Histoire du Brésil

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Carte du Brésil

Cet article présente un résumé de l’histoire du Brésil.

Le Brésil est le pays le plus vaste et le plus peuplé d’Amérique latine. C'est également le cinquième pays du monde par la superficie et par le nombre d’habitants : le Brésil couvre la moitié du territoire de l’Amérique du Sud et il en regroupe plus de la moité des habitants. Il partage des frontières avec tous les pays d’Amérique du Sud à l’exception du Chili et de l'Équateur.

La période précoloniale[modifier | modifier le code]

Les premiers humains arrivèrent au Brésil il y a quelque 60 000 ans selon les recherches archéologiques internationales effectuées sur les sites préhistoriques de Pedra Furada du Parc national de Serra da Capivara (classé Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO en 1991), située au Sud-est de l’État du Piauí (centre du Brésil).

En 2003, des traces d'une civilisation évoluée sont confirmées dans le haut-Xingu. À partir de recherches des vingt dernières années, une carte contenant pas moins de 19 villages a été mise à jour. Certain de ces villages auraient eu une population de 2500 à 5000 habitants. Contrairement à la majorité des autres civilisations qui se sont développées le long des côtes, il semble que cette civilisation se soit développée en fonction de la forêt et de ses ressources[1]. Cette civilisation aurait atteint son apogée entre 1200 et 1400 après J.-C. et aurait duré plus de 1000 ans.

À la fin du XVe siècle, tout le territoire était habité par des tribus semi-nomades (plus de 200 ethnies) ne connaissant pas la propriété privée. Les tupinambas formaient l’ethnie la plus importante. Ces populations vivaient grâce à la pêche, chasse, cueillette et l’agriculture. Les Indiens se peignaient souvent la peau de couleur différente, leur aliment de base était le manioc, mais ils cultivaient aussi le maïs et le tabac. Ils ont inventé le hamac et la sarbacane.

L’époque coloniale (1500-1822)[modifier | modifier le code]

Carte géographique du Brésil datant du XVIe siècle.
Article détaillé : Découverte du Brésil.

Le navigateur portugais Pedro Alvares Cabral découvre les côtes brésiliennes le . Certains (dont les autorités académiques brésiliennes) attribuent pourtant cette découverte à l’Espagnol Vicente Yañez Pinzon, compagnon de Colomb, en 1499. Sa découverte sera attestée par Colomb lui-même, Diego de Lepe et Rodrigo de Bastidas. Les Espagnols ne revendiquèrent pas cette terre en application du traité de Tordesillas de 1494.

Les Portugais ayant l’habitude de planter des croix « padrão » sur toutes les terres qu’ils découvraient, le premier nom de la colonie fut « terre de la Véritable Croix » (terra de Vera Cruz). Mais les colons portugais qui s’installèrent sur les côtes l’appelèrent Brésil, du nom du bois de brésil qui donne une teinture vermeil (brasil en portugais signifie « braise ») ; les Indiens furent d’abord appelés les Brésils. Les Indiens acceptant facilement de couper du bois en échange d’outils, de draps ou de verroterie.

Si les Espagnols respectèrent le traité de Tordesillas, le roi de France François Ier tenta de s’implanter au Brésil grâce au navigateur Verrazano à partir de 1523. Les Français poursuivirent la colonisation notamment autour de la baie de Guanabara. Durant l’été 1554, Nicolas Durand de Villegagnon visita secrètement la région du Cabo Frio, sur la côte brésilienne, où ses compatriotes se cachaient habituellement. Le projet était de transformer cette zone en une puissante base militaire et navale, depuis laquelle la Couronne française pourrait tenter de contrôler le commerce avec les Indes occidentales. La France antarctique fut le nom donné à l’éphémère colonie française qui occupa la baie de Rio de Janeiro de 1555 à 1567. Cette tentative de colonisation française dura une dizaine d’années et se solda par un échec face aux forces portugaises. En réponse aux autres tentatives françaises de conquête territoriale au Brésil (avec la France équinoxiale près de São Luís (Maranhão) entre 1612 et 1615), la Couronne portugaise décida d’intensifier la colonisation du Brésil et d’améliorer son statut[2].

