Salomon (Bible)

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Page d'aide sur l'homonymie Cet article parle de Salomon dans la Bible. Voir Sulayman pour Salomon en tant que prophète dans l'islam.
Salomon
Salomon, peint par Pedro Berruguete(vers 1500)
Salomon, peint par Pedro Berruguete
(vers 1500)
Titre
Roi d'Israël et de Juda
970 av. J.-C – 931 av. J.-C[1]
Prédécesseur David, son père
Successeur Roboam, son fils (roi de Juda)
Jéroboam Ier (roi d'Israël)
Biographie
Dynastie Maison de David
Date de naissance
Lieu de naissance Jérusalem
Date de décès (à 39 ans)
Lieu de décès Jérusalem
Nature du décès Mort naturelle
Nationalité Israëlite
Hébreu
Tribu de Juda
Père David
Mère Bethsabée
Fratrie Amnon
Kileab
Absalom
Adonias
Schephathia
Jithream
Fille : Tamar
Conjoint Fille du Pharaon
environ 700 autres femmes et 300 concubines[2]
Enfant(s) Roboam
Entourage Prophète Achija de Silo
Religion Judaïsme

Salomon (hébreu שְׁלֹמֹה / Shlemo, arabe Sulayman/ Soliman) est un des fils du roi David, sa mère est Bethsabée, et roi d'Israël selon la Bible hébraïque[3] et le Coran (de 970 à 931 av. J.-C. selon la chronologie biblique usuelle[4]), aussi prophète (il a rédigé le livre des Proverbes).

Salomon fit construire la première maison de Dieu (Temple de Jérusalem, dit aussi le Temple de Salomon) dont son père, le roi David, avait jeté les premières fondations et qui dura tout le long des 40 ans du règne de Salomon[5]. Sa naissance est mentionnée dans le Deuxième livre de Samuel, puis son règne est raconté dans le Premier livre des Rois. Son immense sagesse fait de lui le roi le plus sage de l'Ancien Testament.

Récit biblique[modifier | modifier le code]

Salomon, fils et successeur du roi David[modifier | modifier le code]

Salomon est le deuxième fils que le roi David eut d'une de ses femmes, Bethsabée, que celui-ci avait prise à Urie le Hittite. Quand David fut vieux, son fils Adonias tenta de se faire proclamer héritier. Alors David ordonne au prêtre Sadoq d'oindre Salomon comme roi après lui. David, mourant, confie ces paroles à son fils de douze ans : « Je m'en vais par le chemin de toute la terre. Tu seras fort et te montreras un homme, et tu prendras garde à Dieu, ton Dieu, en marchant dans Ses voies, en gardant Ses statuts, Ses commandements et Ses ordonnances, comme il est écrit dans la loi de Moïse, afin que tu réussisses dans tout ce que tu feras et où que tu te tourneras » . Après 40 ans de règne, David meurt. Salomon devient ainsi roi d'Israël.

Le jugement de Salomon[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Jugement de Salomon.

Considéré comme « Sage parmi les hommes », il se rendit populaire en début de règne par ses jugements pleins de sagesse. Il avait d'ailleurs demandé à Dieu (2e livre des Chroniques chapitre 1 verset 7 à 12 ) de le munir d'un cœur qui sache écouter. Le Premier livre des Rois (3, 16-28) raconte ainsi le différend qui opposa deux femmes ayant chacune mis au monde un enfant, mais dont l'un était mort étouffé. Elles se disputèrent alors l'enfant survivant. Pour régler le désaccord, Salomon réclama une épée et ordonna : « Partagez l'enfant vivant en deux et donnez une moitié à la première et l'autre moitié à la seconde ». L'une des femmes déclara qu'elle préférait renoncer à l'enfant plutôt que de le voir sacrifié. En elle, Salomon reconnut la vraie mère, et il lui fit remettre le nourrisson. Alors « tout Israël apprit le jugement qu'avait rendu le roi, et ils vénérèrent le roi car ils virent qu'il y avait en lui une sagesse divine pour rendre la justice ». Ce célèbre épisode de la vie du Roi Salomon a donné lieu à l'expression « jugement de Salomon ». Il peut signifier soit que face à l'impossibilité d'établir la vérité dans un litige, on partage les torts entre deux parties, soit on met ces mêmes parties devant une situation qui oblige l'une d'elles au moins à changer sa stratégie. Ce cas fait partie de ceux étudiés en théorie des jeux à somme non-nulle au même titre que la Crise des missiles de Cuba, avec laquelle elle a des affinités (mettre l'une des parties dans une position intenable, et forcer l'issue en faveur du gagnant-perdant et non du perdant-gagnant).

