Histoire de la Guyane

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Carte de la Guyane française et l'isle de Cayenne effectuée en 1763 par Jacques-Nicolas Bellin (1703-1772) un cartographe affecté au ministère de la Marine française.

L'histoire guyanaise est complexe et en partie mal connue. Elle est d'abord amérindienne. Puis, coloniale après l'arrivée des colons européens et de leurs esclaves africains, elle s'intègre dans l'histoire de France, francophone et panafricaine[1] et de l'Amérique du Sud, comme en témoignent encore sa pluralité linguistique et sa place dans le monde créole[2] depuis plus d'un siècle[3].

Avant le XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Vers le VIe millénaire av. J.-C., premières traces de peuples amérindiens : poteries, gravures rupestres, polissoirs, etc. Ces peuples auraient des descendants qui sont les peuples autochtones Emerillons et Wayampi, parlant le tupi-guarani. Ces premiers peuples amérindiens auraient commencé le processus de création des terres fertiles de Terra preta, qui quelques millénaires après permettront l'établissement de populations aux densités plus élevées que les sols naturels pauvres ne le permettent.

À la fin du IIIe siècle, venus de l’ouest et du sud, les indiens Arawak et Palikurs, probablement originaires d’Amazonie, arrivent sur le littoral et chassent les premiers habitants, ils parlent des langues de la famille linguistique arawak.

À la fin du VIIIe siècle, des indiens Caraïbes, les peuples Kali'na (ou Galibis) et Wayana occupent à leur tour les littoraux et l'est de l'actuelle Guyane, ils parlent le caribe.

Plusieurs dizaines de nations amérindiennes ont conjointement ou successivement peuplé la Guyane et l'actuel État brésilien de l'Amapá depuis 400 ans.

Des indices archéo-historiques[Lesquels ?] font penser qu'au XVIe siècle, une partie au moins des sous-groupes qui donneront les Wayana, vivait au Nord de l'Amazone. Assez récemment, au début du XVIIIe siècle, remontant progressivement le Paru de leste et le Jari, ils semblent avoir absorbé des peuples de chasseurs cueilleurs (dont Upurui et Opagwana). Les Wayampi sont cités par les Portugais au XVIIe siècle comme occupant les rives du Rio Xingu au sud de l'Amazone, qu'ils semblent avoir franchi en vagues successives après 1720.

Au XVIIIe siècle, deux nations amérindiennes remontent vers le nord, alors que les envahisseurs venus d'outre-mer colonisent l'Amérique du Sud, amenant armes et microbes inconnus sur ce continent. C'est le temps de la colonisation qui arrive.

Le , au cours de son troisième voyage, Christophe Colomb longe pour la première fois les côtes de la Guyane. Des populations indigènes amérindiennes occupent le littoral, et sont estimées à environ 30 000 Amérindiens pour la Guyane française, au siècle suivant, ils ne sont plus que 25 000[réf. nécessaire].

À l'hiver 1500, le capitaine espagnol Vicente Yañez Pinzon, qui avait accompagné Christophe Colomb lors de son premier voyage et qu'une tempête jette le dans le delta de l’Amazone, reconnaît la côte portugaise jusqu'à l'Orénoque, future frontière de la Guyane.

Les Guyanes n'étant pas concernées par le traité de Tordesillas de 1494 qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal, vers 1503, un premier groupe de colons français se serait installé dans l’île de Cayenne pendant quelques années[réf. nécessaire].

XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

1604 à 1652, Les tentatives de colonisation ont lieu. En 1604, le capitaine Daniel de La Touche, seigneur de la Ravardière est le premier Français à faire une reconnaissance sérieuse de la GuyaneLe pays est alors appelé France équinoxiale[4].

De 1616 à 1626 des colonies permanentes néerlandaises s'installent sur les estuaires des fleuves Essequibo (colonie d'Essequibo), Berbice (colonie de Berbice) et Demerara (colonie de Démérara).En 1630 des Britanniques s'implantent à l'embouchure du fleuve Suriname.

