Histoire du Mexique

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L'histoire du Mexique, qui a commencé à être écrite à l'époque mésoaméricaine, s'étend sur plus de deux millénaires, depuis les plus anciens vestiges d'écriture olmèque. Le peuplement humain du Mexique, quant à lui, remonte à l'époque préhistorique ; sa datation historique communément admise est d'au moins 12 000 ans[1].

L'histoire du Mexique est traditionnellement périodisée en trois grandes époques : préhispanique, coloniale et indépendante[2].

Époque préhispanique[modifier | modifier le code]

Voir également : Théories du premier peuplement de l'Amérique

Paléoaméricains[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Paléoaméricains.

Les premiers hommes seraient arrivés par le Nord, en traversant le détroit de Béring. La présence humaine attestée au Mexique remonte à environ 50 000 ans[réf. nécessaire]. De nombreux vestiges de cette période ont été retrouvés, par exemple le célèbre homme fossile de Tepexpan.
Les nombreuses empreintes de pas fossilisés sur le site du volcan Cerro ToluquillaPuebla au Mexique), ont été découvertes en 2005. Ces traces humaines sont vieilles de 40 000 ans[réf. nécessaire].

Les nombreux sites préhistoriques de Baja California situés dans la péninsule de la Basse Californie mexicaine, révèlent une occupation humaine remontant à 40 000 ans[réf. nécessaire]. Les ossements découverts rappellent ceux de la Femme de Peñon (agglomération de Mexico) datée de 13 000 ans ainsi que de l'Homme de Tlapacoya (District de Mexico) daté de 11 000 ans dont les études craniologiques révélèrent des crânes dolichocéphales et mésocéphales (hypothèses actuelles : types europoïde ou mélanésien) .

Mésoamérique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mésoamérique.
Carte des différentes aires culturelles de la Mésoamérique.

La plus grande partie du Mexique actuel correspondait à une aire culturelle connue sous le nom de Mésoamérique. Vers le sud, l'aire mésoaméricaine se prolongeait sur le territoire de deux autres pays, le Belize et le Guatemala, tandis que le nord du Mexique était occupé par une autre aire culturelle, connue sous le nom d'Aridamérique.

De grandes civilisations se succédèrent en Mésoamérique : Olmèques, Mayas, Zapotèques, Mixtèques, Toltèques, Tarasques et Aztèques, entre autres. À la veille de l'arrivée des Espagnols, l'Empire aztèque était en pleine expansion dans le centre du Mexique, son unique concurrent important étant le royaume tarasque.

Le nom actuel du Mexique, « México » en espagnol, vient du nom de sa capitale, Mexico, qui était déjà la capitale de l'Empire aztèque à l'époque postclassique, et dont le nom remonte lui-même au moins à la fondation de la ville vers le début du XIVe siècle ou la fin du XIIIe siècle. À l'origine, il signifie probablement « (la ville qui est) au milieu (du lac) de la lune »[3].

Article détaillé : Mexico-Tenochtitlan.

Conquête espagnole[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Conquête de l'Empire aztèque.

Francisco Hernández de Córdoba et Juan de Grijalva explorèrent les côtes méridionales du Mexique, respectivement en 1517 et 1518. Le conquistador Hernán Cortés envahit le pays sous bannière espagnole en 1519, après avoir débarqué à proximité de l'actuelle Veracruz. Il baptisa de fait cette ville le long de la côte Villa Rica de la Vera Cruz. À cette époque, les Aztèques étaient le groupe dominant dans la population locale. Ils prirent d'abord les conquistadors espagnols, conformément aux anciennes légendes toltèques, pour des envoyés des dieux. Pour cette raison, les Aztèques n'opposèrent initialement que peu de résistance à l'avance des conquistadors, mais plus tard, ils marquèrent leur opposition lorsqu'ils se rendirent compte qu'ils n'étaient pas les messagers divins d'abord admirés.

Après plusieurs batailles, au cours desquelles les armées espagnoles furent plusieurs fois proches de la défaite (notamment lors de la Noche Triste du 30 juin 1520), la capitale aztèque de Tenochtitlan fut attaquée par une alliance entre les Espagnols et les Tlaxcaltèques (les principaux ennemis des Aztèques), qui entamèrent le siège. Les Aztèques furent défaits en 1521 et leur capitale rasée.
On estime qu'avant l'arrivée des Européens, le Mexique central comptait 25 millions d'habitants. Il n'en restait plus qu'un million vers 1650[4].

Les Espagnols étendirent rapidement leur domination au-delà des frontières de l'empire aztèque. Les Tarasques, effrayés par le sort des Aztèques, se soumirent sans combattre. En 1530, les Espagnols exécutèrent leur dernier souverain.

