Félicien Rops

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Félicien Rops

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Portrait de Félicien Rops

Naissance 7 juillet 1833
Namur
Décès 23 août 1898 (à 65 ans)
Essonnes (aujourd'hui Corbeil-Essonnes)
Nationalité Belge
Activités Artiste-peintre

Félicien Rops est un artiste belge, peintre, aquafortiste, dessinateur, illustrateur et graveur, né à Namur le 7 juillet 1833, mort à Essonnes (aujourd'hui Corbeil-Essonnes), le 23 août 1898.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse à Namur[modifier | modifier le code]

Façade de la maison natale de Rops, 33 rue du Président à Namur.

Félicien Rops est le fils unique de l'industriel Nicolas-Joseph Rops (1782-1849) et de Sophie Maubille (1794-1872). Son père produit et commercialise des tissus imprimés, il est passionné de musique et d'horticulture (Félicien hérite de ce goût pour l'horticulture, à laquelle il se consacrera, notamment, à la fin de sa vie, dans sa propriété d'Essonnes). En 1837, alors que le jeune Félicien a quatre ans, la famille quitte le quartier du Vieux Namur où il est né et s'installe dans un hôtel de maître qu'a fait construire son père dans une autre partie de la ville correspondant mieux à leur statut de bourgeois aisé (la rue Neuve, actuellement nommée rue Pépin).

Dès 1838, Rops est scolarisé chez les Jésuites, au Collège Notre-Dame de la Paix. Il reçoit également un enseignement de précepteurs privés, à domicile. Au collège, il rencontre notamment le futur écrivain Octave Pirmez, d'un an son aîné, dont l'amitié se prolongera par une longue relation épistolaire. Il est bon élève et se voit récompenser en 1844 par le premier prix d'excellence. Il quitte cet établissement en 1849 et poursuit ses études à l'Athénée royal de Namur. Parallèlement, il suit des cours de peintures à l'académie, auprès de Ferdinand Marinus.

Nicolas-Joseph, son père, meurt le 7 février 1849. Félicien, alors âgé de quinze ans, est placé sous la tutelle de son cousin Alphonse Rops. Ses relations avec son parent, échevin de la ville de Namur, sont difficiles : dans ses lettres, Félicien décrit celui-ci comme intransigeant et sermonnaire, ce qui ne fait qu'accroître sa soif de liberté et d'évasion. De plus, il se sent étouffé dans cette ville qu'il estime envahie par la pensée bourgeoise[1].

Carrière bruxelloise[modifier | modifier le code]

Portrait de Félicien Rops par Paul Mathey, 1888.

Rops quitte Namur en 1851. Inscrit à l'Université libre de Bruxelles, pour une candidature en philosophie préparatoire au droit, il rejoint le cercle littéraire Les Joyeux, fondé en 1847 par une vingtaine d'amis dont l'écrivain Charles De Coster. Si Félicien apprécie tout particulièrement l'effervescence créative et audacieuse de ce milieu estudiantin (en témoignent les efforts qu'il déploie pour créer l'hebdomadaire Uylenspiegel, sous-titré Journal des ébats artistiques et littéraires, qui parait dès février 1856 et jusqu'en 1863, faisant date dans l'histoire littéraire belge), il ne cherche nullement à décrocher un diplôme. Il continue en revanche à se former à la peinture par sa participation à l'Atelier Saint-Luc, animé par Ernest Slingeneyer et rassemblant des artistes d'avant-garde.

Ses premières œuvres publiées (notamment dans le journal Le Crocodile) sont principalement des caricatures. Parmi celles-ci, La Médaille de Waterloo (1858), charge contre les Belges arborant la médaille de Sainte-Hélène (créée l'année précédente)[2], choque véritablement l'opinion publique et lui vaut une provocation en duel de la part du fils d'un officier de l'Empire[3],[note 1].

Après ces débuts de caricaturiste, Rops entame une carrière d'illustrateur. Il contribue notamment à l'édition des œuvres de son ami Charles De Coster (dont la Légende et les aventures d'Uylenspiegel, parue en 1866) et — son succès l'ayant amené à Paris — de celles de Jules Barbey d'Aurevilly, de Joséphin Peladan, de Félicien Champsaur ou de Stéphane Mallarmé.

