Histoire de la Moselle

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Espace de transition entre les mondes romans et germaniques, la Moselle, comme la Lorraine, l'Alsace et la Franche-Comté, a été tiraillée entre le royaume de France et le Saint-Empire romain germanique.

Avant la Révolution[modifier | modifier le code]

L'histoire du département de la Moselle est intimement liée à l'histoire de la Lorraine avant la Révolution française.

Article détaillé : Histoire de la Lorraine.

Préliminaires de création[modifier | modifier le code]

Lorsqu'il fut question en 1790 de diviser l'ancien duché de Lorraine en départements, plusieurs députés Lorrains ont défendu l'idée de créer un département de "Lorraine allemande" (dont une grande partie de l'actuelle Moselle aurait fait partie) avec pour chef-lieu Saint-Avold ou Sarreguemines, dans le but de regrouper la zone germanophone de Lorraine en un seul bloc et d'éviter les problèmes linguistiques, par exemple au niveau administratif. En effet, lors de la séance de l'Assemblée du 8 janvier 1790, le litige principal portait sur le fait de savoir si la Lorraine allemande serait tout entière dans un seul département. Et si tel aurait été le cas, ça aurait conduit à réunir Metz et Verdun dans un même département, chose qui ne plaisait pas au députés Verdunois[1].
Finalement ce projet ne fut pas retenu pour raisons diverses et une partie de la Lorraine germanophone se retrouva dans le Nord-Est de la Meurthe (Albestroff, Fénétrange, Sarrebourg, Phalsbourg).

Langue[modifier | modifier le code]

Dans son dictionnaire topographique du département rédigé en 1868 (concernant donc la Moselle dans ses anciennes frontières), Ernest de Bouteiller décrit comme suit : « Si vous tirez une ligne oblique du Nord Ouest au Sud Est, c'est-à-dire de Mont-Saint-Martin à Uckange, puis, en suivant, d'Uckange à Gros-Tenquin, le département sera partagé en deux moitiés, dont on peut dire que l'une, au Nord Est, est toute allemande et l'autre, au Sud 0uest, toute française. Il arrive parfois que deux villages, quoique voisins, se comprennent difficilement ou ne se comprennent pas du tout, et cette différence de langage a existé de temps immémorial ».

« Le patois parlé (roman), subsiste encore aujourd'hui dans les villages ; mais il tend chaque jour à disparaître, pour faire place à la langue française ».

« Dans l'arrondissement de Thionville, il existe un patois allemand dont les différences caractéristiques se rapportent à une langue particulière. Des mots propres qui ne se trouvent pas dans l'allemand ».

Du Premier au Second Empire (1789-1871)[modifier | modifier le code]

La Moselle est l'un des 83 départements créés à la Révolution française, le en application de la loi du , à partir notamment de la partie nord de la Province de Lorraine. L'un de ses premiers préfets fut le comte de Vaublanc de 1805 à 1814.

En Mars 1793, il restait encore dans le département plusieurs enclaves étrangères : Manderen, Hundling, Rouhling, Lixing, Zetting et Dieding[2]. Le comté de Créhange est intégré de facto au département en 1793, puis de jure en 1801 via le traité de Lunéville.

Le département connaît diverses rectifications de frontière jusqu'au traité de Paris de 1815, où lui est repris la ville de Sarrelouis et ses environs (voir : Canton de Relling, Canton de Sarrelouis, Canton de Tholey).
Il en est de même de la ville de Sarrebruck et de ses environs, lesquels n'étaient rattachés à ce département que depuis le traité de Paris de 1814. Ainsi que Bouquenom[3] et Sarrewerden[4] qui étaient rattachés au département de 1790 à 1793, puis Obersteinbach en 1833 qui furent transférés au Bas-Rhin. Le département est alors divisé en quatre arrondissements : Metz (chef-lieu du département), Briey, Sarreguemines et Thionville.

Carte de la Moselle, peu après sa création.

La première moitié du XIXe siècle est marquée par les épidémies de choléra, cela principalement dans l'Ouest mosellan.

Sous l'Empire allemand (1871-1919)[modifier | modifier le code]

Article connexe : Alsace-Lorraine.