Dans certaines régions, la conquête fut fragile. Les habitants du Jalisco se révoltèrent en 1541, mettant les Espagnols en difficulté. Le conquistador Pedro de Alvarado perdit la vie au cours de ce soulèvement généralement connu sous le nom Guerre de du Mixton (en). Il fallut l'intervention du vice-roi de Nouvelle-Espagne, Antonio de Mendoza, pour venir à bout de la révolte.

Nations chichimèques au XVIe siècle

Plus au nord s'étendait le territoire de populations nomades, connues des habitants de la Mésoamérique sous le nom de Chichimèques. Cette appellation recouvrait plusieurs groupes : Guachichiles (en), Zacatecos (en), Cazcanes (en) ou Pames[5]. Ils avaient de tout temps représenté une menace pour les sédentaires du sud et se révélèrent beaucoup plus coriaces pour les Espagnols que les Aztèques. En 1546, la découverte de mines d'argent à l'emplacement de la future ville de Zacatecas, raviva l'intérêt des Espagnols pour les régions du nord. En 1561, les Chichimèques s'unirent contre eux. Leurs raids contre les établissements miniers espagnols entretenaient l'insécurité dans les vastes étendues du nord. Les Espagnols s'efforcèrent de les sédentariser en envoyant des missionnaires, mais aussi en fixant parmi eux des colonies de Tlaxcaltèques, venus du centre du Mexique (1590). C'est la Guerre Chichimèque (en) (1550-1590).

Époque coloniale[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nouvelle-Espagne.

Il s'agit de la période qui s'étend entre la défaite de l'empire aztèque et l'indépendance du Mexique, c'est-à-dire entre 1521 et 1821.

Gravure représentant un Dragón de cuera, unité des troupes coloniales espagnoles en Nouvelle-Espagne. Fin XVIIIe siècle.

La conquête et l'époque coloniale firent émerger de nouveaux groupes ethniques ; ainsi 64 d'entre eux furent clairement définis par le gouvernement colonial.

Les métis sont les enfants issus de mariages mixtes entre Européens et indigènes.

Les créoles sont les enfants des Espagnols nés dans la colonie, ils seront discriminés par rapport aux Espagnols nés dans la péninsule ibérique, les créoles seront les promoteurs de l'indépendance du pays.

L'actuel Mexique faisait partie de la vice-royauté de la Nouvelle-Espagne (Nueva España en espagnol). La Nouvelle-Espagne recouvrait le territoire de l'actuel Mexique, mais aussi progressivement environ deux autres millions de kilomètres carrés dans le sud-ouest des États-Unis, ainsi que les Philippines. La frontière septentrionale de la Nouvelle-Espagne n'était d'ailleurs pas définie avec précision mais peut se lire au caractère hispanique des noms géographiques conservé de nos jours.

De l'indépendance aux années 2000[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Évolution territoriale du Mexique.
Acte d'indépendance du Mexique

La guerre d'indépendance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Guerre d'indépendance du Mexique.

Miguel Hidalgo, un 'criollo' c'est-à-dire un espagnol né au Mexique, (à ne pas confondre avec le terme français créole) curé du village de Dolores, fut un pionnier de la guerre d'indépendance. Le 16 septembre 1810, il lance le Grito de Dolores qui appelle les habitants de la Nouvelle-Espagne à se libérer des Espagnols alors gouvernés par Joseph Bonaparte.

On peut citer José María Morelos, Vicente Guerrero, Agustín de Iturbide parmi les personnages clés de la guerre d'indépendance.

L'arrivée d'un gouvernement libéral en Espagne convainquit les créoles (espagnols nés au Mexique) qui voulaient s'approprier les privilèges des espagnols dits peninsulares (vivant au Mexique mais nés en Espagne) de proclamer l'indépendance. La déclaration d'indépendance fut approuvée et une première Constitution rédigée le 13 septembre 1813 par le Congrès de Chilpancingo, le « Décret Constitutionnel pour la Liberté de l'Amérique Mexicaine » (Decreto Constitucional para la Libertad de la América Mexican) qui définit un pouvoir exécutif mexicain faible et un pouvoir législatif mexicain fort fut promulgué par le même congrès le 22 octobre, et l'Acte solennel de la Déclaration d'indépendance de l'Amérique septentrionale (Acta Solemne de la Declaración de Independencia de la América Septentrional) fut officiellement signée par le congrès le 6 novembre 1813.

En 1821, l'armée dite des « trois garanties » entra dans la capitale. Le 24 août 1821, le traité de Córdoba confirma l'indépendance au Mexique.