À Bruxelles, Rops est membre de la Société des agathopèdes et de la Société libre des beaux-arts dont il devient vice-président en 1868. Il y fonde également la Société internationale des Aquafortistes, dont les statuts sont rédigés le 4 décembre 1869[4]. Cette entreprise, rapidement interrompue par la guerre franco-prussienne qui paralyse l'Europe, n'aboutit cependant pas, faute de parvenir à réunir des artistes issus d'autres nations que la France, les Pays-Bas et la Belgique. Malgré une relance après la fin du conflit, le départ de Belgique de Rops, puis celui de l'imprimeur François Nys, son plus important collaborateur, provoquent la fin d'activité de cet embryon de société internationale, en octobre 1877.

En mars 1885, Rops, au même titre qu'Anna Boch, est admis comme membre du Groupe des XX en remplacement de Frans Simons et de Théodore Verstraete, tous deux démissionnaires. Rops avait participé au premier salon annuel des XX en 1884 en tant qu'artiste invité où il avait présenté sa Tentation de saint Antoine.

Féru de botanique, il s'y adonne en compagnie de l'éditeur français Auguste Poulet-Malassis, exilé à Bruxelles de septembre 1863 à mai 1871. Pour celui-ci, il réalise les frontispices des Bas-fonds de la société d'Henry Monnier (1864), du Diable au corps d'Andrea de Nerciat (1865), des Épaves de Charles Baudelaire (1866), des Jeunes France de Théophile Gautier (1866), de Gamiani d'Alfred de Musset (1866) ou encore de Point de lendemain de Vivant Denon (1867).

Il devient membre de la loge maçonnique namuroise "La Bonne Amitié", le 1er juillet 1861. Pierre-Joseph Proudhon assistera à son initiation. Il y aurait même prononcé un discours[5].

Vie de famille à Thozée[modifier | modifier le code]

Le 28 juin 1857, Rops épouse Charlotte Polet de Faveaux, fille d'un juge au Tribunal de Namur, qu'il connait depuis l'université. Les époux vivent successivement à Namur (rue Neuve, numéro 13), à Bruxelles où ils se font construire une maison au rond-point de l'avenue Louise et au château de Thozée, près de Mettet, gentilhommière dont Charlotte a hérité après le décès d'un de ses oncles. Rops profite de ce grand domaine pour inviter chez lui de nombreux artistes et amis, Charles Baudelaire notamment.

De son union avec Charlotte naissent un fils, Paul, le 7 novembre 1858, et une fille, Juliette. Celle-ci, née le 18 octobre 1859, meurt d'une méningite à l'âge de cinq ans (le 15 août 1865), causant à Rops un grand chagrin.

Passionné de canotage, Rops collabore en 1862 à la fondation du Cercle nautique de Sambre-et-Meuse, dont il est le premier président jusqu'en 1869. À la suite des démarches effectuées par le graveur et ses comparses, le cercle obtient le titre de « société royale » dès 1865.

Carrière parisienne[modifier | modifier le code]

La Dame au pantin, 1877.

Les contacts de Félicien Rops avec la vie parisienne remontent à sa rencontre avec le journaliste et écrivain Alfred Delvau. Après avoir fait son éloge en lui consacrant une critique dans le journal Rabelais[6], Delvau le charge de réaliser les frontispices de plusieurs de ses ouvrages : Histoire anecdotique des Cafés et Cabarets de Paris (1862), Les Cythères parisiennes, histoire anecdotique des bals de Paris (1864) et Dictionnaire érotique moderne (1864). Ce sont ces commandes qui amènent Rops à accompagner le journaliste dans les bas-fonds parisiens pour se documenter. Les « cocottes » parisiennes (Manette Salomon ou Parisine, 1867 ; La Buveuse d'absinthe, 1869 ; La Dèche, 1882…) et les débits de boissons (Le Gandin ivre, date inconnue ; Le Bouge à matelots, 1875 ; Le Quatrième Verre de cognac, vers 1880…) font alors massivement leur entrée dans son œuvre.

C'est également Delvau qui présente Rops à l'éditeur Auguste Poulet-Malassis, à Paris en 1863. Celui-ci confie de nombreux projets au graveur, surtout après son exil à Bruxelles. Il s'agit principalement d'illustrations d'ouvrages licencieux (les deux hommes ont travaillé ensemble sur trente-quatre titres entre 1864 et 1870), qui lui valent encore aujourd'hui une réputation sulfureuse, obérant sa reconnaissance publique.

