Histoire des Landes

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Carte du département des Landes datant de 1852

Le département des Landes est l'un des cinq départements que compte la région française d'Aquitaine. Il est en partie constitutif des Landes de Gascogne, d'où il tire son nom.

Présentation[modifier | modifier le code]

Pèlerin de Saint-Jacques, 1500

Originellement, le territoire des Landes se présente sous la forme d'une étendue de sable, souvent marécageux, sur laquelle les hommes se sont tout de même implantés. Région de lande réputée naturellement hostile au Moyen Âge, voici la perception des pèlerins qui la traversaient pour se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle :

Quand nous fûmes dedans les Landes
Bien étonnés
Avions de l'eau jusqu'à mi-jambes
De tous côtés
Compagnons nous faut cheminer
En grandes journées
Pour nous tirer de ce pays
De si grandes rosées

Extrait de :La Grande Chanson

Les villages y étaient très isolés et les cultures laborieuses : seul le labour était facilité en raison de la nature du sol, du sable.

Sous l'influence des Lumières, l'État français entreprit d'assainir ce territoire en y plantant les arbres adéquats : le chêne-liège. Cela permit de stabiliser le sol, de diminuer l'humidité, et d'implanter l'industrie du bouchon.

Ensuite, l'assainissement et la mise en culture furent encouragés par Napoléon III, donnant son visage actuel aux landes françaises : des pins maritimes et du maïs.

Chronologie[modifier | modifier le code]

C'est probablement à l'occasion d'une période interglaciaire, il y a 40 000 ans, que l'homme de Cro-Magnon arrive en Aquitaine.

Paléolithique supérieur[modifier | modifier le code]

Vénus de Brassempouy

Du Paléolithique supérieur nous est parvenu la célèbre Dame de Brassempouy ou Dame à la Capuche, fragment de statuette en ivoire constituant l’une des plus anciennes représentations réalistes du visage humain, découvert dans le village landais de Brassempouy, en Chalosse. Cette période de la Préhistoire est caractérisée par l’arrivée de l’Homo sapiens en Europe. Comprise entre 35 000 et 10 000 ans avant notre ère, elle correspond à la fin de la dernière période glaciaire.

De cette époque nous sont parvenus des outils trouvés sur le site de la Grotte Duruthy, à Sorde-l'Abbaye.

La Pax romana[modifier | modifier le code]

Crassus, le jeune lieutenant de Jules César, entreprit la conquête de l'Aquitaine historique en 56 av. J.-C.. Celle-ci réapparait au IIIe siècle sous la dénomination de Novempopulanie, ou Aquitaine des neuf peuples. Parmi eux, les Tarbelli, présents de la Côte basque à la Chalosse, avec comme capitale la future Dax.

En marge de ces neuf peuples, d'autres ont pu être individualisés, parmi lesquels :

La romanisation de la Novempopulanie conduira à la Gascogne.

Les Wisigoths[modifier | modifier le code]

L'Aquitaine passe sous la domination des Wisigoths, arrivés de Provence et d'Italie en 412-413. En 418, un traité instaure le statut de fédéré (fœdus) des Wisigoths dans l'Empire romain, qui les installe en Aquitaine. Quitterie, jeune princesse gothe, est martyrisée en 472 pour avoir refusé d'abjurer sa foi chrétienne. Elle est décapitée sur le site de la ville actuelle d'Aire-sur-l'Adour. Les évangélisateurs Severus et saint Girons subissent un sort similaire à la même époque.

Aire-sur-l'Adour devient un temps la résidence royale du royaume wisigoth de Toulouse, qui s'étend de l'Espagne à la Provence, notamment sous les règnes d'Euric (466-484) et d'Alaric II (484-507). Ce dernier y promulgua en 506 son Bréviaire, condensé de droit romain qui servira de référence juridique dans le midi de la France jusqu'au XIe siècle, et se trouvera être à l'origine du droit français moderne[1].