De l'indépendance à l'intervention française[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Premier Empire mexicain.
République fédérative des etats-unis méxicains (sic). Auguste Henri Dufour, 1835.

Le 21 juillet 1822, Agustín de Iturbide était couronné sous le nom d'Augustin Ier. Son règne ne dura que quelques mois. S'ensuivirent troubles et guerres civiles, mais l'indépendance de l'État ne fut pas remise en cause.

Le Mexique disposait de belles villes, d'une haute société évoluée.
Le patriotisme était vigoureux dans les élites créoles, mais pas dans la masse indigène qui ignorait l'existence d'une Nation mexicaine.
Ce sentiment n'était cependant pas suffisamment développé pour conduire les esprits à une politique commune. L'histoire du Mexique entre 1820 et 1848 pourrait presque se résumer à une succession de troubles qui suscitèrent les réactions des puissances européennes, inquiètes des dettes non remboursées. En 1838, le gouvernement de Louis-Philippe, qui ne pouvait obtenir les réparations qu'il demandait, envoya une flotte bombarder Saint-Jean d'Ulua et s'emparer de Veracruz, cet épisode a été nommé guerre de la pâtisserie.
À la suite de la guerre contre les États-Unis (lire ci-dessous) entre 1846 et 1848, un apaisement se fit sentir.
En 1853, les troubles reprirent, nouvelle guerre civile. En 1855, le Mexique s'engageait dans la Réforme, violemment anticléricale.

En 1835, les Siete Leyes (« Sept lois ») voient le jour. 1857, une nouvelle constitution est promulguée.

Les séparatismes[modifier | modifier le code]

Plusieurs régions dans la première moitié du XIXe siècle ont eu des troubles séparatistes
  • Le Guatemala et le Honduras, annexés en 1821, se séparent définitivement du Mexique le 1er juillet 1823.
  • L'État d'Occidente se divise en Sonora et Sinaloa en 1830.
  • Aguascalientes se sépare de l'État de Zacatecas en 1835.
  • Les Sept Lois (lois constitutionnelles promulguées le 15 décembre 1835) convertissent les États fédéraux en départements. Le District Fédéral est supprimé, et réincorporé au département de Mexico.
  • Le Zacatecas déclare son indépendance en 1835, mais est vaincu par l'armée de la République mexicaine.
  • Le Texas déclare son indépendance le 2 octobre 1835, entérinée par le traité de Velasco, signé le 14 mai 1836 par le général mexicain Santa Anna, mais non reconnu par le Mexique avant 1848.
  • En 1840, les départements de Nuevo Leon, Coahuila et Tamaulipas déclarent leur indépendance comme République du Rio Grande.
  • Entre 1841-1843 et 1846-1848, la république du Yucatán fut un pays indépendant soutenu par les États-Unis.

Guerres contre les États-Unis[modifier | modifier le code]

Antonio López de Santa Anna

Le Texas peuplé de 85 % d'immigrés américains proclama son indépendance (avec l'aide en hommes, argent, armes de Washington) le , après la victoire de San Jacinto, acquise sous la conduite de Sam Houston qui profita de la faiblesse des gouvernements de Miguel Barragán (1835-36) et de José Justo Corro (1836-37) et de la vétusté des troupes envoyées sous les ordres du général Antonio López de Santa Anna. S'engagea alors un conflit avec les États-Unis, dont le Mexique, toujours aussi faible malgré les efforts du général Santa-Anna, sortit vaincu (1846-1848). Le traité de Guadalupe Hidalgo du 2 février 1848 entraîna la perte de très grands territoires alors désertiques ou peu peuplés, qui furent ensuite « vendus » sous la présidence de Manuel de la Peña y Peña aux États-Unis pour 15 millions de dollars. De ce fait, une grande partie de la moitié nord du pays fut ainsi perdue au profit des États-Unis, soit l'Arizona, la Californie, le Nevada, le Nouveau-Mexique, le Texas et l'Utah.

Intervention française[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Expédition du Mexique.
Benito Juárez

Face à l'incapacité du gouvernement de Benito Juárez de payer les dettes mexicaines, les gouvernements français, espagnol et britannique envoyèrent une force expéditionnaire occuper le port de Veracruz.

Mais il s'agit d'un prétexte, car les Européens (surtout Napoléon III) souhaitent profiter de la guerre de Sécession américaine pour se réimplanter sur le continent américain. Les Anglais et les Espagnols traitèrent rapidement par la Convention de Soledad (février 1862), mais les Français décidèrent de se maintenir.

En 1862-1867, le Mexique fut occupé par les forces françaises lors de l'expédition du Mexique, qui amena la création de l'empire éphémère de Maximilien de Habsbourg. Il prit fin en 1867, après que les Français eurent quitté le pays.

