Support de peinture

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Le support de peinture (appelé dans certaines circonstances subjectile) est la matière ou l'objet sur lequel on peint. La toile sur châssis est le support de peinture le plus répandu en Occident depuis l'époque moderne, et il existe de nombreux autres supports. Selon les cas, le support de peinture reçoit éventuellement un premier traitement de surface, une couche de préparation, que l'on nomme « apprêt ». Ensuite viennent les couches de fond et de teinte.

Le mur[modifier | modifier le code]

Peinture rupestre ayant environ 9 000 ans à Bhimbetka, Inde.

La peinture murale a différents aspects, c'est une des plus anciennes connues avec des grottes préhistoriques comme celle de Lascaux. Désigné sous le terme d'art rupestre ou d'art pariétal pour désigner des peintures sur rochers pour le premier, et plus spécifiquement sur les parois des grottes pour le second, la peinture murale se retrouve à toutes les époques un peu partout), d'habitations, de monuments ou de véhicules.

L'art de la mosaïque se rattache à l'art de la peinture murale.

La forme la plus récente d'art mural se retrouve dans les peintures à l'aérosol que l'on appelle aussi graffiti ou plus récemment que certains nomment graphs.

D'autres techniques de peintures murales sont :

Le bois[modifier | modifier le code]

Article détaillé : peinture sur bois.
Peinture égyptienne du IIe siècle sur bois : portrait du Fayoum (musée national de Varsovie).

L’utilisation du bois comme support pictural est connue par des exemples qui remontent à l'Égypte de l'Ancien Empire. De cette époque on a retrouvé des statues funéraires de bois recouvert de gesso et polychromes. Les premiers véritables portraits sur bois connus datent de l'époque ptolémaïque, mais ils restent à usage funéraire.

L'utilisation du panneau de bois par les artistes voit son essor au Moyen Âge car il permet, contrairement aux fresques murales, de transporter facilement les œuvres. Le plus célèbre des tableaux, la Joconde de Léonard de Vinci, est peint à l’huile sur panneau de bois (de peuplier).

À partir de la Renaissance le support de toile tendu sur châssis, plus léger et moins sensible aux variations hygrométriques, remplace peu à peu le panneau de bois qui tombe en désuétude.

Il faut attendre le XXe siècle et l’apparition des bois contrecollés ou reconstitués modernes, moins sujets aux déformations et moins chers, pour que les artistes s’y intéressent de nouveau.

Le support bois « médium », de type aggloméré très fin et très doux, offre une alternative intéressante car facile à se procurer en grande surface spécialisée. Il suffit de poser un apprêt suivi d'un ponçage simple avant de pouvoir l'utiliser avec des peintures acryliques ou autres.

La toile[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Toile (peinture).

La peinture sur toile consiste à appliquer de la peinture sur une toile spécialement préparée sur un châssis. C'est sans doute le support de peinture le plus répandu.

En Europe, la toile est généralement de lin qui présente une grande finesse. Moins onéreux mais de qualités inférieures, le coton, le chanvre, la jute ou les fibres artificielles (polytoile) sont des toiles courantes.

La soie est utilisée dans certaines techniques traditionnelles d'Extrême-Orient.

Afin de recevoir la peinture, la toile doit être soigneusement préparée. Dans le commerce, on trouve les châssis entoilés à préparation universelle, pour l'huile ou l'acrylique, et plus rarement, à enduction grasse, pour l'huile exclusivement. La préparation est constituée d'une couche de colle de peau et d'un apprêt ou enduit (universel ou gras).

Il est également possible d'acheter la toile en rouleau, enduite ou brute, et de la tendre soi-même sur un châssis, voire de la fixer temporairement, à l'aide d'agrafes ou clous, sur un support dense (bois ou mur) afin de travailler sur une surface plus dure, puis de la monter sur le châssis ou de la maroufler sur un support dur à la fin de l'exécution de la peinture.

L'œuvre peut être conservée tendue sur un châssis ou démontée du châssis et enroulée afin de faciliter le stockage (pour les grands formats en particulier). Dans les techniques traditionnelles d'Extrême-Orient, la toile est conservée enroulée.

Le châssis est composé d'un cadre de lattes de bois, simple ou renforcé selon le format. Les lattes sont légèrement biaisées du côté de la toile, de manière que celle-ci ne soit en contact avec le bois que par les bords. Les lattes constituant le châssis de qualité sont emboîtées par tenons et mortaises tandis que la toile est clouée sur le pourtour, voire, de plus en plus souvent agrafée, ceci à l'aide d'une « pince à tendre ». Sur les châssis bon marché, la toile est simplement collée, d'où des châssis moins résistants. Des coins de bois ou « clés » sont introduits dans les angles des assemblages, de manière à écarter les lattes et à régler la tension de la toile.

