Testament de Salomon

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Des démons se présentent à Salomon. Le personnage habillé en arrière plan est Moïse, reconnaissable à ses "cornes".

Le Testament de Salomon est un texte pseudépigraphique attribué au roi Salomon de Jérusalem. Il fait partie d'une longue tradition d'œuvres décrivant ce roi des Juifs comme un sorcier ayant reçu à l'origine ses pouvoirs de Dieu.

Cette collection astrologique, démonologique et magique disparate est composée de divers éléments rassemblés autour du texte d'un auteur chrétien du IIIe siècle, qui se base sur un fond juif plus ancien, et dont la rédaction se poursuit jusqu'au Moyen Âge[1].

Il décrit comment Salomon a pu construire son Temple en commandant aux démons au moyen d'un anneau magique que lui avait confié l'archange Michel. Ce texte parle de nombreux archanges dont Uriel[2].

Il contient aussi une anecdote qui serait la source du conte-type intitulé L'Esprit dans la bouteille, dont la version la plus connue est l'histoire d’Aladin ou la Lampe merveilleuse[3], ou bien du pieux pêcheur qui eut la malencontreuse circonstance d'avoir retiré un vase 'hanté' de l'eau de la mer[4].

Datation et auteur(s)[modifier | modifier le code]

La datation du Testament de Salomon n'est pas aisée, comme en attestent les avis divergents de différents auteurs spécialisés dans les domaines respectivement des études bibliques, de la théologie, des études hébraïques et judaïques et de l'histoire du Moyen Age. Cependant, ces auteurs s'accordent sur une fourchette d'écriture entre le IIe et le Ve siècle apr. J.-C. En partant du plus large au plus restreint : le théologien Frederick Cornwallis Conybeare pense que la rédaction du Testament de Salomon ne s'est pas effectuée au-delà du Ve siècle[5] ; l'historien médiéviste Julien Véronèse affirme que ce texte a été rédigé "entre le IIe et le Ve s."[6] ; Claude Lecouteux, historien médiéviste également, restreint davantage le champ possible d'écriture en exprimant le IIIe ou IVe siècle comme datation[7]; enfin, le professeur en Hebrew Studies, Pablo A. Torijano pense que le texte est apparu autour du IVe siècle[8], tandis que le bibliste André Paul exprime plutôt l'idée du IIIe siècle pour l'écriture initiale[9].

Au sujet de l'auteur ou des auteurs de ce texte, les experts des domaines susmentionnés ont également des opinions contrastées. Frederick Cornwallis Conybeare affirme qu'il s'agit d'un juif hellénistique[5]. André Paul, nous dit que le texte est "composé par un chrétien à partir d'un fond juif"[9]. Enfin, Julien Véronèse va dans le sens de cette dernière affirmation en affirmant que le texte est "élaboré en contexte chrétien"[6].

Résumé[modifier | modifier le code]

Salomon reçoit un démon. La présence de Moïse au centre (attestée par ses "cornes") n'est pourtant pas narrée dans le texte.

Le Testament de Salomon commence par une brève biographie du roi des Juifs Salomon ; il rappelle notamment que Dieu aurait donné à Salomon une sagesse et un savoir très étendus à propos de tout comme cela était déjà narré notamment dans le Premier Livre des Rois, le Deuxième Livre des Chroniques et le Livre de la Sagesse.[5] Puis, le texte affirme que la suite du récit, qui se déroule lors de la construction du Temple de Jérusalem, est de la main de Salomon.[5] L'histoire est la suivante :[5]

Salomon reçoit un jeune garçon qui n'est autre que le fils du chef de chantier du Temple. Ce garçon vient se plaindre au roi du fait qu'un démon lui dérobe toutes les nuits la moitié de son salaire et de sa nourriture. Salomon prie alors Dieu pour que celui-ci lui octroie la puissance pour maitriser ce démon. Dieu lui répond par le biais d'un archange qui offre à Salomon un anneau comportant une pierre gravée d'un sceau (le sceau est un Pentalpha, soit "cinq A" mêlés qui dessinent une étoile) ; cet anneau permet de contrôler et d'emprisonner les démons. Salomon demande alors au garçon de jeter l'anneau sur le démon pour l'emmener devant lui ; le garçon s'exécute malgré les protestations du démon. Salomon interroge le démon sur son identité et sur le signe zodiacal qui le gouverne ; le démon répond et dévoile aussi d'autres propriétés qui lui sont propres tels que ses nuisances, ses transformations, son maître et de quel archange il descend. Salomon, avec l'appui de l'archange tutrice du démon, décide de condamner le démon à travailler à la construction du Temple au taillage des rocs ; il oblige aussi le démon à faire venir grâce à l'anneau "le prince de tous les démons [...] l'exarque des démons"[5], à savoir Belzébuth. Ce dernier jure à Salomon de convoquer devant le roi tous les démons. A partir de là, le récit se poursuit de la manière suivante : Salomon invoque un ou une démon(e) l'un(e) après l'autre, ceux-ci ont souvent quelque apparence animale, d'abord celui-ci/celle-ci présente ses caractéristiques (origine, endroits préférés, méfaits produits, quelle étoile et quel ange il/elle a comme patron...) et peut aussi prédire l'avenir ou prodiguer des conseils magiques au roi, puis, Salomon choisit soit d'employer le démon pour le chantier du Temple (par exemple pour fabriquer les cordages ou pour soutenir une colonne) soit il opte pour enfermer le démon dans l'anneau. Pour conclure, le Testament de Salomon se termine par l'évocation de Salomon de l'apogée de son royaume puis par son déclin déclenché par la mauvaise conduite du roi notamment à cause de l'influence des démons. Le texte finit sur la morale que Salomon veut transmettre à travers ce "testament" : il faut éviter de sortir du droit chemin, sous peine de conséquences funestes.