Le « bois brésil » ne suffisant plus à assurer le développement économique du nouveau territoire, le roi Jean II de Portugal (João II) le confie à de grands seigneurs (les donataires) qui accordent de vastes domaines à des colons, à charge pour eux d'y faire cultiver la canne à sucre[3]. Le , Martim Afonso de Sousa fonde le premier village de colonisation : la Vila de São Vicente. Le système du donataire est généralisé en 1532 : des postes de défense sont cédés comme donation à divers nobles portugais. Le Brésil est divisé en 15 lot de 50 lieues de côtés, confiés chacun à un capitaine-donataire. Le roi du Portugal délègue à chacun une partie de ses pouvoirs militaire, judiciaire et administratifs. Ils obtiennent 20 % des terres de la capitainerie, le droit de réduire les Indiens en esclavage, de percevoir certaines redevances. Les colons doivent au capitaine-donataire le service militaire et le paiement de certains impôts. Ils reçoivent une concession de terres (sesmaria) et le droit au culte catholique dont l’entretien doit être payé par le roi. Le roi conserve la perception des dizimes (dîmes), le monopole du bois-brésil et des épices et l’impôt du quinto (le cinquième des pierres et des métaux précieux extraits)[4].

Les premiers colons portugais mettent les Amérindiens en esclavage pour exploiter la canne à sucre ou le bois précieux. Le fait que ceux-ci sont pour la plupart analphabètes sera vu comme une régression féodale. Mais les Amérindiens déjà peu nombreux fuient à l’intérieur des terres ou préfèrent se suicider que d’être esclaves. C’est alors que les Portugais ont recours à des esclaves noirs d’Afrique. Les premiers esclaves africains sont déportés au Brésil en 1532[4]. En 1600, le Brésil est devenu le premier producteur et exportateur de sucre au monde et participe pleinement au commerce triangulaire. Les colons échangent alors les productions agricoles contre de l’argent ou des biens (meubles, habits) d’Europe et essaient de copier le mode de vie des aristocrates portugais (les fidalgos) eux-mêmes deviennent les afidalgados.

En 1630, les Néerlandais de la compagnie néerlandaise des Indes occidentales (West-Indische Compagnie ou WIC) enlèvent aux Portugais les villes de Recife, Natal et Salvador afin de s’assurer une partie de la production sucrière. Recife devient la capitale de la colonie sous le nom de Mauritsstaad. Les populations locales se révoltent (Insurreição Pernambucana ou « Insurrection de Pernambouc ») contre leur présence à la faveur de la Première Guerre anglo-néerlandaise (1652-1654) et à l’issue de laquelle le Portugal récupère ces territoires.

Les Portugais se procuraient les esclaves contre des produits manufacturés ou des fruits sud-américains au Nigéria, au Cameroun, au Gabon, au Ghana, au Congo, au Mozambique, en Tanzanie, au Kenya, au Zimbabwe et surtout au Bénin et en Angola. La côte angolaise devient aussi une colonie brésilienne dirigée à Luanda par un gouverneur qui n’est autre qu’un grand propriétaire brésilien. Les négriers portugais ont même déporté des neveux du mani-kongo.

À l’arrivée au Brésil, les familles et les compatriotes noirs sont séparés afin de ne pas susciter de solidarité entre esclaves et apprennent néanmoins le portugais. Les esclaves travaillent du lever au coucher du soleil et obtiennent un repas par jour. L’espérance de vie moyenne d’un esclave est alors de 5 ans à partir du moment où il commence à travailler et le taux de mortalité dépasse alors le nombre de naissances, ce qui incite les Portugais à importer de nouveaux esclaves d’Afrique. Ensuite, ils meurent souvent de fatigue, de malnutrition ou de maladie (ils n’ont pas droit à des soins de santé)[réf. nécessaire]. Ils sont rebaptisés par leurs maîtres et portent le nom de famille de ceux-ci. Les esclaves vivent dans la senzala autour de la villa de leur maître.

