Lettrine historiée

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Lettrine historiée (D) de l'encyclopédie médiévale Omne Bonum (en) représentant l'arrachage d'une dent (vers 1360-1375).

Une lettrine historiée, aussi appelée lettre historiée, est une lettre ornée narrative constituant un des aspects les plus originaux de la mise en page au Moyen Âge. Elle est détachée, agrandie du corps du texte et souvent placée en premier. À la fois fonctionnelle et ornementale, la lettre historiée présente l’histoire par une illustration intégrée à la lettre faisant référence au texte. Elle peut synthétiser l’écrit ou délivrer un message. Ces lettrines sont employées pour la première fois dans des manuscrits anglo-saxons du VIIIe siècle. Elles peuvent aussi se retrouver dans certains livres imprimés.

Histoire[modifier | modifier le code]

Lettrine historiée tirée du Bède de Saint-Pétersbourg, Saint-Pétersbourg, Bibliothèque nationale russe, lat. Q. v. I. 18.

Très tôt les lettrines de manuscrits du début du Moyen Âge représentent des personnages ou prennent la forme d'animaux ou de personnes, sans lien direct avec le texte qu'elles ornent. Il faut attendre les années 730 pour voir apparaître ce qui a été décrit comme la première lettrine historiée : celle du manuscrit du Bède de Saint-Pétersbourg. On conserve aussi le Psautier Vespasien, qui le suit de près[1]. Ces lettrines sont rapidement copiées par les scriptorium mérovingiens du continent. On retrouve ainsi parmi les toutes premières lettrines historiées dans le Sacramentaire de Gellone à la fin du VIIIe siècle[2].

Avec l'époque carolingienne, la lettrine ornée est en recul au profit de lettrines ornées plus simples et classiques[3]. À l'époque romane, on note un regain de la lettrine décorée d'hommes et d'animaux mais rarement en lien direct avec le texte qu'elle illustre. Les lettrines de l'abbaye de Citeaux représentent notamment des frères au travail mais sans lien direct avec le texte[4]. Cette absence de lien direct n'exclut pourtant pas des allusions très fines au contexte par le biais des allégories[5]. L'enluminure gothique marque une prédominance de plus en plus grande de la lettrine historiée. La bible de Winchester marque au XIIe siècle cette transition entre la période romane et gothique avec un très grand nombre de scènes de la bible intégrées dans les lettrines. C'est aussi à cette époque qu'apparaissent les premières miniatures hors texte, qui marquent le début du déclin des lettrines historiées et des lettrines en général. Cependant, jusqu'au XVe siècle, les bibles continuent d'être décorées de scènes illustrant le texte[6].

Plusieurs enlumineurs de la fin du Moyen Âge utilisent à de multiples reprises la lettrine historiée dans leurs manuscrits. C'est le cas de Jean Pucelle qui reprend le motif de la lettre en forme de personnage comme dans son livre d'heures de Jeanne d'Évreux (vers 1325-1328), de même que chez Jean Le Noir[7].

Rapport texte/image[modifier | modifier le code]

Les éléments illustratifs sont mis en scène dans le corps de la lettre de manière à respecter son anatomie. De manière générale, les scènes s’adaptent à la forme de la lettrine bien que certaines illustrations dépassent le tracé de la lettre, sans pour autant la déformer.

Lettre B représentant la scène biblique de David et Bethsabée. Psautier de saint Louis, XIIIe siècle.

Le B de Bethsabée[modifier | modifier le code]

Évangéliaire de Marbach. Lettre P. Avant 1200. Bibliothèque de Laon.
  • Quatre saynètes: présentes dans les panses du B. Dans la panse supérieure, le roi David convoite Bethsabée depuis sa fenêtre ; Bethsabée dévêtue est assise au bord de l’eau ; La porte ouverte suggère l’adultère. Dans la panse inférieure, le roi David prie, agenouillé en haut d’une montagne aride et demande pénitence à Jésus Christ-Roi, dont la position évoque le jugement dernier.
  • Le fût : représentation du nœud de Salomon.
  • Les couleurs récurrentes dans l’histoire des lettres historiées : la peinture d’or : ornement d’Église et couleur de la royauté ; le rouge qui domine le fond quadrillé et contrastes avec les panses du B.
  • Encadrement: à droite: cases de deux à trois lettres superposées constituant les premiers mots du psaume. Les deux cercles situés dans les parties supérieures et inférieures du fût mettent en scène deux hommes sauvages appelés sylvains, symbolisant la tentation.

Motifs[modifier | modifier le code]

Les motifs ornementaux récurrents sont les végétaux et animaux. L’illustration met en scène des personnages souvent représentatifs de la hiérarchie sociale au Moyen Âge : paysans, chevaliers, évêques sont reconnaissables par leurs accoutrements et attitudes. Elle peut aussi mettre en scène des personnages et scènes de la religion chrétienne. Les couleurs vives comme le rouge, vert et jaune, rendent le livre précieux et sont particulièrement utilisées. Les lettres historiées constituent un moyen facile par l’Église de transmettre des images de la parole Divine. D’autres lettrines représentent également les enlumineurs au travail.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • JJ Alexander, La Lettre ornée, éditions du Chêne, , 118 p. (ISBN 2851082051)
  • Jean Malo-Renault, La lettre ornée du Moyen Âge, (d'après les manuscrits de Montpellier[8]), 1934.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michelle P. Brown, Manuscripts from the Anglo-Saxon Age, 2007, British Library, (ISBN 978-0-7123-0680-5), p. 10
  2. Alexander, p. 11
  3. Alexander, p. 11-14
  4. Alexander, p. 16-18
  5. Voix enluminées de Cîteaux, éditions de l'Armançon, 1998, p. 80
  6. Alexander, p. 18
  7. Alexander, p. 21-22
  8. « Manuscrits de Montpellier », sur /www.biu-montpellier.fr