Un règne de paix et de prospérité[modifier | modifier le code]

À son avènement, Salomon doit faire face à de nombreuses (1445) rivalités et révoltes au sein de son royaume. Il élimine les partisans de son demi-frère Adonias. Le prêtre Abyatar (Abiathar) est exilé et Joab est exécuté.

Le pharaon Siamon profite de la mort de David pour organiser une expédition en Palestine. Il prend et détruit Gezer. Mais devant l’armée de Salomon, il préfère une paix de compromis. Il donne sa fille en mariage à Salomon avec pour dot Gezer. Salomon s’engage probablement à ne pas attaquer la pentapole philistine. Avec ce mariage Salomon signe un traité avec Siamon où il est autorisé à fixer, de manière permanente, les frontières méridionales de son royaume en occupant Gezer, qui dorénavant, restera une région d'Israël.

Salomon organise une expédition militaire à Hamath et Zoba pour contrôler Tadmor (Palmyre) et la route des caravanes.

Son règne marque cependant une période de paix, de prospérité et d'abondance. Le roi bâtisseur fait ériger dans sa capitale des édifices colossaux (le Temple, le palais royal et les fortifications de Jérusalem). Il bâtit le premier Temple de Jérusalem. C'est dans sa quatrième année de règne que Salomon se mit à bâtir le temple, qui fut achevé en sept ans et demi. C'est le temple et non plus le tabernacle, qui fut alors le centre du culte public.

L'organisation du royaume de Salomon[modifier | modifier le code]

Salomon organise l’administration de son royaume, tâche qui lui vaut la réputation de « sage » (hâkâm) :

  • Comme David, il s’entoure de hauts fonctionnaires et de conseillers (prêtre, secrétaire, héraut, chef de l’armée) mais crée de nouvelles fonctions (maître du palais, chef des préfets et chef de la corvée). La famille du prophète Nathan est très influente dans ce cabinet. Salomon crée un corps de fonctionnaires (lévites), dévoués au service de l’État. Il institue des écoles pour les former.
  • Le territoire israélite est divisé en douze préfectures dirigés par un préfet (nesîb), nommé par Salomon.
  • Chaque préfecture devait assurer l’entretien de la cour royale pendant un mois, charge assez lourde à cause du développement du harem royal, du nombre des hauts fonctionnaires et de la charrerie royale. D’autres entrées proviennent du domaine royal, géré par le maître du Palais, de cadeaux et tributs versés par les vassaux. De plus, le roi contrôle le commerce international : caravanes du désert (encens, aromates), commerce de haute mer dans des expéditions conjointes avec les Phéniciens (produits et animaux tropicaux, or), commerce avec la Phénicie (blé, huile, cèdre, cyprès, aide technique).
  • Salomon nomme à la tête de l’armée l’ancien chef de la garde personnelle de David. L’effort de modernisation porte sur les chars, peu utilisés dans le passé et la construction de places fortes.

Le déclin[modifier | modifier le code]

Selon la Bible (1R 11,3), Salomon a pris 700 épouses et 300 concubines. Il laissa se développer des religions païennes dans son entourage « et il arriva, au temps de la vieillesse de Salomon, que ses femmes détournèrent son cœur auprès d'autres dieux » (1R 11,4 et 5). L'infidélité de Salomon à garder l'alliance avec Dieu entraîna la colère divine : « Parce que tu as fait cela[6], (…) Je t'arracherai le royaume (…) Seulement, Je ne le ferai pas dans tes jours, à cause de David, ton père. Mais Je l'arracherai de la main de ton fils. » (1R 11,9 à 13)

À la fin du règne, la levée de lourds impôts et l'institution de la corvée provoquent des révoltes qui aboutiront à la partition du royaume d'Israël après la mort de Salomon (-931).

Livres attribués à Salomon[modifier | modifier le code]

Les livres bibliques suivants sont attribués à Salomon par la tradition :

Livre des Proverbes
Cantique des cantiques
Ecclésiaste (Kohelet)
Psaumes de Salomon
Certaines traditions attribuent le Livre de l'Ecclésiastique à Salomon[7]

Les livres apocryphes suivants sont attribués à Salomon :

  • explicitement
Odes de Salomon

Salomon dans l'Islam[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sulayman (islam).

Salomon fait partie des prophètes de l'islam. Dans le Coran, c'est la 27e sourate qui parle le plus de Salomon (Sulayman), prophète et roi, tout comme son père David (Daoud). Il y est question de sa relation avec la reine de Saba[8]. Plusieurs sourates font allusion[9] aux épreuves et aux pouvoirs que lui aurait accordé Dieu, pouvoirs qui prennent dans les légendes populaires la forme magique du Sceau de Salomon.