En 1624, le roi de France Louis XIII ordonne l’installation des premiers colons originaires de Normandie et en 1626, le cardinal de Richelieu autorise la colonisation de la Guyane. En 1630, une nouvelle colonie s’installe sur les rives du Sinnamary sous les ordres de Constant d'Aubigné. En 1638, le cardinal de Richelieu confie au capitaine Bontemps le soin de coloniser les territoires de Guyane avec 1 200 Français.

En 1643, le Français Charles Poncet de Brétigny de la Compagnie de Rouen, rejoint les premiers colons à la tête d'un groupe de 400 nouveaux colons. Il achète aux indiens Galibis, une colline à l'embouchure de la rivière Cayenne et lui donne le nom de « mont Cépérou » du nom du chef indien. Il y fait bâtir un petit village et le fort Cépérou[5] qui deviendra Cayenne. Il a recours aux persécutions et humiliations contre les Indiens autochtones qui finissent par se révolter.

En 1643, Bretigny[6] introduit l'esclavage mais en 1648, il ne reste plus que vingt-cinq colons français.

En 1650, Anthony Rowse quitte la Barbade anglaise pour fonder une colonie qu'il baptise Fort Willoughby, le futur Paramaribo, à l'embouchure de la rivière Surinam, où vivait déjà depuis deux ans un colon et sa famille du nom de Jacob Enoch qui n'avait jamais eu à se plaindre d'une quelconque forme d'hostilité des indigènes. Après avoir négocié avec les chefs amérindiens, Anthony Rowse installe rapidement cinq cents plantations de sucre où travaillaient 1 000 blancs, rapidement rejoints par 2 000 esclaves noirs.

Le , les « douze seigneurs » de la Compagnie de la France équinoxiale tentent de s'installer; Ils débarquent avec 800 hommes à la pointe du Mahury. Ils y trouvent les survivants de la compagnie de Rouen dirigés par Huet de Navarre. En octobre 1652, Duplessis, capitaine de navire, surprend un navire ayant à bord « quatorze nègres » enlevés à Pernambouc, qui s'expriment en portugais[7] ou dans une langue de base lexicale portugaise[8]. La fondation de Rémire, après l'expédition de Brétigny, confirme l'ancienneté de la traite des esclaves en Guyane[9].

En 1652, une nouvelle expédition est organisée avec 650 colons, menés par Balthazar Le Roux de Royville. Ceux-ci mal préparés sont rapidement décimés par les Indiens et les fièvres. Les survivants fuient vers le Suriname le , selon le témoignage de l'un d'eux, Antoine Biet[10], qui est rapatrié.

Au début de 1654, après la perte du Brésil hollandais, un groupe composé de Néerlandais et de juifs du Brésil atteint Cayenne, y découvre les installations récemment abandonnées par les Seigneurs et décide de rester. Certaines sources suggèrent que les juifs apportent avec eux des esclaves, mais le manque de provisions et de bateaux[7] qui a suivi la chute de Récife en rend cette théorie improbable[8].

En 1654, les Anglais s'emparent de la Guyane française.

De 1658 à 1659 Paulo Jacomo Pinto négocie avec Amsterdam pour que trois convois de juifs granas de Livourne puissent se réfugier à Cayenne[11]. Une partie se perdent dans la Caraïbe sur l'île de Tobago, où ils cultiveront le cacao.

Le , la Compagnie néerlandaise des Indes occidentales passe contrat avec David Cohen Nassi, un ancien colon du Brésil repassé par Amsterdam, qui gère à Rémire-Montjoly (Cayenne) une fabrique de sucre à énergie hydraulique. Un missionnaire français, le père Labat, décrit les lieux : « un fort, une synagogue, une plantation de cannes à sucre, quelques très bons moulins à sucre et entre 300 et 400 juifs. » Ensuite, la majorité des juifs décident de partir pour le Surinam, encore anglais, et seuls 60 à 80 juifs restent pour faire fonctionner les moulins à sucre.

En 1662, les Français reviennent avec quelque 800 recrues, la Compagnie des douze seigneurs[réf. souhaitée], mais dès 1663, les Néerlandais retrouvent la place vacante et s’y installent à nouveau.

En 1664, la Guyane redevient française, prise par une flotte de cinq vaisseaux et 1 200 colons[11]. La colonie se développe grâce à l'exportation du roucou, de l'indigo, du coton, de la canne à sucre, du café, de la vanille, des épices et des bois exotiques.