À Paris, tout comme à Bruxelles, Rops se pique de journalisme. Dans la seconde moitié des années 1860, il y collabore notamment à la Chronique des arts et de la curiosité, un supplément de la Gazette des beaux-arts. Dès 1868, il a également le projet d'éditer à Paris et en collaboration avec Armand Gouzien un journal, qu'il désigne dans sa correspondance sous des titres divers : La Vie moderne, Rops-Magazine[7], Feuilles Volantes... Il est proche de le faire en 1871 mais se heurte à une interdiction de Ernest Courtot de Cissey, alors ministre de la guerre[8]. Même chose en 1873, où Rops écrit à Auguste Poulet-Malassis que la Vie Moderne est « fondée et payée »[9], avant que le projet soit à nouveau avorté, sans doute en raison de l'interdiction de toute création de journal dans la capitale, promulguée par le cabinet de Broglie le 31 juillet. L'année suivante, il est à nouveau prêt de le lancer, cette fois à Bruxelles et sous le titre de Feuilles Volantes, mais s'en trouve empêché par la séparation de biens que lui impose son épouse et qui lui crée des difficultés financières. En fin de compte, un journal intitulé La Vie Moderne est bien fondé à Paris, mais par Georges Charpentier qui en confie la direction à Émile Bergerat. Rops participa néanmoins à cette publication, comme en atteste les mémoires de Bergerat[10].

Les infidélités de Félicien (et notamment sa relation avec la jeune Alice Renaud, qui fut la goutte faisant déborder le vase) ont raison de son mariage avec Charlotte Polet de Faveaux[note 2]. Par souci des convenances, Charlotte renonce au divorce mais réclame la séparation des biens. Chassé de Thozée, Rops quitte définitivement la Belgique et s'installe à Paris. Il y partage un temps l'atelier de son compatriote Louis Artan de Saint-Martin, puis s'installe dès 1876 chez les sœurs Léontine (1849-1915) et Aurélie (1852-1924) Duluc, créatrices d'une maison de couture, qui sont ses maîtresses depuis 1869. En 1870, Léontine donne déjà naissance à une fille, Claire. Rops lui offre une instruction sérieuse, l'envoyant notamment étudier en Angleterre avant de la marier, à vingt-cinq ans, à l'écrivain belge Eugène Demolder[note 3]. Aurélie met quant à elle au monde un garçon, prénommé Jacques, qui, âgé de quelques jours, meurt subitement d'une embolie.

À Paris, Rops fréquente les milieux artistes du Café Guerbois et du Café Larochefoucauld, il est reçu par Victor Hugo… Il impressionne ainsi nombre de ses contemporains par son importante culture et sa mémoire prodigieuse[11].

Voyages[modifier | modifier le code]

La Buveuse d'absinthe, 1877.

Ami de l'archéologue Maurice Hagemans, il voyage avec lui en Suède en août 1874, dans le but d'assister à un congrès international sur la préhistoire. L'artiste tient à cette occasion une chronique dans le journal L'Indépendance belge, constituant à la fois un compte-rendu des conférences et un récit de voyage. En 1879, c'est accompagné de son ami Armand Gouzien, alors inspecteur des Beaux-Arts, et d'une délégation officielle qu'il part cette fois en Hongrie, pays dont il estime ses ancêtres originaires[note 4],[note 5]. Il y retourne du 7 au 20 août 1885, accompagnant quelques trente-cinq artistes et écrivains parisiens à l'Exposition internationale de Budapest.

Rops effectue aussi plusieurs voyages (en 1874, 1876 et 1877) à Monte-Carlo où il rend visite à son ami Camille Blanc. En 1887, il visite New York avec les sœurs Duluc qui y exportent leurs créations de mode. Il dessine ou peint en outre sur les bords de la Meuse, du Danube, à Barbizon, en Espagne ou en Algérie.

Fin de vie à Corbeil-Essonnes[modifier | modifier le code]

En 1884, Rops acquiert une propriété à trente kilomètres au sud de Paris, à Corbeil-Essonnes. C'est dans cette habitation nommée La Demi-Lune qu'il passe sa retraite, se consacrant notamment à la botanique. Il s'éloigne ainsi de la ville mais pas vraiment du milieu artistique ou du cercle de ses proches car se sont installés dans la même région certaines de ses relations comme Alphonse Daudet, Nadar ou Octave Uzanne. Il reçoit de plus chez lui nombre de vieilles connaissances.

Rops est désormais un artiste reconnu et consacré. En 1889, il se voit décerner la Légion d'honneur. En 1896, une rétrospective de ses œuvres est organisée à Paris par l'hôtel Drouot tandis que la revue La Plume lui consacre un numéro spécial.