Le Porfiriat[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Porfiriat.

La présidence de Porfirio Díaz est également connue sous le nom de Porfiriato. Ce régime dura environ trente ans de 1876 à 1910. Díaz encouragea les investissements étrangers ; il s'appuya aussi sur les conseils de positivistes connus sous le nom de cientificos. Le pays fit durant cette période de grands progrès et se modernisa rapidement. Porfirio Diaz inaugura le monument de l'indépendance et l'hémicycle à Benito Juárez et le 15 septembre 1910 (centenaire du début de la guerre d'indépendance du Mexique) tout le centre de Mexico est illuminé ainsi que la cathédrale. Le gouvernement du Mexique invita aux festivités les représentants des gouvernements avec lesquels il entretenait des relations diplomatiques.

L'absence de politique de redistribution des richesses laisse une grande partie de la population dans une extrême pauvreté[6]. La grande propriété fait des progrès considérables tandis que les sociétés foncières étrangères accumulent des millions d’hectares. À la fin du régime, 97 % des terres cultivables appartiendront à 1 % de la population et 95 % des paysans n’auront plus de terres. Ils deviendront ouvriers agricoles dans d’immenses haciendas ou formeront un prolétariat urbain misérable dont les révoltes seront une à une écrasées[7]. Dans les villes, les grèves ouvrières se font nombreuses à partir de 1906 mais sont réprimées avec violence. En outre, le régime instaure la Ley Fuga (loi sur la fuite), qui permet d'abattre un prisonnier qui essaie de fuir. La méthode sera couramment utilisée afin de se débarrasser d'opposants politiques.

Le salaire de l'ouvrier rural peut descendre à 20 ou 25 centavos par jour dans les cas extrêmes, et 10 ou 15 centavos pour les femmes et les enfants. À la fin du 19ème siècle la proportion d'enfants parmi les ouvriers d'usine est de un huitième. Une étude médicale explique la faible consommation de savon par les travailleurs mexicains par le fait que « le savon absorberait 25 % de leurs revenus ». En outre, un grand nombre d'ouvriers ne possède pas de logement[8].

Le syndicalisme mexicain apparait dans les années 1870. Le 5 mars 1870 se constitue le Gran Circulo de Obreros de Mexico, d'inspiration anarchiste. En 1876, au premier congrès des sociétés ouvrières du Mexique, c'est le mutualisme qui prédomine. En 1890, est fondée la Gran Confederacion de los Trabajadores Mexicanos, et en 1905 le Gran Circulo de Obreros Libres (dans les usines textiles de Puebla et de Veracruz. En 1907, se forme le syndicat des employés des chemins de fer, qui est interdit par le gouvernement l'année suivante. Les grèves se font plus nombreuses à partir de 1906. Cette année là, la grève des ouvriers des mines de cuivre pour réclamer la journée de huit heures et le salaire minimum est réprimée à l'aide de l'armée américaine. Lors des grèves, le gouvernement se place au coté des propriétaires d'usines et le revendique, espérant favoriser les investissements[8].

La Révolution mexicaine[modifier | modifier le code]

Francisco Madero avant 1913
Article détaillé : Révolution mexicaine.

Porfirio Díaz, au pouvoir depuis une trentaine d'années, voulait à nouveau se représenter à l’élection présidentielle de 1910, mais Francisco Madero annonça aussi sa candidature. Díaz le fit emprisonner, puis le relâcha. Le vieux président remporta ensuite des élections truquées. Exilé aux États-Unis, Madero ne s'avoua pas vaincu. Il lança le Plan de San Luis, daté du , dans lequel il déclarait nulles les élections et exhortait les Mexicains à prendre les armes le contre le gouvernement.

Après des débuts difficiles, le soulèvement connut ses premiers succès au Chihuahua, dans le nord du pays, grâce à des chefs militaires tels que Pascual Orozco et Pancho Villa. Le mouvement s'étendit à d'autres régions, notamment au Morelos, où Emiliano Zapata et les petits paysans luttaient pour récupérer les terres dont ils avaient été spoliés par les grands propriétaires de plantations de canne à sucre. L'armée fédérale, incapable de faire face sur plusieurs fronts, subit de lourdes défaites et le président Díaz se résigna à démissionner en mai 1911, puis à quitter le pays.