En 1667, sous les ordres du général anglais Henry Willoughby, le capitaine John Harman envahit Cayenne : Remire-Montjoly est totalement détruite.

Le , les Néerlandais envahissent la colonie anglaise fondée en 1650 par Anthony Rowse, sous le commandement d’Abraham Crijnssen, avec l'aide d'esclaves marrons cachés dans la jungle. Ils rebaptisent Fort Willoughby Fort Zeelandia.

Le , Britanniques et Néerlandais signent le traité de Breda : New York devient Britannique et le Suriname Néerlandais.

Le , les Jésuites fondent l'habitation Loyola. Jusqu'à 500 esclaves y travaillent à produire des biens dont les revenus financent leur grand projet : l’évangélisation des Amérindiens par des missionnaires.

L'amiral français d'Estrées le reconquiert pour le compte de la France.

Les Néerlandais prennent temporairement les établissements français de Guyane en 1676[4].

À la fin du XVIIe siècle, des explorations françaises organisées depuis la Guyane découvrent le territoire de l'Araguary, aujourd'hui brésilien.

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

En 1713, le traité d'Utrecht considère le fleuve Maroni comme la frontière ouest de la Guyane française. Par ce traité, le roi Louis XIV abandonne totalement le bassin de l'Amazone aux Portugais, mais la difficulté à fixer les frontières géographiques en Amazonie va être la source de disputes durant deux siècles. les deux parties ne cessent de rechercher l'extension de leur territoire respectif par l'installation de postes militaires, de missions religieuses et de comptoirs commerciaux. Ces disputes se termineront en 1900 par un arbitrage suisse qui fixe la frontière entre le Brésil et la France[12].

Vers 1750, de nombreux Amérindiens s'installent sur le territoire.

En 1762, les Jésuites sont expulsés de la Guyane sur ordre de Louis XV : L’expulsion des Jésuites (ordonnance royale de Louis XV) précède l’implantation en Guyane par la volonté du ministre français Choiseul d’une nouvelle colonie de peuplement; des milliers de personnes sont envoyées de France pour accélérer de manière décisive la colonisation des terres. Cette politique volontariste échoue car rien n'a été préparé pour les accueillir.

En 1764, une campagne de propagande principalement menée en Alsace et en Lorraine (dès 1763) conduit environ 15 000 Français dont 12 000 Alsaciens et Lorrains vers le port de Rochefort. Ils débarquent à Kourou en pleine saison des pluies et dans les marais[13]. 12 000 colons meurent dans l'année de maladies (dysenterie, fièvre jaune, syphilis, paludisme). L'expédition, menée par Choiseul, est un cuisant échec. Une soixantaine de familles de survivants au « désastre de Kourou »[14] se réfugient sur le petit archipel en face de Kourou, baptisé Îles du Salut pour l'occasion, avant de retourner en France.

Un gouverneur compétent est enfin nommé en 1776. Pierre-Victor Malouet, secondé par l'ingénieur Joseph Guisan, d'origine suisse, entreprend un programme de réforme de l'agriculture et d'aménagement de territoires agricoles. Le territoire va connaître une période de relative prospérité jusqu'à la Révolution française.

À partir de 1792, la Révolution française fait de Cayenne un lieu de déportation pour les prêtres réfractaires et les ennemis politiques de la Révolution. Le premier bagne, celui de Sinnamary, est créé. Jusqu'en 1805, le territoire est un lieu de déportation pour les opposants politiques aux différents régimes qui se succédent en France[15]. En 1794, la République Française abolit l'esclavage mais remplace les esclaves par les religieux français et belges.Cest le conventionnel André Pomme, premier député de Guyane, qui est à l'origine du projet de déportation des religieux français et belges[16].

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

L'arrêté du , présumé du consul Cambacérès rétablit l’esclavage pour ceux qui n'ont pas été affranchis, sous une forme déguisée « la conscription de quartier »[17], car la Guyane n'est pas concernée par la Loi du 20 mai 1802 qui maintient l'esclavage en Martinique. Une partie de la population noire refusant cet état, s'enfuit en forêt, privant ainsi de main-d'œuvre l'économie guyanaise affectée par ailleurs par les difficultés de la France. Ces personnes prennent le nom de Marrons et s'installent sur les berges d'un fleuve qui prendra le nom de Maroni.