À la fin du mois d'avril 1892, alors qu'il est occupé à graver, Rops s'envoie du bichlorate de potasse dans l'œil. Il en aurait sans doute perdu la vue sans l'intervention du médecin ophtalmologiste Georges Camuset, connaissance de Rops pour qui l'artiste a réalisé en 1884 une eau-forte, destinée à l'édition des sonnets qu'écrit celui-ci[12]. En dépit de cet accident, qui le handicapa vraisemblablement, Rops reste actif jusqu'à son décès en 1898.

Les funérailles de Rops ont lieu dans la simplicité à l'église Saint-Étienne d'Essonnes et il est inhumé au cimetière de cette même ville. Cependant, en 1906, son fils Paul fait exhumer ses restes. Rops est alors inhumé successivement à Namur, au cimetière dit « de Belgrade », et à Mettet où il repose désormais dans le caveau familial des Polet de Faveaux. Son épouse Charlotte l'y rejoint le 22 mars 1929.

Œuvre[modifier | modifier le code]

La Dame au cochon - Pornokrates
1879.

Félicien Rops est avant tout un dessinateur ; il utilise à sa façon différentes techniques toutes ensemble, les crayons (dont de couleurs), le pastel, la détrempe, la gomme ; les dessins les plus prestigieux sont : L'Attrapade, Le Bouge à Matelots, La Tentation de saint Antoine, La Dame au cochon - Pornokrates (1879). Il écrit à propos de cette œuvre :

« Ma Pornocratie est faite. Ce dessin me ravit. Je voudrais te faire voir cette belle fille nue chaussée, gantée et coiffée de noir, soie, peau et velours, et, les yeux bandés, se promenant sur une frise de marbre, conduite par un cochon à "queue d'or" à travers un ciel bleu. Trois amours — les amours anciens — disparaissent en pleurant […] J'ai fait cela en quatre jours dans un salon de satin bleu, dans un appartement surchauffé, plein d'odeurs, où l'opopanax et le cyclamen me donnaient une petite fièvre salutaire à la production et même à la reproduction. »

— Lettre de Félicien Rops à H. Liesse, 1879[13]

Quelques commentaires parmi d'autres suivent l'exposition de l'œuvre :

« Certains voient en ce cochon à la queue dorée l'image de la luxure et du lucre pilotant la femme, qui n'a pour seule excuse que son aveuglement ; d'autres y perçoivent l'image de l'homme, bestial et stupide, mené en laisse par la femme. Cette image du cochon, comme celle du pantin ou du pierrot, est partagée par bien des contemporains de Rops[13]. »

« Avec Pornokrates, nous assistons à l'avènement en art d'une femme contemporaine, arrogante, parée, impitoyable que glorifie Rops[13]. »

Félicien Rops est également un graveur de talent utilisant les techniques telles que la gravure à plat (la lithographie), la gravure en creux (l'eau-forte, la pointe sèche et l'aquatinte) et la gravure de reproduction (l'héliogravure). Parmi ses gravures les plus connues figurent La Peine de mort, L'ordre règne à Varsovie, La Médaille de Waterloo, La Buveuse d'absinthe, La Grève, Pornokrates ou Mors syphilitica.

Rops définit ainsi sa démarche artistique, en maître de la Femme et du Désir :

« Je tâche tout bêtement et tout simplement de rendre ce que je sens avec mes nerfs et ce que je vois avec mes yeux, c'est là toute ma théorie artistique. J'ai encore un autre entêtement, c'est celui de vouloir peindre des scènes et des types de ce XIXe siècle, que je trouve très curieux et très intéressant; les femmes y sont aussi belles qu'à n'importe quelle époque, et les hommes sont toujours les mêmes. De plus, l'amour des jouissances brutales, les préoccupations d'argent, les intérêts mesquins, ont collé sur la plupart des faces de nos contemporains un masque sinistre où l'instinct de la perversité, dont parle Edgar Poe, se lit en lettres majuscules ; tout cela me semble assez amusant et assez caractérisé pour que les artistes de bonne volonté tâchent de rendre la physionomie de leur temps[14]. »

Galerie[modifier | modifier le code]

Correspondance[modifier | modifier le code]

Pleine de verve et d'humour, empreinte de sensibilité, l'abondante correspondance de Rops (entre 4 000 et 5 000 lettres dont un grand nombre de lettres illustrées), s'inscrit parmi les plus originales du XIXe siècle. La qualité d'écriture également donne à sa correspondance le statut d'œuvre à part entière.

