Carnaval de Guyane

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Carnaval de Guyane
Des Touloulous qui défilent pendant la Grande Parade de Kourou.
Des Touloulous qui défilent pendant la Grande Parade de Kourou.
Généralités
Ville Principalement à Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni
Lieu En centre-ville
Date Entre l'Épiphanie et le Mercredi des Cendres
Participants Le roi Vaval, le Touloulou, les Nègmarons, Zonbi baréyé, Jé farin, Bobi, Karolin, Lanmò (la mort), Sousouri (la chauve-souris), Djab rouj (diable rouge)

Le Carnaval de Guyane est l'un des évènements majeurs de la Guyane. Il se déroule entre l'Épiphanie le premier dimanche de janvier, et le mercredi des Cendres en février ou en mars. Connu à l'international pour ses Bal paré-masqués et son personnage emblématique le Touloulou, il est considéré comme le carnaval le plus long du monde[1].

Le carnaval de Cayenne, le carnaval de Kourou et le carnaval de Saint-Laurent du Maroni sont les plus importants du carnaval guyanais.

Histoire[modifier | modifier le code]

Description et origine[modifier | modifier le code]

Carnaval de Cayenne en 1903.

Cette fête appartient à la culture créole guyanaise. Il a pour origine le carnaval tel qu'il est pratiqué en Europe. Au début de la colonisation, les colons pratiquaient le carnaval, mais il était interdit aux esclaves. Bravant l'interdiction, les esclaves pratiquaient le carnaval, dans des fêtes clandestines. Ils y voyaient un moyen de retrouver un peu de liberté, de commémorer comme les Africains la fertilité et les moissons et de tourner en dérision les colons. Aujourd'hui les communautés métropolitaines, brésiliennes et chinoises y prennent part[2].

Il a une durée variable fixée par les fêtes religieuses, il a lieu entre l'Épiphanie au début de janvier, et le Mercredi des Cendres marquant le début du Carême calculé selon la date de Pâques en février ou mars. Il a lieu du vendredi soir au lundi matin[3].

Les jours gras clôturent le carnaval, il s'agit du mercredi des cendres[3].

L'influence du Carnaval de Guyane[modifier | modifier le code]

Le carnaval guyanais, lui même issu de plusieurs influences, a considérablement influencé certains carnavals au niveau national.

À partir de la seconde moitié du XXe siècle, le Carnaval de Martinique, a reçu beaucoup d’apports venant du carnaval de Guyane. Particulièrement depuis les années 70, avec l'importation de Bal paré-masqués et des Touloulous qui défilent, quand l'occasion se présente, dans les rues de Fort-de-France[4],[5].

On peut même retrouver des Bals paré-masqués en Ile-de-France, à Paris et un peu partout en France.

Costumes traditionnels[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs costumes traditionnels qui représentent des figures mythiques du carnaval guyanais.

le roi Vaval[modifier | modifier le code]

Figure mythique du carnaval. Il est le roi du carnaval. Il est intronisé au début du carnaval. Il meurt le mercredi des Cendres, pour renaître tel le Phénix l'année suivante[3].

Le Touloulou[modifier | modifier le code]

Un Touloulou qui défile.

Le plus célèbre des personnages. C'est une dame habillée de manière élégante de la tête aux pieds. Elle porte un jupon, une cagoule, un loup (masque) et des longs gants, afin que l'on ne voie pas un centimètre de peau. Le but est que la femme se déguisant en touloulou ne soit pas reconnue. Elle défile dans la rue mais elle participe aussi aux bals masqués. Elle représente les femmes bourgeoises des XVIIIe et XIXe siècles[3].

les nègmarons[modifier | modifier le code]

Nègmarons (à gauche) à la Parade de Kourou.

Ce sont des groupes d'hommes vêtus d'un kalimbé (pagne rouge) et enduits d'huile et de suie. Ils ont également une graine d'Awara dans la bouche. Ils cherchent à mettre l'ordre (mettre tous les spectateurs hors de la rue où ont lieu les défilés). Ils représentent des esclaves fugitifs, appelés marrons[3].

Zonbi baréyé[modifier | modifier le code]

Le zonbi baréyé(ou baré yé) ou tout simplement "zonbi" en créole guyanais et "zombi baréyo" dans le créole francisé est un personnage figurant un zombie[3].

le Jé farin[modifier | modifier le code]

Ce costume est tout blanc. Il est constitué d'un pantalon, une chemise, un chapeau pointu et un masque. Il rappelle à tous un métier traditionnel : le boulanger. La tradition veut que les enfants jouent avec lui, et en réponse le jé farin les enfarine[3].

Bobi[modifier | modifier le code]

Parfois aussi nommé Babi ou Bubi, il est constitué de vieux sacs de pommes de terre en jute brune locale qui recouvrent le corps. Il est retenu avec une laisse. Il figure un ours affamé, il serait inspiré par les premiers montreurs d'ours[3].