En 1809, après la défaite de la flotte française à la bataille de Trafalgar, des forces portugaises venant du Brésil et soutenues par les Britanniques, occupent la Guyane, en représailles à l'invasion française du Portugal, menée par Napoléon Ier. Cette occupation, qui ne perturbe toutefois pas la vie quotidienne des habitants, se poursuit jusqu'en 1814. Les Portugais se retirent au lendemain de la première abdication de Napoléon Ier.

Après 1817 et la fin des guerres napoléoniennes, la Guyane connaît une période très prospère grâce à l'esclavage et à la reprise du plan de développement de Joseph Guisan[réf. souhaitée].

À partir de 1828, les sœurs de Saint-Joseph de Cluny, sous l'impulsion de la mère Anne-Marie Javouhey, rachètent des esclaves pour les libérer et leur donner du travail dans la région de Mana. Le député républicain français de la Martinique et de la Guadeloupe, Victor Schœlcher, soutient leur action et développe une action politique qui aboutira, au décret du confirmé par la Constitution du et qui édicte l'abolition définitive de l'esclavage. La loi nouvelle applicable sur les territoires français, implique que tout esclave touchant le sol français est déclaré libre, ce qui va provoquer la fuite massive des esclaves placés sous la coupe des grands propriétaires brésiliens. Ceux-ci qui réagissent très violemment, et en , ils entrent en territoire français, à Mapa, pour récupérer 200 esclaves en fuite, ce qui va réanimer de façon le problème des limites entre les territoires français, brésiliens et hollandais.

Quartier spécial, Saint-Laurent, 1954.
Quartier disciplinaire, Saint-Laurent, 1954.

La fin de l'esclavage, qui concerne près de 13 000 personnes sur les 19 000 habitants de la Guyane, a pour conséquences immédiates le départ de la main-d'œuvre servile hors des plantations et l'effondrement de l'économie de la Guyane. Pour pallier le manque de main-d'œuvre, Napoléon III, décide en 1852, la déportation des forçats vers la Guyane.

Dans le même temps des coolies originaires des Indes et de Chine sont recrutés sous contrat à partir de 1853.

À partir de 1854, avec la loi de la transportation, Napoléon III fait construire les célèbres bagnes de Cayenne, de l'île du Diable et de Saint-Laurent-du-Maroni (1858). La commune de Saint-Laurent-du-Maroni devient le centre administratif du système pénal, vers lequel seront envoyés près de 90 000 hommes et 2 000 femmes. Dans un premier temps, les bagnards sont envoyés dans les lieux les plus retirés et les plus insalubres qui soient, mais les pertes enregistrées parmi les détenus sont énormes.

Plus d'un tiers meurt en Guyane[réf. souhaitée]. La corruption et l'inégalité sociale deviennent les bases de l'organisation sociale pénitentiaire.

En 1855, Félix Couy découvre le premier site aurifère sur un affluent de l'Approuague. Des tonnes d'or sont extraites de la rivière Inini, un affluent du Haut-Maroni, dans le sud-ouest du pays. C'est le début d'une ruée vers l'or qui durera jusqu'à la Seconde Guerre mondiale et qui amènera de nombreux émigrants provenant essentiellement des Antilles. Une banque de prêt et d'escompte est créée, qui attire d'autres investisseurs qui affluent face à la demande qui se fait de plus en plus forte. Ces derniers repartiront à partir de 1873 lorsque la France connaîtra une grande dépression jusqu'en 1892.

En 1860, la liberté de navigation sur le fleuve Maroni est consacrée.

À partir de 1861, la France et la Hollande se contestent le territoire richement aurifère du cours supérieur du fleuve Maroni. Les Français estiment que le cours d'eau formateur est le Tapanahoni, alors que les Hollandais soutiennent que c'est le Lawa. En 1891, la contestation est arbitrée par le tsar de Russie au détriment de la France qui perd une zone de 25 000 km2, riche en minerais d'or[réf. souhaitée].