Cette correspondance est conservée en grande partie à la Bibliothèque royale de Belgique, au Cabinet des Manuscrits. Le musée provincial Félicien Rops à Namur a entrepris le projet de la publier intégralement de façon chronologique.

Musées[modifier | modifier le code]

Entrée du musée provincial Félicien-Rops à Namur.

L'idée de fonder à Namur un musée consacré à Félicien Rops est évoquée dès avant la Seconde Guerre mondiale par le gouverneur François Bovesse et par Jean Grafé, secrétaire général de l'association Les Amis de l’Art wallon créée en 1938. Il faut cependant attendre les années 1960 et l'homme de lettres Maurice Kunel (par ailleurs coauteur d'une anthologie de référence des lettres de Rops), qui fonde l'association Les Amis de Félicien Rops, pour que ce projet se concrétise.

Le 28 novembre 1960, la province de Namur approuve la création d'un premier musée Félicien-Rops, qui prend place dans l'hôtel de Gaiffier d'Hestroy, datant du XVIIIe siècle et situé rue de Fer. La collection est initialement composée d'une importante donation du comte Visart de Bocarmé et d'œuvres issues des musées d'Art et d'Histoire de Namur, du château des Rops à Thozée ou acquises par une commission d'achat désignée par la province.

La collection s'élargissant, le musée déménage en 1987 dans le Vieux Namur, au numéro 12 rue Fumal, qu'il occupe encore aujourd'hui[note 6]. Ce bâtiment, datant du début du XVIIIe siècle mais à plusieurs reprises remis au goût du jour dans des styles architecturaux postérieurs, n'a pas été choisi au hasard ; il est en effet lié à l'histoire de Rops, ayant été de 1834 à 1866 la propriété du juge Théodore Polet (le beau-père de l'artiste) et donc la maison d'enfance de son épouse, Charlotte Polet de Faveaux[16]. Le musée y propose une exposition permanente ainsi que d'autres, temporaires. Un centre de documentation y est également installé.

On peut également visiter à Mettet le château où vécut Rops avec Charlotte Polet de Faveaux. Celui-ci, qui a été occupé jusqu'à son décès par Élisabeth Rops (la petite-fille du graveur), est désormais géré par la Fondation Félicien-Rops, fondée en 1994, qui en a entrepris la restauration avec l'appui financier des pouvoirs publics[17].

Hommages[modifier | modifier le code]