La Moselle disparaît le , à la suite du traité de Francfort par lequel le nouvel Empire allemand, proclamé le 18 janvier précédent dans la galerie des glaces du château de Versailles, en annexe la plus grande partie, ainsi qu'une portion du département de la Meurthe et des Vosges. Seul l'extrême-ouest de la Moselle -l'actuel arrondissement de Briey- reste français et forme, avec les arrondissements du département de la Meurthe restés français, le nouveau département de Meurthe-et-Moselle. Les territoires devenus alors allemands comprennent non seulement la partie germanophone de la Lorraine, avec Thionville, Boulay, Sarreguemines et Sarrebourg, dont les habitants parlent le platt, mais encore des régions où l'on parle français, comme le Pays messin ou le Saulnois (sauf le canton d'Albestroff). Les arrondissements existants depuis la Révolution sont redécoupés[5], et l'on crée le Bezirk Lothringen, correspondant à l'actuel département de la Moselle. Il forme avec l'Alsace, le Reichsland d'Alsace-Lorraine, avec Strasbourg pour chef-lieu. De là est né le mythe des provinces perdues, correspondant en fait à cette nouvelle terre d’Empire, ou Reichsgebiet, dont les traces subsistent dans le statut particulier de l'Alsace-Moselle.

1852 Levasseur Map of the Department De La Moselle, France - Geographicus - Moselle-levasseur-1852.jpg
Redécoupage des frontières départementales à la suite de l'annexion de 1871

Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le 28 juin 1914, l’archiduc François-Ferdinand d'Autriche est assassiné par un fanatique bosniaque. Des officiers serbes semblent compromis dans l’attentat. Le 28 juillet, après un ultimatum, l’Autriche-Hongrie attaque donc la Serbie, alliée de la Russie. L’engrenage des alliances s’enclenche. Le 1er août 1914, après un ultimatum, l’Allemagne déclare la guerre à la Russie, puis à la France, le 3 août 1914. Le Luxembourg et la Belgique, pays neutres, sont envahis par l’Allemagne. Le lendemain, la Grande-Bretagne entre dans le conflit aux côtés de la France et de la Russie. Alliée de l’Autriche-Hongrie, l’Italie déclare qu’elle n’interviendra pas[6]. Si 3 000 Alsaciens-Lorrains incorporables fuient le Reichsland Elsaß-Lothringen avant la mobilisation, pour s’engager dans l’armée française, des milliers d’autres se portent volontaires dans l’armée allemande[7]. L’écrasante majorité des Alsaciens-lorrains répond sans état d’âme à l’ordre de mobilisation du Kaiser[7]. Les Mosellans sont donc incorporés dans les troupes allemandes et se battent pour l'Empire allemand.

Entre 1914 et 1918, si 18 000 Alsaciens et Mosellans s'engagent dans l'Armée française ou désertent pour la rejoindre[8], 380 000 Alsaciens-Lorrains, soit plus de 95 % des conscrits, se battent loyalement pour l'Empire jusqu’à la fin de la guerre, souvent jusqu'à l'ultime sacrifice[8]. Leurs tombes sont aujourd'hui entretenues par le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge. Ceci explique la spécificité des monuments aux morts du département qui ne portent souvent que l'inscription lapidaire « À nos morts » en lieu et place du traditionnel « Morts pour la France ». Durant le conflit, l'esprit de revanche, que nourrissait la perte de l'Alsace-Lorraine au sein de la population française et de sa classe politique, exalte en France un sentiment profondément germanophobe, qui subsistera après guerre, suscitant un sentiment d'incompréhension chez les Mosellans, et un certain malaise chez les anciens combattants[9].

Entre-deux Guerres[modifier | modifier le code]

Entre l'armistice du 11 novembre 1918 et la promulgation du traité de Versailles le 10 janvier 1920, la Moselle est juridiquement un territoire sous occupation de l'armée française. Quand en 1919, le traité de Versailles rendit à la France les territoires lorrains perdus, on ne reconstitua pas les anciens départements, mais le "Bezirk Lothringen" devint le "nouveau" département de la Moselle, conservant les anciens arrondissements de Boulay-Moselle, Forbach, Metz, Sarreguemines et Thionville et ceux de Château-Salins et Sarrebourg, qui avant 1871 appartenaient à la Meurthe. Le département de Meurthe-et-Moselle resta inchangé, conservant l'arrondissement "mosellan" de Briey.