Des contre-maîtres circulent la nuit pour vérifier si les esclaves ne s’enfuient pas ou ne préparent pas de révolte. Les esclaves qui arrivent à s’enfuir son marqués au fer s'ils sont rattrapés. Pour s’assurer leur obéissance, les maîtres cherchent à les intimider, ils les font fouetter par les contre-maîtres. Même les blancs pauvres avaient au moins deux esclaves[réf. nécessaire]. Le dimanche, les esclaves ont un jour de repos ; c’est le dimanche que les esclaves d’origine kongo (Angola et Congo) organisent la congada une fête en l’honneur de leur monarque jadis en Afrique, la congada serait à l'origine du carnaval de Rio.

Les femmes blanches sont rares dans une colonie où la violence règne. Les maîtres doivent alors prendre plusieurs femmes ou maîtresses, noires et indiennes, ainsi il ne sera donc pas rare de voir par la suite des maîtres métis. Les enfants d’esclave et de maîtres peuvent aussi être esclaves ou libres comme serviteurs, artisans ou petits paysans. Les maîtresses blanches quant à elles prostituent souvent leurs esclaves. Si l’Église catholique romaine a encouragé[réf. nécessaire] pendant longtemps l’esclavage des noirs, elle condamnait celui des Indiens. Dans la mentalité européenne de l’époque le travail est quelque chose de sale, réservé aux esclaves ou aux serfs.

Les Portugais différencient alors les types de métis ainsi : caboclo (métis de blanc et d’indien), cafuzo (métis d’indien et de noir) et le mulato (métis de noir et de blanc), ce dernier terme qui est dérivé du mot mulet peut-être péjoratif. En 1570, le Brésil compte alors à peu près 20 000 Blancs, 30 000 Noirs et 800 000 indiens. En 1650, la population blanche est alors estimée à 70 000 âmes, la population noire à 100 000 et les métis en comptent 80 000.

L’élément noir et le métissage jouent un rôle important dans la démographie et la culture brésilienne. L’époque coloniale va marquer durablement l’histoire du pays, la suprématie des blancs, de grands propriétaires fonciers, le racisme, le métissage, mais aussi la ségrégation entre maitre et esclaves entrainera plus tard une ségrégation entre riches et pauvres, et la création d'armées privées.

Les révoltes d’esclaves sont nombreuses : quasiment une par an. Au XVIIIe siècle, des esclaves travaillant la canne à sucre dans le Pernambouc se révoltent et fuient dans les montagnes. Ils fondent le territoire autonome, ou quilombo, de Palmares. Cette rébellion, qui dura près d'un siècle, fut le plus long soulèvement d'esclaves de l’histoire. En 1775, l’esclavage des indiens est aboli et le recours aux esclaves africains est accru. Le trafic d’esclave est alors également assuré par les grands propriétaires brésiliens et les trafiquants étrangers (non portugais). Après trois siècles de colonisation portugaise, le pouvoir politique est alors au mains des grands propriétaires possédant terres, esclaves et surtout armée de mercenaires impressionnants. Ils font leurs commerces librement et ne versent que des impôts à la couronne portugaise. L’influence des commerçants étrangers est aussi importantes. Le Portugal n’a plus que très peu d’autorité sur sa colonie.

Le Royaume Uni du Portugal, Brésil et Algarves[modifier | modifier le code]

En 1808, le roi du Portugal Jean VI doit fuir Lisbonne pour Rio de Janeiro devant les troupes napoléoniennes qui envahissent son pays. Rio devient alors capitale de l’empire colonial portugais.

C’est alors que le pays perd son statut colonial et peut commercer avec tous les pays (Carta Regia). L’interdiction de créer des manufactures est levée et la première université fondée. L’Angleterre assure la protection du Brésil en échange de contrats commerciaux. Après le départ des troupes napoléoniennes du Portugal, la cour reste à Rio. L’ex-métropole est en effervescence.

Après un soulèvement au Portugal le , des élections désignèrent des Cortes constituants. Une régence de cinq personnes gouverne jusqu’au , date à laquelle Jean prend ses fonctions de roi constitutionnel après avoir quitté le Brésil le 26 avril.