  • En 1907, une avenue longeant la Meuse à Namur est baptisée du nom de Félicien Rops ;
  • Le 20 septembre 1925, une plaque commémorative portant l'inscription « Ici est né Félicien Rops le 7 juillet 1833 » est apposée sur sa maison natale à Namur (rue du Président, numéro 33) ;
  • Le 17 septembre 1933 (année du centenaire de sa naissance), un monument en son honneur est inauguré dans le parc Louise-Marie de Namur. Celui-ci consiste en une copie exacte du double escalier dessiné par Rops pour son jardin de La Demi-Lune, sa propriété à Corbeil-Essonnes, dotée en outre d'une plaque commémorative ;
  • Le 13 janvier 1934, l'avenue du Cimetière de Gentilly (anciennement appelée rue du Parc) est renommée d'après Félicien Rops ;
  • Son nom a été donné à un astéroïde découvert en 1990 par l'astronome belge Eric Walter Elst, l'astéroïde (13520) Félicienrops ;
  • Le 11 septembre 1993, une stèle commémorant Rops est inaugurée aux Fonds d'Arquet, dans le village de Vedrin[18], conformément à un souhait de l'artiste émis un siècle plus tôt[note 7] ;
  • Un institut technique de la Communauté française (rue du Quatrième Génie à Namur) et une salle de ventes (chaussée de Waterloo à Saint-Servais) du Namurois sont nommés d'après Félicien Rops.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce n'est pas la seule occasion où Félicien Rops veut défendre son honneur par les armes. En 1886, déjà cinquantenaire, Rops envisage ainsi de provoquer en duel l'avocat Adolphe Englebienne, de onze ans son cadet. Celui-ci défend alors le député Gustave Vandersmissen, accusé d'avoir assassiné son épouse — Alice Renaud, une ancienne amante de Rops — de cinq coups de revolver. Au cours du procès, Me Englebienne diffuse les lettres que Rops avait envoyé à la victime durant leur relation, ternissant du coup la réputation de celui-ci (au sujet de l'affaire, lire notamment Du fait divers médiatique à la littérature judiciaire  : l’affaire Vandersmissen de Paul Aron, FNRS-Université libre de Bruxelles, Centre Philixte). Le projet du dessinateur d'en demander réparation est rapporté par Edmond et Jules de Goncourt dans leur Journal des Goncourt : Mémoires de la vie littéraire (Paris, Bibliothèque-Charpentier), qui attribuent l'origine de cette information à l'écrivain Georges Rodenbach : « […] Rodenbach passe à des anecdotes sur Rops et raconte qu’en Belgique, un mari, fait un certain nombre de fois cocu, avait tué sa femme, à la suite de quoi un tas de correspondances amoureuses avaient été produites par le défenseur du mari. Parmi ces correspondances, une des plus vives était signée : Féli. Or ce Féli, c’était Félicien Rops, et l’avocat si bien exploita le sadisme des lettres de l’infâme Féli que son client fut seulement condamné à dix de prison. Et l’avocat avait mis une telle notoriété mauvaise autour du nom du signataire des lettres que Rops quitta Paris, se rendit à Bruxelles, annonça à Picard qu’il venait avec l’intention d’envoyer des témoins à la canaille d’avocat. Mais le soir, il alla au spectacle, apprit là que l’avocat était une fine lame, rentra chez Picard en disant : "Demain, je repars pour Paris, je me suis assez montré." » (Extrait de l'entrée du 22 décembre 1895.)
  2. L'on remarque, à l'étude de la correspondance de Rops, que celui-ci n'a guère eu le souci ou la délicatesse de cacher à son épouse ses infidélités. En témoigne la lettre de rupture que lui envoie celle-ci, dans laquelle elle écrit : « Cette dernière épouvantable liaison, la 8e! que je vous connais depuis mon mariage, a été pour vous le châtiment des autres, moi elle m’a tuée!! » Elle ajoute : « […] c’est vous-même Félicien qui auriez dû demander cette séparation depuis de longues années. » (lettre citée par Thierry Zéno dans son film Ce tant bizarre monsieur Rops (coproduction de Zéno Films, RTBF Bruxelles, Arte Belgique, Wallonie Image Production) Texte).
  3. Il était initialement prévu qu'elle épouse l'écrivain Hugues Rebell, mais Rops renonce à ce projet à la suite d'un scandale compromettant le gendre potentiel en 1894.