Comtes de Gascogne[modifier | modifier le code]

À la fin du Xe siècle, Guillaume Sanche, vainqueur de la bataille de Taller, règne sur la Gascogne. Il organise son renouveau économique et culturel en s'appuyant notamment sur la dizaine d'abbayes qu'il fonde, parmi lesquelles la puissante abbaye de Saint-Sever ou celle de Mimizan. Tandis que la sauveté de Mimizan attire et fixe des populations, l'abbaye de Saint-Sever accumule d'innombrables possessions (domaines fonciers, vignobles etc), qui s’étendent dès le XIe siècle du Médoc jusqu’à Pampelune en Espagne. Les différents prieurés sont distants d'environ trente kilomètres, correspondant à une étape sur le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Celui-ci s'organise et se développe à cette époque. Dès le XIIe siècle, le Guide du Pèlerin d'Aimery Picaud décrit les quatre chemins de Saint-Jacques, dont trois passent par les Landes :

La bataille de La Castelle oppose en 1062 [2] près de l'abbaye Saint-Jean de la Castelle le duc Guillaume VIII de Poitiers au duc Bernard de Vasconie pour la succession de la Vasconie.

La fondation de Mont-de-Marsan date de 1133. Elle s'organise autour du castelnau établi par Pierre de Lobaner, vicomte du Marsan, du Tursan et du Gabardan. À la même époque, la maison d'Albret édifie le château de Labrit au cœur de son fief.

Guerre de Cent Ans[modifier | modifier le code]

À la suite du mariage d'Aliénor d'Aquitaine avec Henri Plantagenêt, devenu Henri II d'Angleterre en 1154, les Landes, constitutives du duché d'Aquitaine, passent sous domination anglaise pendant près de trois siècles. La population trouve refuge derrière les murailles des cités durant les troubles de la guerre de Cent Ans, pendant que s'élevaient des bastides dans les environs. Mont-de-Marsan chasse les Anglais en 1441. [tournure à modifier cf discussion]

Guerres de religion[modifier | modifier le code]

La « réforme protestante » est une révolution qui a des causes aussi bien religieuses que politiques, et quand Martin Luther propose, en 1517, à l’Église catholique de se réformer, il déclenche des bouleversements sanglants en France et particulièrement en Aquitaine, où vont s’opposer les bandes armées commandées par Montluc pour les catholiques et Montgomery pour les protestants.

Les huit guerres de religion marquent profondément les Landes. Marguerite de Navarre, séjourne souvent à Mont-de-Marsan, son « ermitage ». Connue pour ses dons de poétesse ainsi que sa piété, son esprit d’ouverture et de tolérance religieuse, elle se convertit aux idées nouvelles et y intéresse toute la région. Celles-ci sont propagées par des « prédicants » (parmi lesquels Calvin) dans toutes les classes de la société, principalement dans les villes. Ainsi sont convertis des religieux à Aire-sur-l'Adour, des nobles comme Charles de Castelnau-Tursan à Geaune, Jehan de Mesmes à Mont-de-Marsan, le sire de Lucbardez, Rolland de Chauveron, seigneur de Benquet, mais également de nombreux magistrats, bourgeois, artisans ou encore paysans.

Dans un premier temps, plusieurs églises réformées indépendantes se créent. Elles s’organisent peu à peu et finissent par se fédérer, d’où le nom de Huguenots (confédérés), pour désigner ces chrétiens désireux de revenir à la pureté de l’Église primitive, voyant dans les images, statues, cérémonies, pèlerinages, une hérésie à combattre et extirper.

Jeanne d'Albret s’implique à son tour à partir de 1560 dans la diffusion du mouvement réformé et, par l’ordonnance du 19 juillet 1561, autorise le calvinisme dans son royaume de Navarre et son duché d'Albret. Ses parents étaient déjà ouverts aux idées nouvelles mais Jeanne, attirée par la clarté et l’austérité de cette doctrine, devient favorable à la réforme protestante qui progresse dans la France d'alors, face à un clergé souvent ignorant et de mœurs dissolues. Cette même année, Charles de Castelnau-Tursan, ayant participé à la conjuration d'Amboise, est exécuté. En 1561, la régente Catherine de Médicis charge Montluc de ramener l’ordre en Guyenne entre les deux camps ennemis. En 1562, les Huguenots dévastent le diocèse d’Aire-sur-l’Adour. Jehan de Mesmes incendie le couvent des Clarisses à Mont-de-Marsan. Ce sont là les prémices d’une guerre civile de 36 ans qui va se décomposer en huit guerres de religion.