Karolin[modifier | modifier le code]

C'est une femme riche possédant de l'or et des bijoux que porte son mari sur son dos. Jalouse, elle l'oblige à se déplacer ainsi afin de le protéger des autres femmes[3].

Lanmò (la mort)[modifier | modifier le code]

il est vêtu de blanc de la tête aux pieds, son costume permet d'envelopper les spectateurs. Ce personnage représente la mort[3].

Sousouri (la chauve-souris)[modifier | modifier le code]

C'est un personnage vêtu d'un juste-au-corps ailé de la tête aux pieds, généralement noir ou bicolore. Plutôt maléfique et réputée pour son comportement de vampire, elle poursuit les passants dans la rue et les "pique" et Les chatouille sherl'cy[3].

Djab rouj (diable rouge)[modifier | modifier le code]

C'est un diable vêtu de rouge et de noir. On le voit dans les rues pendant le mardi gras[3].

Autres costumes[modifier | modifier le code]

Il existe aussi beaucoup d'autres costumes, dont pour certains sont en voie de disparition comme :

  • l'Annglé bannan,
  • les Balayeuses,
  • le Bèf vòlò bèf,
  • les Coupeuses de cannes,
  • le Djab annan bwèt,
  • les Tirailleurs sénégalais,
  • le Vidangeur
  • la diablesse.

Carnaval de rues[modifier | modifier le code]

Groupe défilant pendant la Parade de Kourou.

Tous les dimanches après-midi (vers 15H), ont lieu les défilés dans les rues de Cayenne, Kourou et Saint-Laurent-du-Maroni (un peu plus tôt normalement). Des groupes déguisés selon la thématique de l'année, y défilent autour de chars décorés, au rythme des percussions, des cuivres et des instruments à corde. La préparation des groupes dure plusieurs mois avant le carnaval. Les groupes défilent devant des dizaines de milliers de spectateurs ravis qui se massent sur les trottoirs et les gradins aménagés pour l'occasion[6].

La musique du carnaval de rues en Guyane, se caractérise avec l’apport de nouveaux instruments, inspirés d’objets ordinaires, de la vie de tous les jours, comme les « bonm kochon » ou «  bonm latcho kochon ». Ce sont des barils épais en plastique, qui permettent d’avoir une certaine étanchéité des produits importés et sont utilisés comme tambours. Dégagant un son d’une résonance impressionnante, ces bonm donnent un côté assez original aux orchestres des groupes ruraux[7].

Danseuse en fleur à Kourou.

Groupes du carnaval de rue[modifier | modifier le code]

Les groupes les plus connus sont:

  • Kassialata
  • Caimite
  • Kalajirou
  • Piraye
  • Reno Band
  • Ijakata
  • Kouman
  • Chiré Ban'n
  • OsBand
  • les Belles de la Madeleine
  • Junior City
  • Wanted
  • Mayouri Tchô-NèG
  • Patawa Folia
Dragon chinois

Des groupes brésiliens, identiques à ceux que l'on rencontre au Carnaval de Rio, sont également appréciés pour leurs rythmes et leurs costumes affriolants. La communauté asiatique de Guyane participe également aux défilés en apportant sa touche caractéristique, avec des dragons.

Bal paré-masqué[modifier | modifier le code]

Les Dancings, appelées "Universités" organisent des bals masqués durant lesquels les hommes viennent danser avec les Touloulous. Les soirées ont lieu les vendredis et samedis soirs selon la commune. Cette tradition est propre à la Guyane, elle n'existe nulle part ailleurs[3], mais il existe maintenant des dancings sur Paris et certaines villes de France qui organisent des bals.

Le bal des Tololos est une innovation récente qui n'est apparue que depuis les années 1990. Lors de ces soirées, les hommes se déguisent et prennent le rôle des Touloulous (ils invitent les femmes non déguisées à danser). Ces soirées sont de plus en plus populaires et ont lieu plusieurs fois pendant le carnaval, le plus important étant le dernier vendredi avant les jours gras.

Les danses du carnaval sont la mazurka, la polka, la valse, le piké djouk et la biguine. C'est le Touloulou qui invite les hommes à danser, ils ne peuvent pas refuser[8]. Seules les Touloulous ont le droit de danser, si une femme non déguisée danse, l'orchestre s'arrête.