En février 1821, à l’annonce de la Révolution libérale au Portugal, la population du Pará dépose le gouverneur. Une junte provisoire est formée le 10 février. À Recife, c’est le gouverneur qui adhère à la Révolution et fait élire des députés à la constituante de Lisbonne. À Rio de Janeiro, le gouvernement tente de gagner du temps et envoie le prince dom Pedro en mission à Lisbonne. Mais la garnison se soulève, dirigée par un avocat, Macamboa. Elle proclame la constitution « telle que les Cortes viennent de la voter ». Le roi Jean VI de Portugal accepte la constitution. La liberté de la presse est proclamée. Le roi part pour Lisbonne le 24 avril, où il fait élire des députés brésiliens aux Cortes, selon le suffrage universel indirect à plusieurs degrés. Cependant, les Cortes de Lisbonne prennent des mesures pour la recolonisation du Brésil. Chaque province brésilienne dépend directement de Lisbonne. Un contre projet présenté pour créer un parlement brésilien provoque une telle confusion que les députés brésiliens décident d’émigrer en Angleterre. Les Cortes ordonnent à dom Pedro de rentrer en Europe et envoient une flotte pour le chercher. Les Brésiliens sont exclus des postes clefs dans l’administration du Brésil. La réaction brésilienne est énergique : conspirations chez les francs-maçons. Parution d’un journal, très violent, contre les Cortes (le Réverbère). Dom Pedro, appuyé par la population, décide de rester à Rio (jour du « fico », )[4]. Il proclame l’indépendance du Brésil le à São Paulo. Ce "cri d’Ipiranga" ("L'Indépendance ou la mort !") deviendra un souvenir fondateur de l'identité brésilienne. Pierre (ou Pedro en portugais) prend le titre d'empereur du Brésil.

Indépendance et Empire (1822-1889)[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Indépendance du Brésil et Empire du Brésil.

Pierre Ier appuyé par José Bonifácio de Andrada e Silva a proclamé l'indépendance mais elle n’est reconnue par le Portugal qu’en août 1825, soit après 22 mois d'affrontement politique, mais sans beaucoup de conflit armé contrairement au cas des colonies espagnoles. La monarchie s'appuie sur le peuple pour contrebalancer les riches latifundiaires brésiliens, et essaie d’attirer des immigrants européens. Mais de facto le pays est sous la houlette des Britanniques, principaux partenaires commerciaux et grands bailleurs de fonds. En 1822, il y avait 920 000 Blancs, 2 000 000 Noirs, 700 000 Métis et 360 000 Indiens. La monarchie devient constitutionnelle en 1824. Cette période a connu de nombreux conflits durant des décennies.

En 1831, après le décès de Jean VI, la fille de Pierre Ier, Maria da Glória devait régner au Portugal. Cependant, sous l'impulsion de la Sainte-Alliance, le frère de Pierre, dom Miguel, revendiqua le trône ce qui poussa Pierre Ier, pour appuyer sa fille, à abdiquer en faveur de son fils Pierre II âgé de 5 ans, qu'il confia à José Bonifácio de Andrada e Silva, tuteur du jeune empereur. Dans les années 1850, Pierre II s'engage à lutter contre l'esclavage et l'importation des esclaves est interdite. La culture du café prend de l'ampleur et augmente l'importance des propriétaires terriens, notamment ceux de São Paulo. La Guerre de la Triple Alliance contre le Paraguay, de 1865 à 1870, est gagnée notamment grâce aux importants régiments de Noirs. Les esclaves noirs sont affranchis progressivement à partir de 1871. Pierre II développe aussi l’enseignement public et fait construire un chemin de fer.

Continuant à lutter contre l'esclavagisme, l'Empire proclame en 1871 que les enfants d'esclaves sont désormais libres à la naissance : l'esclavage brésilien est donc condamné à long terme. À cela les fazendeiros, les maitres, répondent en cherchant des esclaves blancs. Ils attirent des immigrés européens grâce à des réseaux, leur promettent des terres. Une fois que ceux-ci arrivent au Brésil on leur demande de payer une fortune comme visa. Les fazendeiros leur prêtent alors de l’argent qu’ils doivent rembourser en travaillant pour ceux-ci, mais leurs conditions de travail sont les mêmes que celles des esclaves noirs. La loi Áurea de 1888, abolit totalement l'esclavage au Brésil et soulève la résistance des propriétaires qui s'engagent alors pour le renversement de l'Empire. Les fazendeiros créent alors un parti républicain et paient le maréchal Da Fonseca pour qu’il organise un coup d’État. L'Empire et Pierre II du Brésil sont renversés en 1889. La République est proclamée, mais l'esclavage ne peut plus être restauré. Le conseiller Ruy Barbosa, ministre du gouvernement provisoire après la proclamation de la République de 1889, ordonne alors de brûler tous les annuaires où était recensée la généalogie des esclaves et de leurs maitres, probablement parce que nombre de membres du gouvernement brésilien possédaient eux-mêmes des esclaves. Jusqu'en 1888, le pays aura importé plus de 8 générations d’esclaves africains. Le Brésil est ainsi le pays d'Amérique ayant reçu le plus d'esclaves noirs, avec environ 5,5 millions d'Africains déportés du XVIe siècle à 1850, soit 40 % du total[5].