La géographie de ces départements n'a pas été modifiée après le traité de Versailles, car les trois départements annexés, constituant l'Alsace-Moselle, jouissent de particularités locales dues au fait que des lois fondamentales de la République française (loi de séparation des Églises et de l'État[10], qui ont été votées dans la « France de l'intérieur » pendant la période allemande, n'y sont pas appliquées. Les élus Alsaciens et Mosellans n'entendaient pas qu'un rattachement à la France leur fasse perdre leurs avantages acquis (sécurité sociale, jours fériés, rémunération des cultes par l'État) et auraient été en droit de poser la question du rattachement de l'Alsace et de la Lorraine à l'Allemagne, ou à la France, devant la Société des Nations, qui aurait organisé un référendum. En Alsace et en Moselle, on bénéficie ainsi de jours fériés supplémentaires (Vendredi saint et Saint-Étienne, lendemain de Noël), par rapport au reste de la France. De même, en Alsace-Moselle, les trains circulent à droite comme en Allemagne, alors que dans le reste de la France, ils circulent à gauche[11].

Dans l'entre-deux-guerres, la Moselle reste traumatisée par les déchirures de la guerre et les dommages collatéraux des nationalismes. Les intellectuels mosellans réagissent diversement au rattachement de la Moselle à la France. Certains s’engagent sur la voie d’un nationalisme pro-français, revanchard et cocardier. D’autres s’engagent sur la voie antagoniste d’un nationalisme pro-allemand, tout aussi vindicatif et belliqueux. D’autres encore, comme Adrienne Thomas[12], Polly Maria Höfler, Ernst Mungenast ou Alfred Pellon[13], hésitent entre un pacifisme sincère, mais naïf, et un régionalisme culturel identitaire[14]. Ces mouvements, plus ou moins autonomistes, seront ensuite largement exploités par les nazis[15]. Ce combat identitaire, souvent mené par des intellectuels idéalistes, qui s’inscrit parmi des courants de sensibilité à l’œuvre dans l’Europe entière, traduit aussi une crise d’identité propre à l’ensemble des Alsaciens-Lorrains[16].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Annexion de la Moselle.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les départements de la Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin sont annexés de facto au Reich allemand, entre 1940 et 1945. L'annexion de la Moselle par l'Allemagne nazie, qui considère la région comme une terre germanique, est d'autant plus brutale. La Moselle, ou CdZ-Gebiet Lothringen, est alors intégrée au Gau Westmark.

Dès la déclaration de guerre le 3 septembre 1939, près de 30 % du territoire de la Moselle se trouve entre la Ligne Maginot et la frontière allemande[17]. 302 732 personnes, soit 45 % de la population du département, sont évacuées pendant le mois de septembre 1939 vers des départements du Centre et de l'Ouest de la France, essentiellement la Charente, la Charente inférieure, la Vienne, la Haute-Vienne et enfin la Haute-Loire qui accueillent les mineurs[18]. L'ordre d'évacuation pour les villages frontaliers comme Oberdorff est donné dès le 1er septembre[19]. Parmi les quelque 300 000 évacués, 200 000 reviendront après la défaite[20]. De la déclaration de guerre de la France à l'Allemagne le 3 septembre 1939, à juin 1940, la « drôle de guerre » donne l’illusion à la France qu’elle tiendra ses positions grâce à la ligne Maginot et à la vaillance de ses troupes, et qu'elle obtiendra la victoire, comme en 1918. En juin 1940, l’entrée des troupes allemandes dans les villes de Moselle marque le début d’une répression brutale, dont les Mosellans ne se relèveront qu’en 1945.

Le Gauleiter Josef Bürckel prend ses fonctions le 7 août 1940 à Sarrebruck, en tant que nouveau chef de l'administration civile allemande en Moselle. Le « CdZ-Gebiet Lothringen » remplace officiellement le département de la Moselle. Le 8 août 1940, le préfet Bourrat est expulsé de ce nouveau « territoire allemand ». Les Messins résistent en silence et organisent une manifestation patriotique, place Saint-Jacques à Metz : la statue de Notre-Dame est fleurie aux couleurs tricolores. Les autorités allemandes réagissent immédiatement et expulsent le lendemain l'évêque de Metz, Mgr Heintz. Des milliers de Messins, fonctionnaires, patriotes, ou anciens militaires, sont à leur tour expulsés.