A la fin du XIXe siècle, viennent s'installer en Guyane des Libanais et des Chinois de Formose (Taiwan), de Singapour et de Chine continentale.

En 1900, un arbitrage définitif rendu par le Conseil fédéral suisse[18] fixe la frontière franco-brésilienne sur l'Oyapock, au détriment de la Guyane française qui perd un territoire de 260 000 km2. La France considérait, non sans de sérieuses raisons, que la rivière Japoc découverte par Vicente Yáñez Pinzón en 1499 ne correspondait pas à l'Oyapock mais au fleuve Araguary plus au sud, et que les phénomènes de subsidences et d'accumulation depuis le XVIIe siècle avaient bouleversé le dessin de la côte entre l'Amazone et l'Oyapock,. Mais les Brésiliens menés par le Baron de Rio Branco, mieux préparés et soutenus par de très forts intérêts politiques et diplomatiques, finissent pas imposer leur propre vision, mettant fin à deux siècles de disputes[18].

XXe siècle[modifier | modifier le code]

Au début du siècle, après la ruée vers l'or, la population amérindienne n'est plus que de 1 500 personnes.

Après l’éruption de la montagne Pelée, le , qui a détruit la ville de Saint-Pierre en Martinique et tué 28 000 personnes en quelques minutes, de nombreux Martiniquais se réfugient en Guyane.

À partir de 1902, la France et les Pays-Bas se disputent à nouveau le territoire du cours supérieur du Lawa. Les Français estiment que le cours d'eau formateur est le Litani, alors que les Néerlandais soutiennent que c'est le Marouini. En 1935, un accord est trouvé, à l'avantage des Français qui récupèrent ainsi une zone de 6 000 km2, riche en minerais d'or.

Entre 1910 et 1930, c'est le plus haut de la ruée vers l'or. Plus de 10 000 chercheurs d'or écument la forêt guyanaise, entrainant la croissance du commerce local, et la fermeture des dernières grandes plantations.

À partir de 1923, Le journaliste Albert Londres, de retour en métropole après une visite en guyane, se fait l'écho des conditions de vie des bagnards guyanais. Une vaste campagne d'opinion menée par Albert Londres, le député de la Guyane Gaston Monnerville et de nombreux journalistes aboutit en 1938 à une loi mettant fin au bagne, en interdisant de fait tout nouveau transport de bagnards, les peines de travaux forcés étant abolies dans le droit pénal français. Au total, quelque 90 000 bagnards auront été déportés en Guyane. La fermeture effective n'a lieu qu'en 1946, après la fin de la Seconde Guerre mondiale et les derniers rapatriements ont lieu en 1953; Le dernier forçat embarque le 1er avril. La fermeture du bagne impacte fortement l'économie du territoire et entraîne un dépeuplement.

En 1938, une commission franco-néerlando-brésilienne détermine le point de trijonction[19] marquant le point séparant les territoires français, surinamais et brésilien.

En 1940, la Guyane reste sous l'autorité du gouvernement de Vichy et ne rallie la France combattante qu'en . Dans les bagnes, des détenus meurent de faim ou de maladie[20]. Après la guerre l'état sanitaire du territoire est déplorable ce qui oblige le gouvernement français à prendre des mesures sanitaires importantes.

En 1946, la Guyane obtient le statut de département français, mais le territoire a beaucoup de peine à décoller économiquement à cause des coûts de production élevés et sa balance commerciale est très déficitaire[21].

En 1961, la population du territoire est de 33 000 habitants.

À partir de 1963 il faut trouver l'emplacement du nouveau centre spatial français pour remplacer celui de Colomb-Béchar en Algérie. La décision, prise par le général de Gaulle, de la construire en Guyane est prise en 1964 car ce territoire présente de nombreux avantages :

  • une situation géographique privilégiée à proximité de l'équateur et favorable aux missions géostationnaires ;
  • une large ouverture sur l'océan autorisant toutes les inclinaisons d'orbites ;
  • l'absence de cyclones et de tremblements de terre ;
  • la faible densité de population ;
  • il s'agit d'un territoire national français.