La toile préparée peut recevoir une couche de fond colorée, ou impression (imprimeure ou imprimature), selon la technique choisie par le peintre (huile, acrylique). Aujourd'hui on peut appliquer directement un gesso coloré, apprêt tout préparé.

On trouve aussi dans le commerce des cartons ou des panneaux toilés, dans des petits à moyens formats. Il s'agit de cartons ou planches de bois recouverte d'un morceau de toile. Il existe aussi des papiers imitant la trame de la toile.

Le papier, papyrus, carton[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Peinture sur papier.

Ces formes de support — papier, papyrus, carton — ont permis une plus grande facilité dans le transport des médias dessinés, peints ou écrits.

En Afrique du Nord, le papyrus a rapidement remplacé le parchemin. En Chine, le papier est arrivé dans l'Antiquité. Il faudra attendre la fin du Moyen Âge pour que la technique du papier arrive en Europe, et puisse enfin permettre la diffusion plus facile et rapide d'écrits et de peinture.

Aujourd'hui, le papier est devenu un support de peinture très utilisé, que ce soit via des cahiers, des carnets de croquis ou des rouleaux. On peut peindre sur du papier à dessin, du papier aquarelle ou des papiers multi-supports. Plus spécifiquement pour l'huile et l'acrylique ont été mis au point des « papiers à peindre » munis d'un encollage particulier et à texture toilée ou grainée.

Le support est traditionnellement rempli manuellement mais aussi parfois par des procédés automatiques, telles les imprimantes personnelles pour les artistes ou le grand public, ou bien encore les machines à offset dans l'industrie du livre, de l'affiche, ou plus généralement de l'imprimerie.

Le verre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Peinture sur verre inversé.

La peinture sur verre inversé s'exécute sur le dos du verre, en inversant le modèle. La peinture sur verre a pour avantage d'offrir une bonne protection à la peinture mais elle demande une grande maîtrise technique car la couche peinte en premier sera la première couche visible.

Aussi pour le verre églomisé on va utiliser en plus des feuilles d'or ou d'argent. De plus, si la réalisation d'un vitrail consiste essentiellement à assembler des pièces de verre colorées, il fait parfois appel à la peinture pour compléter et préciser le dessin (visages, mains).

L’émail[modifier | modifier le code]

L’émail peint apparut en France à la fin du XVe siècle. Les émaux de Limoges connurent une renaissance au XVIe siècle avec l'atelier des Limosin, puis la dynastie des Laudin au XVIIe siècle.

La technique du portrait sur émail fut perfectionnée au début du XVIIe siècle par Jean Toutin (en) (né à Châteaudun en 1578, il partit pour Paris avant 1633 et y mourut le ). Châteaudun et Blois furent, vers 1630, le berceau de la miniature sur émail — du fait, sans doute, de la présence d’horlogers comme Jacques Duduict (? – 1646) qui s’établit à Blois en 1600 ou comme la famille Gribelin.

Toutin découvrit qu’en recouvrant une plaquette métallique (souvent en or ou cuivre) d’une ou plusieurs fines couches d'émail de base blanc puis en passant une première fois le tout au four, les couleurs posées ensuite n’allaient pas couler. Cette technique permet une grande finesse d’exécution dans la mesure où les matières colorantes (plus diverses qu’auparavant) sont déposées au pinceau.

Toutin peignit tous les membres de la famille royale et ses œuvres (en particulier ses boîtiers de montre) furent très prisées à la cour de Louis XIII.

Il laissa deux fils peintres en émail (Henri, né en 1614, et Jean, né en 1619 : le Louvre possède de lui un boîtier de montre) et de nombreux élèves qui essaimèrent partout en Europe. Parmi lesdits élèves figurent :