L'élection de Madero en novembre 1911 n'améliore guère la situation sociale et politique. Il dut faire face à la désillusion de certains de ses propres partisans mais aussi à l'opposition des partisans de l'ancien régime, qui occupaient encore de nombreux postes. Issu de la bourgeoisie, il connait peu les conditions de vie et revendications des classes populaires et se préoccupe avant tout de rétablir la légalité constitutionnelle. Emiliano Zapata lui réclame une réforme agraire, mais bien que compréhensif à son égard, il lui répond qu'une réforme agraire ne s’improvise pas et que les revendications des paysans sont trop radicales. Il opère une réforme administrative, mais elle est partielle. Il annonce également une réforme de l'armée que ne touchera cependant pas à la puissance et à l'influence des généraux porfiristes, tels que Bernardo Reyes et Felix Diaz (le neveu de Diaz), qui lui sont pourtant violemment hostiles[8].

Il veut restaurer la stabilité du pays et tente de rassurer les étrangers et leurs gouvernements. Il est pourtant considéré comme un radical par les intérêts économiques américains et par l'ambassadeur Henry Lane Wilson. Il doit faire front partout. Une première rébellion militaire fomentée par Reyes et Diaz est vaincue ; les deux généraux sont emprisonnés. Dans le sud du pays, les paysans zapatistes se soulèvent et entreprennent de partager les terres. L'ambassadeur américain décide d'entrainer son renversement, de concert avec les milieux économiques et la hiérarchie militaire. En février 1913, il est renversé par un coup d’État puis assassiné.

Après avoir manœuvré pour s'emparer du poste de président, le général Victoriano Huerta, soutenu par les propriétaires terriens, l’Église, et les investisseurs étrangers, dut faire face à l'opposition déterminée de Venustiano Carranza gouverneur de l’État de Coahuila, Pancho Villa, qui avait repris les armes dans l'État de Chihuahua et Emiliano Zapata, qui ne s'était jamais soumis, au Morelos. Après plusieurs défaites de l'armée fédérale au printemps 1914, Huerta quitta le pays au mois de juillet. Des fractures apparurent rapidement entre les différentes factions révolutionnaires, carrancistes, villistes et zapatistes

Réunies lors de la Convention d'Aguascalientes en octobre 1915, ces factions n'arrivèrent pas à un accord durable et les combats reprirent. En 1915, le meilleur général carranciste, Álvaro Obregón, affronta et défit Pancho Villa au cours de plusieurs batailles dans le centre du pays. Emiliano Zapata, qui avait conclu une alliance éphémère avec Villa, fut réduit à la défensive au Morelos. En 1916, l'armée américaine intervient en territoire mexicain pour tenter, sans succès, d'éliminer Pancho Villa.

En 1916, Venustiano Carranza était le seul à pouvoir prétendre au pouvoir suprême, même s'il ne contrôlait pas l'ensemble du pays et qu'il devait faire face à d'énormes problèmes socio-économiques. Après la promulgation d'une nouvelle constitution en 1917, Carranza fut élu président. Devenu progressivement impopulaire, il fut renversé en 1920 par le dernier coup d'état de la révolution, organisé par les partisans d'Obregón, qui fut ensuite élu président.

En 1922, sous l'influence des idées marxistes, le Partido Socialista del Sureste s'allie avec le Partido Cooperatisra Nacional, le Partido Laborista Mexicano et le Partido Nacional Agrarista pour essayer, en combinants les forces de ces organisation, de construire une coalition susceptible d'attirer les secteurs de la gauche mexicaine. C'est également en 1922 que Felipe Carrillo Puerto, ancien travailleur des chemins de fer qui prône en langue maya la socialisation des moyens de production devient gouverneur de l’État du Yucatán et entreprend les réformes de types socialiste dans cet État.

Le PRI au pouvoir[modifier | modifier le code]

En 1928 est fondé le PNR (Parti national révolutionnaire), qui deviendra le PRM en 1938 puis le PRI en 1946. Ce parti prend le pouvoir en 1929 et le gardera jusqu'en 2000.

Sous les gouvernements de Plutarco Elías Calles et d'Emilio Portes Gil, la réforme agraire reconnue par la Constitution de 1917 commence à être mise en application. Les ouvriers se regroupent progressivement au sein de la Confederación Regional Obrera Mexicana, favorable au gouvernement, et dont les effectifs passent de 40 000 en 1918 à 70 000 en 1919, 100 000 en 1920 et près d'un million en 1924. Les conditions de vie s'améliorent et le taux de mortalité infantile tombe de 224,4 ‰ à 137,7 ‰ entre 1923 et 1931. Un sérieux effort est fait en faveur de l'éducation. Le budget de l'éducation s’élève à 14 % des dépenses de l’État et le nombre des écoles rurales est triplé. Le taux d'alphabétisation des plus de 10 ans passe de 25 % en 1924 à 51 % en 1930[8].

Un groupe de Cristeros

À partir de 1926, en raison à la fois des mesures anticléricales découlant de l'application de la Constitution mexicaine de 1917 par le président Plutarco Elías Calles, la guerre des Cristeros opposa les troupes gouvernementales issues de la Révolution aux paysans militants catholiques.