Construit à partir de 1965, le nouveau Centre spatial guyanais (CSG) s'est depuis développé, au rythme de l'aventure spatiale française (sonde « Véronique », lanceur « Diamant B ») puis européenne (lanceur « Europa II »), puis avec le programme européen des lanceurs Ariane, qui va être un véritable succès commercial et mondial. C'est aujourd'hui le port spatial de l'Europe.

Le est lancée la première fusée-sonde « Véronique ». Depuis cette date jusqu'en 2003, plus de 500 lancements ont été réalisées à partir du Centre de Kourou dont plus de 160 lancements « Ariane », dont le premier exemplaire a décollé le .

Dans les années 1970, le Suriname, malgré la convention de 1978 et l'accord de coopération de 1988, reprend à son compte les thèses néerlandaises et conteste la frontière fixée sur le Litani ; les cartes surinamaises indiquent la frontière sur le Marouini. Cependant, depuis la guerre civile qui a dévasté le Surinam de 1986 à 1991, la revendication territoriale n'est plus officiellement évoquée.

À partir de 1982, avec les lois sur la décentralisation, un transfert de compétence de l'État vers les organisations territoriales est mis en place.

Le est lancé le premier exemplaire du lanceur Ariane 4 et le est lancé le premier lanceur Ariane 5 (le vol 501), son premier vol commercial a lieu le .

Dans les années 1990, la Guyane, territoire français donc intégré à l'Union européenne, devient un havre de bien-être et de richesse[réf. nécessaire] qui provoque de forts courants migratoires en provenance des pays voisins en crises économiques et sociales, comme Haïti, le Suriname (ex-Guyane néerlandaise) et le Brésil.

En 1999, à la veille du XXIe siècle, la population du territoire se monte officiellement à 160 000 habitants. En réalité, elle dépasse probablement les 200 000.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

En 2017, la population de la Guyane est de 268 700 habitants[22].

La population amérindienne, est en 2015 estimée entre 6 000 et 9 000 personnes[23], dont la majorité vit dans des « zones protégées » à l'accès strictement réglementé par les pouvoirs publics. Elle est composée de six groupes : les Kalina (anciennement appelés Galibis) et les Wayana de langue caribe, les Palikur et les Arawak proprement dits, de langue arawak, les Wayampi (ou Oyampis) et les Tekos (anciennement appelés Emerillons) de langue tupi.

En novembre 2008, le département de Guyane est bloqué par de nombreux barrages routiers érigés pour protester contre le prix des carburants à la pompe[24]. Le président de la Chambre de commerce et d'industrie de la Guyane (CCIG), Jean-Paul Le Pelletier, annonce la fermeture du port de commerce et de l'aéroport international de Rochambeau.