  • Jean Petitot (qui eut un fils, Jean-Louis Petitot), et son beau-frère Jacques Bordier (1616-1684). Petitot et Bordier, originaires de Suisse, partirent ensuite, vers 1634, travailler à la cour de Charles I d’Angleterre, puis revinrent à celle de Louis XIV (1645) ;
  • Pierre Signac (v. 1623, France-1684 Stockholm – biographie sur la page Wikipedia en suédois) fit carrière à la cour de Christine de Suède, où il arriva vers le milieu du siècle ;
  • Louis de Châtillon (1639-1734) fut peintre sur émail de Louis XIV et eut pour élève en-W Louis I Du Guernier, dit « l'aîné » (1614-1659), beau-frère de Sébastien Bourdon et membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture. Celui-ci eut à son tour pour élève Samuel Bernard (1615-1687), qui fut le professeur de Jacques-Philippe Ferrand (1653-1732), peintre ordinaire du roi et Académicien et auteur de L’Art du feu ou de peindre en émail (Paris, 1721) ;
  • Paul Prieur (Paris, v. 1620-1683 ou après), formé à Paris et à Genève, il travailla pour la cour royale du Danemark (1655-1681). Il fit le portrait sur émail de Frédéric III de Danemark (1663) et celui de ses enfants (1671). Les deux sont conservés au Château de Rosenborg.

Les Huaud sont une famille genevoise de miniaturistes et émailleurs comprenant le père, Pierre I Huaud (1612-1680) et ses trois fils, Pierre II (1647-v. 1698), Jean-Pierre (1655-1723) et Amy (1657-1724), qui furent peintres sur émail du prince-électeur de Brandebourg. Le British Museum et le Louvre possèdent plusieurs boîtiers de montre du père et des trois fils.

L’émail peint fut en grande faveur en Angleterre au début du XVIIIe siècle. Charles Boit (en) (1662-1727), Suédois d’origine française, peut-être élève de Pierre Signac, travailla à Londres pour Guillaume III, voyagea sur le continent et retourna à Londres, à la cour de la reine Anne, puis revint en France (1714), enseigna la peinture sur émail à Philippe d'Orléans et entra à l’Académie royale. Il mourut à Paris en 1727. On lui doit en particulier un Portrait de l'Empereur Leopold et sa famille (1703) d'une taille exceptionnelle (38 x 46 cm) exposé au Musée d'histoire de l'art de Vienne. Parmi ses élèves figurent Martin van Meytens (Suède, 1695-1770, il travailla essentiellement à Vienne) et Christian Friedrich Zincke (en) (Dresde 1683-Londres 1767). Egalement élève de son père et d’Heinrich Christoph Fehling (en), ce dernier arriva à Londres en 1706 et travailla pour Boit avant de prendre sa succession jusqu’en 1746. Les célébrités anglaises se firent peindre par lui, et la National Portrait Gallery possède de lui plusieurs portraits sur émail.

Il y eut encore quelques portraitistes sur émail dans la deuxième partie du XVIIIe siècle, comme le Suisse Jean-Étienne Liotard (1702-89); ou, en Angleterre, Henry Bone (en) (1755 –1834) connu notamment pour un émail qui atteignait environ 40 cm par 46. Son fils Henry Pierce Bone (en) poursuivit la peinture sur émail jusqu’à sa mort, en 1855. Plusieurs œuvres sont présentées au British Museum, dont un portrait sur un chaton de bague de 1,5 cm dans le sens le plus long.

William Hopkins Craft (1730-1811) travailla dans le dernier quart du siècle. Il collabora notamment avec Josiah Wedgwood et Matthew Boulton.

Vers le milieu du XIXe siècle, Pierre Michel (Marie Alcide) Lafon de Camarsac (1821-1905) et Léon Joly mettaient au point un procédé de portrait photographique sur émail...

La porcelaine[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Peinture sur porcelaine.

La céramique, qu'il s'agisse de faïence ou de porcelaine, est souvent décorée de peintures.

Cette technique tout à fait particulière fait partie des arts du feu, c'est-à-dire des techniques dont le résultat final n'apparaît qu'après cuissons des différents pigments et matières dans des fours à diverses températures. Elle a pris son expansion au milieu du XVIIe siècle, notamment avec le développement des grandes manufactures européennes, telles que Sèvres ou Chantilly, qui petit à petit développèrent des techniques propres passant de la classique décoration pour services de table à la création de véritables tableaux sur plaques de porcelaine.