La guerre des Cristeros (également connue sous le nom de Cristiada) désigne le soulèvement de paysans mexicains, catholiques, contre le gouvernement anticlérical, de 1926 à 1929. Cette rébellion éclate d'abord de façon locale et spontanée avant de se transformer en soulèvement plus important à l'appel de la Ligue le 1er janvier 1927. À son apogée, au printemps 1929, le mouvement compte 50 000 combattants : 25 000 sont placées sous le commandement du général Gorostieta, 25 000 constituent des bandes éparses. Il apparait plus important dans le centre et l'ouest du pays. Pour des raisons militaires, politiques et économiques, l’État mexicain décide alors d'en finir en concluant un accord diplomatique avec l’Église grâce à l'entremise de l'ambassadeur américain Dwight Whitney Morrow (en) : ce sont les arreglos du 21 juin 1929. Les cristeros doivent alors se démobiliser et déposer les armes.

Le nom de Cristeros est d'abord un sobriquet donné aux insurgés par les soldats fédéraux mais les combattants se l'approprient rapidement. Il reprend leur cri de ralliement : Viva Cristo Rey!

La guerre aurait fait entre 90 000 et 100 000 morts parmi les combattants d'après Jean Meyer : 60 000 pour les fédéraux et 30 000 pour les cristeros. Sans compter un lourd bilan pour la population civile, beaucoup plus difficile à évaluer : les statistiques officielles mexicaines avancent le chiffre de 150 000 victimes. De nombreux civils ou anciens insurgés, mais aussi des prêtres, seront tués dans des raids anticatholiques dans les années suivant la fin de la guerre, certaines autorités locales maintenant également une forte pression sur le clergé de leur zone de compétence. La pression ira en diminuant au cours des années 1930, mais ne se stabilisera complètement qu'après l'élection en 1940 du Président Manuel Ávila Camacho, lui-même un catholique pratiquant, et représentant de l'aile droite du régime.

Il faudra beaucoup de temps pour que le clergé, persécuté, se reconstitue. Entre 1926 et 1934, on ne dénombre pas moins de 40 prêtres assassinés, beaucoup d'autres ayant fui le pays5. Sur les 4 500 prêtres opérant avant la rébellion, seuls 334 servent encore officiellement en 1934. En 1935, dix-sept États ne comptent plus un seul religieux.

Le XXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1928 le successeur à la présidence de la République, le général Alvaro Obregón est assassiné par un militant catholique.

En 1938, le président Lázaro Cárdenas nationalise la production de pétrole en créant Pemex au détriment des compagnies pétrolières américaines. Les États-Unis pratiquent alors un embargo mais se firent finalement livrer du pétrole pendant la Seconde Guerre mondiale grâce à l'octroi de crédits accordés par Franklin Delano Roosevelt à la Pemex dès 1939[9]. À la fin de la Guerre d'Espagne, le gouvernement mexicain offre l'asile aux opposants à Franco.

La mise en place d'un système assimilé au corporatisme, fortement lié à la société civile mexicaine, aux syndicats et aux entreprises, permet au parti d'assurer la pérennité et le progrès de la Nation durant 70 ans.

Le 2 juin 1942, sous le gouvernement de Manuel Ávila Camacho, le Mexique entre dans la Seconde Guerre mondiale aux côtés des Alliés en déclarant la guerre à l'Allemagne, à la suite du refus de l'Allemagne de payer des dommages et intérêts pour avoir coulé deux navires mexicains en mai 1942. L'aviation mexicaine (escadrille 201 - Escuadrón 201 (en)) participe à la Guerre du Pacifique.

En octobre 1968, l’armée ouvre le feu sur des manifestations étudiantes d’extrême gauche. Plus de trois cents manifestants sont tués et des centaines disparaissent[10].

Le 10 juin 1971, un groupe paramilitaire s'attaque violemment à une manifestation d'étudiants réclamant la fin de l’impunité et un pays plus démocratique. Des dizaines de manifestants sont tués dans cette attaque[11].

Carlos Salinas de Gortari, candidat du PRI, remporte l’élection présidentielle de 1988 contre le candidat du PRD Cuauhtémoc Cárdenas. Dans le but de réduire les doutes et les contestations électorales, habituelles au Mexique, l'Instituto Federal Electoral est créé au début des années 1990 pour organiser les élections et en assurer le bon déroulement.

La campagne électorale de 1994 est marquée par l'assassinat de Luis Donaldo Colosio.