La première est déclenchée par le massacre de protestants à Wassy, en 1562. Montluc capture Jehan de Mesme, s’empare de Labastide-d'Armagnac et massacre ses habitants réfugiés dans l’église de Saint-Justin. Les villes protestantes (Geaune, Montgaillard, Renung, Meilhan, Arjuzanx) voient leur culte autorisé par la paix d’Amboise l’année suivante. Dans un voyage d’apaisement, la régente et Charles IX traversent les Landes.

La deuxième guerre dure six mois en 1567. Montluc confie Dax et Saint-Sever à Bertrand de Poyanne. La troisième, très éprouvante pour les Landes, commence en 1568. Les catholiques fondent la « Sainte Ligue Chrétienne et Royale ». Catherine interdit le culte réformé et confisque tous les domaines de Jeanne d’Albret. Les protestants sont battus à Jarnac. À Bordeaux, 579 hérétiques sont condamnés à mort. Parmi eux, 12 landais, dont le seigneur de Benquet, Rolland de Chaveron. Montluc, assisté de Terride, combat en Béarn les troupes de Jeanne d’Albret, commandées par d’Arros. Celle-ci, aidée par l’Angleterre, réunit une nouvelle troupe, confiée à Montgomery. Il ravage diverses régions, dont les Landes. En 1569, il saccage à Aire-sur-l’Adour deux abbayes et massacre deux prêtres. Son coreligionnaire Thoiras pille et brûle en quatre jours trente églises landaises dont Saint-Médard de Mauco. Mont-de-Marsan est prise, Hagetmau et les bâtiments du couvent des Jacobins de Saint-Sever sont ravagés, ainsi que Nerbis et toute la Chalosse, où deux cents moines et prêtres sont massacrés.

Montluc, après avoir repris Grenade-sur-l'Adour, s’installe à Saint-Maurice. Il reprend Mont-de-Marsan, la saccage et la pille après avoir massacré ses défenseurs. De leur côté, les bandes huguenotes incendient les monastères de Sorde-l'Abbaye et Geaune, ravagent Saint-Justin et Labastide-d'Armagnac, ainsi que l’abbaye de Mant. À la paix de Saint-Germain-en-Laye en 1570, deux cents églises landaises sont détériorées, quatre-vingt-un prêtres massacrés, quatorze mutilés ou rançonnés. Des laïques ont été tués à Benquet et Samadet, et l’ensemble des Landes a été touché.

Le 9 juin 1572, Jeanne d’Albret meurt à Paris, où s’est négocié le mariage de son fils Henri (futur Henri IV) avec Marguerite de Valois (la future reine Margot), sœur du roi. Le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélemy, les chefs protestants venus au mariage sont massacrés. C’est un carnage, à Paris mais aussi en province. À Dax, 14 protestants sont abattus. Le roi Charles IX interdit le culte réformé.

En 1573 a lieu la quatrième guerre. À Hagetmau, soixante catholiques sont tués. La mort de Charles IX en 1574 n’empêche pas la cinquième guerre, qui dure presque deux ans, jusqu’à l’Édit de Beaulieu. La sixième guerre en 1576 voit Henri de Navarre combattre en Gascogne. Mont-de-Marsan se montre tolérante. Le traité de Bergerac en 1577 ne rétablit pas le calme, notamment dans les Landes. Le couvent des Clarisses de Mont-de-Marsan est saccagé en 1577. Henri de Navarre déclare la septième guerre au roi Henri III fin 1579. Mont-de-Marsan est reprise par Bertrand de Poyanne. Le traité de Fleix, signé en 1580, ne rétablit pas une paix durable. Les bandes de pillards sont nombreuses dans la région. Henri de Navarre la parcourt et s’empare de Tartas ainsi que de Mont-de-Marsan fin 1583. En 1584, il devient l’héritier du trône de France. En 1585 éclate la huitième et dernière guerre. Elle va durer treize ans. Elle est marquée par les assassinats de duc de Guise en 1588 et d’Henri III en 1589, la conversion puis le sacre du roi de Navarre sous le nom d’Henri IV avant son entrée à Paris.