Possibles reprises de thèmes par des œuvres ultérieures[modifier | modifier le code]

  • Notamment le Traité magique de Salomon ou Hygromancie, les Clavicula Salomonis (Clavicules de Salomon), ou Le Dragon rouge, dont les datations sont également incertaines, réaffirment Salomon comme ayant des pouvoirs magiques et même renforcent cet aspect du roi des Juifs. On retrouve par exemple dans les Clavicules, le sceau en étoile de Salomon.
  • L'Anneau des Nibelungen réutilise un anneau magique comme objet central du récit. Ce qui sera, par ailleurs, aussi réemployé dans Le Seigneur des anneaux de l'écrivain britannique John Ronald Reuel Tolkien. Également, la franchise Pokémon a pu s'inspirer, notamment pour les Poké Balls, du garçon qui jette l'anneau sur le démon pour pouvoir le posséder et le fait que l'anneau peut renfermer des démons en son sein.
  • Un mode du jeu vidéo Minecraft fait également penser au Testament de Salomon : le "minions mod". En effet, le joueur peut invoquer des "serviteurs/larbins" (minions) afin de l'aider à construire, modeler le terrain et d'autre choses ; le site du jeu indique par exemple : "Après avoir obtenu suffisamment de XP pour faire quatre mauvaises actions, vous obtiendrez le Bâton du Maître [...] C'est à vous de choisir si vous êtes un maître cruel ou gentil" (traduction de l'anglais)[10]. Ici, l'anneau est remplacé par un bâton.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Source primaire[modifier | modifier le code]

  • Frederick Cornwallis Conybeare (éd), "The Testament of Solomon", The Jewish Quarterly Review, 11, 1898, p. 1-45, https://archive.org/details/jstor-1450398/page/n1/mode/2up consulté le 10.02.2020.
  • "Zeitschrift für die histor." Theologie III, (p. 9-56), Bornemann 1844. (source : ↑ Conybeare 1898, Introductory Remarks)
  • "Wissenschaftliche Reise durch Deutschland", Fleck 1837. (source : ↑ Conybeare 1898, Introductory Remarks)

Littérature secondaire[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Jean-Patrice Boudet, Entre science et "nigromance" : astrologie, divination et magie dans l'Occident médiéval (XII-XVe siècle), Paris, Publications de la Sorbonne, 2006.
  • Owen Davies, Grimoires : A History of Magic Books, Oxford, Oxford University Press, 2009.
  • Richard Kieckhefer, Magic in the Middle Ages, Cambridge ; New York, Cambridge University Press, 1989.
  • Claude Lecouteux, Le livre des grimoires. De la magie au Moyen Age, Paris, Imago, 2002.
  • Jean-Michel Sallmann (dir.), Dictionnaire historique de la magie et des sciences occultes, Paris, Librairie générale française, 2006.
  • Jean Servier (dir.), Dictionnaire critique de l'ésotérisme, Paris, Presses universitaires de France, 1998.
  • Pablo A. Torijano, Solomon the Esoteric King : from King to Magus, Development of a Tradition, Leyde ; Boston ; Cologne, Brill, 2002.
  • Karel Van den Toorn et alii (éd.), Dictionary of Deities and Demons in the Bible, Leyde ; Boston, Brill ; Grand Rapids ; Cambridge, William Eerdmans, 1999.

Articles[modifier | modifier le code]

Références et notes[modifier | modifier le code]

  1. Dictionnaire du judaïsme, Paris, Encyclopaedia Universalis ; Albin Michel, (ISBN 9782226096180, lire en ligne), p. 693
  2. (en) Karel Van den Toorn et alii (éd.), Dictionary of Deities and Demons in the Bible, Leyde ; Boston ; Grand Rapids ; Cambridge, Brill ; William Eerdmans, , p. 886
  3. Note de Natacha Rimasson-Fertin, in Jacob Grimm et Wilhelm Grimm, Contes pour les enfants et la maison, vol. 2, Natacha Rimasson-Fertin (éd. et trad.), Paris, José Corti, 2009 (ISBN 978-2-7143-1000-2)
  4. Louis-Aimé Martin (dir.) et Antoine Galland (trad.), Les Mille et une nuits, contes arabes, Paris, Auguste Desrez, , p. 23
  5. a b c d e et f (en) Frederick Cornwallis Conybeare, « "The Testament of Solomon" », The Jewish Quarterly Review 11,‎ , p. 15-45 (lire en ligne)
  6. a et b Julien Véronèse, "Salomon", in Sallmann Jean-Michel (dir.), Dictionnaire historique de la magie et des sciences occultes, Paris, Librairie générale française, , p. 646
  7. Claude Lecouteux, Le livre des grimoires. De la magie au Moyen Age, Paris, Imago, , p. 65
  8. (en) Pablo A. Torijano, Solomon the Esoteric King : from King to Magus. Development of a Tradition, Leyde ; Boston ; Cologne, Brill, , p. 227
  9. a et b André Paul, « Livres dits de Salomon », Encyclopaedia Universalis, {{Article}} : paramètre « date » manquant (lire en ligne)
  10. « Minions Mod (1.12.2) | Minecraft Mods » (consulté le 12 février 2020)