Vieille République (1889-1930)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : República Velha.

La Vieille République désigne la période de 1889 à 1930. São Paulo monopolise le pouvoir central d'une République Café com leite, oligarchiste, dans laquelle la classe moyenne grandissante pousse au changement.

Après le coup d'État de 1889, la République est calquée sur le modèle des États-Unis, c’est un État fédéral avec une tradition de port d’armes pour les individus. C'est alors qu'est ajoutée au drapeau brésilien de 1822, vert avec le losange jaune, la sphère céleste telle qu'elle était visible lors de la proclamation du nouveau régime. L’empire est mort d’avoir mécontenté les nobles possédant des esclaves, c'est donc une république conservatrice qui naquit contre un empire progressiste. La période entre 1889 et 1930 est celle du règne des grands propriétaires. Elle est dite « République Café com leite » (‘’République Café au lait’’) puisque s'appuyant sur les industries cafetières de São Paulo et laitière-bovine du Minas Gerais. Les propriétaires fonciers sont surnommés les coronels. Les différents présidents ne font pas de campagne électorale, il leur suffit d’avoir un certain nombre de généraux dans l’armée en leur faveur. Les grands propriétaires qui payent ces généraux alternent alors un président de São Paulo et un du minas Gerais. En effet, la fin de l'esclavage a entraîné la diminution du pouvoir de l'industrie sucrière du Nord-Est au profit de l'industrie cafetière du Sud-Est et de l'État de São Paulo qui monopolise finalement le pouvoir central (le café représente 60 % des exportations).

Tandis que les nombreux immigrés européens (4 millions de 1822 à 1920) s’installent dans les régions du Sud, la venue des immigrés fait grandir considérablement les villes de Rio et São Paulo mais surtout la majorité de la population devient blanche. Les noirs et les métis quant à eux quittent le Nord-est en masse. L'État de São Paulo devient la région la plus peuplée. Le gouvernement impose des quotas pour freiner l'immigration italienne afin d´assurer la suprématie de la culture portugaise. Les immigrés sont bien intégrés et une caractéristique du Brésil se dessine alors. Les immigrés européens qui vinrent s’établirent au sud du Brésil étaient en majorité italiens, allemands, portugais ou espagnols. Cette immigration a considérablement enrichi le pays, il y avait en effet de nombreux intellectuels et diplômés. Des médecins, pharmaciens, cols blancs et commerçants et leurs descendants ont fondé des hôpitaux, des ateliers, des usines, des brasseries et des magasins. Les immigrants italiens et espagnols ont créé les premiers syndicats et apportés une idéologie socialiste et anarchiste. L’immigration a aussi changé les traditions culinaires (pizza, bière, spaghetti, vignoble). Néanmoins de nombreux descendants d’immigrés sont restés pauvres.

Une des caractéristiques du Brésil se dessine alors, société blanche dominante qui exclut les Noirs et les Indiens[réf. nécessaire]et une population noire qui pratique systématiquement l’exogamie[réf. nécessaire] afin de s’intégrer à la société blanche[réf. nécessaire]. C’est l’époque du branqueamento (le blanchiment).Les Noirs n'ont alors que peu de sentiments communautaires et identitaires; le conjoint le plus clair de peau représentant un statut social supérieur. Les insultes racistes envers les Noirs sont alors très fréquentes chez les Noirs eux-mêmes qui croient inconsciemment à leur infériorité et se laissent encore impressionner par les préjugés blancs. Ils s’ensuit un énorme métissage, le nombre de Noirs, Blancs et Indiens diminue en flèche et celui des métis augmente mais néanmoins le pouvoir politique appartient à une élite « purement » blanche.