Les Mosellans étant pour la plupart réticents face à l’occupant, 60 000 Mosellans francophiles ou francophones, jugés « indésirables », sont expulsés vers la France, du 11 au 21 novembre 1940. Le 30 novembre, la Moselle est réunie à la Sarre et au Palatinat pour former une nouvelle province allemande, le Gau Westmark. Conscient du ressentiment des Mosellans, le Führer Adolf Hitler ne fera pas de long discours à la population civile, lors de sa venue à Metz, le jour de Noël, 25 décembre 1940[21]. Hitler se contentera de rendre visite à la 1re division SS, stationnée dans le secteur de Metz depuis août 1940, passant la nuit du 25 au 26 décembre à l'Hôtel des mines[note 1]de l'avenue Foch, en compagnie de Sepp Dietrich et des cadres de cette unité[21]. Le lendemain 26 décembre 1940, après avoir passé en revue ses troupes d'élite, Hitler leur fit un discours[22], et se rendit dans l'après-midi à Sarrebourg, puis à Lutzelbourg, où il fut reçu vers 17 h à l’hôtel des Vosges, pour fêter Noël avec les hommes du 125e régiment d'infanterie[21].

Le 25 janvier 1941, un appel veut inciter les Mosellans à entrer dans l’organisation des Hitlerjugend. La germanisation des esprits se poursuit lentement, mais sûrement[note 2]. Les Bund Deutscher Mädel (BDM) recrutent activement dans les écoles mosellanes. Le ministre de l'Éducation et de la Propagande du Reich, Joseph Goebbels, se déplace en personne à Metz en 1941, pour visiter les locaux du Metzer Zeitung[note 3], un journal de propagande incitant les Mosellans à adhérer aux organisations nazies[23]. Pour échapper à cette pression quotidienne, 6 700 optants émigrent vers la France entre le 6 avril et le 3 mai 1941.

La répression policière se fait plus brutale ; les premières condamnations prononcées par le tribunal spécial de Metz tombent le 20 avril de la même année. Le 23 avril 1941, le décret d'incorporation des Mosellans, garçons et filles de 17 à 25 ans, dans le Reichsarbeitsdienst (RAD) est publié en Moselle.

Alors que la Hitlerjugend devient obligatoire pour les jeunes mosellans le 4 août 1942, une ordonnance instituant le service obligatoire dans la Wehrmacht pour les Mosellans est promulguée le 19 août 1942. Dix jours plus tard, une seconde ordonnance, portant sur l'octroi de la nationalité allemande à l'ensemble des Mosellans, rend applicable l'incorporation des jeunes gens dans l'armée allemande, les futurs « Malgré-nous »[note 4]. Les classes 1920-1924 sont immédiatement appelées sous les drapeaux[note 5]. Tous les habitants de l'Alsace-Moselle annexée au IIIe Reich savaient comment Hitler, et les nazis, avaient anéanti en Allemagne toute opposition au régime. Refuser la germanisation et la nazification était donc suicidaire. Pourtant, certains choisissent de s'engager dans la résistance.

Poursuivant la politique de germanisation, plus de 10 000 patriotes ou résistants à l'annexion sont expulsés de leurs foyers et transportés, par la Gestapo, en Silésie, en Pologne, ou dans les Sudètes, entre le 12 et le 28 janvier 1943. Ces familles d’agriculteurs, de travailleurs ruraux ou de mineurs, sont ainsi contraintes d’enrichir le Reich, sans espoir de retour.

Pourtant, les Mosellans continuent de se rebeller et le train qui conduit les recrues du RAD, de Sarrebourg à Sarreguemines, est mis à sac, le 18 février 1943. Le 12 mai 1943, l’arrestation des passeurs du réseau de Rehtal[24] allonge la liste des condamnations. Preuve de la révolte contre l’occupant nazi, 1 250 incorporables mosellans, ayant déjà servi dans l'armée française, se rebellent à Sarreguemines le 25 juin 1943.

