 janvier au 15 février à Nice
  • 1933, La Nouvelle Galerie Simonson 19 rue Caumartin du 8 au 21 février exposition organisée par Mme Veuve Anquetin avec une conférence de M. Émile Bernard sur l'œuvre de l'artiste.
  • 1974, Toronto, musée des beaux-arts de l'Ontario : Femme au chat
  • 1977, Étrépagny : « Hommage à Louis Anquetin » : Femme à l'ombrelle
  • 1981, Toronto, musée des beaux-arts de l'Ontario, « Vincent Van Gogh et la naissance du cloisonnisme » janvier-mars 1981, exposé ensuite à Amsterdam Rijksmuseum : L'Acteur et Portrait de la mère de l'artiste
  • 1982, musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, Suisse, exposition « Fantaisie équestre », juillet à septembre : Autoportrait équestre
  • 1991, exposition Louis Anquetin, galerie Brame et Laurenceau, Paris
  • 2009-2010, musée Bunkamura de Kitakyushu, et musée des beaux-arts de Hiroshima, exposition collective « Toulouse Lautrec et ses amis », du 10 novembre 2009 au 22 mars 2010.

Élèves[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Catalogue des œuvres d'Anquetin, exposition du 27 janvier au 15 février 1925, L'Artistique, 27 bd Dubouchage, Nice
  • Émile Bernard, « Louis Anquetin, artiste peintre », dans Mercure de France, Paris, 1er novembre 1932, p. 597
  • Émile Bernard, « Louis Anquetin », dans L'Art et les Artistes, 1933
  • Jean-Jacques Lévêque, Les Années de la Belle Époque 1890 - 1914, éditions ACR
  • Dictionnaire Bénézit
  • Jean Ajalbert, Les Peintres de la Manufacture nationale de tapisseries de Beauvais, Louis Anquetin, Paul Vera, E. Rey, Paris, 1930
  • Frédéric Destrémau, Les Années d'avant garde de Louis Anquetin, maîtrise d'histoire de l'Université Paris I, 1989 (édition ?)
  • Frédéric Destrémau, Louis Anquetin le retour au métier, DEA de l'Université Paris I, 1990 (édition ?)
  • Galerie Brame et Lorenceau, Anquetin, la passion d'être peintre, avant-propos de Bernard Lorenceau, textes de Frédéric Destrémau, docteur en Histoire de l'art, Thibault de la Chatre Paris, 1991, 163 p.
  • Ignacio Zuloaga, Gislhaine Plessier, Ignacio Zuloaga et ses amis, éditions l'Harmattan 1995, 363 p. (ISBN 2-73843-624-2)
  • (en) Joan Cassell-Dassule, Louis Anquetin and The Origins of Synthetism, thèse universitaire, The Pennsylvania State Universtiy, 1973.
  • Jacques-Sylvain Klein, "Anquetin invente le Cloisonnisme et bouscule la scène artistique", dans "Lumières normandes, les hauts-lieux de l'Impressionnisme", éditions Point de vues, 2013, p.334-339

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Portrait de Louis Anquetin (1932), huile sur toile par Émile Bernard.

Hommage[modifier | modifier le code]

  • Un collège porte son nom à Étrépagny[9]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alain Garric, Essai de généalogie de Louis Emile Anquetin, sur Geneanet.
  2. situé au no 43 de l'avenue Clichy.
  3. Panneaux qui seront démontés en 1907 pour être remplacés par des œuvres sur le même sujet peintes par François Schommer (1850-1935).
  4. Dont Jean Ajalbert fut l'administrateur de 1917 à 1934.
  5. Peu de temps avant sa disparition, Émile Bernard lui rend visite et brosse son portrait qu'il dédicace en ces termes : « À Louis Anquetin en témoignage de ma plus profonde admiration ».
  6. Reproduite dans la revue Les maîtres de l'affiche (1895-1900).
  7. Portrait de la Goulue
  8. [1]
  9. « Collège Louis Anquetin » (consulté le 8 octobre 2009)

Liens externes[modifier | modifier le code]