Le Brésil participe à la Première Guerre mondiale en s'alliant aux Alliés en 1917 et en envoyant des troupes. L'accroissement du commerce permet l'agrandissement d'une classe moyenne qui reste cependant soumise à l'oligarchie cafetière, mais qui s'y s'oppose sur les questions sociales et politiques.

Après la chute des prix des matières premières, de 1906 à 1914, le renouveau d'après-guerre ne dure pas longtemps : le Brésil est en crise dès 1922 et aux grèves populaires de 1924 la vieille république répond par l'établissement de la loi martiale. La crise de 1929, ruinant ses marchés extérieurs, ruine le pays et sème donc le discrédit sur l'oligarchie propriétaire et son gouvernement. La République Café au lait est renversée par le coup d'État du  : Getúlio Vargas devient président-dictateur.

Vargas, populisme, et développement (1930-1964)[modifier | modifier le code]

Le coup d'État du 4 octobre 1930 et Getúlio Vargas permettent la déchéance de l'oligarchie cafetière et la montée de la classe moyenne.

Les classes moyennes et les propriétaires des États périphériques portent Vargas au pouvoir en 1930. Il établit un état et un exécutif fort, plus centralisé, engage le pays dans le droit de vote « universel », le vote des femmes, et le vote à bulletin secret, ce qui libère finalement le système brésilien du poids du coronelismo. Il fait rentrer le Brésil dans la guerre qui deviendra le seul pays d'Amérique latine avec le Mexique à agir militairement contre l'Axe avec notamment l'envoi de la Force expéditionnaire brésilienne en Italie.

Il prend le pouvoir en 1930 du fait d'un coup d'État, devient légalement président en 1934, puis devient un dictateur en 1937, instaurant l'Estado Novo. Il doit finalement abandonner le pouvoir en 1945. Mais il parvient à revenir au pouvoir de 1951 à 1954, où - accusé, discrédité et acculé - il se suicide et retourne massivement l'opinion en sa faveur et en celle de son camp. Vers l'époque du coup d'État de Vargas, commencent les articulations de la gauche armée au Brésil

Vargas a su suivre l'émergence de la classe moyenne en développant son populisme. Malgré son monopole présidentiel de 1930 à 1945, le Brésil teste une période démocratique de 1945 à 1964. La suprématie des deux États Café au Lait est réduite, mais demeure. Juscelino Kubitschek lui succède.

De 1961 à 1964, le président João Goulart entreprend une politique de réforme sociale. Oligarchies traditionnelles et CIA manœuvrent pour provoquer sa chute. Le coup d'État de 1964 le renverse et établit une dictature militaire répressive.

Régime militaire (1964-1985)[modifier | modifier le code]

Institué en 1964, le régime militaire se termine en 1985 après une volonté de démocratisation.

À partir de 1964, l'état de droit est progressivement violé: tandis que, pour beaucoup, le coup d'État n'ouvrait que sur "une remise en ordre" anti-communiste provisoire du pays dans le contexte de la Guerre froide, les militaires vont se maintenir durablement au pouvoir et progressivement installer une véritable dictature. Le Brésil précède ainsi de nombreux autres pays d'Amérique latine (coup d'État du général Onganía en Argentine, en 1966; coup d'État du 11 septembre 1973 au Chili par Pinochet; coup d'État en 1973 de Juan María Bordaberry en Uruguay, etc.).Soutenu par les États-Unis[réf. nécessaire], qui reconnaissent immédiatement le nouveau régime, le putsch de 1964 a été préparé par une longue imprégnation des officiers de l'armée brésilienne par la doctrine de sécurité nationale et les théories de la guerre contre-révolutionnaire, qui attribuent un rôle politique et administratif aux armées, en accentuant l'importance de la population civile dans la conduite de la guerre. Bien qu'en 1964, aucune guérilla ni mouvement armé de gauche n'existât au Brésil, ceux-ci étant nés précisément en réaction à la dictature militaire, les généraux justifient leur putsch par le spectre du communisme, qui a pris après la révolution cubaine de 1959 un relief particulier en Amérique latine. La Constitution est suspendue, le Congrès dissout et le président s'arroge des pouvoirs dictatoriaux, tandis qu'une guerre contre-insurrectionnelle est mise en place, d'abord avec la création, dès 1964, du Centre d'instruction de la guerre dans la jungle à Manaus. Des escadrons de la mort sont mis en place par l'État pour traquer toute forme d'opposition. La période s'étendant de 1968 à 1974 est connue au Brésil sous le nom d'années de plomb.