Selon le Coran, Salomon (Soulayman) n'a jamais été mécréant et n’entraîna pas la colère d'Allah :

« Et [les gens] suivirent ce que les diables racontent contre le règne de Solayman. Alors que Solayman n’a jamais été mécréant mais bien les diables[10]. »

Salomonides d'Éthiopie[modifier | modifier le code]

Selon une historiographie éthiopienne construite probablement à partir du XIIIe ou XIVe siècle[11] et rapportée par le Kebra Nagast[12], le roi Salomon a eu un enfant avec la reine de Saba[13] : il s'agit du roi Ménélik Ier ou Bäynä Ləhkəm en ge'ez, fils aîné de Salomon. Succédant à sa mère, ce premier roi légendaire de la dynastie salomonide d’Éthiopie aurait converti son royaume au judaïsme[14]. Suivant cette tradition, Salomon aurait également eu deux autres fils d'épouses différentes : Rehoboham, qui succède à Salomon, et Adramis qui épouse Adlonya, fille de Balthasar ou Baltasor[14], le roi de Byzance ou de Rome auquel il succède[15].

Ce récit permet de revendiquer les origines juives du christianisme éthiopien tout en affirmant la supériorité de ce christianisme éthiopien par rapport au judaïsme à la fois d'un point de vue religieux et d'un point de vue politique[16] ainsi qu'il permet à la propagande impériale éthiopienne d’asseoir son ancienneté et son autorité[11].

Représentations ultérieures[modifier | modifier le code]

Salomon, bien qu'il apparaisse dans la Bible comme un personnage doté d'une très grande sagesse, prend plusieurs épouses et concubines. De plus, il accepte que des dieux étrangers soient adorés. C'est pour cela que son image n'est pas totalement positive et que des exégètes du Moyen Âge se sont demandés s'il avait été délivré des Enfers par Jésus-Christ ou s'il avait été abandonné[17].

Le règne de Salomon selon la critique scientifique[modifier | modifier le code]

L'idée d'un « Empire salomonien » dans les chapitres 3 à 11 du premier livre des Rois[18] est une pure fiction de l'auteur biblique de ce passage qui projette des réalités de l'empire néo-assyrien sur « Israël » pour le doter d'un passé glorieux[19].

Dans les chapitres 6 à 8 premier livre des Rois[20] qui racontent la construction du temple, l'auteur deutéronomiste écrit le texte alors que le temple est déjà détruit, probablement à l'époque perse et du roi Achaz, la diaspora juive prenant alors Jérusalem comme une direction de prière. Le récit qui suggère une construction par Salomon reflèterait plutôt une rénovation ou un aménagement d’un sanctuaire déjà existant[21].