L'année 1994 est également marquée par plusieurs évènements. D'une part, l'ALENA, accord de libre-échange entre les trois pays d'Amérique du Nord, entre en vigueur le 1er janvier ; d'autre part, Ernesto Zedillo succède à Carlos Salinas à la présidence ; enfin, une récession temporaire décidée par Zedillo entraîne une très forte dévaluation du peso.

Vicente Fox Quesada

Des élections présidentielles et législatives ont lieu le . Vicente Fox Quesada, membre du PAN (Partido Acción Nacional), remporte l’élection présidentielle et devient le premier président n'appartenant pas au PRI depuis plus de 70 ans. En effet, Vicente Fox recueille 43 % des voix, alors que Francisco Labastida (PRI) obtient 37 % des suffrages et Cuauhtémoc Cárdenas 17 % (Partido de la Revolución Democrática) ; le PRI et le PRD sont membres de l'Internationale socialiste.

Le PRI obtient 209 sièges à la Chambre des députés et 60 au Sénat, le PAN 208 et 46, le PRD 51 et 15.

Le XXIe siècle[modifier | modifier le code]

En 2003, la crise irakienne met le gouvernement dans une situation quelque peu délicate : 80 % des exportations mexicaines vont aux États-Unis, une part importante de la population est contre la guerre, et ce alors que nombre de Mexicains servent dans l'armée américaine en Irak. À cette époque, le Mexique occupe l'un des quinze sièges du Conseil de sécurité des Nations unies, et va d'ailleurs en assurer la présidence en avril 2003. Dans le même temps, les États-Unis refusent de régulariser la situation des quelque quatre millions de clandestins mexicains se trouvant sur leur territoire. Ce désintérêt soudain des États-Unis, remonte au brusque renforcement de la politique migratoire depuis les attentats du 11 septembre 2001. Tout ceci va à l'encontre de la promesse de Vicente Fox d'obtenir un accord migratoire avec George W. Bush, et déçoit profondément le gouvernement et l'opinion mexicaine.

Le lundi , le Mexique signe le Traité de non prolifération des armes nucléaires et s'engage donc à autoriser des inspections surprises de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Le Mexique devient le 81e pays à adhérer à ce pacte.

En juillet 2006 a lieu l’élection présidentielle qui donne le parti sortant, le PAN (démocrate-chrétien), vainqueur.

Le perdant, comme il est d'habitude au Mexique, dépose un document démontrant plusieurs centaines de fraudes et irrégularités lors des élections et de la campagne qui les a précédés. Des anomalies toutes simples comme des erreurs arithmétiques (par exemple nombre de votants supérieur ou inférieur au nombre de bulletins déposés) sont mises en avant (les mêmes « erreurs » sont détectées en faveur du PRD). Le Tribunal fédéral électoral confirme cependant la victoire du candidat du PAN, au détriment du PRD[12].

Les trafiquants se livrent entre eux à une guerre sans merci pour le monopole du transit par le Mexique et le passage vers les États-Unis de la drogue provenant principalement d'Amérique du Sud. Cette guerre entre cartels fait depuis 2006 entre 6 000 et 8 000 morts chaque année parmi leurs membres. Le chiffre officiel pour l'année 2008 est de 5376 morts[13]. Selon les chiffres officiels, l'année 2017 est la plus violente en deux décennies avec 25.339 homicides enregistrés[14]. 2018 est encore plus violente, avec 35.964 meurtres recensés (22.254 hommes, 2.043 femmes, 52 cas non-spécifiés), ce qui fait une moyenne de 98 meurtres par jour[15], sans compter les disparitions. Le 30 juin 2019, la Garde nationale du Mexique commence à se créer en absorbant la police fédérale, la Gendarmerie nationale mexicaine et la police navale (la police militaire de la Marine mexicaine) afin de lutter plus efficacement contre les cartels. L'idée est de limiter le nombre d'intermédiaires dans la chaîne de commandement, afin d'améliorer la coordination entre les différents types d'unités, tout en limitant les risques de corruption.

La corruption représente un défi majeure pour l’économie mexicaine : d'après des études de la Banque mondiale, la corruption politique et économique pourrait représenter 9 % du PIB[16]. En dépit de l’augmentation du PIB (2,1 % en moyenne entre 2012 et 2014) les revenus des ménages ont baissé de 3,5 % au cours de cette période. Une grande partie des richesses produites étant captées par les grandes fortunes. Selon l’organisation Oxfam, les quatre plus grandes fortunes représentent en 2017 9,5 % du PIB mexicain, contre 2 % en 2002[16].