Dès les années 1970, Brasilia a participé à l'Opération Condor, vaste plan de coordination entre les dictatures militaires latino-américaines afin de lutter contre les opposants aux régimes militaires, dans tout le continent. Cette opération a été à l'origine de centaines de morts. On dénombre, au Brésil, un grand nombre de groupes armés révolutionnaires qui se sont formés en réaction contre la dictature militaire[non neutre]. La plupart d'entre eux ont pris forme dans les milieux étudiants. Parmi eux, on peut citer le MR-8, plutôt basé sur Rio de Janeiro, ou l'ALN (Action de libération nationale), basé sur São Paulo. Dès novembre 1969, Carlos Marighella, est assassiné par les forces de l'ordre brésiliennes.

La dictature n'a pris fin qu'en 1984.

Ce régime fut critiqué pour l'augmentation de la dette brésilienne qu'il accumula, ainsi que pour sa nature répressive : des centaines de Brésiliens ont été déportés, emprisonnés, torturés ou tués. La censure était fréquente.

Le retour de la démocratie (1985-2002)[modifier | modifier le code]

Le Brésil s'engage alors dans une phase démocratique, rythmée par les élections présidentielles tous les 4 ans.

Le , la majorité des membres du Congrès choisirent Tancredo Neves comme président. Néanmoins, il tomba malade la veille de la date prévue pour le serment. Ses problèmes de santé s'aggravèrent et il décéda après avoir subi 7 opérations. C'est donc le vice-président José Sarney qui devint président. D'abord président par intérim le , puis officiellement président du au . Parmi les difficultés que Sarney dut affronter : la dette extérieure, l'inflation galopante et la corruption. Il devait en plus assurer que le processus de transition démocratique continuait à bien se passer. Ainsi Sarney lança le plan Cruzado qui permit dans un premier temps de limiter l'inflation, mais après un an, la hausse des prix s'accéléra à nouveau. En 1988, une nouvelle constitution fut promulguée.

En décembre 1989, les Brésiliens désignèrent pour la première fois depuis 1960 un président par vote populaire. Un second tour fut nécessaire. Fernando Collor de Mello, soutenu alors par Sarney, battit Luiz Inácio Lula da Silva et devint président en 1990. L'inflation n'était alors pas jugulée, elle s'élevait à 25 % par mois. Collor lança peu de temps après son entrée en fonction le plan Collor pour réduire la hausse des prix. Ce plan visait à limiter l'offre de monnaie. Ainsi une grande partie de l'argent placée sur les comptes courants fut convertie de force en bons du Trésor. Mais, curieusement, le gouvernement imprima au même moment de nouveaux billets. Tous les comptes de plus de 1 200 cruzeiros furent gelés pour une durée de 18 mois. Collor proposa aussi de geler les salaires et les prix et de réduire les dépenses du gouvernement. Mais peu de temps après la mise en œuvre du plan Collor, la hausse des prix s'accéléra et atteint 25 % par mois. Le gouvernement Collor privatisa aussi des entreprises tel l'aciériste Acesita.

En 1992, son frère Pedro l'accusa de corruption. Les accusations visaient surtout Paulo Cesar Farias, le responsable de campagne de Collor, qui s'était enrichi. Le Congrès et la presse se mirent à enquêter et le Congrès vota finalement la destitution de Collor le . Plus tard, il sera reconnu non coupable.

Le vice-président Itamar Franco succéda à Collor. Franco assura les fonctions présidentielles du au . Lorsqu'il arriva à la tête de l'État, le Brésil était dans une profonde crise économique : l'inflation était à 1100 % en 1992 et à presque 6000 % en 1993. Il choisit Fernando Henrique Cardoso comme ministre de l'économie. Celui-ci mettra sur pieds le Plano Real qui permit de juguler l'inflation.