La peau et la corne[modifier | modifier le code]

La peinture corporelle, ou bodypainting, est une pratique très ancienne.
  • La peinture sur peau regroupe principalement le tatouage et le bodypainting (sur peau vivante) et la peinture sur parchemin (peau morte) qui sont des traditions millénaires. On trouve des traces de tatouages sur des corps de 5000 ans comme Otsie que l'on a retrouvé congelé dans les montagnes italiennes ;
  • le parchemin, à partir de peau d'animal (veau, chevreau, mouton, agneau) a quant à lui longtemps été utilisé, notamment tout au long du Moyen Âge en France, jusqu'à ce que l'on importe la technique du papier de Chine. Le parchemin était d'abord utilisé sous forme de rouleaux, puis sous forme de codex (feuillets pliés) ;
  • la peinture sur ivoire (ex. : miniature) ;
  • la peinture sur carapace : La carapace de tortue a été utilisée par les oracles chinois comme première forme de support d'écriture.

Le métal[modifier | modifier le code]

Le cuivre est un bon support pour la peinture à l'huile mais nécessite un ponçage avant son application. Le zinc et l'aluminium sont également de bons supports.

Le tissu[modifier | modifier le code]

On peut peindre presque sur n'importe quel tissu avec de la peinture spéciale tissu. On peut utiliser aussi de la peinture acrylique mélangée à du médium pour tissu à proportion de 2/1 et repasser après que la peinture a séché pour que la peinture tienne au lavage en machine.

Le numérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : peinture numérique.

Depuis les années 1970, la peinture numérique à fait son apparition, d'abord balbutiante, car limitée par la palette de couleur de ces outils et principalement utilisée dans des applications d'illustration vidéo. Néanmoins dès les premières années, des palettes graphiques ou crayons optiques ont fait leur apparition afin d'obtenir une souplesse et précision de travail proche des crayons ou pinceaux. On l'a trouvé assez tôt dans des émissions débats à caractère politique, ou des caricaturistes croquaient des dessins satiriques affichés au cours de l'émission. Par exemple, en France une des premières émissions à utiliser cette technique était « Droit de réponse » de Michel Polac.

Plus récemment, vers la fin des années 1990, avec les développements technologiques récents permettant de traiter en temps réel des palettes de 16 millions de couleurs et plus, est apparu ce que l'on appelle le speed painting et le matte painting, ces termes anglophones n'ont toujours pas de traduction aujourd'hui.

  • Le speed painting (peinture rapide), se rapproche des techniques de pochade en peinture traditionnelle, où le but est de croquer par gros aplats de couleurs, le sujet à représenter en peu de temps, puis d'y ajouter quelques touches plastiques avec des brosses (au sens numérique) spécialisées. On y classe généralement les travaux n'excédant pas h 30 min.
  • Le matte painting est quant à lui plutôt une application numérique de la peinture sur verre, autrefois placée entre la caméra et la scène et utilisée pour créer des décors artificiels. Dans sa version numérique on peut créer de nombreux plans, via les systèmes de calques qui remplace les plaques de verres et parmi lesquels on peut mélanger des images en prise de vue réelle ou en synthèse d'image 3D.

De nombreux pratiquants de matte painting pratiquent le speed painting et réciproquement. Le matte painting étant une version plus finie et le speed painting (bien que celui-ci pouvant être très fini également), est plutôt utilisé pour l'esquisse ou par jeu, pour mettre en place un projet, mais peut très bien convenir à certains types d'illustrations.

La peinture à l'huile sur pierre[modifier | modifier le code]

Anne-Laure Collomb[1] rappelle que la peinture à l’huile sur pierre apparaît vers 1530 dans le contexte de la dispute (dite Paragone – ou Parallèle des arts) relancée par les travaux et traductions du philosophe Marsile Ficin sur Platon et à laquelle participent notamment Benedetto Varchi, Léonard de Vinci (Trattato della pittura, Benvenuto Cellini, Jacopo Pontormo et Giorgio Vasari.

La sculpture est présentée par certains comme un art imitant mieux la nature, et plus durable; d'autres maintiennent que la durabilité de la peinture est fonction du support utilisé (il doit résister, notamment, à l’humidité et au feu), ce qui justifie le recours à la pierre. Il faut garder à l’esprit que si la peinture à l'huile était un apport du XVe siècle, la peinture à l'huile sur toile montée sur châssis ne s'est diffusée que dans le courant du XVIe siècle, et que sa mise au point technique a fait l’objet de beaucoup de tâtonnements, et cela à une époque où d’autres expérimentations avaient lieu (développement de la marqueterie en pierres dures ou commesso et fondation de l’Opificio delle pietre dure (1588) ; verre millefiori à Murano ; peinture sur cuivre, etc.).