Les "universités" sont les suivantes :

Groupes et orchestres des bals[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs orchestres carnavalesques, les plus célèbres sont :

  • Les Mécènes, qui officient dans la salle Dancing Grand Palace, leur chanteur vedette était Bernard Inglis, décédé en 2002, il reste un pilier du carnaval Guyanais.
  • Les Blues Stars, qui jouent Chez Nana (le Soleil levant). Leur chanteur vedette est Victor Clet, dit Quéquette, si populaire que sa photo était imprimée sur les bouteilles de Rhum Saint-Maurice lors du carnaval 2006[9].
  • Karnivor, qui compte en son sein Saül Sylvestre(auteur, compositeur)et 18 musiciens, Arnaud Champestaing, chanteur, Nadège Chauvet, chanteuse du groupe. Lors de la cérémonie des Lindor, qui récompense les artistes guyanais pour leur production durant l'année, le groupe Karnivor fut récompensé par sept Lindor[10].

À la fin du carnaval, le dernier dimanche, deux groupes s'affrontent au cours d'un duel musical dans la salle du Grand Blanc.

Carnaval en chansons[modifier | modifier le code]

Dans le carnaval guyanais, les groupes avaient pour habitude de chanter pendant leurs défilés dans les rues. Aujourd'hui, pratique qui se modifie, les groupes d'une centaine de carnavaliers ne font que danser au son des orchestres de leurs groupes. Seuls les nombreux groupes à effectif réduit, avec ou sans orchestre, continuent de chanter des refrains traditionnels ou d'actualité, parfois grivois, que reprend souvent le public.

Cette pratique se retrouve maintenant dans les Bals paré-masqués qui, à la base se faisaient sans chanteur. L'apparition de chanteurs ne s'est faite qu'aux XXe siècle, grâce au groupe mythique Les Mécènes, qui sont les premiers à en introduire dans leur orchestre. Grâce aux orchestres des bals, un grand nombre de chansons ont vu le jour, inspirées des divers styles musicaux du carnaval guyanais.

Les participants des vidés chantent aussi pour accompagner les orchestres de ces derniers.

Vidés[modifier | modifier le code]

Cette expression vient de "vider la salle" de bal. Ces vidés ont donc toujours lieu au petit matin du dimanche après le bal paré-masqué du samedi soir et a pour objectif d'entraîner tous les danseurs et danseuses à l'extérieur, dans la rue, afin que tous ces fêtards finissent par rentrer chez eux.

Initialement, il y avait aussi toujours un Vidé après le dernier groupe du carnaval de rue du dimanche en début de soirée. Une foule de jeunes et de moins jeunes suivait un camion sur lequel était installé un orchestre qui jouait des rythmes du carnaval.

Malheureusement, certains vidés ont entraîné des violences entre bandes de jeunes de quartiers différents ayant eu de lourdes conséquences. Aussi, ces vidés ont été longtemps interdits.

À Kourou, le vidé du dimanche matin se déroule un dimanche sur deux. Depuis 2012 sur l'Île de Cayenne, la tradition du vidé semble être revenue au départ de chez Nana, en souhaitant que tout se déroule pour le mieux[11].

Aujourd'hui les publics des vidés sont majoritairement composés d'amateurs de vidés qui se lèvent tôt dans la matinée pour participer aux vidés.

Galette créole[modifier | modifier le code]

La Galette des Rois

Durant tout le carnaval, les familles se réunissent pour manger la galette des rois et sa variante locale, la galette créole. C'est la tradition de la galette des rois connue en Europe durant l'Épiphanie, prolongée sur toute la période carnavalesque. Usuellement, le roi paye la galette la semaine suivante. On peut donc déguster soit une galette à la frangipane, soit une galette créole à la crème, à la goyave ou au coco[12].

Après l'Abolition de l'esclavage en 1848, l'économie de la Guyane est sinistrée, un nombre important de la population vit du travail de la terre dans des "habitations". Les gens cultivent la terre, on connait la valeur du travail en commun: le Mayouri(mot créole guyanais signifiant "solidarité, entraide"). En Guyane, c'est à cette époque que naissent la tradition de la galette des rois et sa variante créole ou plus précisément du "rend le bouquet" (randé boutché en créole guyanais). Un couple organise le repas et la fête. Il désigne à la fin le couple qui organisera la réunion suivante en lui remettant le bouquet[12].

Impact économique[modifier | modifier le code]

Le carnaval est un atout touristique pour la Guyane. Les touristes viennent en majorité des Antilles et de la métropole. On constate une augmentation de la fréquentation hôtelière durant la période du carnaval, appelée pic du Carnaval.

Les boîtes de nuit profitent des soirées Touloulous, où des milliers de personnes viennent danser. Des centaines de couturières s'occupent de la confection des costumes de Touloulous.

Touloulou Magazine, revue annuelle qui traite de l'actualité du carnaval de Guyane, a été créée en 1994 par Philippe Alcide dit Clauzel, qui a également fondé en 1993 le premier Comité du Carnaval de Guyane, qui deviendra en 1996, la Fédération des Carnavals et Festivals de Guyane.

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]