Le 20 septembre 1943, le chef du réseau Mario, Jean Burger, est arrêté. Pour faire face à l’insoumission, ou aux désertions des Mosellans, une ordonnance consacre la responsabilité collective du « clan », en cas de défaillance d'un appelé, le 1er octobre 1943. L’insoumis expose donc maintenant sa famille à des représailles implacables. La répression se faisant plus brutale encore, le fort de Queuleu devient un camp d'internement en octobre 1943 et le camp de Woippy ouvre le mois suivant, en novembre 1943. Le 15 décembre de la même année, les membres du groupe Derhan[note 6] sont à leur tour arrêtés.

À l’été 1944, la roue du destin tourne en faveur des Alliés et des Mosellans. Les résistants Alfred Krieger et son adjoint Scharff en profitent pour structurer les FFI dans la région. Le 17 août 1944, le fort de Queuleu est évacué dans la hâte. En septembre 44, la brigade Alsace-Lorraine est créée. Elle permet aux Mosellans de se battre pour leur pays. Alors que la bataille de Metz commence, le camp de Woippy est abandonné, le 1er septembre 44. Le 20 septembre, le Gauleiter Bürckel déclare la partie sud-ouest du CdZ-Gebiet Lothringen « zone des armées ». Il est par conséquent interdit de franchir une ligne allant d'Apach au Donon, et passant par Sierck, Courcelles, Faulquemont, et Sarrebourg[25]. Le Gauleiter Bürckel se suicidera peu après, le 28 septembre 1944. Après trois mois de combats, la bataille de Metz prend fin. La ville est enfin libérée le 22 novembre 1944, après quatre ans d’annexion. Les combats se poursuivent maintenant à l'Est du département, sur la Sarre.

Le bilan matériel de l'année 1944 est très lourd. À partir du printemps 1944, les bombardiers américains se sont succédé par vagues au-dessus de la Moselle, faisant d’énormes dégâts collatéraux. Si les populations civiles furent durement touchées, les dégâts matériels furent plus grands encore[note 7]. Les dévastations sont généralisées dans la vallée de la Seille, entre Dieuze et Metz, et au nord d'une ligne Forbach-Bitche. 23 % des communes de la Moselle furent détruites à plus de 50 %, et 8 % des communes le furent à plus de 75 %[26]. Dans la seule journée du 9 novembre 1944, un total de 1 299 bombardiers lourds B-17 et B-24 déversèrent 3 753 tonnes de bombes, de 1 000 à 2 000 livres, sur les ouvrages fortifiés de la Moselstellung et les points stratégiques situés dans la zone de combat de la IIIe armée[27]. Ce funeste ballet aérien ne prendra fin, au-dessus de la Moselle, qu’en mars 1945, lorsque le département sera entièrement libéré. L'épuration politique s'organise en Moselle. Fin décembre 1944, 150 allemands sont arrêtés dans le département et conduits au fort de Queuleu[28].

Après-Guerre[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale et la fin de l'annexion nazie de la Moselle et de l'Alsace, le département mosellan est rattaché administrativement aux deux départements alsaciens[note 8]. La Moselle intègre cependant la « région de programme de Lorraine » qui est créée en 1956[29] et qui est administrée par les préfets de la Moselle à partir de 1964. En 1972, l'académie de Nancy-Metz voit le jour, la Moselle est alors détachée de l'académie de Strasbourg dont elle faisait partie depuis 1919. En 1982, suite aux lois Deferre sur la régionalisation, les régions obtiennent le statut de collectivité territoriale et le département de la Moselle fait partie de celle de Lorraine jusqu'en décembre 2015.

XXIe siècle[modifier | modifier le code]