Vasari rapporte que Giovanni della Casa demanda à Daniele da Volterra, peintre et sculpteur, de « réaliser avec toute la diligence possible un modello en terre bien abouti représentant David, et il lui fit ensuite peindre ou plutôt représenter le même David sur les deux faces d'un tableau, à savoir l'avant et l'arrière, tableau qui est très beau... [2]». Cette œuvre représentant David et Goliath sur une grande ardoise est ainsi assurée de traverser les siècles, et autorise plusieurs points de vue. La peinture présente donc tous les avantages accordés par ses défenseurs à la sculpture. La suite prouva que ces peintures étaient en réalité fragiles.

Les supports utilisés sont très variés : l'ardoise (lavagna, venue de Ligurie, qui peut atteindre de grandes dimensions et être ainsi utilisée pour des tableaux d'autel), le lapis-lazuli et le marbre (de Carrare souvent), sont fréquents. Autres supports : paésine, albâtre, pierre de touche (pierres noires de différentes nature), jaspe, et pierres précieuses : améthyste, agate (dont onyx), émeraude…

Les principaux centres de production sont Florence, Rome et la Vénétie, les artistes italiens étant rejoints par les visiteurs étrangers, de France et des Pays-Bas en particulier. Après la recherche de durabilité apparurent d'autres priorités : considérations esthétiques (scènes nocturnes, clair obscur) puis, à la fin du siècle, goût pour les objets mêlant les créations merveilleuses qu'offre la nature dans les pierres imagées aux trouvailles ingénieuses des peintres. Ces objets trouvent place dans les cabinets de curiosité, au côté des chefs-d’œuvre de la glyptique alors en vogue. L’influence de la Contre- Réforme est également palpable à partir de la seconde moitié du XVIe siècle.

Antonio Tempesta, l’un des initiateurs et des grands maîtres de la peinture sur pierre, travailla sur un grand nombre de supports : La Résurrection du Christ et les trois Marie au tombeau de Jésus, vers 1600, tempera sur pierre dendritique (pietra arboraria) ; Joseph expliquant son rêve à ses frères, sur albâtre, vers 1600, Musée des Beaux-Arts, Boston; La Pêche des perles aux Indes, sur lapis-lazuli, vers 1610, offerte par Pietro Strozzi à Cosme II en 1618 (Louvre) ; Josué traversant le Jourdain, sur marbre (présenté au TEFAF, Maastricht, en 2013) ; Vue du château Saint-Ange, sur pierre paysagère, Musée du Vatican.

Il convient de mentionner le Romain Filippo Napoletano qui pratiqua l’huile sur pierre paysagère ou pietra del'Arno dans plusieurs scènes maritimes : Bataille navale (1620, Musée de l’Opificio delle pietre dure, Florence) ou dans Roger libérant Angélique, Istituto di Studi Etruschi, Florence.

L’un des grands maîtres les plus célèbres est Sebastiano del Piombo : Flagellation, retable, huile sur mur, église de San Pietro in Montorio ; Christ portant la Croix (pierre, 1531 ou après, Musée des Beaux-Arts, Budapest) ; Portrait de Clément VII (ardoise) vers 1531, J. Paul Getty Museum, Los Angeles et autre exemplaire à Naples, Museo di Capodimonte ; Nativité de la Vierge, tableau d'autel sur péperin (pierre de lave), Santa Maria del Popolo, Rome (commencée en 1532, achevée par Salviati).

Giulio Cesare Procaccini et Giovanni Battista Crespi collaborèrent pour peindre le maître-autel de Santa Maria della Passione à Milan sur onyx.

À leur suite viennent des artistes comme Francesco Salviati, l’Adoration des bergers, sur péperin, vers 1548–50, Palais de la Chancellerie, cappella del Pallio, Rome; Federico Zuccaro, à Venise : L'Adoration des rois mages, tableau d'autel, huile sur marbre, chapelle Grimani, San Francesco della Vigna, 1564 ; et à Rome, une très vaste composition : Vierge à l’Enfant avec saint Jean-Baptiste, saint Matthieu et saint Laurent, huile sur ardoise, Église San Lorenzo in Damaso ; Titien peint pour Charles Quint en 1548 un Ecce Homo sur ardoise (Prado) et une Vierge de douleur, huile sur marbre (1553 ou 1554, Prado) ; Giorgio Vasari, Persée délivrant Andromède, huile sur ardoise, Florence, 1570-72, Studiolo de François Ier, Palazzo Vecchio. De Jacopo Bassano, il faut citer Le Calvaire, vers 1575, huile sur ardoise, et Crucifixion, sur pierre de touche, tous deux au Musée national d'art de Catalogne ; L'Adoration des bergers, 1565 sur marbre rouge de Vérone, Université Loyola, Chicago ; Adoration des Mages sur jaspe, Kimbell Art Museum ; on mentionnera également Marcello Venusti qu’on peut admirer à l’Église Santa Caterina dei Funari, à Rome.