Par la suite, Fernando Henrique Cardoso, ministre de l'économie sous Itamar Franco, remporta les élections deux fois, le et le . Il remporta les élections de 1998 au second tour avec environ 53 % des voix, contre environ 32 % des voix pour Lula qui arriva deuxième. Grâce à son Plano Real, Fernando Henrique Cardoso fut élu au premier tour en 1994. Mais des dissensions au sein de la coalition rendirent plus difficiles les réformes prônées par Cardoso. Durant ses deux mandats, il se rapprocha de certains dirigeants comme Bill Clinton ou Ernesto Zedillo.

Présent (depuis 2002)[modifier | modifier le code]

Luiz Inácio Lula da Silva, qui se présentait alors pour la quatrième fois à l’élection présidentielle, remporta le second tour contre José Serra - le candidat soutenu par Cardoso. Le mandat de Lula commença le .

Aujourd'hui, le Brésil doit affronter plusieurs problèmes. D'une part, 8,2 % de la population vivait avec moins d'un dollar américain par jour, en 2001, chiffre qui était de 14,0 en 1990 (Banque mondiale).

D'autre part, le Brésil doit faire face à une énorme dette. La dette extérieure s'élevait à 48,2 % du revenu national brut en 2003 (Banque mondiale). Luiz Inácio Lula da Silva veut s'employer à restaurer les finances brésiliennes tout en encourageant l'économie par des impulsions sociales (salaire minimum augmenté, etc.)

Cependant, moins de deux ans après son arrivée au pouvoir, le Partido dos Trabalhadores, parti du président, s'embourbe dans un des plus vastes scandales financiers qu'ait connu le pays. Sont directement impliqués des personnalités comme son secrétaire général, Silvio Pereira, son président José Genoino et son trésorier Delubio Soares, tous mis en cause et qui ont dû démissionner. La crise s'est étendue jusqu'à l'entourage de Lula, provoquant la démission de son plus important collaborateur, José Dirceu, fondateur et principal organisateur du PT et de l'ALN.

Le président da Silva a fait un voyage en Afrique et y a demandé pardon d’avoir capturé et déporté des africains comme esclaves du XVIe au XIXe siècle. Le parlement brésilien a aussi adopté le principe de la discrimination positive pour la minorité noire. La minorité noire est beaucoup plus consciente d’elle-même et mieux organisée (chaîne de télé, organisation antiracistes) et ose montrer ouvertement le racisme dont elle est victime. D'autre part, des recherches plus récentes démontrent que la miscigénation des races au Brésil est une réalité qui surpasse de loin la couleur de la peau.

Dilma Rousseff a succédé à Lula à la présidence de la République au 1er janvier 2011.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frederico José de Santa-Anna Nery, Le Brésil en 1889 avec une carte de l'empire en chromolithographie, Paris, Delagrave,‎ 1889, 699 p. (lire en ligne)
  • Édouard Riou, Deux années au Brésil, Paris, Hachette,‎ 1862, 680 p. (lire en ligne)
  • Just-Jean-Etienne Roy, L’empire du Brésil : souvenirs de voyage, Tours, Alfred Mame et Fils,‎ 1865, 187 p. (lire en ligne)

Références[modifier | modifier le code]

  1. [1], L'équipe américano-brésilienne dirigée par Michael Heckenberger, de l'Université de Floride à Gainesville, décrit dans son article des villages disposant d'une place centrale, et des routes de 20 mètres de large qui profitent de l'alignement du Soleil.
  2. Jean-Christophe Rufin, « L’aventure française au Brésil au XVIe siècle », émission La Marche de l'Histoire sur France Inter, 23 janvier 2013
  3. André Heráclio do Rêgo, Famille et pouvoir régional au Brésil : le coronelismo dans le Nordeste, 1850-2000, Editions L'Harmattan,‎ 2005 (ISBN 9782747594486, présentation en ligne)
  4. a, b et c Frédéric Mauro, Histoire du Brésil, Editions Chandeigne,‎ 1994 (présentation en ligne)
  5. Luiz Felipe de Alencastro, « La fusion brésilienne », dans L'Histoire, n°322, juillet-août 2007, p.45

Annexe[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]