En 1598, il signe l’édit de Nantes, qui accorde de nombreux avantages aux réformés. La France a retrouvé son calme lorsque Ravaillac l’assassine en 1610.

XVIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Paysans landais, XVIIIe siècle

Les départements sont créés le par l'Assemblée constituante afin de remplacer les provinces de France. Le département des Landes est créé à cette époque, à partir de deux ensembles hétérogènes, situés de part et d'autre de l'Adour.

L'art de cultiver la terre est le premier des arts, telle est la devise des physiocrates au XVIIIe siècle. Le siècle suivant prolonge leurs recherches.

De 1791 à 1793, les quatre districts (Dax, Mont-de-Marsan, Saint-Sever et Tartas) du département des Landes fournirent 6 bataillons de volontaires nationaux.

XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Les Landes ont la réputation d'être un milieu hostile. La vie s'organise dans la Haute-Lande autour d'un maigre système agro-pastoral. La mise en valeur du territoire va s'articuler en deux temps :

  • la fixation des dunes en Aquitaine, pilotée par Nicolas Brémontier, mettra fin aux menaces d'ensablement et d'inondation pesant sur les communes du littoral.
  • la loi du 19 juin 1857, également appelée loi d'assainissement et de mise en culture des Landes de Gascogne, va encourager le drainage, la plantation de pins, le développement de l'économie sylvicole, tout en condamnant en l'espace d'une génération le système agro-pastoral. Cette profonde mutation socio-économique ne se fera pas sans heurts. Les gemmeurs vont ainsi peu à peu remplacer les bergers landais.

L'objectif de créer une riche contrée là où il n'y avait qu'un désert est atteint, ce qui fait dire au géographe Élisée Reclus :

« Le territoire français s'est enrichi de toute une province. Et, pour avoir été pacifique, pour n'avoir point coûté de sang, cette conquête des Landes n'en sera pas moins utile et moins durable que celle de bien des colonies lointaines achetées au prix de milliers de précieuses vies ».[3]

Le couple impérial de Napoléon III et Eugénie de Montijo s'attachent à la région, qu'ils connaissent en voisin puisque Biarritz est leur lieu de villégiature. Napoléon crée ainsi le domaine impérial de Solférino, entreprise qui colle à son image, lui qui déclare :

« Mes amis les plus sincères ne sont pas dans les palais, ils sont sous les chaumes, ils ne sont pas sous les lambris dorés, ils sont dans les ateliers, les campagnes »[3].

Le souvenir de l'impératrice s'attache à la commune d'Eugénie-les-Bains, à laquelle elle laisse son nom.

XXe siècle[modifier | modifier le code]

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les FFI du département comptent 12 962 membres[4].

De nos jours[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Économie des Landes.
Article détaillé : Tourisme dans les Landes.

Les principaux atouts économiques du département sont aujourd'hui :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dumézil, B. et Rouche, M. (dir.), Le Bréviaire d'Alaric. Aux origines du Code civil, Paris, PUPS, 2008.
  2. Alexandre Ducourneau, La Guienne, histoirique et monumentale, Volume 1, Part 1, 215 p. (lire en ligne), mention de la bataille (page 82)
  3. a et b L'Almanach du Landais 2002, éditions CPE, p. 65
  4. Dominique Lormier, La Libération de la France : Aquitaine, Auvergne, Charentes, Limousin, Midi-Pyrénées, éditions Lucien Sourny, (ISBN 978-2-84886-065-7), p. 15

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugène Dufourcet, Les Landes et les Landais, histoire et archéologie depuis les temps primitifs jusqu'à la fin de l'occupation anglaise, Dax, 1892.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]