  4. On trouve notamment trace de cette croyance dans une lettre à Émile Bergerat où, réagissant au qualificatif de « tsigane belge qui satanise » qu'il doit à Alphonse Daudet, il écrit, évoquant ce voyage certes non sans exagération : « Daudet ne croit pas si bien dire ; si je suis né Belge, en effet, ma famille est hongroise. Aujourd'hui encore, toute une branche s'étale et ramifie au pays des magnats, magnate, elle aussi, et Gouzien peut te conter la réception splendide qu'elle me fit lorsque je lui rendis visite. Quarante Rops à cheval y vinrent à ma rencontre, et je fus là, traité huit jours comme un chef de clan. Ces choses-là consolent, vois-tu, de ne pas être dans le Larousse. On descend d'une race de Huns, puisque les Hongrois sont des Huns, et l'on a eu des ancêtres à têtes de loups, auprès d'Attila, dans les champs catalauniques. Tu peux dire ça au petit Daudet, quand tu le rencontreras à Tarascon. » (Extrait cité par Maurice Guillemot dans Satan, graveur, article publié dans le supplément littéraire du Figaro du 26 septembre 1925, à l'occasion de l'inauguration d'une plaque commémorative sur la maison natale de Rops à Namur.) Cependant, rien ne laisse aujourd'hui penser que Rops ait réellement eu une telle ascendance.
  5. Il était initialement prévu que Rops publie à l'occasion de ce voyage ses impressions et ses croquis dans Le Figaro, comme il l'a fait dans L'Indépendance belge pour son voyage à Stockholm, mais le projet n'a pas abouti. L'artiste a néanmoins rédigé le récit illustré de son séjour en Hongrie, qu'il projetait de faire paraître sous le titre de Ropsodies hongroises. Seuls des extraits de celui-ci ont été conservés.
  6. Le numéro 14 est annexé par le musée, lorsqu'il s'agrandit en 2001.
  7. Il écrit en 1892 : « Si je suis mort, demande que l’on grave mon nom sur un bout de rocher aux fonds d’Arquet. Je laisserai quelques sous pour payer le rocher et le terrain, afin que mon nom ne reste pas tout à fait inconnu à ceux qui viendront, & qui naîtront à Namur au siècle prochain. » (Extrait d'une lettre de Rops, reproduit dans le communiqué de presse de l'exposition Poste restante à Namur. Félicien Rops, "indécrottable" Namurois, organisée du 14 octobre au 30 décembre 2006 par le Musée provincial Félicien Rops de Namur.)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Il l'exprime notamment a posteriori dans une lettre à Armand Rassenfosse, datée du 10 mars 1892 : « A Namur, il n'y a place que pour la pensée bourgeoise, honnête et conformiste. L'enthousiasme est condamné comme toutes les ivresses. » (Extrait cité dans Le Musée provincial Félicien Rops Namur, dir. Bernadette Bonnier, Bruxelles, Fonds Mercator et Dexia Banque, 2005, p. 20.)
  2. Analyse de cette œuvre sur le site du musée provincial Félicien Rops de Namur
  3. L'anecdote est racontée par le journaliste et écrivain Alfred Delvau, ami proche de Rops qui l'a d'ailleurs introduit dans le milieu parisien, dans le journal londonien La Tamise : « A propos de duel, j'ai oublié de vous parler de celui qui a eu lieu récemment entre Félicien Rops, le Gavarni flamand, que vous connaissez sans doute, et le fils d'un officier de l'Empire. Rops avait publié un dessin très saisissant et très réussi, une sorte de contre-partie de la médaille de Sainte-Hélène: La Médaille de Waterloo. Le fils d'un ancien officier de l'Empire a vu là une offense personnelle; il en a demandé raison à Rops, qui ne s'y est pas refusé, et tous deux se sont battus. Tous deux aussi ont été blessés. Rops va bien aujourd'hui: je viens de recevoir de ses nouvelles. » (Extrait cité dans Erastène Ramiro [pseudonyme d'Eugène Rodrigues], Félicien Rops, Paris, G. Pellet, H. Floury, 1905, p. 118.)
  4. Au sujet de cette vaste entreprise, lire : Méneux, C., La Magie de l'encre. Félicien Rops et la Société internationale des aquafortistes (1869-1877), éditions Pandora, 2000.
  5. C De Brouwer et Raphael Lagasse. Pierre-Joseph Proudhon et l'Université libre de Bruxelles. Éd. de l'UAE, 2013
  6. Critique signée du pseudonyme de Léon Fuchs, publiée dans le Rabelais du 17 octobre 1857.
  7. Lettre à Léon Dommartin, 13 novembre 1868, Cabinet des manuscrits, Bibliothèque royale Albert 1er, Bruxelles, II 6655/468/6.
  8. « Le soudard de Cissey s'oppose à la parution de la Vie Moderne pendant l'état de Siège. » : extrait d'une lettre non datée à Léon Dommartin, Cabinet des manuscrits, Bibliothèque royale Albert 1er, Bruxelles, II 6655/468 (22).
  9. Lettre à Auguste Poulet-Malassis du 3 juillet 1873, reproduite dans « Dix-huit lettres de Félicien Rops à Poulet-Malassis », in Mercure de France, 1-X-1933, 9. 73-75.