À la suite de la réforme des régions, le département mosellan est inclus dans la région Grand Est depuis le . À l'instar de sa voisine l'Alsace, et dans le cadre de la différenciation territoriale, voulue par le président Emmanuel Macron, la Moselle a demandé en 2018 le statut de « Collectivité Européenne de Moselle »[30]. Le département, en effet, cumule les caractéristiques frontalières, avec quatre cinquième des frontières avec le Luxembourg, l'intégralité des frontières avec le Land de Sarre et le tiers avec le Land de Rheinland-Pfalz. Il comprend également des réalisations transfrontalières significatives comme le pays des trois-frontières, l'Eurodistrict SaarMoselle, le Parc naturel régional des Vosges du Nord/Pfälzerwald, le parc archéologique européen de Bliesbruck-Reinheim, etc. Comme ses voisins du Rhin, la Moselle a l'intégralité de ses frontières sur le bassin rhénan, et possède dans grosso modo la moitié de son territoire un patrimoine culturel germanophone historique. L'ensemble du département, de par sa position géoéconomique, ses particularités juridiques et culturelles, a les mêmes atouts pour bénéficier de compétences propres en matière de coopération transfrontalière, de bilinguisme, d'attractivité du territoire, de transport et de culture.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'"Hôtel Royal" servira de PC à l'armée américaine le 22 novembre 1944. in Anthony Kemp: Lorraine - Album mémorial - Journal pictorial : 31 août 1944 - 15 mars 1945, Heimdal, 1994, (p. 340-341).
  2. L'apprentissage de l'Allemand à l'école se fait notamment par des comptines allemandes, comme « Hänschen klein » pour les plus jeunes, ou l'apprentissage de l'histoire mouvementée des Germains pour les plus âgés.
  3. Le « Metzer Zeitung » reprend insidieusement le titre d'un journal de Metz fondé en octobre 1871 par les frères Lang, et qui avait cessé ses éditions le 15 novembre 1918. ( François Roth: Le Temps des journaux 1860-1940, Presses universitaires de Nancy, Bar-le-Duc, 1983, p.80 ).
  4. L'incorporation dans les troupes allemandes de plus de 380 000 Alsaciens-Lorrains en 1914, et leur conduite exemplaire pendant la Première guerre mondiale, servit de prétexte à la propagande nazie, qui voulait exploiter la fibre patriotique des anciens combattants. Le résultat fut pour le moins mitigé, et la plupart des officiers mosellans de la Grande Guerre refusèrent de prendre la carte du NSDAP et les privilèges qu’elle conférait.
  5. À partir du 16 février 1943, l'appel sous les drapeaux est étendu aux classes 1914-1924 et progressivement aux classes 1925, 1926 et 1927.
  6. Joseph Derhan, ouvrier à Hagondange avait formé dès 1942 un "groupe gaulliste".
  7. En 1951, on recensa 44 600 bâtiments totalement détruits et 141 009 partiellement atteints.
  8. Après avoir administrativement dépendu du Gau Westmark en tant que CdZ-Gebiet pendant 4 ans.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Louis Masson - Histoire administrative de la Lorraine, des provinces aux départements et à la région
  2. Louis E. de Chastellux - Le territoire du département de la Moselle, Histoire et statistique.
  3. Bouquenom - Notice Communale
  4. Sarrewerden - Notice Communale
  5. L’arrondissement de Metz-Ville devient le Stadtkreis Metz, le Landkreis Metz incluant quant à lui l’arrondissement de Metz-Campagne et quelques cantons proches de la ville.
  6. Jacques Bouillon ; Françoise Brunel ; Anne Marie Sohn : « 1914-1945 ; le monde contemporain », Bordas, Paris, 1980 (p. 8-9)
  7. a et b Jean-Noël Grandhomme ; Francis Grandhomme:« Les Alsaciens-Lorrains dans la Grande Guerre », La Nuée Bleue, Strasbourg, 2013.
  8. a et b 1914-18 : La grande guerre sur memorial-alsace-moselle.com
  9. 919-38 : L'entre-deux guerres sur memorial-alsace-moselle.com.
  10. « L'Alsace-Moselle garde le concordat », LeFigaro.fr, (consulté le 3 mars 2013)
  11. « Sens des trains en Alsace », jds.fr (consulté le 11 mars 2013)