Au cours de la crise migratoire en Amérique centrale qui démarre en 2018 à cause de la sécheresse et de l'ultra-violence des gangs au Honduras, au Salvador et au Guatemala, le Mexique devient le premier pays de passages des caravanes de migrants en Amérique, et de fait le premier pays d'accueil puisque de nombreux migrants restent bloqués à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Brian R. Hamnett, Histoire du Mexique, Perrin,
  • H. B. Parkes (trad. J. Soustelle), Histoire du Mexique, Payot,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (es) Guillermina Escoto Garduño El brillo del desierto, yacimiento de historia, site de l'INAH, 18 mars 2011.
  2. (es) Humberto Sánchez Córdova, Guía de estudio de historia de México para bachillerato, Pearson Educación, (ISBN 9684445229), p. 4
  3. Antonio del Rincón, Arte Mexicana, Mexico, 1595 :« Mexicco : Ciudad de Mexico, i.e. en medio de la luna » (p. 81 de la réédition de 1885, Mexico), cité par Jacques Soustelle (Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole, Hachette Littératures, coll. Pluriel, 2002, p. 281, note 4) et Christian Duverger (L'origine des Aztèques, Éditions du Seuil, 2003, p. 137, note 1).
  4. Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, tome 3 : Le temps du monde, Paris, Armand Colin, LGF-Le Livre de poche, (ISBN 978-2-253-06457-2), 1993, p. 489
  5. http://cocomagnanville.over-blog.com/2016/09/mexique-les-pames-ou-xi-ui.html
  6. (es) « Porfirio Díaz, ¿el tercer mejor presidente en la historia de México? », SDPnoticias.com,‎ (lire en ligne, consulté le 26 octobre 2017)
  7. « PROFMEX-Consorcio Munidal para la Investigación sobre México », sur www.profmex.org
  8. a b c et d John Womack, Emiliano Zapata et la révolution mexicaine, La Découverte,
  9. H. Varon, « Le pétrole », L'information géographique, vol. 10, no 2,‎ , p. 64
  10. « Au Mexique, la presse au service d’une tyrannie invisible », Le Monde diplomatique,‎ (lire en ligne, consulté le 6 décembre 2017)
  11. « México: 47 años de la masacre del Corpus Christi », TeleSUR,‎ (lire en ligne, consulté le 10 juin 2018)
  12. Monde en question
  13. journal Libération du 30 janvier 2009
  14. http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/04/22/97001-20180422FILWWW00217-mexique-7667-assassinats-au-1er-trimestre.php
  15. (es) « 2018, el año con más homicidios en México; registró Inegi más de 35 mil », sur jornada.com.mx, La Jornada, (consulté le 29 juillet 2019)
  16. a et b « Mexique : le bilan accablant de Enrique Peña Nieto à un an des présidentielles », sur www.medelu.org,

Liens externes[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

  • En visualisant ces films on s'aperçoit hélas qu'ils sont truffés d'erreurs sur les personnes, la situation politique, d'anachronismes (armes, vêtements et uniformes, poids et mesures, équipements, ordre de bataille et chaîne de commandement des troupes..) confusions géographiques et historiques, heures des batailles, etc.
  • The Alamo, de John Wayne (1960)
  • Alamo: treize jours de gloire (The Alamo: 13 days to Glory), Burt Kennedy (1987)
  • Les Géants de l'Ouest (The Undefeated), John Wayne (1969) dans ce film qui se situe en 1865 au temps du second Empire mexicain les partisans du gouvernement légal (nommés « rebelles » dans le film) de Benito Juárez usent du Springfield Trapdoor Carbine modèle 1873.John Wayne use d'un Colt 1873 et d'une carabine Winchester modèle1892.
  • Héros sans patrie (One Man's Hero), de Lance Hool (1998)
  • Vera Cruz, Harold Hecht (1954), ce film se situe au temps du second Empire mexicain mais on y voit entre autres anachronismes la pyramide du Soleil à San Juan Teotihuacan qui ne fut restaurée qu'en 1910 pour les fêtes du Centenaire de l'Indépendance...
  • 7 Ramón Eduardo Ruiz, Triumphs and Tragedy: A History of the Mexican People p. 393, (New York: W. W. Norton & Company, 1993)  (ISBN 0-393-31066-3).
  • Major Dundee (Sam Peckinpah, 1965) se déroule entre le Nouveau Mexique, le Texas et le Mexique, du temps de la guerre de Sécession et de l'expédition française au Mexique.
  • La série télévisée Zorro (1957-61) se déroule en Californie espagnole au tout début début du XIXe siècle. Le lieu principal de l'action est le village de Los Angeles, mais on voit également Santa Barbara et Monterey.

Documentaire[modifier | modifier le code]

  • Le Mystère des Mayas: Vestiges de toute la splendeur de la civilisation maya, IMAX (en Fr., Ang., Esp. & Mandarin)