  10. « Ce fut ainsi que ma pauvre Vie moderne s'enrichit de la collaboration de ce puissant artiste. Il y publia des pièces admirables. Mais que de fois, sa journée, à l'heure du repos, ne vint-il pas tailler bavette avec les camarades dans cette salle basse, éclairée par le transparent d'un marchand de vin de Champagne, et où tout ce qui comptait dans les arts en 1879-1880 a passé, depuis Meissonier, jusqu'à Flaubert, et de Gambetta à Sarah Bernhardt. Félicien Rops les étonnait tous par sa verve diabolique et l'intransigeance enthousiaste de sa doctrine baudelairienne. Il réalisait à lui tout seul le programme de la Vie moderne, dont le titre l'avait enchanté et conquis. » : Émile Bergerat, Souvenirs d'un enfant de Paris, Paris, Charpentier-Fasquelle, 1912, tome II, p. 229.
  11. Willy Koninckx, Éloge de Rops, Anvers, Ça ira, 1933, p. 17.
  12. Au sujet de cet accident, et des maladies et blessures de Rops en général, lire Félicien Rops : la médecine, les médecins et ses maladies (première partie) de H. Dorchy (Clinique de Diabétologie, Hôpital Universitaire des Enfants Reine Fabiola, Université libre de Bruxelles, 2005).
  13. a, b et c Site web du musée provincial Félicien-Rops, Namur, page « Les techniques », page « Dessin », exemple d'œuvres : Pornokratès, commentaire de Félicien Rops, in: Écrits de B. Bonnier, N. Malinconi, V. Carpiaux, Copyright © ciGersoft 1995, 2003.
  14. Site web du musée provincial Félicien-Rops, Namur, page « Les techniques », commentaire de Félicien Rops, in Écrits de B. Bonnier, N. Malinconi, V. Carpiaux, Copyright © ciGersoft 1995, 2003.
  15. Bibliothèque royale de Belgique.
  16. Au sujet du n°12 rue Fumal, de ses propriétaires successifs et des transformations liées à la scénographie du musée, lire les articles Rue Fumal no 12, à Namur. Des trois petites maisons de la veuve d'Hinslin au Musée Félicien Rops: chronique de trois siècles d'aménagements immobiliers. (par Olivier Berckmans et Jacky Marchal) et Musée et collection Félicien Rops à Namur dans Le Musée provincial Félicien Rops Namur (dir. Bernadette Bonnier), Bruxelles, Dexia, fonds Mercator, 2005.
  17. « Le château de Thozée, celui de Rops », article de Christian Masset mis en ligne sur lavenir.net le 27 octobre 2009.
  18. Namur se souvient de l'enfant terrible. Une plaquette et un mémorial à l'artiste Félicien Rops, article de Pierre Hermans, publié dans Le Soir du 10 septembre 1993.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Une notice importante lui est consacrée dans le Piron, le dictionnaire des artistes plasticiens de Belgique des XIXe et XXe siècles
  • Bernadette Bonnier (dir.), Le musée provincial Félicien Rops, Bruxelles – Namur, Dexia – Fonds Mercator, 2005
  • Bernadette Bonnier, Véronique Leblanc, Didier Prioul, Hélène Védrine, Rops suis, aultre ne veulx estre, Bruxelles, Complexes, 1999
  • Robert Delevoy, Gilbert Lascault, Jean-Pierre Verheggen et Guy Cuvelier, Félicien Rops, Lausanne – Paris, Bibliothèque des Arts, 1985
  • André Guyaux, Hélène Védrine et al., Autour des Épaves de Charles Baudelaire, Catalogue Musée Provincial Félicien Rops, Namur, 1999
  • Joris-Karl Huysmans, Certains : G. Moreau, Degas, Chéret, Wisthler, Rops, le Monstre, le Fer, etc.,‎ 1889, 253 p. (lire en ligne), p. 75-118
  • Véronique Leblanc, D'Art, de rimes et de joie - Lettres à un ami éclectique - Correspondance de Félicien Rops à Théodore Hannon, Province de Namur, 1996
  • Véronique Leblanc et Hélène Védrine, Injures Bohèmes, les plus belles lettres illustrées de Félicien Rops, Paris, Somogy, 2003
  • Camille Lemonnier, Félicien Rops - L’homme et l’artiste, Paris, Henri Floury, 1908. Réédité avec une préface d’Hélène Védrine (Paris, Séguier, 1997)
  • Jef Meert, Félicien Rops - L'œuvre gravé érotique, Anvers, Loempia, 1986
  • Benoît Noël, La Rebuveuse d'absinthe - autour de l'œuvre de Félicien Rops, Sainte Marguerite des Loges, Éditions BVR, 2005
  • Benoît Noël et Jean Hournon, Parisiana - La capitale des peintres au XIXe siècle (Étude de Pornokratès), Paris, Les Presses Franciliennes, 2006
  • Erastène Ramiro, L'Œuvre lithographié de Félicien Rops, Paris, L. Conquet,‎ 1891 (lire en ligne)
  • Olivier Salazar-Ferrer, Lettres à un ami vagabond - Correspondance de Félicien Rops à Jean d'Ardenne, Musée Rops, Namur et Revue Agone, Marseille, 1994
  • Hélène Védrine, Félicien Rops : Mémoires pour nuire à l'histoire artistique de mon temps, Bruxelles, Labor, 1998
  • Hélène Védrine,Le Cabinet de curiosités de Félicien Rops - Caprice et fantaisie en marge d'estampes, Paris, Somogy, 2003
  • Hélène Védrine, De l’encre dans l’acide. L’œuvre gravée de Félicien Rops et la littérature de la Décadence, Paris, Honoré Champion, 2002
  • Thierry Zéno, préface de Jean-Pierre Babut du Marès : Les Muses sataniques - Félicien Rops, œuvre graphique et lettres choisies, Bruxelles, Jacques Antoine, 1985

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