  12. Auteur de Die Katrin wird Soldat, un roman paru en 1930, dont l’intrigue se situe à Metz, et qui sera brûlé par les nazis pour son « pacifisme ».
  13. Alfred Pellon (1874-1949) dira à la fin de sa vie : « Nous autres Lorrains, nous n’avons pas de Patrie. »
  14. Jacques Lorraine, Les Allemands en France : la théorie du sang et la France, la zone interdite Est, la Bretagne, l’Alsace et la Lorraine, terre d’épreuve, éd. du Désert, 327 p. , Alger-Oran, 1943–1945.
  15. Meißner Otto, Elsaß und Lothringen, Deutsches Land, Verlkagsanstalt Otto Stollberg, 324 p. , Berlin, 1941.
  16. Jacques Lorraine, Les Allemands en France : la théorie du sang et la France, la zone interdite Est, la Bretagne, l’Alsace et la Lorraine, terre d’épreuve, éd. du Désert, 327 p., Alger-Oran, 1943–1945.
  17. Bernard Le Marrec et Gérard Le Marrec, Les années noires, la Moselle annexée par Hitler, Éditions Serpenoises, , 315 p. (ISBN 287692062X), p. 25
  18. Le Marrec, op. cit., p. 27
  19. Eugène Jager et Victor Starck, 39-45 dans nos villages, destin frontalier des communes de Château-Rouge, Heining, Oberdorff, Tromborn et Voelfing,
  20. Le Marrec, op. cit., p. 133
  21. a b et c « Visite inopinée », Le Républicain lorrain,‎ (lire en ligne)
  22. (en) Hans Quassowski, Twelve Years With Hitler : A History of 1. Kompanie Leibstandarte SS Adolf Hitler 1933-1945, (ISBN 978-0764307775), p. 121 (Discours à la LSSAH, le 26 décembre 1940 à Metz).
  23. L’armistice du 22 juin 1940 et les départements lorrains sur republicain-lorrain.fr.
  24. Emile Erb :Le réseau d’évasion du Rehtal. Récit ronéoté, 1978.
  25. 1944-1945, Les années Liberté, Le Républicain Lorrain, Metz, 1994. (p. 35)
  26. "Bilan", in 1944-1945, Les années Liberté, Le Républicain Lorrain, Metz, 1994 (p. 54).
  27. Colin, Jean (Général) : Contribution à l'histoire de la libération de la ville de Metz; Les combats du fort Driant (Septembre-Décembre 1944), Académie nationale de Metz, 1963 (p. 13).
  28. Cédric Neveu: Les camps d'internement du fort Queuleu 1943-1946, conférence du 6 mai 2011 de la Société d'Histoire du Pays Naborien.
  29. Ministère des affaires économiques et financières, « Cadre des programmes d'action régionale », Journal officiel de la République française,‎ , p. 11649 (lire en ligne)
  30. « Vers une collectivité européenne de Moselle ? – viàMirabelle » (consulté le 25 février 2019)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • René Taveneaux et Jean Lanher (dir.) :Encyclopédie illustrée de la Lorraine, dans Encyclopédie illustrée de la Lorraine; Histoire de la Lorraine, Serpenoise ; Presses universitaires de Nancy, Metz, Nancy, 1990-1994.
  • Michel Le Moigne, Mélanges d'histoire lorraine : d'une Moselle à l'autre, 1992.
  • Michel Parisse (dir), Histoire de la Lorraine, Privat, Toulouse, 1977
  • Jérôme Estrada et François Moulin: Histoire de la Lorraine : 100 lieux pour comprendre, L'Est Républicain, 2011.
  • Pierre Brasme, Histoire de la Lorraine des origines à nos jours, Éditions Ouest-France, Histoire des provinces, 2012.
  • René Caboz: La Bataille de la Moselle : 25 août-15 décembre 1944, éditions Pierron, Sarreguemines, 1981.
  • René Caboz: La Bataille de Metz : 25 août-15 septembre 1944, Éditions Pierron, Sarreguemines, 1984. (ISBN 2-7085-0022-8).
  • René Caboz: La bataille de Thionville ou La libération du pays des trois frontières : 25 août-25 décembre 1944, Éditions Pierron, Sarreguemines, 1991.
  • René Caboz: La bataille de Nancy : Luneville, Château-Salins, Faulquemont : 25 août-17 novembre 1944, Éditions Pierron, Sarreguemines, 1994.
  • René Caboz: La bataille de Maizières-lès-Metz : 25 août-8 novembre 1944 ; suivi de Maizières la martyre : sélection de documents et photographies Ville de Maizières-lès-Metz, 1994.
  • François Waag, Histoire de la Moselle : le point de vue mosellan, 2018 (ISBN 2367470537 et 9782367470535)

Articles connexes[modifier | modifier le code]