L’art de la peinture sur pierre rayonna en Europe : certaines œuvres sur pierre de Luca Penni, de la première École de Fontainebleau, furent très tôt emportées (ou créées ?) en France, La Prédication de saint Jean-Baptiste pour l’église Saint-André-des-Arts, Paris (détruite ?); l’autre, La Mise au tombeau (ardoise, 1540), fut déposée à la cathédrale d’Auxerre. D’autres œuvres furent commandées par Charles Quint, par des dignitaires espagnols, y compris Philippe II (qui s’adressa aux Bassano, père et fils). Une Sainte-Catherine sur lapis-lazuli de Stella passa en Angleterre en 1635. Rodolphe II fut un grand collectionneur. Les peintures sur pierre servirent souvent de don diplomatique : le pape Urbain VIII donna à Ruy Gòmez, ambassadeur du roi d'Espagne, l'Assomption sur agate de Stella, 1624, aujourd'hui au Colegiata de l'Asuncion, Pastraña (Espagne).

A la fin du siècle, Jacopo Ligozzi réalisa plusieurs peintures d’histoire sur ardoise, sur l’un des murs du Salon des Cinq-Cents, (Palazzo Vecchio, Florence), entre 1591 et 1598: Pie V couronne Cosme Ier Médicis grand-duc de Toscane ; Boniface VIII reçoit les douze ambassadeurs florentins représentants des puissances d’Europe et d’Asie ; on lui doit également un Dante et Virgile visitant les enfers (1620) sur pierre paysagère, musée de l'Opificio delle Pietre Dure, Florence. Mentionnons encore une œuvre de Lodovico Cigoli, sur améthyste, La Cène.

Plusieurs grandes œuvres sur ardoise furent réalisées dans la première décennie du XVIIe siècle pour Saint-Pierre de Rome par Tommaso Laureti, Lodovico Cigoli, Cristofano Roncalli, Domenico Cresti et Francesco Vanni (détruites). On connaît encore par la suite des exemples de peintures d’autel sur pierre de touche, jusqu’au XVIIIe siècle, mais ce sont surtout les petits formats qui sont pratiqués à partir du XVIIe, par exemple à Vérone, avec Pasquale Ottini et son élève Alessandro Turchi (Alessandro Turchi, Ste Agathe avec St Pierre et un ange, 1640-45, ardoise, Walters Art Museum, Baltimore) ou Paolo Farinati.

Parmi les artistes étrangers, il faut mentionner le français Jacques Stella qui apprit la peinture sur pierre à Florence et peignit sur des supports très divers : Baptême du Christ (onyx) ; Triomphe de Louis XIII sur les ennemis de la religion (lapis-lazuli, Château de Versailles); Sémiramis appelée au combat (1637), huile sur ardoise, Musée des beaux-arts de Lyon, où on peut voir d’autres œuvres de Stella, sur pierre ou sur toile ; Jésus-Christ ressuscité apparaissant à la Vierge, vers 1640, sur albâtre, Louvre ; L’Annonciation, sur lapis-lazuli, 1631, Museo Civici, Pavie ; Le Songe de Jacob, sur onyx, Los Angeles Country Museum of Arts; Vierge à l’enfant avec saint Jean Baptiste, sur marbre, Palazzo Pitti, Florence.

Pierre Paul Rubens, a peint trois tableaux d'autel dont la Madonna della Vallicella pour l’église de Santa Maria in Vallicella, Rome, 1608. Hollandais également, Leonard Bramer laisse Contadini presso un fuoco (Paysans près d’un feu), sur ardoise, 1626.

Plusieurs peintres flamands ont peint sur pierre, dont Hendrick van Balen.

L’Espagnol Bartolomé Esteban Murillo a peint trois œuvres, Le Christ à la colonne avec saint Pierre et Le Christ au jardin des Oliviers (qui sont au Louvre) et Nativité, Musée des beaux-arts de Houston.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La peinture sur pierre à la Renaissance, Presses universitaires François-Rabelais de Tours 312, p., 2012 (tiré d'une thèse).
  2. Notice des Vite sur Daniele de Volterra.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]