En , une grève générale immobilise le département. Elle débouche sur la signature du protocole des accords de Guyane « Pou Lagwiyann dékolé » le , qui est à la fois une reconnaissance par l’État de l’urgence de la situation guyanaise ainsi qu’un engagement sur un plan exceptionnel d’un montant d’un milliard d’euros.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Oruno Lara, La naissance du panafricanisme : les racines caraïbes, américaines et africaines du mouvement au XIXe siècle (essai), Paris, Maisonneuve et Larose, coll. « Caraïbes », , 380 p., 16 × 24 cm (ISBN 2-7068-1435-7, EAN 978-2-7068-1435-8).
  2. Laurence Goury, « Pluralité linguistique en Guyane : un aperçu », Amerindia, nos 26-27,‎ 2001-2002 (lire en ligne [PDF], consulté le 21 février 2020).
  3. Marguerite Fauquenoy-Saint-Jacques, Cent ans de l'histoire du créole guyanais : continuité ou divergence ?, vol. 22, Presses universitaires de France, (lire en ligne), p. 109-124.
  4. a et b Marie-Nicolas de Bouillet et Alexis Chassang, Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, Paris, Éditeurs Hachette, , 26e éd., 2054 p. (notice BnF no FRBNF30140861, lire en ligne).
  5. Blada : Fort Cépérou
  6. Vincent Belrose-Huyghues, « Sources et problématique d'une histoire religieuse de l'esclavage en Guyane : XVIIe-XVIIIe siècles », Dialogues d'histoire ancienne, vol. 10,‎ , p. 397-411 (DOI 10.3406/dha.1984.1634, lire en ligne, consulté le 21 février 2020).
  7. a et b Les Premières Générations d'une société créole : Cayenne 1660 - 1700, William Jennings, Université de Waikato-Hamilton, Nouvelle-Zélande
  8. a et b http://celia.cnrs.fr/FichExt/Am/A_26-27_09.htm
  9. http://www.gepog.org/liens/liens_secondaires/17siecle.php
  10. Antoine Biet, Voyage de la France équinoxiale en l'isle de Cayenne, Paris, F. Clouzier, , XXIV-432 p. (notice BnF no FRBNF33986406, lire en ligne).
  11. a et b http://www.jewishvirtuallibrary.org/jsource/vjw/french_guiana.html
  12. Serge Mam-Lam-Fouck (dir.) et Monique Blérald-Ndagano, Comprendre la Guyane d'aujourd'hui : un département français dans la région des Guyanes, Matoury, Ibis rouge éditions, coll. « Espace outre-mer », , 706 p. (ISBN 978-2-84450-330-5, OCLC 181091985), p. 189.
  13. Robert Larin, Canadiens en Guyane : 1754-1805, Les éditions du Septentrion, coll. « Histoire maritime », , 400 p. (ISBN 978-2-89448-445-6, lire en ligne).
  14. Jacques Michel, La Guyane sous l'Ancien Régime : le désastre de Kourou et ses scandaleuses suites judiciaires, L'Harmattan, coll. « Chemins de la mémoire », , 181 p., broché, 24 cm (ISBN 978-2-7384-0323-0, OCLC 22209452).
  15. Petit, Jacques-Guy, 1938-, Pierre, Michel, agrégé d'histoire, 1946- et Perrot, Michelle, 1928-, Histoire des prisons en France : 1789-2000, Privat, (ISBN 2-7089-6841-6 et 978-2-7089-6841-7, OCLC 401618194, lire en ligne)
  16. Max Daniel, 1792, Le Diable s'appelait André Pomme, Puteaux, Les Éditions du Net, , 162 p., 15 × 23 cm (ISBN 978-2-312-00692-5).
  17. Henri Ternaux-Compans, Notice historique sur la Guyane française, BookSurge Publishing, coll. « Elibron Classics », (1re éd. 1843), 202 p., 13,3 × 21 cm (ISBN 978-1-4212-4358-0), p. 125-126.
  18. a et b Paul Vidal de la Blache, « Le contesté franco-brésilien », Annales de géographie, vol. 10, no 49,‎ , p. 68–70 (DOI 10.3406/geo.1901.4846, lire en ligne, consulté le 24 octobre 2020)
  19. « A propos de la délimitation des frontières de la Guyane française », Annuaire Français de Droit International, vol. 2, no 1,‎ , p. 255–259 (DOI 10.3406/afdi.1956.1234, lire en ligne, consulté le 24 octobre 2020)
  20. « Robert Badinter : Les relégués en Guyane pendant la guerre, "sont des êtres que l’on a suppliciés" », sur Outre-mer la 1ère (consulté le 24 octobre 2020)
  21. Marcel Chartier, « Les territoires français d'Amérique », L'Information Géographique, vol. 12, no 3,‎ , p. 90–99 (DOI 10.3406/ingeo.1948.5360, lire en ligne, consulté le 24 octobre 2020)
  22. « 268 700 habitants au 1er janvier 2017 - Insee Flash Guyane - 120 », sur www.insee.fr (consulté le 24 octobre 2020)
  23. « Guyane française: composition ethnolinguistique », sur www.axl.cefan.ulaval.ca (consulté le 24 octobre 2020)
  24. « Le prix de l'essence enflamme la Guyane », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 24 octobre 2020)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Documentaires[modifier | modifier le code]

L'Immigration chinoise aux Antilles et en Guyane, Auteur-Réalisateur Jil Servant, Auteurs Marie-George Thébia, Jeanne Yang-Ting, Production Diffusion Les Productions de la Lanterne, CIinquillo Films, RFO Guadeloupe, 2009, 104 min

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Droit international[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]