Ce même passage biblique dans la Septante suggère que Salomon transforme un sanctuaire « open air » où est vénéré conjointement probablement le dieu solaire Shamash et le dieu de l’orage YHVH[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Thiele. Comme de nombreuses dates concernant les personnages bibliques de cette époque, celles-ci sont approximatives, et peuvent faire l'objet de débats entre exégètes. Cf. Rois de Juda
  2. « In Our Time With Melvyn Bragg: King Solomon », Radio 4, BBC, UK,‎ (consulté le 10 juin 2012)
  3. Il s'agit ici du royaume regroupant les douze tribus d'Israël (Royaume uni de Juda et d'Israël)
  4. Comme de nombreuses dates concernant les personnages bibliques de cette époque, celles-ci sont approximatives, et peuvent faire l'objet de débats entre exégètes.
  5. Salomon, La Légende de Soliman et Testament de Salomon, Canada, Éditions Filbluz,‎ , 100 p. (ISBN 978-2-9811613-3-8, lire en ligne), p. Chap. 23-24 : Le temple fut commencé la 4e année du règne de Soliman, soit 480 ans après la sortie d’Égypte, et fut achevé en l’année 3000 depuis la création du monde. Tout le temps du règne de Soliman fut de 40 ans, et il vécut en tout 55 ans et passa ses années à poursuivre la construction du temple. Ainsi Soliman, qui n’avait pas encore 20 ans quand il commença l’ouvrage, eut le bonheur d’élever le premier temple au nom et à la gloire du vrai Dieu sur terre, et d’achever en peu d’années le plus superbe édifice qui eût été vu jusqu’alors.
  6. ici, la cause de la colère Divine n'est pas la polygamie, mais l'adoration d'autres divinités
  7. Troisième Concile de Carthage, 397
  8. La reine de Saba est appelée Bilqis dans les hadiths.
  9. Voir la sourate 21, versets 81 et 82, la sourate 27, verset 17, la sourate 34, versets 12 à 14, et la sourate 38, versets 29 à 39.
  10. Le Coran, traduction de Muhammad Hamidullah, 1990, Sourate 2 : La vache (Al-Baqarah), 102 sur Wikisource
  11. a et b Muriel Debié, « Le Kebra Nagast éthiopien : Une réponse apocryphe aux événements de Najran ? », dans J. Beaucamp, F. Briquel Chatonnet et C.J. Robin (éds.), Le massacre de Najrân : Religion et politique en Arabie du Sud au VIe siècle, vol. II : Le massacre de Najran, Centre de Recherche d’Histoire et Civilisation de Byzance,‎ , p. 264
  12. Kebra Nagast ou Gloire des Rois (ክብረ ነገሥት), est un récit épique rédigé dans l'ancienne langue ge'ez à partir du XIIIe siècle, dont la version définitive serait datée du XIVe siècle. Ce texte se dit la traduction d’un original copte retrouvé avant 325 dans les trésors de Sainte-Sophie de Constantinople, reprenant les récits de l’Ancien Testament, enrichis d’une longue histoire établissant comment la domination d’une moitié de l’univers a été promise aux rois d’Éthiopie descendants de Salomon.
  13. Dans le Nouveau Testament, l'Évangile selon Luc l'évoque sous le nom de « Reine de Midi » (Lc 11. 31)
  14. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Derat_2003.2C_p.61-62.
  15. Muriel Debié, « Le Kebra Nagast éthiopien : Une réponse apocryphe aux événements de Najran ? », dans J. Beaucamp, F. Briquel Chatonnet et C.J. Robin (éds.), Le massacre de Najrân : Religion et politique en Arabie du Sud au VIe siècle, vol. II : Le massacre de Najran, Centre de Recherche d’Histoire et Civilisation de Byzance,‎ , p. 267
  16. Muriel Debié, « Le Kebra Nagast éthiopien : Une réponse apocryphe aux événements de Najran ? », dans J. Beaucamp, F. Briquel Chatonnet et C.J. Robin (éds.), Le massacre de Najrân : Religion et politique en Arabie du Sud au VIe siècle, vol. II : Le massacre de Najran, Centre de Recherche d’Histoire et Civilisation de Byzance,‎ , p. 269
  17. (en) Theodore Louis Steinberg, Reading the Middle Ages : An Introduction to Medieval Literature, McFarland,‎ , 188 p. (ISBN 9780786481873, lire en ligne), p. 41
  18. 1R 3-11
  19. Thomas Römer, L'Invention de Dieu, Seuil,‎ 2014, p. 77
  20. 1R 6-8 dans la Bible Segond.
  21. Karl Rupprecht (de), Der Tempel von Jerusalem: Gründung Salomos oder jebusitisches Erbe'? Beihefte zur Zeitschrift für die alttestamentliche Wissenschaft (BZAW), 144. Berlin, De Gruyter, 1977, p. 5-15
  22. Othmar Keel (de), « Der salomonische Tempelweihspruch. Beobachtungen zum religions-geschichtlichen Kontext des Ersten Jerusalemer Tempel », in O. Keel et E. Zenger (éd.), Gottesstadt und Gottesgarten. Zur Geschichte und Theologie des Jerusalemer Tempels, Freiburg-Wien-Basel, Herder, 2002, p. 9-22

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ernest-Marie Laperrousaz, Salomon, roi d'Israël, Hachette Éducation, 2000
  • Claude Lichtert, Dany Nocquet (dir.), Le Roi Salomon. Un héritage en question, Bruxelles, Lessius (coll. Le livre et le rouleau 33), 2008
  • Israel Finkelstein, Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Paris, Bayard, Folio histoire, 2002, chapitre V, p. 194-227
  • Jacques Bellichach, «Le Jugement de Salomon est-il un jugement ?», Gazette du Palais, recueil 2007, p. 3977-3978 (analyse juridique du jugement de Salomon)
  • Jean Koulagna, Salomon de l'histoire deutéronomiste à Flavius Josèphe, Éditions Publibook Université 2009, ISBN 978-2-7483-4583-4, extraits sur Google books
  • Claude Rappé, Salomon, le roi des femmes, Albin Michel, roman
  • Kebra Negast ; la gloire des rois d'Éthiopie, traduction française de Samuel Mahler (ISBN 978-2-9530397-0-2)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]